Sobriété Numérique (5G, IA...) et Numérique, levier pour l'environnement, la RSE, l'économie circulaire

La technologie est de plus en opposée à l'environnement. Les débats se polarisent pour ou contre l'IA, la 5G, les énergies renouvelables ... (English version)

 

Sans doute, nous nous trompons dans l'ordre des questions. La  première question n'est pas "faut-il ou pas développer telle ou telle technologie ?" Elle est "Où voulons aller ?" puis nous avons les bases pour savoir quelles sont les technologies sont adéquates ou non pour y parvenir. Or, il manque encore cette vision de la direction que nous souhaitons prendre, il manque cet imaginaire que nous souhaitons que les futures générations vivent. La réponse n'est pas dans les technologies mais dans les relations entre les hommes, les femmes, la Nature qui nous entoure. 

 

Concernant les technologies et le numérique, nous pouvons sortir des idéologies stériles qui vacillent entre les "techno-béats" et les "techno-bashers" vers une position médiane empreinte d'un peu de bon sens. Le numérique et l'environnement peuvent être des leviers l'un pour l'autre et ne sont pas nécessairement en contradiction comme le donnerait à croire des raisonnements simplistes.

 

Il y a deux axes sur lesquels nous pouvons agir : encourager la sobriété numérique c'est-à -dire réduire l'impact environnemental du numérique et transformer le numérique en vrai levier pour l'environnement

 

Je commencerai par le dernier qui selon moi aura le plus gros impact car il touche tous les domaines de notre société.

Sommaire (Lien direct vers les parties d'articles)

 

Numérique, levier pour l'environnement

  • Circular data hub, ressources d'économie circulaire
  • Intégrer dans le Circular data hub, les données des déchets des industriels
  • Référentiel d'émission CO2 directement lié au Plan comptable général
  • CirculScore, Nutriscore pour les emballages
  • Développement de boîtes à outils digitales destinées aux collectivités.
  • France Relance - 1 Mds € pour relocaliser et investir dans des usines et machines polyvalentes
  • Impact des relocalisation sur l'environnement, l'empreinte carbone, dépendances
  • Investissement dans des cobots, robots collaboratifs
  • Favoriser l'impression 3D pour faciliter la personnalisation de masse et réaliser les réparations
  • Informations publiques sur les risques environnementaux, Startups et acteurs français

Sobriété numérique - Réduire l'impact du numérique

  • Rapport du Sénat : Bonnes propositions et deux non pertinentes
  • Forfaits mobiles à 80 Go, 100 Go pour 15€ ! 
  • 5G, remplaçant les box Internet fibre ?
  • Avoir un déploiement raisonné de la 5G
  • Faciliter l'accès à notre impact environnemental numérique
  • Intégrer des indicateurs d'efficacité énergétique dans les appels d'offres publics sur l'hébergement des données
  • Développer l'ordinateur quantique, le Transfer learning et les modèles open source afin de réduire la consommation énergétique de l'IA
  • « Digital Shadow Governement »

Conclusion

Numérique, levier pour l'environnement

Circular data hub, ressources d'économie circulaire

Nous pourrions créer un Circular data hub où l'ensemble des ressources d'économie circulaire géolocalisées seraient accessibles en open data (lieu de réutilisation, réparation, ressourcerie, magasin en vrac...).

 

L'intérêt de permettre aux particuliers et aux entreprises de savoir où facilement réparer, réutiliser, recycler leurs déchets en fonction de leur localisation. Une startup Hoali cartographie déjà un certain nombre de ces informations pour les particuliers. En réduisant au maximum les frictions à la réutilisation, recyclage des produits, nous accroîtrons la part de l'économie circulaire par rapport à l'économie linéaire.

 

Cela n'est pas d'ailleurs réservé aux informations d'économie circulaire mais aussi aux données RSE (impact en termes d'émissions CO2 , biodiversité, ACV, inclusion)

 

Pour éviter de nombreuses études, des informations pourraient être structurées et mises à disposition d'entreprises en plus des organisations publiques comme l'ADEME pour être utilisable facilement (via des API ...)

Intégrer dans le Circular data hub, les données des déchets des industriels

Lors de la fabrication de nombreux produits, des déchets sont rejetés (produits défectueux, chutes de textile, de cuir, matières premières en excès) avant même la commercialisation des produits finis.

 

Nous pourrions fortement inciter les entreprises à mettre à disposition les données sur leurs déchets industriels disponibles (géolocalisées, caractérisés). Comme ces informations sont sensibles car elles permettent potentiellement de retrouver les secrets de fabrication, d'avoir des données sur l'activité des entreprises (source potentielle de délits d'initiés), elles devraient être « anonymisées » ou disponibles seulement pour des acteurs spécialisés dans la réutilisation et le traitement des déchets tout en assurant auprès des industriels, la sécurisation de leurs données.

 

Nous travaillons sur ce sujet avec une designer d'économie circulaire, et une fondatrice d'une startup qui termine son mémoire sur la symbiose industrielle. Notre objectif est de créer des filières circulaires avec tous les partenaires qui souhaitent se joindre à nous dans cette démarche. 

Référentiel d'émission CO2 directement lié au Plan comptable général

On parle régulièrement de comptabilité carbone ou Bilan Carbone, néanmoins cet exercice est encore compliqué à réaliser car il n'y a pas de lien direct avec la comptabilité traditionnelle. Il faudrait mettre en place un référentiel (base de données requêtables par des connecteurs API) permettant de facilement créer une correspondance entre des comptes comptables et leur équivalent émissions de CO2 en apportant les précisions nécessaires via l'utilisation par exemple de sous-comptes normés.

 

Cela faciliterait la comptabilisation du scope 3 (émissions liées aux activités en amont et aval) de l'entreprise en plus du scope 1 et 2 (scope 1 : émissions directes liées à l'activité, scope 2 : Émissions indirectes associées à la consommation d'électricité, de chaleur dans les locaux... ). Carbone 4, dirigée par Jean-Marc Jancovici réalise ce type de diagnostic. Je parle plus largement des indicateurs RSE ici.

 

Dans un certain nombre de cas, cette équivalence sera sans doute insuffisante. Nous pourrions alors à l'image de la comptabilité analytique, développer une comptabilité environnementale et sociale alignée sur la comptabilité générale.

 

Cela permettrait aussi à chaque entreprise de facilement mesurer et communiquer sur ses émissions GES et leur évolution.

CirculScore, Nutriscore pour les emballages

A l'image du Nutriscore, qui permet d'évaluer la qualité d'un aliment, nous pourrions ajouter un « CirculScore » pour noter la facilité de réutilisation, recyclabilité de l'emballage d'un produit consommable.

 

Il existe déjà un indice de réparabilité qui sera mis en place pour les appareils électroménagers grâce à Loi pour une Economie Circulaire. L'objectif est que la notion de réutilisation à défaut de recyclage puisse devenir un critère d'achat systématique pour les consommateurs.

Informations publiques sur les risques environnementaux

Il existe plusieurs portails nationaux qui permettent de savoir exactement pour votre domicile quels sont les risques d'inondations et autres risques (glissements de terrain, installations industrielles, pollution des sols ... ) : Georisques et Infoterre.

 

Chaque collectivité pourrait communiquer sur les risques auprès de ses habitants et entreprises ainsi que sur les mesures de prévention collectives et individuelles qu'ils peuvent prendre. Ils pourraient aussi solliciter d'autres territoires et entreprises pour les aider à y faire face.

"France Relance", relocalisation investir dans des usines et machines polyvalentes 

Le plan de relance nommé "France Relance"  couvre spécifiquement la relocalisation et l'innovation. et consacre 15 Mds€ à cet effet. Sur ces 15 milliards, 1 milliard d’euros serviront à des “aides directes construites avec les industriels pour permettre sur des projets très précis d’apporter une aide de l’État".

 

L'enjeu pour l'Etat sera d'éviter des projets de relocalisation "à l'ancienne" en implantant des usines traditionnelles. Au contraire, celles-ci doivent d’une part intégrées des technologies innovantes comme l’IA, les cobots mais aussi savoir être polyvalentes. La pandémie Covid-19 a montré à quel point la reconversion rapide de certaines unités de production a été essentielle pour produire du gel hydroalcoolique et des masques. La non-spécialisation des machines permet beaucoup plus facilement de reconvertir une usine à de nouvelles tâches de production et éviter les impasses dans lesquelles se trouvent beaucoup de petites villes industrielles qui ont des usines tributaires de marchés spécifiques. Enfin, il est nécessaire d'inclure l'emploi local, le territoire dans ces investissements et éviter les implantations "hors-sol" à la manière d'es entrepôts Amazon. Il doit y avoir un engagement des industriels à s'engager dans le territoire où ils s'implantent (associations, environnement, aménagement), intégrer une démarche RSE territoriale.

 

Cette relocalisation aurait un impact positif et les cobots et l'impression 3D sont quelques exemples de machines polyvalentes.

Impact des relocalisation sur l'environnement, l'empreinte carbone, dépendances

Le transport de marchandises ou fret maritime représente 2,5 % des gaz à effet de serre sur le plan mondial. Le transport aérien de fret est proportionnellement beaucoup plus réduit mais important pour des secteurs comme le luxe.

 

Un des moyens de réduire fortement les émissions de CO2 est de rapprocher la fabrication de biens du consommateur et donc de relocaliser des usines aujourd'hui souvent très éloignées comme l'a révélé la pandémie du Covid-19. Par exemple, 60 à 80% des principes actifs des traitements comme les antibiotiques, les anticancéreux et les vaccins proviennent de Chine.

 

Cet éloignement met aussi en lumière notre dépendance vis-à -vis de pays qui peuvent avoir des intérêts divergents des nôtres et s'en servir comme moyen de pression diplomatique. Notre double dépendance vis-à -vis des Etats-Unis et de la Chine représente un vrai risque d'écartèlement pour l'Europe.

D'autre part, il y a selon The Shift Project mené par Jean-Marc Jancovici, un vrai risque que d'ici 2030, l'Europe soit confrontée à une chute de ses ressources en pétrole. (cf. video)

 

54 % de ressources en pétrole proviennent de pays qui vont voir leurs ressources pétrolières diminuer (pays en rouge dans le graphique) alors que les besoins en pétrole sur le plan mondial devraient s'accroître avec le risque de tensions géopolitiques qui en résulteraient.

 

L'impact devrait se faire sentir à partir de 2026.

Investissement dans des cobots, robots collaboratifs

Pour réduire cette dépendance et nos émissions de CO2, nous pouvons relocaliser un certain nombre d'usines. Le problème est évidemment le coût de la main d'oeuvre en France qui est bien supérieur à celui des pays asiatiques.

 

Pour y remédier, nous pouvons favoriser l'adoption des robots collaboratifs (cobots) capables de produire de manière polyvalente des biens adaptés aux clients finaux (à la différence des robots industriels).

Le suramortissement possible pour les PME à hauteur de 40% de leurs investissements dans la robotique, les logiciels et les machines de production effectués est un premier pas mais cela ne couvre pas le coût de l'intégration qui double généralement le prix total de l'investissement.

Idéalement, il faudrait aussi que les industriels fabricant ces cobots soient européens, voire français. De nombreuses startups comme IsyBot et Mip Robotics se développent sur ce créneau ainsi que des intégrateurs spécialisés.

 

Ces derniers sont indispensables pour adapter la solution cobotique avec les besoins spécifiques de l'usine. Si vous souhaitez creuser ce sujet, j'ai réalisé un projet de déploiement de cobots, et j'ai décrit de manière détaillée la démarche que j'ai adoptée.


Favoriser l'impression 3D pour faciliter la personnalisation de masse et réaliser les réparations

En plus des cobots, l'impression 3D permet aussi de réaliser de la personnalisation de masse à la demande tout en minimisant les ressources utilisées.

 

Cette personnalisation associée à l'exigence d'instantanéité des clients peut profondément transformer les circuits de fabrication des produits. Cela oblige à réduire fortement les délais et les distances entre le consommateur final et la production du produit (cf. article).

 

Si un industriel commande des centaines de milliers de pièces en Asie (notamment pour réduire le coût des transports et les coûts unitaires de fabrication) et qu'il n'est pas en capacité de les écouler, il se retrouve face à un énorme stock qu'il ne pourra plus, à juste titre jeter à partir du 31/12/2021 pour les produits couverts par un régime REP (responsabilité élargie du producteur) et au plus tard le 31 décembre 2023 pour les autres produits. (mesure sur les invendus non alimentaires de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire).

 

L'impression 3D évite de créer des moules chers pour de grandes séries et permet de créer des petites séries beaucoup plus proches du consommateur ( fog manufacturing ).

Seb l'utilise aussi pour réduire la quantité de pièces détachées stockées pour une partie inutilement afin de respecter la garantie du constructeur.

 

L'impression 3D en revanche n'est pas utilisable pour tout car il est nécessaire d'utiliser une matière extrudable (qui permet à un liquide / matière visqueuse de s'écouler par une buse et qui se solidifiera à l'air libre) ou d'une matière (résine ou poudre) qui se solidifie par laser.

 

Enfin, même si de plus en plus de produits issus de l'impression 3D sont recyclables et utilisent des matériaux biosourcés (startup FrancoFil) et même des déchets plastiques (startup 3Devo), il ne sont généralement recyclables que quelques fois et les produits multi-matériaux sont difficiles à recycler.

 

Sur le plan économique, le coût unitaire de fabrication est significativement plus élevé qu'une fabrication traditionnelle, d'où la nécessité d'avoir une vision totale des coûts en amont et en aval.

Développement de boîtes à outils digitales destinées aux collectivités.

Il existe de nombreuses solutions pour réaliser les diagnostics sur le plan environnemental et aider ainsi les collectivités à bien cibler leurs investissements ainsi que des solutions pour les aider à réduire l'impact environnemental des individus et des entreprises. Malheureusement, il n'y a pas encore suffisamment de partage entre elles.

 

Un des axes du secrétariat d'Etat chargé du Numérique en concertation avec le ministère de la Transition écologique et le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales pourrait être de mettre à disposition des boîtes à outils digitales intégrant des portails d'informations locales et des solutions d'entreprises à destination des collectivités et accessibles aux particuliers, entreprises, organisations.

 

A l'image du portail Cybermalveillance qui permet de réaliser un diagnostic en cas d'attaques numériques et vous propose des solutions et professionnels capables d'y répondre, ce portail aurait un rôle très opérationnel, faciliterait le partage d'initiatives et la recherche de solutions.

Startups et acteurs français dans l'environnement 

 

Des acteurs privés réunis sous la bannière PlayFrance.Digital ont aussi mis en place une cartographie des acteurs français apportant des solutions digitales.

 

Aujourd'hui, illustré par une carte de logos, il serait utile que celle-ci soit accessible à l'image des Pepites Tech via des filtres, des descriptions des solutions ... et qu'on puisse identifier celles qui permettent de réduire notre empreinte environnementale.

Une entreprise comme Studiofly Technologie réalise de la thermographie aérienne par drone permettant de détecter sur des grandes étendues les passoires thermiques afin de se concentrer sur les bâtiments nécessitant une rénovation énergétique urgemment.

 

Le drone agricole « RDM AG » développé par Reflet du Mondes permet de réduire drastiquement l'utilisation de produits phytosanitaires grâce à un largage ciblé et géolocalisé de graines permettant d'implanter du couvert végétal sur les cultures de maïs encore sur pied ou autres, dont les bénéfices sont nombreux : apport naturel en azote, maintien des sols, etc...

 

Elle peut également permettre le largage de micro-guêpes (trichogrammes) capables de détruire les parasites des cultures sur les parcelles agricoles (Pyrale du maïs.)

Sobriété numérique - Réduire l'impact du numérique

Rapport du Sénat : Bonnes propositions et deux non pertinentes

Le Sénat a fait part de bonnes propositions (à deux exceptions près) du Sénat pour limiter l'impact environnemental du numérique ( 2% des émissions de CO2, multiplié par 3 en 2040). 70% sont dues à la fabrication et distribution de mobiles, 11% dues à leur usage, 14% à l'utilisation de data centers, 7%, l'utilisation des réseaux télécoms.

 

Quelques exemples : informer les utilisateurs de l'empreinte carbone de leurs terminaux et usages numériques, créer une taxe carbone sur les terminaux importés hors UE, avoir un taux de TVA réduit sur la réparation et reconditionnement objets électroniques, renforcer complémentarité entre data centers et énergies renouvelables.

Je suis beaucoup plus réservé sur l'interdiction des forfaits mobiles illimités (ils n'existent pas mais sont limités à 20, 80 Go...) et sur la tarification selon le volume de données consommées tant qu'il reste raisonnable (<= 20 Go/mois).

 

La vraie question est l'usage plus que la quantité. Selon qu'on regarde Netflix sur son mobile ou qu'on réalise une téléconsultation ou du télétravail en 4G par manque de réseau fibre, l'intérêt du haut débit est complètement différent.

 

Selon Carbon Brief, visionner une vidéo 4K en 4G pendant 1h consomme autant que rouler avec une voiture conventionnelle durant 2,4 km. Si vous travaillez à 10 km de votre domicile (A/R), il faudrait que vous fassiez des réunions d'une durée totale de 8h/j en 4G avec une vidéo 4K pour polluer plus...

Forfaits mobiles à 80 Go, 100 Go pour 15€ ! 

En revanche, pour les forfaits mobiles de plus de 20 Go, il y a un risque important que de nombreux consommateurs abandonnent leur box Internet pour n'avoir qu'un forfait mobile et regardent leurs vidéos chez eux (s'ils ont une couverture ce qui n'est pas le cas de tous ). Ce serait un vrai pousse-au-crime écologique.

 

La consommation énergétique et donc l'empreinte environnementale est nettement supérieure en passant par des réseaux mobiles que par la fibre / WiFi.  D'après une étude de l'UIT  (Union internationale des télécommunications), la 3G consommerait 15 fois plus qu'en WiFi et la 4G, 23 fois plus. D'après une autre étude de l'ARCEP (autorité de régulation des télécoms en France) plus récente, la 4G consommerait dix fois plus que la fibre et recommande l'utilisation du WiFi chez soi plutôt que la 4G.

 

Dans un article, l'auteur teste le fait de se passer de box avec son forfait mobile. Avec un forfait 40 Go/mois, c'est un peu limite pour regarder la vidéo, mais avec 80 GO, c'est largement suffisant.

 

Pour éviter cela, une régulation par les prix semble très difficile. On pourrait imaginer une taxe carbone sur les forfaits mobiles au-delà de 20 Go  mais il n'y a quasiment aucune chance que cela n'arrive ! L'ARCEP propose toutefois "la régulation par la donnée, pour étendre la prise de conscience amorcée, en fournissant à l’utilisateur final les informations pertinentes sur les impacts énergétiques associés aux usages du numérique, sur des bases objectives et sans a priori. " et a commencé à collecter des données des opérateurs à ce sujet.

 

A première vue, il n'est pas sûr qu'économiquement, cela soit rentable à court terme pour les opérateurs d'inciter leurs clients à se passer de leur box Internet à moins d'augmenter fortement le prix de leur forfaits ( ce qui est tout-à-fait possible, certaines offres ne sont valables qu'un an et toutes sont des "séries limitées").

5G, remplaçant les box Internet fibre ?

Toutefois, il est possible qu’il y une stratégie des opérateurs de remplacer à terme les box Internet par la 5G. Les box coûtent chères à concevoir et fabriquer et les marges sont plus faibles qu'avec les réseaux mobiles. Les forfaits 5G à tarifs plus élevés seraient acceptés par les clients car ils remplaceraient leur box et cela rentabiliserait les investissements dans la 5G.

 

Selon moi, c'est la seule justification pour un particulier d'acheter un forfait 5G plus cher. Comme le coût marginal d'utilisation de la 5G est quasi nul, (ce sont les investissements dans les infrastructures qui coûtent chers), les opérateurs ont tout intérêt économiquement à inciter leurs clients à utiliser au maximum les capacités de la 5G.

 

Il pourrait y avoir un intérêt économique à la fois pour les opérateurs télécoms (qui rentabiliseraient plus facilement leurs infrastructures 5G), l'Etat (via la vente des licences de fréquences à partir de la fin de cette année) et les consommateurs (qui réduiraient leurs factures télécoms). La 5G consommerait nettement moins que la 4G sur le plan énergétique. Il serait utile d'avoir des mesures fiables à ce sujet d'une autorité comme l'ARCEP (sur le cycle complet via des ACV mais aussi en marginal, le nombre de KWh / Go transféré via la 5G versus WiFi + fibre optique).

 

Le seul perdant dans l'histoire risque d'être notre planète si l'utilisation de la 5G consomme bien plus d'énergie que le WiFi via la fibre ...

 

Avoir un déploiement raisonné de la 5G

Ne nous voilons pas la face, pour des usages à très haut-débit (nommé eMBB) et à très faible latence (nommé « critical IoT » - URLLC), la 5G consomme plus d'énergie que la 4G ou la 3G. 

 

Dans le premier cas, la raison est purement physique. Plus vous augmentez le débit, puis vous consommez d'énergie. En revanche, il semble qu'à débit identique, la 5G consommerait moins marginalement (par Go supplémentaire) que la 4G ou 3G. Toutefois, il faut ajouter la fabrication de matériels spécifiques à la 5G et l'augmentation du nombre d'antennes-relais par rapport à la 4G afin de réduire les délais de latence (cf. ci-dessous) .

Augmentation du débit

Pour augmenter le débit, la 5G utilise notamment de nouvelles fréquences nommées ondes millimétriques (aux alentours de 26 GHz), les équipements utilisant cette fréquence consomment beaucoup plus d'énergie que les équipements utilisant des fréquences beaucoup plus basses (2,4 GHz et 5 GHz pour le WiFi, 868 MHz / 900 MHz pour les réseaux bas débits comme Lora et Sigfox).

 

Cette fréquence a un inconvénient additionnel, elle peut brouiller par effet de bord les mesures des météorologues sur la concentration en vapeur d'eau (qui a une fréquence de vibration entre 23,6 et 24 GHz ) ce qui pourrait réduire fortement notre capacité à modéliser l'évolution du réchauffement climatique !

 

Si la 5G 26 GHz est très majoritairement utilisée dans des espaces clos (ex : usines, portions d'autoroutes...), le problème est beaucoup moins grave que si les fréquences millimétriques sont largement utilisées.

Concernant les impacts sur la santé, l'Agence nationale de sécurité sanitaire remarque un manque de données scientifiques sur les effets sanitaires de l'exposition à la 5G pour les fréquences autour de 3,5 GHz et doit réaliser des expertises sur les fréquences plus élevées dites « millimétriques ».

 

Elle avait eu l'occasion de faire des études sur des dispositifs de type 'scanners corporels' à ondes millimétriques, fonctionnant autour de 24 GHz (proche des 26 GHz ).

Réduction de la latence

Dans le deuxième cas, pour réduire les délais de latence de la 5G, on réduit la distance entre l'objet connecté en 5G et l'antenne 5G. Cela signifie que vous devez augmenter le nombre d'antennes 5G par rapport à la 4G (utile notamment pour les usages comme le véhicule connecté, l'usine, 4.0, l'e-santé et la téléconsultation).

 

Si vous augmentez le nombre d'antennes 5G, malgré les économies d'énergie de cette nouvelle technologie, vous augmenterez aussi globalement l'énergie consommée et donc les GES.

Que faire ? Un usage raisonné de la 5G

Faut-il pour autant rejeter la 5G ? Non, dès lors que son impact positif est supérieur à ses impacts négatifs. Il est donc nécessaire d'avoir un déploiement raisonné correspondant à des besoins de territoires, d'axes routiers, de pôles d'entreprises industrielles ... Réaliser un moratoire comme cela a été demandé par une soixantaine d'élus me semble une erreur car pour apprécier l'intérêt et les risques de la 5G, il faut l'expérimenter puis augmenter la taille et le nombre des expérimentations en fonction des résultats terrains de celles-ci. Un moratoire nous empêche d'avoir des données fiables pour prendre de bonnes décisions.

 

La 5G a d'autre part tout son sens pour couvrir des communes qui n'ont pas accès à la fibre et qui peuvent ainsi bénéficier de services tels que les télé-consultations médicales. Elle est aussi utile dans des usines pour faciliter le pilotage de machines à distance et sur des portions d'autoroutes pour faciliter le trafic de véhicules connectés.

 

Pour le consommateur final, un déploiement plus important de la 4G suffirait amplement pour la plupart des usages. La 5G serait utile pour réaliser de la vidéo 360° et de la VR et réalité augmentée mais elle consomme beaucoup d'énergie. Il n'y a pas d'urgence à ce sujet et présente même un risque d'effet rebond. Le développement de l'usage accroîtrait fortement les consommations énergétiques et GES. Comme évoqué précédemment, le risque est que les box Internet fibres soient massivement remplacées par des forfaits mobiles 5G.

 

Pour les objets connectés à bas débit et faible énergie, la 5G (massive IoT - mMTC ) spécifique à l'IoT apporte très peu car LTE, NB-IoT, Lora et Sigfox répondent à la plupart des besoins. En revanche, cela aura du sens, le jour où il y aura une migration complète de la 3G et 4G vers la 5G si cela permet de réduire fortement les infrastructures télécoms et donc leur consommation. La 5G permettrait aussi de délester des zones desservies en 3G/4G saturées mais encore, il faut faire attention à l'effet rebond.

Une couverture 5G nationale à l'image des objectifs de couverture de la 4G me semble donc disproportionnée. Une couverture issue d'un croisement entre un tigre (pour les autoroutes et routes principales) et un léopard (centres denses) serait plus appropriée selon moi qu'une couverture en peau de panthère noire !

 

La 3G/4G et les réseaux bas débits (Lora, Sigfox, NB-IoT , LTE-M) suffisent très majoritairement sinon. (cf. aussi article sur la 5G). Des expérimentations dans des territoires volontaires me semblent indispensables pour mesurer l'intérêt, les usages et les inconvénients de la 5G.

 

Vous trouverez aussi une très bonne analyse du Shift Project sur la 5G ici (ainsi que globalement sur la sobriété numérique)

La 5G commence à soulever des réactions fortement hostiles comme l'illustre le combat entre la ville de Grenoble et les opérateurs télécoms et même des Fake News (reconnus par leurs auteurs !) .

 

Pour éviter que le débat devienne purement politique et polémique indépendamment des usages, il serait judicieux de jouer cartes sur table. Le risque sinon est un refus massif de la 5G par la population, alors qu'il y a de vrais intérêts à l'utiliser de manière raisonnée.

 

Souvenons-nous des débats houleux autour de l'implantation des antennes-relais près des écoles et lieux publics... des oppositions frontales entre les opérateurs télécoms et les associations comme le Robin des toits.

 

Pour conclure sur la 5G, comme le dit très bien Sébastien Soriano, président de l'Arcep, elle doit se développer comme un bien commun pour l'ensemble des citoyens.

Faciliter l'accès à notre impact environnemental numérique

Les consommateurs devraient avoir la possibilité de facilement connaître leur impact environnemental dans l'utilisation de solutions numériques et avoir à disposition des solutions pour les réduire.

 

C'est le combat d' Inès Leonarduzzi qui a créé Digital For The Planet, une ONG mondiale qui lutte contre la pollution digitale qui déploie aussi une approche LDCC (Low Digital Carbone Company), qui vise à réduire drastiquement leur impact carbone lié aux usages numériques et à développer des modèles circulaires numériques.

 

Un amendement du  projet de  Loi pour l'Economie Circulaire  va aussi contraindre les opérateurs à renseigner leurs clients sur la quantité de gaz à effet de serre émise par leur consommation de data mobile via leur facture à partir de 2022. Cela conduirait à les sensibiliser. L'ARCEP collecte aussi depuis avril 2020, les émissions de gaz à effet de serre produits par les principaux opérateurs de télécommunications sur leurs réseaux et sur la consommation électrique des box utilisés par leurs clients.

A ce titre, l'Union européenne veut instaurer un droit à la réparation des smartphones et tablettes à l'horizon 2021.

 

Elle obligera à rendre les smartphones et tablettes plus durables et faciles à réparer grâce à un meilleur choix des matériaux, une conception adaptée à la réparation, une plus longue prise en charge pour les mises à jour système, et l'instauration d'un nouvel étiquetage avec une note de réparabilité.

 

Les appareils vendus en Europe devront également favoriser les matériaux recyclés plutôt que des matières premières primaires. La destruction des marchandises durables invendues sera interdite.

Intégrer des indicateurs d'efficacité énergétique dans les appels d'offres publics sur l'hébergement des données

L'indicateur d'efficacité énergétique (en anglais PUE ou Power Usage Effectiveness) est utilisé pour qualifier l'efficacité énergétique d'un centre d'exploitation informatique. Il quantifie le ratio entre l'énergie totale consommée par l'ensemble du centre d'exploitation (avec entre autres, le refroidissement, le traitement d'air, les UPS (onduleurs)...) et la partie qui est effectivement consommée par les systèmes informatiques que ce centre exploite (serveurs, stockage, réseau).

 

En revanche, il ne prend pas en compte la réutilisation éventuelle de la chaleur produite par les serveurs ni l'utilisation d'énergies réutilisées et renouvelables pour alimenter les serveurs.

 

Les Européens proposent un autre indicateur appelé DCEM (pour Data Centre Energy Management) qui corrige les défauts du PUE en prenant en compte non seulement la consommation d'énergie et le coefficient d'efficacité énergétique, mais aussi les énergies réutilisées et renouvelables.

 

Le rapport public « Réduire la consommation énergétique du numérique » le cite comme indicateur à utiliser et propose aussi de nombreuses autres pistes pour réduire l'impact environnemental du numérique.

Développer l'ordinateur quantique, le Transfer learning et les modèles open source afin de réduire la consommation énergétique de l'IA 

L'entraînement de réseaux neuronaux peut consommer de très fortes quantités d'énergie s'il faut commencer à partir de rien. En revanche, il faut nettement moins d'énergie pour créer des réseaux neuronaux à partir de réseaux neuronaux existants en utilisant des techniques comme le Transfer learning et le Federated Learning (cf. article).

 

Le développement de modèles de réseaux neuronaux open-source permettrait de réduire encore la consommation énergétique et les émissions de GES en réduisant les entraînements inutiles.

 

Enfin, l'ordinateur quantique a la capacité d'évaluer une combinaison exponentielle de possibilités en un temps polynomial pour une consommation énergétique beaucoup plus faible que les ordinateurs classiques. Or c'est la démarche réalisée pour entraîner un réseau neuronal.

 

Aujourd'hui la consommation énergétique des ordinateurs quantiques est encore élevée en raison notamment du refroidissement par laser ou avec de l'hélium des ions nécessaires au calcul quantique (d'une dizaine de kelvins soit -260°C).

 

Néanmoins, il faut s'attendre à une forte réduction de cette consommation. Investir dans l'ordinateur quantique est un moyen qui se révélera indispensable pour entraîner des réseaux neuronaux de plus en plus complexes pour un coût énergétique et des émissions de CO2 faibles

« Digital Shadow Governement »

Sur le plan global, nous pourrions imaginer un "digital shadow government" qui aurait pour objectif de travailler ensemble pour coordonner les initiatives interministérielles.

 

Les membres de ce groupe seraient rattachés directement au ministre de tutelle. Un de ces membres serait directement rattaché au Premier ministre.

 

Chaque membre du groupe aurait pour tâche d'identifier les problématiques majeures de son ministère en concertation avec les acteurs concernés. Accompagné par une équipe projet « volante », interministérielle, il devrait évaluer les problèmes sur lesquels les projets numériques auront le plus d'impact et le moins de difficultés et frictions à être mis en place puis déployer les projets au sein du Ministère.

 

Les membres du « digital shadow government » coopéreraient, mutualiserait leurs efforts et rendraient compte de l'évolution des résultats.

 

Nous pourrions aussi imaginer un "Environnemental and Social Shadow government", car la transition écologique et social ne touche pas un seul ministère mais comme le digital touche tous les ministères.

Conclusion

Il existe bien d'autres moyens d'utiliser le numérique pour réduire l'empreinte environnementale globalement et en particulier sur son propre périmètre.

 

 

Pour éviter les inévitables affrontements entre les techno-enthousiastes et techno-sceptiques, il est indispensable de jouer cartes sur table, d'évaluer les avantages et les inconvénients des technologies sur le plan environnemental et sociétal, de les exposer au grand public en évitant au maximum les partis pris.

 

 

 


C'est la démarche que je défends notamment dans l'interview sur l'innovation utile sur B Smart TV et sur l'IA responsable.

 

Missions Livosphere

Si vous souhaitez avancer sur ces sujets, sensibiliser vos collaborateurs, les former ou réaliser des projets sur l'innovation technologique ou durable (RSE/économie circulaire), nous vous proposons de

  • piloter des projets d'innovation de bout en bout de l'idée à au déploiement opérationnel : "sourcing" des innovations, conception et construction des solutions avec des partenaires et déploiement opérationnel avec une démarche adaptée aux problématiques des entreprises clientes
  • réalisation de conférences ainsi que des formations spécifiques à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment

n'hésitez pas à me contacter . Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

Conseil en Innovation (IA, IoT, RSE / Économie circulaire ) - Contact - contact@livosphere.com

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

Mission Economie Circulaire et relocalisation dans la Mode, le Textile et le Luxe grâce à une approche filière et l'innovation

Filière textile française durable  Brune Poirson, Agnès Pannier­-Runacher, CSF « Mode / Luxe » Guillaume de Seynes Livosphere

Le lancement d'une mission pour le développement d'une filière textile française durable par Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire et Agnès Pannier­-Runacher, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, sous l'égide Guillaume de Seynes, président du CSF « Mode / Luxe » (cf. vidéo) est une excellente initiative pour la filière Mode / Textile. (English version)

 

L'enjeu est triple : permettre la relocalisation d'industries et d'emplois, la réduction de dépendance à l'étranger et le développement d'une filière d'économie circulaire dans le textile et la mode.

 

La norme d'économie circulaire nommée XP X30-90  (aussi cryptique que le prénom du fils d'Elon Musk X AE A-12 ! ) apporte une démarche et des objectifs clairs.

 

Il y a de nombreuses innovations et startups dans l'éco-conception, l'économie de la fonctionnalité, consommation responsable ... dont peuvent s'inspirer cette initiative. La vente d'options de réparation et d'upcycling à l'achat de vêtements ou des mesures fiscales comme une TVA d'économie circulaire par exemple pourraient accélérer la transition vers une économie circulaire.

 

Néanmoins, il reste quelques paradoxes à résoudre comme le surcoût d'une matière recyclée par rapport à une matière vierge en raison de la main d'oeuvre et une exigence accrue de la réglementation rend plus difficile le recyclage de produits passés.

 

Pour y parvenir l'approche filière est indispensable afin de coordonner les acteurs et mutualiser les coûts. Pour réussir, l'implication des territoires est indispensable pour déterminer les ressources et les besoins locaux.

 

Quelques clés pour réussir cette initiative :

  • La traçabilité des déchets et des sous-produits (ex : copeaux de bois non jetés dans une scierie) nommés Matières Premières Recyclées (MPR) en cas de recyclage.
  • Le « matching » en temps réel et géolocalisé entre des déchets caractérisés en sortie et les besoins correspondants en entrée d'autres industriels.
  • le développement d'un flux logistique durable entre les acteurs fournisseurs de déchets et les industriels les utilisant dans un périmètre limité si possible

La traçabilité des déchets et sous-produits est aussi importante dans la mode et le luxe pour éviter le détournement des matières et leur réutilisation pour des produits de contrefaçon.

Sommaire (Lien direct vers les parties d'articles)

Paradoxes de l'Économie circulaire

  • Plus cher de réutiliser/recycler que de fabriquer et utilisation de la technologie (IA,IoT, blockchain)
  • Réglementation : Quand la sécurité freine la réutilisation / recyclage ex: Recyclage du plastique bromé

Conclusion

Norme économie circulaire - XP X30-901

Norme économie circulaire - XP X30-901

Cette initiative pourra aussi s'appuyer sur la norme économie circulaire - XP X30-901, développée sous la direction de l'AFNOR. Elle est aujourd'hui expérimentale et volontaire et intègre à la fois une démarche et des documents normatifs pour qu'une entreprise adopte sa transition vers une économie circulaire.

 

La norme cartographie sous forme de matrice trois aspects du développement durable : environnemental (diminuer l'impact environnemental), économique (Augmenter l'efficacité dans l'utilisation des ressources), sociétale (améliorer le bien-être des parties intéressées internes et externes) et sept étapes différentes : Approvisionnement durable, éco-conception, symbiose industrielle (écologie industrielle et territoriale), Économie de la fonctionnalité, consommation responsable, Allongement de la durée d'usage, gestion efficace des matériaux ou produits en fin de vie.

Norme économie circulaire - XP X30-901

Elle s'intègre dans la norme RSE ISO 26000 plus générale même si l'une ne nécessite pas l'autre et inversement.

 

La France est pionnière sur le plan mondial dans l'économie circulaire et l'écoconception grâce à elle. Elle est en cours d'extension pour devenir une norme internationale ISO/TC 323 dans 61 pays.

 

Comme toute norme, il ne s'agit pas d'appliquer dès le début la totalité de celle-ci mais plutôt de l'utiliser comme guide progressivement pour adopter une démarche circulaire. Enfin, à chaque fois, il faut tenir compte des réalités terrain afin qu'elle suscite l'adhésion et qu'elle ne soit pas perçue comme une contrainte administrative.

Innovations dans l'économie circulaire

Approvisionnement durable

L'approvisionnement durable (extraction et achats durables) concerne le mode d'exploitation/extraction des matières premières visant une exploitation efficace des ressources en limitant les rebuts d'exploitation et l'impact sur l'environnement (Définition AFNOR).

Quelques exemples d'innovation

Fortum et Spinnova  vêtements  déchets agricoles,  paille de blé.

Fortum et Spinnova présentent les premiers vêtements au monde fabriqués à partir de déchets agricoles, notamment de la paille de blé. L'intérêt de la paille est son impact extrêmement faible sur l'environnement résultant de l'extraction, du traitement et de la fabrication de la matière première, vérifié par une analyse du cycle de vie (ACV).

 

Spintex fabrique des fibres de soie pure et résistante. Les fibres sont filées à partir d'une solution de soie à base d'eau, provenant en partie de flux de déchets pré-consommation.

 

Pili crée des colorants biodégradables mais résistants aux lavages grâce à des micro-organismes analogues aux levures utilisées pour fabriquer la bière, le pain. Ils consomment 5 fois moins d'eau, produisent 10 fois moins de CO2...

Eco-conception

Resortecs - fils dissolvant

L'éco-conception vise à intégrer, de manière systématique, les aspects environnementaux dans la conception et le développement des produits avec pour objectif la réduction des impacts environnementaux négatifs tout au long de leur cycle de vie (Définition AFNOR).

 

Exemple d'innovation

Resortecs fabrique des fils qui se dissolvent sous la chaleur et qui permettent de désassembler des vêtements en leurs différents composants tout en étant lavable, repassable.

 

Cela permet très facilement de décomposer un jean par exemple en ses différents éléments (textile, boutons, tirettes...) et d'en créer ou réparer un nouveau beaucoup plus facilement.

Symbiose industrielle ou Ecologie Industrielle et Territoriale (EIT)

L'écologie industrielle et territoriale (EIT), aussi appelée symbiose industrielle, constitue un mode d'organisation interentreprises par des échanges de flux (les rejets des uns viennent des ressources pour les autres) ou une mutualisation de besoins (approvisionnement en commun, partage d'équipements et de service, collecte de déchets mutualisée, achat groupé d'énergie, etc.)

 

L'EIT vise à optimiser les ressources sur un territoire, qu'il s'agisse d'énergies, d'eau, de matières, de déchets mais aussi d'équipements et d'expertises (Définition AFNOR).

Quelques exemples d'innovation

Au juste est une marque de pulls mixtes 100% recyclés et entièrement fabriqués en France. Elle a choisi de réduire la distance entre les personnes qui achètent et le site de fabrication. Les pulls sont ainsi tricotés dans la Loire, par un expert de la maille depuis 30 ans.

 

Hopaal a aussi fait le choix des matières recyclées et de l'approvisionnement local. Située à Anglet sur la côte Basque, elle ne s'approvisionne que dans un rayon inférieur à 1500 kilomètres : France, Espagne, Portugal et Italie.

Allongement de la durée d'usage

L’allongement de la durée d’usage se traduit par la mise à disposition d’un produit ou d’un service dans des conditions permettant de prolonger sa durée d’usage au regard d’un produit ou d’un service équivalent.

 

La réparation, le réemploi (toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique) et la réutilisation (toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont utilisés de nouveau) sont les leviers de l’allongement de la durée de vie du produit. 

Quelques exemples d'innovation

En plus des startups connues comme Vestiaire Collective (articles de mode et luxe d'occasion authentifiés), Vinted ou tout simplement Le Bon Coin qui facilite l'achat, revente de vêtements, il y a des startups comme Frankie Collective qui vont encore plus loin.

 

Elle collecte des vêtements et produits de marque et les transforme (upcycling) en nouveaux produits comme des sacs, de nouveaux vêtements ...

 

Des entreprises comme HandBag Clinic réparent déjà des sacs, mais aujourd'hui de grandes marques comme Chanel (nommé bichonnage, aujourd'hui réservé aux sacs 2.55 noirs pour un coût inférieur à 10% de la valeur du sac selon les réparations à réaliser) et Louis Vuitton réalisent ces opérations et sont capables de merveilles ...

Proposition : Appliquer une TVA à 5,5% pour les travaux de réparation ou pour des produits réutilisés localement

Afin de favoriser la réutilisation des produits, une taxe de 5,5% (à défaut 10%) pourrait être appliquée pour tous les travaux de réparation / « upcycling » de produits en incluant les pièces de réparation, à condition que le montant total ne dépasse pas 20% (par exemple) de la valeur du produit neuf.

Développer une TVA économie circulaire avec la traçabilité garantie

Pour accroître l'impact de cette mesure, nous pourrions favoriser une TVA différenciée de 5,5% (à défaut 10%) pour les produits issus de l'économie circulaire.

 

Afin de bénéficier de cette TVA Économie circulaire, le fabricant et distributeur devrait être capable de montrer que ces produits ont le Label origine France Garantie (entre 50% et 100% du prix de revient unitaire est français, produit prend ses caractéristiques essentielles en France).

 

On pourrait être même plus exigeant et demander que la majorité du prix de revient unitaire soit réalisé à moins de 100 km (par exemple) du lieu de distribution du produit et issu de la réutilisation à défaut du recyclage d'autres produits. Afin de s'en assurer, la traçabilité unitaire de ces produits pourrait être nécessaire (cf. article) et auditable dans une base de données centrale ou décentralisée (comme une blockchain).

Comme ces outils ne sont pas nécessairement à la portée des TPE, PME qui respecteraient ces règles mais n'auraient pas les moyens de les prouver, nous pourrions promouvoir des offres de startups (ou autres) à prix raisonnables, facilitant cette traçabilité et évalués par les pouvoirs publics.

 

Inversement, nous pourrions accroître l'écocontribution si les produits proviennent de pays lointains en raison de leur impact environnemental en matière de transports. Ces mesures devraient bien sûr être compatibles avec les règles européennes, néanmoins la France pourrait favoriser l'assouplissement des règles afin d'encourager l'économie circulaire et dissuader l'économie linéaire.

Économie de la fonctionnalité

L'économie de la fonctionnalité privilégie l'usage à la possession et tend à vendre des services liés aux produits plutôt que les produits eux-mêmes. L'économie de la fonctionnalité challenge l'ensemble du modèle économique d'une entreprise qui vend des produits à l'unité.

 

Quelques exemples d'innovation :

Dresswing propose de gérer votre garde-robe en louant vos vêtements et accessoires, elle propose même un service complet incluant le shooting photo, l'upload des articles et toute la logistique. Il y a même la possibilité de vendre ses vêtements. L'intérêt est de monétiser des « actifs immobilisés » chez soi 😉

Consommation responsable

La consommation responsable se traduit pour l'acheteur, qu'il soit acteur économique ou citoyen consommateur, par la prise en compte des impacts environnementaux, sociaux et économiques dans l'acte d'achat et d'usage d'un bien ou d'un service.

Innovation : Recyclage de masques chirurgicaux usagés

La startup Recnorec permet de recycler les gants et masques jetables qui ne sont ni recyclables ni biodégradables en matière première recyclée. Celle-ci peut être utilisée pour créer des objets recyclables utilisant sinon du plastique vierge.

 

Les masques jetables sont pour la plupart conçus à base d’un polymère dérivé du pétrole, le polypropylène (PP). Ils mettent entre 400 et 500 ans à se dégrader.

 

La difficulté de leur recyclage réside dans la variété de leur composition (élastique ou lanière, barrière d'étanchéité, pince nez ...) qui rend les solutions traditionnelles inopérantes.

 

Recnorec a testé ces masques dans son process de Recherche et Développement (masques jetables, réutilisables, lavables, tissu...). Ils recherchent un budget de 30 000 €  pour mettre au point en détail les paramètres de recyclage et les utilisations du matériau.

Innovation de rupture : Option de réparation, location, upcycle à l'achat de vêtements

Actuellement, les industriels de la mode et du luxe n'ont pas en général d'action proactive envers leurs clients pour qu'ils adoptent une consommation responsable. Nous pourrions imaginer une innovation de rupture qui à ma connaissance n'existe pas pour les vêtements et accessoires de mode, une option de réparation, « upcycle » associée à d'autres services comme la location ou la revente.

 

Pour réaliser un parallèle, la plupart des opticiens proposent une assurance réparation pour les lunettes lors de leur achat. Le risque n'est pas géré par l'opticien lui-même mais par un assureur. En fonction du risque, l'assureur vend cette assurance à l'opticien qui la revend avec une marge (généralement élevée) au client final.

Dans le même esprit, les vêtements et accessoires pourraient être vendus avec une option additionnelle qui donnerait la possibilité de le réparer gratuitement. Les fabricants pourraient calculer le prix moyen d'une réparation et le nombre moyen de réparations souhaitées par vêtement. En fonction, ils peuvent travailler avec un assureur qui porterait le risque.

 

Pour compléter, cette option pourrait accorder des conditions avantageuses pour upcycler, louer et revendre les vêtements.

 

Ce type d'option systématiquement proposé à la vente et à la condition qu'elle ne dépasse pas les 15% du prix de vente pourrait stimuler un comportement circulaire de la part des consommateurs.

 

Il faudrait aussi s'assurer que cette mesure ne provoque pas d'effet rebond massif (achat de beaucoup plus de vêtements neufs en raison de cette disposition).

Gestion efficace des matériaux ou produits en fin de vie.

La gestion efficace des matières en fin de vie se traduit par l'opération de valorisation des résidus post-consommation. Ce domaine concerne l'ensemble des techniques de transformation des déchets après collecte, visant à en réintroduire tout ou partie dans un cycle de production, y compris les déchets organiques.

 

Quelques exemples d'innovation :

De plus en plus d'entreprises proposent de retourner leurs vêtements pour en obtenir de nouveaux (un avoir sur le prochain). Mud Jeans par exemple utilise à 40% des jeans recyclés pour fabriquer leurs jeans. Angarde utilise des bouteilles en plastique recyclées et d'autres matières éco-conçues pour remplacer le coton et le cuir et recyclent les anciennes paires Angarde en proposant une réduction de 20% sur le prochain achat.

Paradoxes de l'Économie circulaire

Plus cher de réutiliser/recycler que de fabriquer

La problématique

Pour avoir une approche et un modèle économique pérenne dans le temps, le coût de revient des produits réemployés, réutilisés ou issus de matières recyclées (économie circulaire) devrait être au moins équivalent, idéalement inférieur au coût des produits issus de matières vierges (économie linéaire).

 

Lorsque les déchets sont donnés gratuitement, cela peut paraître évident. En réalité, les coûts de collecte, de tri, de transformation sont souvent bien supérieurs aux coûts de fabrication linéaire.

 

Ces étapes nécessitent une main d'oeuvre humaine ce qui est positif pour l'emploi local. Néanmoins si le surcoût est trop élevé, cela empêche de proposer des produits à des prix acceptables pour les consommateurs et donc est un frein majeur au développement d'une économie circulaire.

Pour le recyclage de produits mono-matières ou simples, le processus pour passer d'une matière hétérogène à une matière adoptant des critères nécessaires pour la production (nommées Matières Premières de Recyclage ou MPR) est très mécanisé et de plus en plus automatisé. Les surcoûts sont donc plus faibles que pour des produits complexes comme les produits électroniques qui nécessitent une déconstruction souvent manuelle.

 

Pour cette raison, ils sont malheureusement souvent envoyés dans des pays émergents avec des impacts écologiques dramatiques. Le renvoi vers l'Europe de bateaux remplis de containers de déchets électroniques à partir d'Asie montrent qu'heureusement ce temps devient révolu.

 

Le réemploi (produit réemployé sans être devenu un déchet) ou la réutilisation (produit devenu un déchet et transformé en produit) d'un produit génère aussi des coûts élevés de main d'oeuvre mais moins si les transformations sont peu nombreuses et surtout si le produit a été éco-conçu et donc facilement réparable et « upgradable ».

Idées pour résoudre ce paradoxe - Innovation technologique

Pour réduire l'impact écologique, il faudrait que le diamètre du cercle contenant l'ensemble des étapes d'une économie circulaire soit réduit. A l'inverse, pour réduire les coûts en mutualisant les infrastructures, il peut être nécessaire d'augmenter ce diamètre. Il faut donc trouver un juste milieu !

 

Pour réduire ces paradoxes, la technologie peut être utile. L'IA permet de trier beaucoup plus précisément les déchets intégré au tri optique, l'IoT / Internet des Objets facilite le partage des produits (ex : bornes de partage, vélos électriques) et une économie de fonctionnalité et la blockchain permet d'assurer une meilleure traçabilité des produits.

 

Chaque technologie a aussi ses inconvénients, en consommation d'énergie, en complexité accrue de recyclage. Il faut donc les utiliser si elles apportent une valeur ajoutée importante sur le plan écologique.

Réglementation : Quand la sécurité freine la réutilisation / au recyclage

La réglementation permet de s'assurer de la qualité et de la sécurité des produits pour les consommateurs, néanmoins Sécurité elles peuvent complexifier la réutilisation et le recyclage des produits en particulier si les normes évoluent rapidement.

 

L'impossibilité de décomposer un produit pour des raisons de sécurité (parties inaccessibles ou gangue de plastique ceinturant des parties électroniques), empêche une réparation à bas coût car la panne de petites pièces nécessite le remplacement de pièces beaucoup plus grosses et onéreuses. Certains fabricants utilisent aussi cet argument pour inciter les consommateurs à racheter de nouveaux produits.

 

La Loi pour une Economie Circulaire s'attaque à ce problème en demandant que certaines catégories de produits électriques et électroniques affichent dès 2021, un indice de réparabilité fondé sur 4 critères : la disponibilité d'une documentation technique précise, la facilité de démontage et de remontage, la disponibilité des pièces détachées, ainsi que leur prix.

Recyclage du plastique bromé

L'augmentation de nos critères d'exigence est aussi un frein au recyclage des anciens appareils.

 

Les fabricants de matériel électrique intègrent ainsi du brome (nommé aussi RFB POP, retardateurs de flamme bromés, polluants organiques persistants) pour ignifuger leur matériel. Le plastique bromé au-delà d'un certain seuil est un perturbateur endocrinien. On les trouve dans 85% des jouets, outils électriques, systèmes d'éclairage et, surtout, dans les gros équipements électroménagers (réfrigérateurs, etc.). selon une étude de l' Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques)

 

Depuis 2006, une directive européenne impose de séparer les plastiques bromés des autres, avec un seuil de 2 g de brome par kilo, soit 2 000 parties par million (ppm) défini en ... 2015.

 

Ces plastiques ne peuvent pas être recyclés, ni mis en décharge, ni brûlés dans les incinérateurs classiques. Ils doivent être traités en incinérateurs de produits dangereux.

 

Cette limite au recyclage tout-à-fait justifiée pour des produits au contact d'utilisateurs et consommateurs pourrait potentiellement être assouplie pour des produits avec lesquels le public (ex: gaines électriques intégrées dans le bâti) n'a aucun contact et s'il ne présente aucun risque pour le personnel qui le fabrique et l'installe.

Une startup Earth Wake réalise aussi un pyroliseur autorisé à brûler ces déchets et les transformer en essence utilisable dans son véhicule ( mais en payant très probablement la TIPP 😉).

 

La coke ou le char, partie restante après la pyrolyse représente moins de 5% du volume initial et conscient les métaux tels que le brome, l'antimoine ... et peuvent être utilisés dans la composition des routes notamment.

 

L'inconvénient est qu'ilne faudrait pas que cela nous dissuade de ne plus réduire notre consommation de pétrole et de plastique !

Les normes de fabrication s'appliquent à tous y compris aux importations néanmoins il est très difficile à la DGCCRF de vérifier la quantité de plastique recyclé intégrant du brome dans des produits étrangers car à la différence des industriels français, ils ne peuvent auditer leurs usines. Comme les coûts et les ressources nécessaires au contrôle sont très élevés, beaucoup de produits importés peuvent échapper à la vigilance des autorités ce qui est une forme de concurrence déloyale à l'encontre des industriels français.

 

Une méthode serait de permettre aux industriels français de pouvoir réaliser un premier contrôle sur des produits importés avec un audit des techniques utilisées. Les produits ne respectant pas la norme française ou européenne pourraient être transmis à la DGCCRF et aux Douanes afin de réaliser un 2e contrôle et d'agir en conséquence.

 

En ces temps, on veut encourager la réindustrialisation, toutes les initiatives permettant que les règles soient appliquées par les produits fabriqués en France et à l'extérieur de manière identique sont bienvenues.

Conclusion

L'industrie de la mode et du textile a vu une grande part de ces industries partir à l'étranger pour des raisons de coût de main d'oeuvre, elle a aussi montré ses capacités de rebond lors de la pandémie avec la fabrication massive de masques (mais malheureusement fortement délaissés au profit des masques jetables provenant de Chine).

 

La mission de textile durable et l'économie circulaire sont une vraie opportunité pour cette filière qui peut ainsi favoriser le développement d'une nouvelle industrie, source d'emplois locaux mais aussi respectueuse de l'environnement.

 

Missions Livosphere

Si vous souhaitez avancer sur ces sujets, sensibiliser vos collaborateurs, les former ou réaliser des projets sur l'économie circulaire ou la RSE.

  • je réalise pour des entreprises, des missions pour "sourcer" des innovations, les évaluer, concevoir et construire des solutions avec les partenaires développant ces solutions qui répondent aux problématiques des entreprises clientes et les déployer. 
  • je réalise des debrief / conférences ainsi que des formations spécifiques à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment , n'hésitez pas à me contacter :) Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

Conseil en Innovation (IA, IoT, RSE / Économie circulaire ) - Contact - contact@livosphere.com

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

Articles sur le même thème

Innovations

Économie circulaire 

Innovations

Énergie,Eau, Biodiversité

Innovations Mobilité, Santé, Inclusion, Finance Durable et Indicateurs RSE/ESG


ChangeNow - Innovations Mobilité, Santé, Inclusion, Finance Durable et Indicateurs RSE/ESG

Ce 4ème article sur les innovations à ChangeNow est consacré à 4 thèmes différents : Mobilité, Inclusion, Finance Durable et les indicateurs RSE. (English version)

Dans la mobilité, les innovations présentes permettent de pouvoir choisir les transports les plus écologiques en tenant de nos contraintes (The Treep), d'investir et d'utiliser des véhicules partagées (Pony)  mais aussi de partager l'énergie des véhicules avec les les infrastructure (ex: Gare avec Solarcamp).

 

Dans la santé, la réalité virtuelle aide à apprendre les premiers gestes de secours (D'un seul geste) et réduisent les prix des diagnostics à très bas coût (Unima).

 

Dans l'inclusionIsahit aide les femmes à avoir des activités rémunérées tandis que Lulu dans ma rue participe à l'inclusion sociale  en développent une conciergerie solidaire de quartier (bricolage, ménage...) sous forme d'EITI.  Stirrup aide les sans-abris à trouver un logement grâce à des logements vacants prêtés en échange d'un déduction fiscale similaire aux dons alimentaires (Phénix). Lifiled  et SolarPak  aident les habitants des pays en voie de développement à avoir accès à Internet ou à être éclairés.

 

Dans la Finance Durable, il faut s'y retrouver parmi les nombreux labels : ISR, GreenFin ... Bayseddo aide à financer des projets durables. Les critères RSE, ESG, ODD de l'ONU deviennent des indicateurs majeurs pour les investisseurs. Le choix de BlackRock par la Commission européenne pour définir les critères RSE / CSR pour ses investissements est contreversé. Est-ce à dire que cette dernière met en pratique les préceptes de Michael Corleone ?  Qui sait .... Les indicateurs RSE peuvent être aussi opérationnels et être intégrés dans des tableaux de bord comme ceux de Zei.

 

Les 3 autres articles sont sur les innovations dans la production écoresponsable,  l'économie circulaire, l'énergie, l'eau et la biodiversité

Sommaire

Mobilité : avion, voiture, train, vélo

La SNCF présentait la quantité de CO2 émise selon le mode de transport ... Évidemment, le train est le plus économe avec 7,2 g par voyageur par km, mais le moins économe ne serait pas l'avion (172 g) mais la voiture avec 213 g par voyageur par km...

 

Les chiffres de la SNCF sont un peu biaisés mais sont globalement corrects en ordre de grandeur. Un véhicule neuf en France émet environ 112g CO2 / km quel que soit le nombre de passagers (c'était 176 en 1995, la moyenne du parc est de 223 g/ CO2 / km ) pour un taux d'occupation de 1,1 pour de courtes distances et 2,2 pour de longues.

 

L'avion émettrait 285 g de CO2/passager/km pour l'avion selon l'UE avec un taux d'occupation 88 personnes (ce qui est sous-estimé). Avec une occupation de 111 personnes plus proches de la réalité, on serait à 225 g CO2 /km/passager en avion. D'autre part, les Français (de plus de 15 ans) réalisent environ 4 700 km en avion alors que les voitures particulières parcourent environ 13 000 km par an.

 

Pour ces raisons, de manière globale, les transports sur route (en incluant aussi les camions) représentent 74 % des émissions de CO2 de transport en France, versus 12 % pour l'avion (malgré notre perception bien plus négative pour l'avion). Le TGV aurait une émission de CO2 de 3,2g / km / passager et les trains grandes lignes 10,8 enfin les autocars seraient à 58,5.

 

Les quatre clés pour réduire l’impact des transports par ordre d’importance sont

  • Eviter les déplacements inutiles (ex : livraison à domicile d’une multitude de produits versus l’achat groupé en magasin pour des modes de transports identiques)
  • Privilégier les transports moins polluants (train versus avion ou voiture)
  • Mutualiser l’utilisation des transports (augmenter le taux d’occupation par du covoiturage, réduire les vols à moitié remplis)
  • Réduire les émissions de CO2 et polluants pour chaque mode de transport

A ce titre, je vous recommande l'excellente conférence de Carbone 4 sur les restrictions nécessaires sur l'aviation si nous souhaitons atteindre une réduction de 5% par an des émissions de CO2 condition nécessaire pour limiter le réchauffement climatique.

 

Il part aussi du constat que 15% des voyageurs effectuent 2/3 des trajets et donc les restrictions côté consommateurs toucheront une partie de la population assez réduite comparativement à leur impact.


Des mesures comme fermer les lignes aériennes là où le train met moins de 4h30, interdire l'aviation d'affaires (consommation > 20 fois à la classe éco), restreindre les programmes de fidélité (5% des vols dont 50% n'auraient pas été effectués sinon) sont certaines de leurs préconisations réalisées avec des ingénieurs aéronautiques et des anciens pilotes.

 

D'autre part, les agro-carburants auraient un impact minime (sans compter les risques de déforestation) et les compensations carbones sont dans très majoritairement du green-washing (cf. article ).

Utilisation excessive de l'avion dans le transport aval dans le luxe

Emissions de CO2 pour le transport en aval de la production pour LVMH selon l'activité
Emissions de CO2 pour le transport en aval de la production pour LVMH selon l'activité

En fonction des secteurs et des marges unitaires par produit, le transport aérien peut pour des raisons de coûts être pertinent ou non.

 

Dans le domaine du luxe, le transport aérien représente en aval de la production l'un des principaux contributeurs aux Gaz à Effet de Serre.

 

Pour LVMH, le transport aérien en aval (Scope 3 - 546 teq CO2) représente environ 50% des émissions totales de CO2 directes du groupe (Scope 1 et 2 : 1089 teq CO2 dont 40% liées à la production de cuir, 16% la viticulture, 15% la production d'emballages en verre).

 

On voit que la très grande majorité des émissions de CO2 sont liées aux livraisons de parfums et cosmétiques et à la mode et maroquinerie (83%). La Fast Fashion et notre impatience à vouloir en même temps livrer partout le même produit dans un temps très réduit a un impact direct sur les émissions de CO2 alors qu'à la différence des produits alimentaires, ils sont durables. D'autre part, 89% des émissions de CO2 liées au transport en aval sont dues au transport aérien  ce qui est énorme.

 

L'exemple le plus caricatural sont les montres qui sont par définition des biens extrêmement durables et dont les émissions de CO2 représentent 99% des émissions de COde l'activité Montres et Joaillerie. 

 

J'ai eu l'occasion de croiser Antoine Arnault à ChangeNow et il est très intéressé par le transport maritime à faible émission de carbone (cf. article à ce sujet). C'est certainement parce que LVMH a bien conscience de l'urgence de traiter ce sujet.

Innovations dans la mobilité

The Treep permet de réserver en ligne en combinant plusieurs modes de transports et calcule votre empreinte carbone. C'est pertinent lorsque les différences entre des modes de transport sont proches en termes de prix ou de durée. La recommandation de trajets alternatifs pour des prix et/ou des durées analogues avec une forte réduction d'émissions de CO2 dans les sites de réservation devraient se propager sur les sites majeurs de réservation en ligne.

 

Pour que cela devienne une tendance de fond, il faudrait faciliter le transport multimodal de porte-à-porte (en intégrant le paiement unique en intégrant les transports à vélo, trottinette, le covoiturage). Une solution additionnelle serait d'avoir une fiscalité incitative / dissuasive en fonction du CO2 émis par les différents modes de transport.

Pony propose de développer une solution de partage de trottinettes et de vélos fondé sur l'investissement participatif. Vous achetez un vélo (220 €) ou une trottinette électrique (720€) et bénéficiez de 50 % de revenus sur tout trajet réalisé par votre équipement. Le vandalisme serait aussi nettement inférieur par rapport aux opérateurs qui mettent leur matériel à disposition.

 

Ce modèle économique de co-investissement pourrait être une vraie tendance de fond car il permet à des particuliers d'investir des sommes raisonnables pour un service de proximité qui bénéficiera à la communauté et leur bénéficiera aussi financièrement. Living Packs a un modèle économique similaire. Les entreprises comme Pony ou Living Packets doivent néanmoins s'assurer de la gestion des sinistres, volumes, réparations.

Pour réduire les émissions de CO2, Tousfacteurs propose une solution de livraison par vélo (pour les livraisons du dernier km).

 

Zéphyre offre une solution pour installer votre borne de recharges électriques.

 

Solarcamp projet incubé à The Camp en association avec SNCF Gares & Connexions expérimente une solution beaucoup plus innovante utilisant les batteries de véhicules comme unité de stockage pour la gare.

 

Les voyageurs qui laissent leur véhicule sur le parking indiquent leur date de retour ainsi que le niveau de charge souhaité à leur retour. Pendant leur absence, leur véhicule sera utilisé pour stocker et distribuer de l'énergie provenant de panneaux photovoltaïques. En échange, l'utilisateur recevra un paiement en monnaie virtuelle qui pourra servir à payer le parking, louer un véhicule à Paris, ou acheter d'autres services. Ces modèles mixtes peuvent avoir un réel effet vertueux sur le plan environnemental.

Une maquette de Zeleros Hyperloop était aussi présentée.

 

Néanmoins, comme il est nécessaire de créer des infrastructures spécifiques qui actuellement ressemblent à de gros pipelines opaques,, je suis sceptique sur le développement massif de cette technologie.

Santé

Innovations dans la santé

Dans la santé, D'un seul geste utilise à très bon escient la réalité virtuelle, vous apprenez les gestes qui sauvent en cas de crise cardiaque avec un casque VR en les combinant avec un vrai mannequin.

 

J'ai compris l'intérêt de la solution en étant plongé dans une situation où une personne fictive se trouve victime d'un arrêt cardiaque. Même en sachant que c'est juste virtuel, on a une montée d'adrénaline qui permet de se rapprocher d'une situation réelle et donc de nous y préparer.

 

Avec la « distanciation sociale », la réalité virtuelle devrait avoir de plus en plus de succès car elle se rapproche le plus de la réalité tout en permettant d'éviter le contact.

 

Ce dispositif ne remplace pas le formateur qui reste présent car il valide les gestes pratiqués et assure un débrief permettant d'être prêt à agir en cas d'urgence. La réalité virtuelle permet ici d'accélérer et développer plus largement la formation avant cette étape. Enfin, l'expérience terrain restera toujours essentielle,

Unima développe lui des diagnostics à très bas coût de tuberculose avec un résultat en 15 mn. La solution combine des solutions simples de diagnostic, un papier réactif et le smartphone pour analyser via la caméra les résultats du diagnostic. Avec la pandémie COVID-19, on a commencé à voir ce type de diagnostic se développer avec des tests utilisant une autre technologie Crispr-Cas 12 (cf. article).

 

Le test SARS-CoV-2 DETECTR permet de détecter en 40 minutes le virus contre 4h avec la technique PCR. Ces réactifs pourraient être utilisés pour toutes sortes de maladies afin de circonscrire rapidement les personnes touchées.

Développer des outils de diagnostic sur le plan européen

4 axes pourraient être choisis :

  • le développement rapide de réactifs viraux et bactériaux sur base des premières souches détectées (en utilisant pourquoi pas des technologies comme Crispr Cas-12 ou Cas-13),
  • la recherche des meilleures manières d'utiliser ces réactifs (papiers sur base de sang..., dispositifs électroniques mis à disposition de pharmacies ... ),
  • l'industrialisation de diagnostics à bas prix sur base de ces réactifs de manière décentralisée,
  • le développement d'applications permettant une interprétation correcte des résultats du diagnostic et enfin la diffusion large de ces dispositifs.

Une des techniques est potentiellement d'utiliser une combinaison de réactifs plutôt qu'une seule.

 

Pour réduire les coûts de fabrication, il serait judicieux que les licences pour produire ces tests soient gratuites (voire en open source) ou à très bas prix.

Inclusion

Innovation dans l'Inclusion numérique

Il y avait de nombreuses startups sur le thème de l'inclusion. Des entreprises comme Kiitos Technologies a vocation à développer la Tech dans la bande de Gaza.

 

Isahit est une plateforme dite « socialement responsable » d'outsourcing de tâches digitales (labellisation de données pour l'IA notamment). A la différence d'Amazon Turk, les tâches sont exclusivement réservées aux femmes avec une répartition plus équilibrée des revenus, 60% reviennent à la personne, 35% à la plateforme et 5% à une fondation qui a vocation à financer des projets d'accès à Internet, des espaces de coworking.

 

Le risque à éviter est de tomber dans l'exploitation de personnes en les sous-payant ou en leur faisant réaliser des tâches répétitives sans leur donner l'opportunité d'évoluer vers des métiers plus enrichissants humainement et financièrement. D'autre part, de plus en plus de ces tâches seront réalisés par des IA ce qui laissera un créneau de plus en plus réduit aux microtâches.

Inclusion de quartier

Lulu dans ma rue a une approche plus humaine et novatrice en proposant de la conciergerie solidaire de quartier (bricolage, ménage...) sous forme d'EITI, entreprise d'insertion par le travail indépendant. Cela permet à des « personnes éloignées de l'emploi » de reprendre une activité professionnelle « à la carte » sans devoir s'engager sur des CDD, CDI qui peuvent être plus contraignants pour certaines personnes.

 

C'est une première marche vers le retour à un emploi plus stable pour celles et ceux qui ne veulent pas directement intégrer une entreprise. Une convention a été signée entre l'Etat et Lulu dans ma rue afin d'expérimenter durant 3 ans ce dispositif et l'évaluer avant de l'étendre plus largement.

Smiile propose de partager, louer, donner du matériel, des locaux ..., de réaliser du covoiturage entre voisins avec un réseau social local.

 

Cocottarium propose d'utiliser l'élevage de poules pour éduquer les enfants à la coopération et la responsabilisation.

Utiliser le prêt de logement (don déductible fiscalement) pour loger les SDF

Stirrup

Le concept le plus innovant dans l'insertion est celui de Stirrup qui permet aux sans-abris d'être logés grâce au prêt de logements vacants sur une période déterminée. Comme le logement est prêté et non loué, il est considéré comme un don et donc est déductible des impôts à hauteur de 66% du loyer médian pratiqué.

 

Le principe est identique au don alimentaire réalisé par des points de vente à des associations d'aide aux plus démunis et qui constitue le modèle économique de startups comme Phénix et incite les distributeurs à distribuer leurs invendus plutôt qu'à les détruire (perte pour eux de 40% seulement de la valeur de la marchandise si le don alimentaire a été réalisé au plus tard 3 jours avant la DLC ).

 

Concernant Stirrup, l'autre intérêt est pour le propriétaire car cela lui évite d'avoir des périodes de vacances longues sans contrepartie financière.

Stirrup

Concernant Stirrup, l'autre intérêt est pour le propriétaire car cela lui évite d'avoir des périodes de vacances longues sans contrepartie financière.

 

Il y a plusieurs raisons pour lesquels des logements vacants ne sont pas loués alors qu'ils sont habitables, un début de travaux de rénovation tardif, une succession, le souhait pour des agences immobilières de ne pas mettre trop de logements sur le marché pour éviter une diminution des loyers et donc de leur commission, pour ne pas réduire la valeur d'un bien à la vente (car un bien loué est vendu moins cher car il faut attendre que les occupants partent du logement ...) ...

 

L'intérêt de Stirrup est de proposer pour une période fixée à l'avance de prêter un logement à des sans-abris ainsi qu'à de jeunes adultes (anciens mineurs isolés, jeunes ayant bénéficié d'aide sociale à l'enfance). Comme les occupants ne sont pas locataires mais occupent à titre gratuit, la loi sur les locataires (comme le maintien dans le logement durant la période d'hiver même en cas d'impayés) ne s'applique pas. Stirrup prend des assurances spécifiques en cas de dégradation. D'autre part, Stirrup demande aux occupants de verser une somme minimum sur un compte afin qu'ils puissent épargner pour faciliter l'obtention d'un logement après la période de gratuité dans le 1er logement.

 

Sur le plan juridique, cette location à titre gratuit constitue un contrat de prêt à usage (nommé commodat).

 

Actuellement Stirrup s'adresse plus à des promoteurs ou des propriétaires institutionnels, car ils ont un volant de logements en vacances qu'ils peuvent mettre à disposition de Stirrup pour des durées de 6 à 9 mois. Les particuliers sont plus hésitants en raison de la crainte des dégradations et du risque d'avoir besoin du logement avant le terme du contrat.

Inclusion dans les pays en voie de développement

Lifiled,SolarPak,Echale,The Skateroo

Lifiled met en place des lampadaires électriques en Afrique qui donne accès à Internet via le LIFI (LED qui transmettent des données via leur clignotement à très haute fréquence imperceptible à l'oeil)

 

SolarPak propose un cartable solaire qui se recharge durant la journée et donne accès à de la lumière aux enfants pour qu'ils puissent travailler le soir (3 h environ).

 

Echale, startup mexicaine, construit des maisons pour les mal-logés sur base d'eco-blocks produits sur place avec 90% de matériaux locaux.

 

Microdon, à l'image de la fondation à but non lucratif Epic créé par Alexandre Mars propose à ses clients de réaliser des microdons (type arrondi à l'€ supérieur) lors d'achats à des associations caritatives.

 

The Skateroom a une dimension plus artistique en associant des artistes qui créent des éditions spéciales de skateboard (responsable 😉 )

Finance durable

Plateforme d'investissement dans des projets inclusifs ou environnementaux

Pour parvenir à réaliser ces projets, il est nécessaire d'avoir du financement. La plupart sont des plateformes reliant investisseurs et projets.

 

Bayseddo propose une plateforme d'investissement permettant à des agriculteurs au Sénégal d'être financés par des investisseurs à travers le monde.

 

Positive Energy met en relation investisseurs et porteurs de projets d'énergie renouvelable.

 

KIssKissBankBank, plateforme collaborative de financement présentait aussi ses financements dans des projets durables.

ISR - Investissements socialement responsables et les labels

Label ISR Label GreenFin

De manière plus générale, petit à petit, le gouvernement, via la loi PACTE, encourage les souscripteurs à financer des investissements socialement responsables (ISR) respectant les critères ESG (environnementaux et sociaux de gouvernance).

 

Tous les assureurs ont l'obligation de proposer au moins une UC (unité de compte) investie en fonds solidaires (contenant de 5 à 10 % de titres d'entreprises solidaires) et/ou labellisés ISR ou Greenfin (ex- label Teec, transition énergétique et écologique pour le climat).

 

Il existe d'autres labels tels que Finansol et CIES, il serait judicieux d'harmoniser ces labels pour les rendre plus accessibles aux investisseurs en particulier individuels. Comme première étape, le gouvernement pourrait proposer une liste de critères détaillés et harmonisés entre les labels, chaque label pourrait alors prendre en compte ceux qui le concernent afin qu'on puisse comprendre les différences entre chacun.

 

D'autre part, il serait pertinent de créer différents niveaux de labellisation à l'image des Nutriscore, Crit'Air, Diagnostic de Performance Energétique utilisés pour le grand public. Cela faciliterait l'entrée des entreprises dans le premier niveau du label et inciterait celles qui ont obtenu le premier niveau de label à progresser dans les niveaux.

 

Avec la multiplication des fonds se disant responsables, l'AMF (Autorité des Marchés Financiers) a commencé à y mettre de l'ordre en publiant une première doctrine en matière d'information des investisseurs. Il sera ainsi nécessaire de faire figurer dans les documents réglementaires des objectifs mesurables de prise en compte de critères extra-financiers (RSE)

Indicateurs RSE / CSR (RSE en anglais pour Corporate Social Responsability)

Indicateurs RSE / CSR publics Vs internes et opérationnels

Indicateurs RSE / CSR

Pour s'améliorer, il est nécessaire de se mesurer avec des critères identiques tout le long de la vie de l'entreprise. Pour se comparer avec d'autres entreprises, il faut que ces critères soient aussi identiques, au pire similaires entre entreprises.

 

Pour y parvenir, il faut définir des indicateurs objectifs, les recueillir régulièrement avec une granularité et précision suffisante grâce à un processus de collecte normalisé et auditable par des organisations externes et indépendantes (dès lors qu'on souhaite réaliser des comparaisons entre entreprises).

 

Il est aussi essentiel de bien distinguer les indicateurs destinés à devenir public (qui lèvent le voile sur les pratiques de l'entreprise mais ne peuvent être trop détaillés afin d'éviter la divulgation d'informations confidentielles) et les indicateurs opérationnels qui doivent être beaucoup plus précis afin de finement quantifier et analyser les points d'amélioration, les progrès et reculs. Ces indicateurs opérationnels sont en général des sous-indicateurs d'indicateurs RSE (ou CSR en anglais pour Corporate Social Responsibility ) destinés à devenir publics.

Les 17 SDG, ODD de l'ONU

L'ONU a dressé 17 objectifs de développement durable (ODD ou Sustainable Development Goals, SDG) définis par l'ONU et a lancé son SDG Action Manager, un tableau de bord permettant à chaque entreprise de piloter et améliorer ses 17 objectifs.

 

Ces objectifs permettent de voir les externalités positives de chaque entreprise, néanmoins ils ne représentent pas nécessairement le coeur de l'activité de l'entreprise.

  

D'autre part, ces ODD peuvent être contradictoires , par exemple l'objectif 8. Decent work and Economic Growth est en contradiction avec le 13. Climate Action, car l'activité économique est étroitement corrélée à la consommation d'énergie ( la deuxième permet la première car nous sommes dépendants de machines utilisant de l'énergie) qui est-elle même responsable d'émissions de CO2 (car la majorité des sources d'énergie dans les pays en voie de développement sont très peu de carbonées).

Objectifs Life de LVMH (Rapport RSE 2018) versus SDG ODD ONU
Objectifs Life de LVMH (Rapport RSE 2018) versus SDG ODD ONU

Même si un peu enfoui dans le rapport RSE, les entreprises communiquent sur les actions qu'elles mènent sur chacun de ces indicateurs.

 

Ici, LVMH montre qu'à la fois en raison de ses activités et priorités, elle mettra plus l'accent sur la consommation et production responsable et l'action sur le climat que sur la réduction de la pauvreté ou des inégalités.

Notation RSE des entreprises

Vigeo Eiris, à l'origine française est devenu l'agence de notation experte en critères ESG, environnementaux et sociaux de gouvernance. Elle a créé les indices Euronext-Vigeo qui regroupe les 120 entreprises mondiales ayant les plus fortes notations ESG, et l'indice CAC gouvernance qui classe les entreprises du CAC 40 selon leur notation (cf. 2017 et 2019)

 

Le rachat (à plus de 50%) par Moody's de cette agence française dirigée par Nicole Notat ne doit rien au hasard, car ces indicateurs deviennent obligatoires dans l'évaluation d'une entreprise.

Classement RSE CAC 40

BlackRock utilise les critères RSE / CSR pour ses investissements

Les investisseurs deviennent de plus en plus attentifs à ces critères. renforcer le poids des critères ESG dans ses choix d'investissement. Il exige des entreprises qu'elles divulguent publiquement des informations détaillées sur les résultats, les engagements de développement durable (Sustainability Accounting Standards Board (SASB) et les risques liés au changement climatique (TCFD Guidelines).

 

 

Il vient aussi d'adhérer au Climate Action 100+, qui réunit plus de 200 investisseurs à travers le monde (dont Axa, BNP Paribas, CDC ...) et qui cible les industriels étant les plus gros émetteurs de Gaz à Effet de Serre dans le monde directement (nommé Scope 1) et indirectement ( nommé Scope 2 et 3 définis par GreenHouse Gas protocol) afin qu'ils réduisent fortement les émissions de GES. 

 

Parmi les entreprises françaises visées, il y a Airbus Group, EDF, ENGIE, LafargeHolcim (franco-suisse), Total et parmi les entreprises connues : ArcelorMittal, BASF, Bayer, Boeing, BP, Caterpillar, Exxon, Fiat Chrysler, Ford, GE, General Motors, Honda, Nestlé, Nissan, Panasonic, PepsiCo, Procter & Gamble, Shell, Siemens, Volkswagen, Volkswagen.

BlackRock Le Monde

Néanmoins, BlackRock n'a pas une politique très cohérente à ce sujet et fait aussi du greenwashing. Compte tenu des impacts financiers qui sont aujourd'hui tangibles, il n'a pas trop le choix que de basculer vers le GreenActing ...

C'est sans doute la raison pour laquelle, il a vertement fustigé lors de l'AG, Siemens qui a contribué à construire les infrastructures destinées à la création de la nouvelle mine de charbon Carmichael en Australie. D'autre part, la Commission européenne vient de confier une étude sur la finance durable au gestionnaire d'actifs BlackRock.

 

L'eurodéputée EELV Marie Toussaint s'insurge contre le choix en indiquant que « C'est comme confier à Al Capone la lutte contre le grand banditisme ». Si c'était l'unique étude que ferait la Commission européenne sur le sujet, Marie Toussaint ne serait pas loin de la vérité. La Commission européenne n'a néanmoins aucune obligation vis-à-vis de suivre les préconisations de cette étude.

 


En revanche, ce serait très étonnant que cela soit la seule. La Commission européenne souhaite peut-être avoir une multitude de perspectives et appliquerait peut-être à la lettre une parole de Michael Corleone dans le Parrain 2 « Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis. »

 

Si BlackRock préconise des actions en termes de finance durable, il lui sera plus difficile par la suite de refuser à lui-même d'appliquer ce qu'il a conseillé, d'autre part si BlackRock veut garder un peu de crédibilité dans ce domaine, il ne peut se contenter de proposer des solutions édulcorées...

 

Le rapport étant public et la pression d’eurodéputés, nous éclairera sur la validité ou non de ce choix dans les prochaines semaines.

Tableau de bord RSE opérationnel avec Zei

Zei tableau de bord

Afin d'avoir une vision plus opérationnelle de ses engagements RSE, Zei présentait un tableau de bord intégrant de nombreux indicateurs différenciés en fonction du secteur.

 

Vous pouvez vous créer un profil (voici le mien 😉), vous soumettez votre pourcentage de progression (en fonction de critères définis par Zei), votre objectif de progression, les fournisseurs avec lesquels vous travaillez et les justificatifs démontrant votre situation actuelle.

 

Zei peut vous aider dans cette démarche et pourra valider vos éléments déclaratifs. D'autre part, il propose des solutions de partenaires pour vous aider dans votre démarche. Le principe est judicieux, même si certains indicateurs devraient être améliorés.

Par exemple, plus vous avez un fort pourcentage de location du parc de matériel informatique, meilleur est votre score. Or, la location de matériel incite à le renouveler plus souvent et donc a un impact négatif sur l'environnement à la différence d'un achat avec un faible taux de renouvellement.

 

Un meilleur indicateur serait l'ancienneté du parc potentiellement pondérée par la performance énergétique du matériel, plus il est ancien meilleur serait votre score. Cela remet en cause l'envie des salariés d'avoir toujours le matériel dernier cri mais il faut savoir faire quelques sacrifices pour la planète ... 😉

 

Le modèle économique de Zei est fondé sur la création d'indicateurs et de tableaux de bord personnalisés pour les entreprises. Zei ne perçoit pas de commission sur les solutions potentiellement proposées par leur plateforme ce qui est préférable pour éviter d'être juge et partie.

 

Ce modèle économique est assez difficile à rendre rentable selon moi, car vous devez avoir une masse critique d'entreprises qui s'inscrivent sur la plateforme. C'est possible si c'est gratuit. Il faut que la part d'entreprises payant pour des services personnalisés et le montant d'abonnement soient suffisamment élevés pour maintenir une plateforme dont la majorité des utilisateurs ne paieront pas.

 

Pour que le service soit personnalisé, il faut des individus pour le faire (à moins d'utiliser de l'IA mais c'est encore un peu tôt vu l'hétérogénéité des informations) ce qui coûte cher et peut être difficile à faire payer. Enfin, il est difficile de gagner de l'argent avec ses partenaires sans perdre sa neutralité.

Autres outils d'évaluation RSE

SGEvT Tereval

La SGEvT met à disposition Tereval, une plateforme destinée à aider les collectivités à mieux décider sur base d'informations géolocalisées. Aujourd'hui, fondé sur la digitalisation du PLU, plan local d'urbanisme, il permet de facilement visualiser les travaux, infrastructures ... sur un territoire.

 

Kermap utilise les images satellitaires pour visualiser les zones végétales des villes et les quantifier, ces cartes sont d'ailleurs accessibles en ligne.

 

MoralScore (pas présent à ChangeNow) veut guider les consommateurs dans leurs achats et a pour ambition lui de devenir le Yuka de l'engagement en notant les entreprises (sans leur demander leur avis).

Conclusion

Un points essentiel pour que les entreprises, organisations soient plus respectueuses de l'environnement et des femmes et hommes qui les composent est qu'elles se mesurent de manière objective. Cela leur permet de se fixer des objectifs, de se comparer aux autres, de voir ce qui peut être amélioré, les initiatives qui fonctionnement et celles qui échouent.

 

Plutôt que de cacher leurs défauts, elles doivent apprendre à communiquer dessus en expliquant à la démarche qu'elles adoptent pour y remédier mais aussi être ouvertes aux idées qui peuvent les aider.

 

On voit aussi que les innovations dans la mobilité et l'inclusion ne sont pas seulement technologiques mais aussi d'usages, de modèles économiques. 

 

Si vous souhaitez avancer sur ces sujets, sensibiliser vos collaborateurs, les former ou réaliser des projets sur l'économie circulaire ou la RSE.

  • je réalise pour des entreprises, des missions pour "sourcer" des innovations, les évaluer, concevoir et construire des solutions avec les partenaires développant ces solutions qui répondent aux problématiques des entreprises clientes et les déployer. 
  • je réalise des debrief / conférences ainsi que des formations spécifiques à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment , n'hésitez pas à me contacter :) Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

 

Conseil en Innovation (IA, IoT, RSE / Économie circulaire ) - Contact - contact@livosphere.com

 

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

Articles sur le même thème

Innovations

Économie circulaire 

Innovations

Énergie,Eau, Biodiversité

[Eco-Fiction] Si une économie circulaire et locale émergeait après une hyper-récession


[Eco-Fiction] Si une économie circulaire et locale émergeait après une hyper-récession mondiale (hyperinflation + récession économique)

Le Pari de Pascal, revu ... En haut à gauche, image de la série L'Effondrement
Le Pari de Pascal, revu ... En haut à gauche, image de la série L'Effondrement

Imaginons que la crise économique due à la pandémie Covid-19 soit le 1er domino qui tombe, que la crise économique due à la pandémie Covid-19, n'aurait ni la forme d’une V, d'un U, d'un W ou même d'un L mais d'une cascade de 

L

   L

     L ...

et aboutisse à une récession cataclysmique  mondiale.

 

Même si cela paraît improbable ... mais bien sûr d’autres dominos pourraient tomber. : la chute de l'offre liée à la baisse de productivité, une demande restant forte sur les biens essentiels, le déversement des centaines de milliards créés d’un coup de crayon par les banques centrales sur l’économie réelle parce qu’ils ne pourraient plus se reporter sur la bourse en raison des nombreuses faillites …

 

Qui pourraient créer une inflation massive pourquoi pas une hyperinflation associée à une stagnation économique, c'est-à-dire une hyper-récession ou hyperstagflation mondiale…

 

Avec la hausse brutale des prix, nous n'aurions d'autre choix que de produire localement une partie importante de notre alimentation et énergie ou au moins à la troquer avec nos voisins vu que la monnaie quel qu'elle soit n'aurait plus de valeur. Nous n'aurions d'autre choix que de réutiliser, réparer nos appareils, vêtements et autres biens devenus hors de prix, neufs. Nous n'aurions d'autre choix que d''avoir une économie massivement circulaire, locale et solidaire au lieu de notre économie actuelle, massivement linéaire, globale et inégalitaire.

 

Ce scénario catastrophe est très hypothétique car il serait fortement contrecarré par tous les Etats et toutes les institutions mondiales. Il est vrai que cela leur permettrait de faire fondre les dettes incommensurables accumulées par ceux-ci à des taux aujourd'hui négatifs ... Mais on ne remet pas en question la religion de la faible inflation d'un coup de coronavirus... 😉

 

Pourtant à l'image du Pari de Pascal, il serait judicieux d'anticiper et de se préparer à ce scénario car nous risquons peu à le faire et beaucoup sinon...

 

Cet article a pour objet de voir l'ensemble des hypothèses pouvant mener à cette hyper-récession / hyperstagflation et comment s'y préparer avec des infrastructures résilientes et une économie circulaire et inclusive.

Sommaire

Facteurs d'inflation et de récession économique

  • Chute de l'offre en raison des faillites et de la baisse de productivité
  • Demande de biens essentiels stable et chute de la demande des besoins non essentiels
  • Effet boomerang de la dette massive des Etats pour faciliter la reprise
  • Premiers signes du retour de l'inflation
  • Réduction de l'offre importée et donc augmentation des prix.

Et si nous allions vers une Hyper-Récession mondiale ?

Conclusion

Facteurs d'inflation et de récession économique

Chute de l'offre en raison des faillites et de la baisse de productivité

La production de biens risque de fortement de chuter en raison de la faillite de nombreuses entreprises, du manque de main d'oeuvre sur la production de biens essentiels (notamment alimentaire) et la forte diminution de la productivité due aux mesures sanitaires et au télé-travail.

 

 

Cette baisse de productivité pourrait rendre beaucoup d'entreprises victimes de l'effet ciseaux. Elles seront tiraillées par la nécessité d'une part d'augmenter leurs prix pour répercuter leurs hausses de coûts et de baisser leurs prix pour écouler leurs stocks.

 

 

D'autre part, sous une certaine quantité de produits ou services vendus, l'entreprise ne peut être rentable, c'est le cas en particulier du secteur de la culture, du divertissement, des hôtels et restaurants qui se trouvent face à un problème quasi insoluble sans aide externe.

 

Comment être rentable en étant contraints de diviser par plus de deux le nombre de ses clients alors que leur point mort dépasse des taux d'occupation de 50% !

Dans le domaine des services, comme le transport aérien, les impacts économiques de la réduction des vols associées à la règle de distanciation sont tellement catastrophiques que cela a obligé le gouvernement à supprimer cette règle dans les avions. « La rentabilité économique débute à environ 75% de remplissage de l'appareil.

 

Pour l'heure, il est de l'ordre de 45 à 50%. ». Le risque est un effet domino, car si les compagnies aériennes chutent, il n'y a plus de maintenance des avions ou de commandes, et plus de commandes auprès de tous les sous-traitants, PME... En Occitanie, plus de 10 Md€ sont générés par l'industrie aéronautique (très implantée dans la région toulousaine), sa chute entraînerait toute une région.

 

De manière générale, les entreprises les plus fragiles seront les premières victimes, Renault qui depuis 2 ans a vécu les pires années depuis longtemps annonce vouloir fermer 4 de ses 12 usines en France malgré la garantie de l'Etat sur un prochain prêt bancaire d'environ 5 milliards d'euros.

Demande de biens essentiels stable et chute de la demande des besoins non essentiels

Ces faillites, baisses de salaire (liées au chômage partiel en France et au chômage tout court pour les Etats-Unis par exemple) vont provoquer un chômage massif qui réduira fortement le pouvoir d'achat.

 

 

Sur les biens essentiels (comme l'alimentation...) la demande ne devrait pas beaucoup baisser car même en temps de crise nous avons toujours besoin de manger et de boire. En revanche, nous pourrions nous reporter sur des produits basiques et préférer cuisiner ou prendre des alternatives moins chères. En revanche, pour les autres biens et services, la chute de la demande pourrait être drastique.

 

 

Par effet de rétroaction, l'écroulement de la demande sur les besoins non essentiels risque encore plus de plonger de nombreuses entreprises vers la faillite, ce qui créerait un cercle vicieux.

Effet boomerang de la dette massive des Etats pour faciliter la reprise

Afin d'éviter l'effondrement, les Etats se sont largement endettés pour soutenir leurs entreprises et leurs concitoyens.

 

 

En septembre 2019, le gouvernement avait déjà prévu de lever 205 milliards d'euros sur les marchés financiers en 2020, un record historique. Pour compenser les pertes durant ces deux mois de confinement, le gouvernement français chiffre en plus à 110 milliards d'euros l'ensemble des mesures annoncées. Un engagement énorme qui représente près d'un tiers des dépenses de l'Etat pendant un an. Le déficit public s'élèvera au minimum en 2020 au minimum à 9,1% du produit intérieur brut (PIB), alors que la prévision d'avant-crise s'établissait à 2,2%.

 

 

Emmanuel Macron et Angela Merkel viennent de proposer le 19 mai la constitution d'un «fonds de relance» de 500 milliards d'euros pour aider les régions et secteurs les plus frappés par le coronavirus.

 

 

Pour détendre la hausse des taux, la BCE a dévoilé un plan de rachat d'actifs de 750 milliards d'euros qui lui permet de racheter les dettes des Etats (nommé quantitative easing). Comme c'est elle qui crée la monnaie, cela ne lui coûte rien directement Pour être précis, la BCE ne peut pas aujourd'hui racheter directement les dettes d'Etat mais peut les racheter dès lors qu'elles sont passées par les mains par des intermédiaires financiers même pour un temps très court.

Plusieurs économistes vont plus loin en proposant la « monnaie hélicoptère», imaginée sur le ton de la boutade par Milton Friedman. Elle consiste à ce que les banques centrales comme la BCE ou la FED versent directement de l'argent aux entreprises et au foyer sans passer par les Etats. L'intérêt est d'éviter une augmentation de la dette qui deviendrait insoutenable pour les Etats.

 

 

Aux Etats-Unis, Trump a signé son premier « helicopter money », le Cares Act, un plan de relance d'un montant supérieur à 2.000 milliards de dollars (1.842 milliards d'euros soit 10% PIB américain) dont 15% reviendront aux foyers américains soit eu plus 3000 € par foyer.

 

 

Sur le principe, cela semble idyllique car cela donne l'impression que l'argent pousse dans les forêts du monde entier qu'il suffirait de cueillir et en faire bénéficier tout le monde sans créer d'inflation ! Pour les Etats, cela réduirait fortement et opportunément la charge de la dette alors qu'ils ont emprunté sur des périodes longues à des taux très bas voire négatifs.

En 2008, les titres détenus et prêts consentis par la Banque centrale européenne (BCE) avoisinaient les 1 000 milliards d'euros, soit à peine 10 % du produit intérieur brut (PIB), en 2019, ils atteignent 4 700 milliards d'euros, soit 40 % du PIB de la zone. Entre temps, l'inflation a progressivement diminué avec quelques hoquets pour atteindre 1,3% en 2019.

 

 

La création monétaire massive n'a eu donc aucun impact sur la hausse des prix à la consommation. Où part l'argent ? Il est parti dans les actions et l'immobilier. Elle justifierait 70% de la hausse de la bourse américaine. La capitalisation boursière des entreprises intérieures cotées aux Etats-Unis représente près de 150 % du PIB aux Etats-Unis en 2018, et 85% en France.

 

 

Quand cela dépasse 100% aux Etats-Unis, cela préfigure un risque fort de chute (ex : pics de 153% en 1999 et 137% en 2007).

 

Si les sociétés allaient au mieux de leur forme, cela pourrait continuer comme ça. Malheureusement, c'est loin d'être le cas donc tout l'argent créé massivement pourrait se détourner des actions et se reporter sur l'immobilier et la consommation, ce qui augmenterait pour le coup l'inflation.

 

La crise a aussi incité de nombreux français à épargner. L'encours du Livret A  a augmenté de près de 14 Md € en 4 mois, l'équivalent de la collecte réalisée généralement en un an. C'est une épargne à la fois forcée liée au confinement mais aussi de précaution compte tenu des incertitudes futures.

 

 

Cette reprise de l'inflation pourrait décourager les épargnants individuels mais aussi institutionnel et d'entreprise, les inciter soit à consommer ou à les investir dans l'immobilier ce qui augmenterait encore l'inflation. En revanche, la consommation pourrait se concentrer sur des produits durables et sur des biens essentiels et sera diminuée par l'effet de l'inflation.

Premiers signes du retour de l'inflation

Il y a un risque que les biens essentiels tels que l'alimentation, l'énergie connaissent une très forte inflation en raison de la chute de leur production, de la hausse des prix, et d'une demande maintenue même en cas de forte réduction de pouvoir d'achat.

 

 

Le plus emblématique est le prix du masque chirurgical qui a été multiplié par 5 ou 6, de 10 centimes d'euros à 60 centimes en quelques mois en raison de sa pénurie et forte demande, même s'il ne constitue heureusement qu'une part faible du budget d'un ménage.

 

Dans les autres domaines, quelques signes avant-coureurs illustrent l'augmentation des prix.. Entre la semaine du 2 au 9 mars 2020 et celle du 6 au 11 avril, la hausse moyenne des tarifs des fruits et légumes a atteint environ 9 % selon l'UFC Que Choisir.

 

 

La hausse annuelle des produits frais serait de 18% selon l'INSEE entre avril 2020 et avril 2019 versus 2,5% l'année précédente, sur la même période, le prix de l'électricité a bondi de près de 10% versus une inflation générale de 0,3%.

Si jamais le réchauffement climatique provoque des catastrophes naturelles, la situation pourrait être encore bien pire. L'épuisement progressif des ressources naturelles pourrait encore accentuer la hausse de prix car répercuté généralement dans les prix de vente. Espérons que la maxime de Jacques Chirac ne s'appliquera pas ici, car si elles commencent à voler par escadrille, l'effet sera dévastateur.

 

 

Pour les biens non essentiels, la plupart des prix risquent de diminuer si des stocks ont été constitués ces derniers mois comme pour les meubles, habillement... Ce sera encore pire pour les biens perdant leur valeur avec le temps comme les véhicules, appareils électriques et électroniques et les services où les coûts fixes peuvent être élevés. La limite de la baisse est de vendre à perte, de faire disparaître toute sa trésorerie...

Réduction de l'offre importée et donc augmentation des prix.

L'inflation pourrait aussi croître en raison de l'augmentation de la part des produits français dans le panier moyen. La majeure partie des produits importés sont moins chers que leurs équivalents français. Avec les restrictions à l'import/export, le surenchérissement du prix de transport, les risques que des Etats préfèrent réserver leurs produits pour leur population plutôt que de les exporter, le prix des produits importés devrait s'accroître et leur nombre diminuer.

 

 

Cet accroissement monétaire spectaculaire n'est néanmoins pas sans conséquence et pourrait entraîner une inflation voire une hyperinflation sur les produits essentiels qui pourrait conduire à une hyperstagflation, une hyperinflation combinée à une stagnation voire une décroissance .

 

 

Le retour d'une forte inflation pourrait néanmoins avoir un impact positif pour les Etats ... qui verraient ainsi la charge de la dette fortement diminuer alors qu'ils ont emprunté sur de longues périodes à des taux très bas voire négatifs.

Et si nous allions vers une Hyper-Récession mondiale ?

Pourquoi pourrait-on vivre ce scénario catastrophe ? 

Photo Carlos Garcia Rawlins / Reuters.
Photo Carlos Garcia Rawlins / Reuters.

Tous les pays du monde feront simultanément face aux problèmes économiques générés par la pandémie, car celle-ci est globale. La différence avec les crises financières de 2007/2008 ou 2001/2002 est que nous ne pouvons pas reprendre nos activités exactement comme avant en raison des risques de résurgence de la pandémie et que la multiplication des catastrophes naturelles en ces temps de forte fragilité ne peut qu'aggraver notre situation.

 

 

L'économie mondiale pourrait plonger dans une récession de longue durée associée à une inflation voire une hyperinflation mondiale, Hyper-Récession ou HyperStagflation.

 

Le Venezuela qui vit cette situation depuis 2012 a une inflation de plus de 9000% en 2019 (!) avec un PIB qui décroître de 12% en 2017 et 18% en 2016. Les pénuries alimentaires et manifestations populaires ont conduit à la migration de 4,6 Millions de Vénézuéliens à quitter leur pays depuis 2015, selon l'ONU.

 

 

Une hyperstagflation sur le plan mondial aurait un impact énorme sur toutes les personnes et entreprises car nous sommes tous dépendants les uns des autres. Aucun pays ne serait à même d'aider un autre ce qui provoquerait des réactions nationalistes comme on l'a vu même au sein de l'Europe lors de la crise du coronavirus Covid-19. La migration massive d'une population vers un autre entraînerait aussi inévitablement des conflits.

Le pari de Pascal

Ce scénario est extrêmement noir et pour rappel n’est qu’une hypothèse qui est très peu probable car les Etats et les instances mondiales éviteraient certainement d’en arriver à cette issue.

 

Ce type de récession réduirait certes drastiquement nos émissions de CO2 et nous contraindrait à rentrer dans les clous d’un réchauffement climatique à 2°C à l’image de ce que nous vivons avec la pandémie mais démultipliée mais le coût humain et économique est gigantesque !

 

Il s’agit d’un pari analogue à celui de Pascal. Que risque-t-on si on met en place des mesures pour faire face à ce risque d’hyperstagflation ? Très peu, à l’image d’une assurance, nous pouvons créer un filet de sécurité fondée sur la résilience locale mais facilité sur le plan national voire international.

Que risque-t-on si on ne le fait pas ?

 

Une réaction en chaîne avec des conséquences dramatiques pour les populations et l’environnement.

Que faire ? Exemple de la Russie …

Face à une crise mondiale qui ébranle l’économie, les populations, l’environnement, a priori il ne semble pas y avoir de solution et pourtant …

 

Quand le chaos est partout, la seule échappatoire est de créer du sens à petite échelle.

 

L’ HyperStagflation en 1992 en Russie et les collectifs de jardins russes

Nous pouvons nous inspirer de l'histoire. La Russie a vécu cette situation en 1992 sous la présidence de Boris Eltsine avec la libéralisation des prix ... (inflation de 2600% en 1992, cf. article à ce sujet), la valeur refuge était le dollar.

 

 

 

 

7 ans après cette hyperstagflation, Vladimir Poutine, Premier ministre remplaçait Boris Eltsine avec une politique beaucoup plus musclée ...

 

Néanmoins, il y a d'autres enseignements à tire de cet événement. 80% du budget des ménages étaient alors consacré à l'alimentation et les collectifs de jardins russes ont atténué l'impact de cette crise sans précédent.

 

"Ces collectifs (source  Arthur Grimonpont - Les Greniers d'abondance) forment une agriculture péri-urbaine collective à grande échelle. En plus de contribuer significativement à la production agricole du pays, ce « circuit parallèle » confère au système alimentaire russe plusieurs attributs importants de résilience. Même dans les plus grandes villes, dont Moscou et St Pétersbourg, plus de la moitié de la population dispose d'une parcelle cultivable : on les appelle habitants-jardiniers, ou datchniki. 

Ils sont apparus à partir de 1917, en réponse aux pénuries alimentaires dont la fréquence et la gravité s'accentuaient alors que le communisme de guerre instaurait un monopole d'État sur tous les moyens de production. d'agriculture. »

 

 

 

 

Au départ désapprouvés par l'Etat, il les a rapidement encadrés en raison de leur indéniable efficacité pour contrer les pénuries. Ils étaient contrôlés et gérés par les entreprises d'État, qui divisaient le foncier en parcelles égales et les distribuaient aux employés.

 

 

Chaque type de collectif encourage la plantation d'arbres fruitiers et les cultures potagères avec une fonction productive. La loi imposait même un certain nombre de pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, framboisiers, groseilliers, ainsi qu'une surface minimum en fraisiers, et en potager .

 

La majeure partie des parcelles ont une superficie de 600 m ² et comportent généralement une « maison de jardin », ou datcha, qui a vocation à servir d'habitat temporaire ainsi qu'à entreposer le matériel de jardinage et le fruit des récoltes. Les jardins ouvriers français ne leur sont pas comparables car ils ont des dimensions bien plus réduites (de l'ordre de 30 m ²), ne permettent pas d'y séjourner, et sont historiquement réservés aux populations démunies.

 

 

Propriété de l'État jusqu'en 2006, ils ont été rapidement privatisés par la suite, perdant souvent leur fonction agricole pour devenir un simple lieu de villégiature évoluant donc sensiblement vers le modèle de quartier pavillonnaire européen. Début 2019, le régime juridique encadrant les collectifs a été uniformisé pour tenter d'enrayer ces dérives. Le droit de construire, en particulier, y est désormais uniformément encadré par les règlements d'urbanisme locaux.

Jardin ouvrier en France
Jardin ouvrier en France

En plus d'aider les personnes à s'alimenter, elles permettent aux populations de diversifier leur nourriture, elles ne font pas concurrence aux circuits agricoles habituels car seuls le troc et autoconsommation sont les seules pratiques légales.

 

 

Lors de la crise des années 1991/1992, 65 % des familles de la ville de Moscou étaient engagées dans le jardinage urbain fournissait la majorité des pommes de terre, des fruits et légumes consommés par les citadins. Les jardins collectifs fournissent entre 20 et 30 % de la valeur totale de la production alimentaire de Russie.

 

Les jardins adoptent un principe de circularité, produisent des produits « naturels », et ont peu recours aux intrants chimiques et aux pesticides. L'interdiction de commercialisation des récoltes garantie une consommation exclusivement locale et encourage à une solidarité territoriale

 

 

 

 

En France, 57% des ménages ont pour résidence principale une maison, dont l'espace attenant a une surface médiane de 600m ², on pourrait donc imaginer répliquer à notre manière ces jardins collectifs."

Enseignements

Sur le plan alimentaire

On ne transformera pas toute l'agriculture avec des jardins collectifs à la française mais nous pouvons appliquer progressivement une économie circulaire à la production agricole actuelle.

 

La démarche la plus simple est de raccourcir les circuits ce qui permet de réduire le nombre d'intermédiaires donc l'empilement de marges. 

 

 


Lors de la crise, de nombreux agriculteurs ont vendu directement leurs produits aux consommateurs grâce à des plateformes nommées aussi « drive fermier », l'étape suivante est la transformation locale. En direct des éleveurs produit et conditionne le lait d'éleveurs locaux et distribue son lait chez des distributeurs proches.

 

La transformation locale peut aller un cran plus loin, c'est l'un des projets des Greniers d'Abondance qui vont proposer au Grand Angoulême de transformer leur filière maïs servant surtout à l'alimentation du bétail ou à l'exportation en filière blé-minoterie (transformation en farine)-pain local. (cf. talk video)

Plus globalement

Si un jour nous vivons une hyperstagflation mondiale, par nécessité, les habitants seront obligés pour survivre de compter sur eux, leurs proches et leurs voisins (ex : l'auto-consommation et le troc ) et ne devront pas compter à ce moment-là sur l'Etat pour les aider, car il sera complètement dépassé.

 

En revanche, cela coûte très peu à l’Etat et les collectivités de favoriser les infrastructures locales qui serviront de filet de résilience, le jour où potentiellement il ne pourra plus les aider directement.  Il pourrait accorder plus de confiance à ses agents et administrés et les juger a posteriori. Cela ferait gagner beaucoup de temps et éviterait d'attendre les accords d'une entité centralisée submergée par les demandes, comme l'a montré la crise due à la pandémie Covid-19.

 

La France est un pays colbertiste, jacobin.Une stratégie favorisant la centralisation à tout crin est la pire des solutions car elle nous fragilise bien plus. Il suffit de prendre exemple sur la Nature qui survit extinction après extinction depuis des centaines de millions d'années grâce à sa diversité. A l'inverse, les grandes monocultures sont beaucoup plus sensibles aux maladies et risquent bien plus la disparition.

Rôle de l'Etat : faciliter les infrastructures résilientes, accélérer économie circulaire

L’Etat doit par anticipation favoriser la diversité des solutions plutôt qu’imposer un modèle unique.

 

Il peut diriger son action autour de trois principes :

  • Alléger les contraintes empêchant / dissuadant les personnes, entreprises, organisations de développer une infrastructure résiliente locale dans l’alimentation, l’énergie, les soins, le transport…

 

  • Faciliter le développement de solutions, de règles favorisant la mutualisation des méthodes, des techniques afin d’éviter de réinventer la roue à chaque fois
  • Inciter légalement à développer une économie circulaire, locale et solidaire

J’ai détaillé ce type de société dans cet article (société en boule de gui). 

Pour donner quelques exemples, il faut accélérer le développement de l'auto-consommation d'énergie sur le plan local. La loi s'est assouplie à ce sujet mais il faut aller beaucoup plus loin. Idéalement, il faudrait inciter à ce que les acteurs dans l'agroalimentaire soutiennent beaucoup plus fortement les filières locales.

 

Il existe déjà de très nombreuses initiatives locales, d'associations régionales et nationales. L'Etat pourrait faciliter la mise en place d'une coordination et de la mutualisation des moyens entre ces acteurs car il y a une très forte dispersion des énergies de chacun. 

 

Concernant l'économie circulaire, il faut sur le plan légal accélérer les mesures prises dans la Loi pour l'Economie Circulaire (14 propositions que j'avais faites à ce titre et Qualité j'avais remises à Brune Poirson. Elle repose notamment sur la règle des 5R (Refuser, Réduire, Réutiliser, recycler et remettre à la terre, à appliquer dans l'ordre ... ). L'objectif est d'éviter au maximum d'acheter des produits externes et de pouvoir utiliser au maximum ceux que nous avons déjà.

 

Toutes ces mesures peuvent prises rapidement sans nécessiter des plans de relance de milliards et plus d’euros. Elles n’empêchent pas de poursuivre notre économie linéaire même si son impact néfaste sur l’environnement devient de plus en plus visible. Elle se développe en parallèle en revanche le jour venu, plus d’une et d’un d’entre nous leur devrons notre salut si la situation se dégrade rapidement.

 

 

Conclusion

Aujourd'hui, il est impossible de prédire ce qui arrivera exactement demain et surtout quand. En revanche, nous sommes sûrs que les êtres humains ont un impact négatif majeur sur leur environnement, que nous ne saurons pas empêcher le réchauffement climatique et que celui-ci aura des conséquences dramatiques sur nos conditions de vie.

 

Plutôt que d'attendre que les catastrophes naturelles s'accumulent associées aux catastrophes économiques, nous avons la possibilité d'attenuer l'impact de celles-ci sur nous. C'est un pari sur l'avenir de l'Humanité, autant placer ses billes sur les bonnes cases.

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere Contact - contact@livosphere.com

Conseil en Innovation technologique (IA, IoT...) et durable (RSE / Économie circulaire ) 

 

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

 

 

 

 

 

RSE Economie Circulaire - Lettre ouverte à Bernard Arnault, Delphine, Antoine, Alexandre, Frédéric et Jean Arnault (LVMH)

#LVMHJoinsForces LVMH Économie circulaire RSE Dimitri Carbonnelle Livosphere

Chers Bernard Arnault, Delphine, Antoine, Alexandre, Frédéric et Jean Arnault

 

Ces dernières années, vous avez montré qu'au-delà des résultats financiers, l'entreprise a un rôle crucial à jouer pour aider son pays et ses habitants à faire face aux crises auxquelles ils sont confrontés.

 

Vous avez réalisé un don non défiscalisé de 200 millions euros pour reconstruire Notre-Dame et sous la bannière #LVMHJoinsForces, produit en grande quantité du gel hydroalcoolique à l'usage des hôpitaux dans les usines de Parfums Christian Dior, Guerlain et Parfums Givenchy, acheté et fait livrer plus de 40 millions de masques chirurgicaux et FFP2 pour les autorités sanitaires françaises ; des ateliers de Louis Vuitton et de Dior fabriquent des masques non chirurgicaux à destination des populations exposées ...

 

Votre nom n'est pas seulement attaché à la création et au développement d'un prodigieux empire du luxe. Vous le reliez de plus en plus à quelque chose qui le dépasse.

Nous sommes confrontés à une crise mondiale due à la pandémie du Covid-19. En ce jour d’après #EarthDay, nous savons que ce ne sera pas la dernière : le réchauffement climatique et la dégradation en général de l'environnement, la chute de la biodiversité et la forte aggravation des inégalités sociales sont trois enjeux qui risquent d'être encore plus difficiles à surmonter.

 

Pour transformer nos modes de consommation, nos modes de vie afin qu'ils soient en ligne avec notre désir d'un monde vivable pour nos enfants et nos petits-enfants, nous devons mettre ces préoccupations au centre de la stratégie de l'entreprise et plus seulement à sa périphérie.

 

Aujourd'hui, les technologies comme l'Intelligence Artificielle, l'Internet des Objets et les robots permettent d'automatiser une part croissante des activités et cela s'accélère à vitesse grand V car de nombreuses sociétés vont fortement accélérer leurs investissements dans ces technologies.

 

Cela accroîtra aussi fortement les profits et bouleversera une multitude de métiers. De nombreuses tâches répétitives disparaîtront laissant de plus en plus de temps aux salariés pour réaliser d'autres activités.

Mais pour faire quoi ? Dans quel objectif ?

 

Pour produire et générer plus d'externalités négatives comme les émissions de CO2, la pollution de l'air et de l'eau et réduire la biodiversité ?

 

Le temps et l'argent gagnés grâce à ces technologies pourraient être majoritairement réorientés vers une économie circulaire et inclusive.

 


L'économie circulaire tourne autour de 5 principes, les 5 R à mettre en place dans l'ordre : Refuser, réduire, réutiliser, recycler, rendre à la terre (cf. un webinaire sur le sujet )

 

 

L'économie circulaire nécessite beaucoup de personnes à la différence de l'économie linéaire (où l'on extrait, produit, utilise et jette). Pour vous donner un ordre de grandeur, si une personne suffit pour mettre en décharge 10 000 t de déchets, il en faudrait 10 pour les recycler et 100 pour les réutiliser. Ces emplois sont très peu délocalisables notamment pour des raisons économiques et de bon sens. Réutiliser des biens en les réparant, les « upcycler » pour les envoyer à l'autre bout de la Terre est en contradiction avec l'objectif de l'économie circulaire !

En revanche, ne nous voilons pas la face, une économie circulaire est très difficile à rendre rentable dans la plupart des cas, car le coût de la main d’œuvre pour réemployer, réutiliser, excède généralement le coût de la matière première et de la fabrication pour un produit de qualité similaire répondant aux normes actuelles.

 

Il y a des exceptions, le rechapage de pneus pour les camions, rentable pour les entreprises et leurs clients. En revanche, très peu de pneus de particuliers en France sont rechapés, vous devinerez pourquoi …

 

LVMH s’engage déjà beaucoup dans le développement durable et l’inclusion (Life - CPCEDRE , « Living soils, sols vivants », AcadémieEllesVMH…).

 

Pourquoi ne pas accélérer ?

 

Voici plusieurs idées pour alimenter votre réflexion :

Pour vos maisons :

  • toute nouvelle activité pourrait être, dès l’origine, circulaire et ne plus avoir d’impact négatif sur l’environnement avec l’ambition d’apporter plus qu’elle ne retire
  • la part de l’impact environnemental et social d’une maison pourrait croître jusqu’à atteindre 50% de l’évaluation des résultats des maisons, les 50% restant liés à la performance économique (idéalement intégré dans les bonus des dirigeants)
  • vous feriez part de manière publique des problématiques majeures auxquelles vous faites face pour réduire vos impacts négatifs. L’objectif est que d’autres organisations, entreprises puissent partager à leur tour, leurs problématiques, solutions ouvertement afin d’identifier et mettre en place des solutions transverses sur des thèmes et des secteurs.
  • Un problème majeur de l’économie circulaire est qu’il existe très peu de filières structurées qui permettraient à de grands groupes d’absorber leurs flux de matières, de produits, de déchets. Une démarche volontariste de construction de filière se révèle indispensable pour que l’économie circulaire passe du stade anecdotique au stade central dans les processus de l’entreprise.

 

Emmaüs, précurseur de longue date sur ce sujet
Emmaüs, précurseur de longue date sur ce sujet

Pour vos salariés :

  • Utiliser une partie des gains de productivité que vous ferez grâce aux nouvelles technologies pour que vos salariés puissent rendre vos activités plus circulaires et encore plus respectueuses de l’environnement
  • Permettre à vos salariés de consacrer le temps gagné, à travailler sur le plan local ou national pour avoir un impact positif sur l’environnement et les inégalités. Par exemple, un temps plein payé à 100% serait aux 4/5 dédié à l’entreprise et au 1/5 pour favoriser des actions adressant les enjeux environnementaux et sociaux, tout en les accompagnant avec des outils, des ressources internes. 

 

 

 

A l’extérieur de votre groupe

 

Vous et vos équipes avez fait des pieds et des mains pour sécuriser l’approvisionnement de millions de masques provenant de Chine. 

 

Ces compétences que vous avez mises au service de la collectivité lors de cette crise, vous pourriez encore plus largement les utiliser comme leviers pour rendre des activités externes à LVMH circulaires et positives pour l’environnement : celles de vos clients, fournisseurs, partenaires et autres entreprises et organisations intéressées.

 

Il y a évidemment beaucoup d'initiatives dont je n'ai pas connaissance dont un certain nombre correspondent aux propositions ci-dessus. L'objectif est qu'elles s'étendent bien au-delà de leur périmètre actuel avec plus d'acteurs, pour créer un effet massif.

© Gabriel de La Chapelle
© Gabriel de La Chapelle

Monsieur Arnault, toute l’énergie que vous, votre famille, vos équipes avez mise en œuvre pour aider à faire face à la pandémie du coronavirus Covid-19 ainsi que dans le développement durable et l’inclusion, vous pouvez la démultiplier afin d’avoir un impact prépondérant sur notre Planète dépassant largement le cadre du groupe LVMH.

 

Nous avons besoin d’un mouvement de fonds massif et vous pouvez avoir un rôle moteur dans vos secteurs d'activité mais aussi pour de nombreuses entreprises et organisations, européennes et mondiales. La participation d'autres entreprises aussi en pointe sur le sujet ou désireuses de faire partie de ce mouvement créera un effet mondial.

Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui ont des étoiles dans les yeux quand ils pensent à toutes les maisons de LVMH. Malheureusement, les années 2050 ne font plus rêver grand monde en particulier parmi les jeunes générations avec son flot de catastrophes, effondrements annoncés et un quotidien désenchanté.

 

Donner vie à de nouveaux rêves est sans doute le plus bel accomplissement d’une vie, vous êtes parmi ceux qui peuvent donner corps à un très grand nombre d’entre eux.

 

Merci pour votre écoute

 

Dimitri Carbonnelle

Fondateur de Livosphere,

Innovation technologique (IA, IoT...) et durable (RSE, économie circulaire)

 

 

[MAJ 26/4/2020] Article d'Antoine Arnault sur la nécessité d'adaptation et de résilience et comment LVMH le fait

Bernard Arnault Antoine Arnault Dimitri Carbonnelle Livosphere

Antoine Arnault a écrit un article dans WWD (22/4/20) qui a une vision très claire et pertinente du futur pour LVMH fondée sur l'adaptation créative et durable / sustainable dans un monde "Post-Coronavirus".  Il est abondamment illustré par des exemples concrets qu'a mis en place très rapidement le groupe face au Covid-19 et dans l'économie circulaire.

C'est un discours engagé et très encourageant, car fondé sur une forte compréhension des enjeux planétaires, une vision en ligne avec ceux-ci déclinée en actions concrètes, en prenant en compte les attentes des clients et de la société. 

 

Un extrait de l'article :

"The thing we need most is to quickly acquire tremendous resilience. [...] Today, adaptation is something that has become imperative for all of us.[...] But what exactly does “adapt” mean?[...]  Adapting means being sufficiently bold, despite everything, to pursue changes, to invent a model that better respects natural resources, and to reaffirm one of LVMH’s most cherished values: creativity." 

 

Un article que j'avais écrit à ce sujet :  Face aux futures crises mondiales (comme la pandémie coronavirus Covid-19) que faire ? Construisons une société résiliente ! 

 

[FIN MAJ]

Bernard Arnault Antoine Arnault Dimitri Carbonnelle Livosphere

 

NDLR J’ai travaillé avec les équipes Moët Hennessy durant 2 ans à la conception et au pilotage pour MH Lab Innovation.

 

J’ai eu aussi la chance de croiser Bernard Arnault à Viva Tech et Antoine Arnault à ChangeNow qui a visité l’ensemble du salon, montrant son vif intérêt sur le sujet.

 

Voici trois articles que j’ai écrits sur les innovations à ChangeNow au Grand Palais sur ce thème :

  • ChangeNow innovations et startups dans l'économie circulaire : Logistique, usage, gestion des déchets, recyclage
  • ChangeNow Innovations : matériaux, production locale, sans entrants chimiques, avec des algues, Paradoxes écologiques
  • ChangeNow - Innovations Énergie, Eau, Biodiversité (yc compensation carbone, taxe carbone, énergies renouvelables) 
  • Face aux futures crises mondiales (comme la pandémie coronavirus Covid-19) que faire ? Construisons une société résiliente !

 

Traçage (ex: appli StopCovid), solution indispensable, complémentaire ou inutile au déconfinement ? Quelle démarche pour un déconfinement progressif ?

Est-ce que le traçage des individus est indispensable au déconfinement lié à la pandémie coronavirus Covid-19 ?

 

Sinon quelle démarche pourrions nous avoir pour déconfiner progressivement ?

 

Concernant l'utilisation du traçage individuel pour déconfiner, cela me semble beaucoup trop simpliste de répondre Oui car le traçage n'est qu'un dispositif potentiel parmi d'autres, qui peuvent être bien plus simples à mettre en oeuvre avec une efficacité prouvée.

 

La solution StopCovid annoncée par Cédric O en cours de développement pourrait aider mais est loin d'être la panacée car il y a beaucoup de trous dans la raquette, il faut s'assurer que le Bluetooth est toujours allumé, que la détection entre terminaux Bluetooth (grâce à leur identifiant unique : adresse Mac ) soit fiable (d'autant que cet identifiant change régulièrement pour éviter le traçage 😉 ) et que le nombre de personnes ayant cette solution soit suffisant (au moins 60 % de la population l'installe ce qui exclut des populations). Cela fait beaucoup de « Si » et donc il est très dangereux de se fonder dessus au risque sinon de nombreuses déconvenues. [MAJ 17/4/20]  La solution apportée par Apple / Google  résoudrait en partie certains problèmes car ils peuvent accéder aux couches basses de l'OS et peuvent garder actif le Bluetooth ce qui n'est pas possible par des autres éditeurs (cf. ci-dessous) [Fin MAJ]

 

A ce titre, la tribune de 15 députés contre le traçage même volontaire peut aussi éclairer à ce sujet.

 

En revanche, la stratégie de déconfinement pourrait être une formidable opportunité de demander aux citoyens d'apporter leurs idées sur comment déconfiner progressivement le pays . Il y a une vraie opportunité pour faire appel aux bonnes idées dès lors qu'une démarche structurée est mise en oeuvre pour la réaliser.

Pourquoi devrions-nous tracer pour déconfiner ?

Revenons aux basiques :

 

La 1ère question est pourquoi veut-on tracer ? Pour prévenir les potentielles victimes avant qu'ils ne contaminent à leur tour (backtracking) ? Pour s'assurer du respect du confinement a posteriori voire en temps réel ?

 

La bonne question à répondre ne serait-elle pas plutôt : Comment déconfiner par paliers en réduisant les risques de propagation ?

 

Après, nous pourrons déterminer si le traçage est pertinent ou non !

 

Il vaut mieux partir du problème pour trouver la solution que de partir d'une solution pour résoudre un problème.

Appel aux citoyens - Quel déconfinement voulez-vous ?

Avant de présenter des solutions potentielles au déconfinement, je pense qu'il y a une formidable occasion pour le gouvernement de rassembler les citoyens pour trouver la meilleure manière de déconfiner.

 

On pourrait demander constituer des groupes de travail à distance pour répondre à des questions simples (même s'il les solutions sont compliquées) :

  • comment déconfiner ? ( par territoire, par zone, quels contrôles et dispositifs spécifiques...)
  • qui déconfiner (critères, tirage au sort, volontaire...)
  • où déconfiner ? ( petites communes, grandes communes, parcs, commerces...)

L'objectif serait de déterminer les problèmes à résoudre, les ressources existantes et futures, les solutions potentielles avec leurs risques, la démarche et le timing.

 

Ces groupes pourraient être divisés en trois cercles :

  • le noyau, un groupe central ( 5 à 10 personnes) qui va mettre en place et coordonner toute la démarche,
  • un groupe de participants actifs ( 20 à plusieurs centaines) qui doit rechercher les problématiques, solutions ... sur des questions précises
  • un groupe d'observateurs, contradicteurs (potentiellement tout le monde, qui peut commenter , contredire, argumenter, challenger les idées provenant du groupe de participants actifs

Cela donnerait à la fois un élan national à tous avec une vraie collaboration dans l'esprit actuel de solidarité, cela apporterait des idées concrètes issus du terrain et provoquerait un engagement beaucoup plus fort dans le déconfinement car les règles seraient celles qui seraient issus des citoyens et non appliqués de manière "Top-Down'.

 

Les idées seraient bien sûr revues par des épidémiologistes, médecins, autorités publiques... pour assurer leur cohérence, validité légale et leur applicabilité sur le terrain.

Que signifie déconfiner ?

Au préalable, il faut déterminer ce que signifie déconfiner. A mon sens, cela signifie desserrer progressivement la ceinture, donner plus de liberté de déplacement (accès à des parcs, retrouver des proches, accéder à des commerçants non essentiels...).

 

Il faut donc commencer à lister les cas de déconfinement autorisables à faible risque (ex : retrouvailles familiales en petit comité, accès à des espaces ouverts contrôlés comme des parcs ...) en interdisant les cas à haut risque au prime abord ( concerts, sport au Stade de France, manifestations ...)

Règles de déconfinement = règles de confinement assouplies

Les règles de déconfinement ne se substituent pas aux règles de confinement. Pour être plus précis, on peut parler de règle de confinement assouplies dans certaines conditions, dans certaines zones et pour certains individus en plus des autorisations actuelles de déplacement. Ce serait une liberté en plus de la situation actuelle.

 

Par exemple, une personne pourrait en plus d'aller à son travail dans les conditions autorisées par le confinement, aller dans un parc voisin s'il est dans un territoire déconfiné et fait partie des déconfinés ce qui serait autrement interdit. Cela n'empêche pas d'autres de venir dans la commune dans le respect des règles de confinement.

 

En revanche, un parc en zone déconfinée ne serait accessible qu'à ses habitants déconfinés car aujourd'hui il est interdit d'aller dans un parc. Évidemment, cela nécessite des contrôles dans ces parcs et donc des forces de l'ordre.

 

Trois conditions à respecter pour déconfiner

Déconfiner en réduisant les risques de propagation implique trois conditions à respecter :

  • les personnes les plus à même d'être contaminées et de propager le virus (personnel de santé, forces de l'ordre, commerçants de produits de 1re nécessité, transporteurs..) doivent être prioritairement les plus protégées (cela paraît évident mais c'est mieux en le disant !)

 

  • les personnes pouvant être déconfinées doivent être soit saines (et n'ayant pas de contacts avec des personnes connues pour être contaminées) soit immunisées pour éviter la propagation du virus
  • si jamais ces personnes étaient contaminées, elles doivent maintenir un comportement réduisant les risques de contamination (respect des règles de déconfinement / confinement, gestes barrières, masques et potentiellement traçage individuel)

Protection des personnes à risques

On pourrait classifier les populations selon deux dimensions : sont-elles en contact avec des personnes qui sont très probablement contaminées et sont-elles en contact en général avec beaucoup de personnes durant une journée.

Cette matrice illustre que le personnel de santé étant le plus exposé doit évidemment être protégé pour éviter de contaminer et d'être contaminé avec des masques protecteurs pour eux et évitant qu'elles contaminent d'autres.

 

Les personnes qui sont en contact avec de nombreuses personnes (par ex : plus de 20 par jour, forces de l'ordre, commerces de nécessité, livreurs, éboueurs...) ou qui sont en contact avec des personnes certainement contaminées (infirmiers/infirmières se déplaçant à domicile...) devraient bénéficier d'une protection renforcée des masques pour protéger les autres et si possible qui les protège eux (en fonction de la disponibilité des masques correspondants)

 

Enfin pour la majorité des personnes, chaque personne sortant de son espace de confinement devrait porter au minimum des masques protégeant les autres au cas où elles seraient contaminées.

 

Compte tenu de la quantité de masques disponibles, des masques alternatifs sont indispensables dans un premier temps.

Tester le déconfinement

Comme nous sommes dans une situation complètement inédite. Il faut apprendre en marchant d'où l'idée de réaliser des tests sur certains territoires. Ces idées doivent être évidemment challengées, améliorées sur le terrain.

 

Certaines se révéleront impraticables d'autres pertinentes... mais ce n'est pas gênant car l'objectif au final est qu'aussi en tant que citoyen nous apportions de l'eau au moulin :)

 

Déconfinement des personnes saines

Pour s'en assurer, il faudrait que chaque foyer qui serait déconfiné, soit testé et équipé en masques (réduisant la contamination), gel hydroalcoolique et potentiellement équipée d'une solution de traçage qui ne serait pas consultable à distance mais seulement par les forces de l'ordre ou judiciaires.

Sélection des territoires

Comme il n'y a pas assez de masques et de tests de dépistage, on pourrait décider de choisir des communes ou territoires « tests », proches d'hôpitaux, assez peu denses avec peu de cas de contamination relativement aux autres territoires, puis tirer au sort parmi une base de volontaires habitant ces communes (en déclaratif et/ou contactés par les communes à l'image de la Convention citoyenne pour le climat).

 

Sur ces territoires, toute personne en dehors de chez elle qui ferait partie de ce test de déconfinement, devrait respecter sous peine d'une amende en cas de non-respect, les règles de confinement / déconfinement, être équipée d'un masque (empêchant de contaminer autrui mais pas nécessairement protecteur pour elle en raison de la pénurie des masques) , de gel hydroalcoolique et potentiellement d'une solution de traçage active locale sans accès à distance.

 

On augmenterait progressivement le nombre de déconfinés et le nombre de communes avec un suivi fin des cas additionnels. On garderait la possibilité d'arrêter le déconfinement en cas d'augmentation des cas significative.

Grandes agglomérations

Il est beaucoup plus difficile de déconfiner ou d'assouplir les règles de confination pour les grandes agglomérations que dans les communes isolées car on peut beaucoup plus difficilement contrôler ces territoires.

 

On peut imaginer déconfiner des quartiers proches de parcs urbains, de squares (pour un nombre limité de personnes), on peut aussi imaginer un déconfinement tournant (par jour sur base d'un tirage au sort avec des préférences initiales proposées par chacun. ). A priori, le déconfinement devrait permettre en priorité aux personnes de reprendre leur travail et d'élargir le champs des activités autorisées.

 

Nous pouvons commencer par déconfiner des lieux et des activités simples à contrôler avant d'entamer ce qui est compliqué.

 

Solution de traçage utilisant le Bluetooth proposé par Google/Apple

[MAJ 17/4/2020] Concernant le traçage, si on le met en place, il doit être fiable. C'est la raison pour laquelle la solution StopCovid initiale telle qu'exposée au 9/4/20 me semblait une fausse bonne idée qui nous détournerait de vraies solutions (cf. problèmes cités ci-dessus). 

 

La solution apportée par Google / Apple résout de nombreux problèmes même si elle n'est pas parfaite (cf. article Medium ). Le projet européen Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT) sur lequel pourrait être fondé l'application StopCovid est fondée sur l'ancienne version du Bluetooth et donc sera beaucoup moins fiable (ex: si Bluetooth n'est pas activé ou l'application ne fonctionne pas en arrière-plan).

 

L'architecture proposée par Apple et Google leur permet d'intervenir sur la couche basse de l'OS et l'utilisation du Bluetooth Low Energy. Ils peuvent activer le Bluetooth automatiquement pour les usages de contact tracing en réduisant l'impact sur les batteries tout en préservant la confidentialité des données (tant que les utilisateurs ne transmettent pas les infos de leur appli). 

 

D'autre part, la technique utilisée consiste à ce que chaque téléphone transmette des codes aléatoires aux téléphones proches via Bluetooth et les stockent. Si la personne a le Covid-19, elle accepte de transmettre la liste des codes aléatoires à une plateforme centrale (par exemple gérée en France par un organisme central de santé). Il n'est pas très clair comment chaque personne en contact avec la personne contaminée est alerté.

 

Il y a 2 possibilités soit on peut imaginer que les téléphones reçoivent les codes aléatoires transmises par une personne contaminée et s'il y a un match avec un de leurs codes ils sont alertés, mais cela signifie envoyer tous les codes de personnes contaminées à tout le monde ce qui semble très peu probable. Soit toutes les applis transmettent les codes qu'ils en ont dans leur historique et vérifient si parmi eux il y a des codes de personnes contaminées. Le souci alors est que la plateforme centrale a accès aux contacts de chacun !

 

Une possibilité pour augmenter la confidentialité des données que j'évoque ci-dessous est la possibilité de faire un cluster position / temps assez large, de réaliser un matching puis de zoomer pour les personnes où il y a un match... et éviter d'envoyer à tout le monde l'ensemble des codes des personnes contaminées. Dans le cas de l'application StopCovid fondée sur le Bluetooth, n'ayant pas la position, on peut toutefois réalisé un clustering sur base du temps et les premiers caractères du code (si le code a 256 bits par exemple). Une personne malade  ne transmettrait que les "time log" des différents contacts, de manière générale, toutes les appli ne transmettraient que leurs "time logs" des différents contacts. S'il y a un match (on suppose que les codes transmis entre 2 téléphones en contact intègrent les time logs synchronisés), alors les premiers caractères du code aléatoire de la personne transmis ne sont qu'aux personnes qui ont un time log identique. On peut répéter l'opération plusieurs fois  avec les premiers caractères du code de la personne contaminée pour qu'au final, seules personnes les personnes ayant un code identique, ne reçoivent le code intégral de celle-ci.

 

Autre souci de la solution d'Apple/Google est qu’il faut mettre à jour tous les smartphones. Quand on voit la fragmentation des OS sur Android, ce n'est pas gagné mais espérons ... D'autre part,  cette solution peut être très utile pour des espaces denses urbains où la plupart des personnes seraient équipés de smartphones mis à jour, en revanche pour les espaces ruraux où l'équipement de smartphones récents est moindre, cette solution sera moins pertinente. [Fin MAJ]

Alternative : solution de traçage locale, non transmise à une plateforme

Une solution alternative serait d'avoir un traçage avec géolocalisation qui soit fiable mais qui ne soit pas accessible à distance ou transmise à une plateforme. Elle pourrait être potentiellement couplée avec le Bluetooth pour faciliter le back-tracking des contacts et inciter chacun à respecter les limites du déconfinement.

 

La solution singapourienne TraceTogether va dans ce sens en conservant les données de l'utilisateur sur le téléphone et non sur un serveur. L'utilisation du Bluetooth pour tracer les contacts passés n'est possible qu'à condition que le déconfinement soit limité à un territoire restreint car il est plus facile d'avoir une proportion de personnes équipées (potentiellement en attribuant gratuitement un dispositif à celles et ceux qui n'en ont pas) dans ce cas.

 

Seuls la Police, les gendarmes et autorités judiciaires auraient la capacité à accéder partiellement (sorties / entrée de zones sans géolocalisation précise et personnes rencontrées si c'est accepté par l'utilisateur) à ces données via un transfert local (WiFi local, Bluetooth, câble USB...). L'intérêt est de respecter la confidentialité des données privées. La solution devrait être auditée par des organisations indépendantes et légitimes ainsi que par la CNIL pour s'assurer qu'aucune donnée ne soit transmise à distance et de la sécurité de la solution.

 

Les données pourraient être automatiquement supprimées au bout d'une vingtaine de jours (durée où l'on peut contaminer).

 

Tracer les contacts de manière fiable en préservant les données personnelles

[Ajout du 13/4/2020] Pour permettre le retro-tracking ou "Contact Tracing" des personnes rencontrées, Yann Le Cun postait un exemple de traçage de contact respectant la vie privée accessible en open-source sur GitHub. Le principe est intéressant car il consiste à ce que lors d'un contact entre deux équipements Bluetooth, ceux-ci se transmettent un message aléatoire (clé). Si une personne a le Covid-19, cette clé est diffusée à l'ensemble des téléphones et si cette clé est trouvée sur une autre téléphone, cela signifie que la personne a été en contact avec elle et peut être prévenue.

 

Comme indiqué, plus haut, le souci est que l'information Bluetooth est beaucoup trop parcellaire pour être utilisable. D'autre part, elle implique de transmettre à un très grand nombre d'individus une information précise de contact.

 

On peut néanmoins associer une géolocalisation précise tout en préservant la confidentialité des données. Comme dit, précédemment, l'application de géolocalisation ne transmettrait aucune donnée dans le cloud. Les informations de géolocalisation seraient enregistrées dans le téléphone sous forme de poupées russes, des clusters avec des mailles de temps et d'espace larges au début et de plus en plus fins. Seuls les déplacements en dehors de l'espace confiné serait enregistrés. Ces informations seraient hashées puis cryptées avec deux niveaux de clés, des clés publiques et des clés appartenant à l'utilisateur qui pourraient être associées à la taille de la maille. Par exemple, une personne située aux à 2 m de la station de métro Invalides le 13/4 à 12h32, serait codé par exemple par 5 niveaux de précisions (peut-être beaucoup plus si nécessaire).

Le premier pourrait être Paris, le 13/4 qui serait hashé avec une clé publique puis une clé appartenant à l'utilisateur.  avec un hash SHA-256.

 

Les données hashées seraient par exemple : 48.866667,2.333333,1,13/4/2020 : ce qui correspond aux coordonnées du centre de Paris (Parvis de Notre Dame), niveau 1 de la maille, et la date et un . L'heure par défaut utilisée seraient l'heure locale de la position. Avec un 1er hashage en base 64 cela ferait 1488mYuSfpNxmfHat/qwX3FuVdCMSJRCTFtlUBXfQQs=  . Il est possible de réaliser une opération de salage en plus pour augmenter la sécurité mais il faut utiliser un code unique quelque soit les applis afin de réaliser le matching.

 

Ensuite on appliquerait deux cryptages, un premier avec une clé commune donnée par un organisme central . On peut utiliser la clé secrète : Coronavirus Covid-19 DC08!er(uxa  (32 caractères) ce qui donne crypté 2Fkcuq7WQazBkw6pH20/rf61PeAXiHDJ2P7+wjaQUp22lrMNQpxU0u+b3rVCrbP8 puis on la cryperait avec la clé privée du patient par exemple Mourir peut attendre 2020JMB!mpo  (Il est préférable que ces clés soient générées aléatoirement !) ce qui donnerait  

pZYkkHOJLWH5dxIi5WszLNhaQrGozHqOuo0ossbSLEr9o+RUZxJziOH6OZ2gGX7YYOrIvcM1mVRQfurYpTtWgbE8fF2YRJYHJj4YZpc5zzo=

 

On réaliserait la même opération avec des mailles plus petites, par exemple 10 km autour du point / par 6h - 2 km / par 2h - 100 m / 30mn  -  5 m / 1 mn.

 

Si une personne est touchée par la Covid-19, elle aurait la possibilité de transmettre un fichier avec l'ensemble de ces clusters de position/temps hashées et cryptées (en poupées russes) (WiFi, Bluetooth, clé usb) en décryptant avec sa clé secrète. Les données de position transmises seraient toujours hashées et cryptées avec la clé commun et ensuite transmise à une plateforme. Aucune donnée personnelle ne serait transmise, le hash des données de geolocalisation empêche d'identifier les points où la personne est localisée. seuls des hashs de position cryptéées deux fosi

 

On peut aussi imaginer des bornes dans des hôpitaux. Pour éviter de lever l'anonymat, cela peut s'effectuer à distance sans toucher la borne, juste par une manipulation sur l'appli du téléphone.

 

Avec l'ensemble des remontées, On aurait ainsi une base de données qui agrégeraient les clusters cryptées et hashés des différents patients ayant le Covid-19. En revanche, sans la clé de l'utilisateur 

 

Ensuite, on enverrait à tous les smartphones ayant l'application les hashs cryptés avec la clé commune de 1er niveau. Si le hash crypté du smartphone de la personne a le même code, on lui envoie le 2ème niveau ... Si le dernier niveau est atteint, on peut signaler à la personne qu'elle a été en contact récemment avec une personne ayant le Covid-19 sans lui préciser où et quand et de contacter un hôpital. Aucune personne ne serait à même de savoir où les personnes ont été en contact en raison du hashage des données de géolocalisation.

 

L'intérêt de cette solution est de permettre de retracer les contacts de manière précise sans jamais exposer les données de géolocalisation (grâce au hashage, cryptage et aussi en limitant la transmission des clusters position / temps hashés et cryptés aux malades volontaires).

 

Néanmoins, cette solution est loin d'être parfaite.Si on se fonde uniquement sur la géolocalisation GPS, elle ne permet pas de tracer les contacts en "indoor" , les lieux couverts, les magasins, les métros, les immeubles ... à moins d'y associer d'autres techniques de géolocalisation fondées sur la captation de réseaux WiFi  ou sur les antennes 3G/4G (mais moins précis). Il faut accepter d'être géolocalisé par GPS (et l'activer) ce qui peut être un frein à l'adoption pour beaucoup de personnes même si les informations ne sont pas transmises à une plateforme. Comme pour StopCovid, il faut être équipé d'un smartphone allumé avec une application installée pour que ça fonctionne, ce qui limite la couverture.

 

La meilleure façon de savoir si l'appli StopCovid fonctionne ou une autre est de la tester rapidement, certaines idées décrites ci-dessus notamment sur la sauvegarde des données dans le smartphone et la transmission que pour les personnes infectées pourraient être appliquées pour l'appli StopCovid avec Bluetooth. 

 

Des technologies comme des tags NFC ( < 0,2 cent par tag) pourraient être aussi utilisées pour confirmer qu'une personne est bien allée à un endroit précis en revanche (à l'image du paiement sans contact), en revanche cela ne donne aucune indication sur le chemin qui été suivi ...

 

D'autre part, les mesures qui permettront le déconfinement progressif sont en premier lieu, les tests, les masques et gel hydroalcooliques et la quarantine rapide des personnes contaminées.

Limites au traçage (quelqu'il soit)

Le traçage d'un contact entre deux personnes quel que soit la technique n'a de sens que si la probabilité que ce ce contact entraîne une contamination soit significatif sur le plan statistique. 

 

Si on établit qu'il y a un contact entre deux personnes et que la probabilité qu'il y a ait une transmission entre les deux est de 0,1%. Cela fera beaucoup de faux positifs. C'est la raison pour laquelle a priori seuls les contacts de durée longue ( par exemple 5 mn) et proches moins de  2mn pourraient être pris en compte.

 

Inversement, si le traçage ne détecte que 0,1% des contaminations réelles, cela fait beaucoup de faux négatifs. Aujourd'hui (17/4/2020), on ne sait pas quelle est la proportion de personnes contaminées directement par des postillons ... et celle contaminées par un contact avec un objet (ex: une barre dans un métro). Si une grande proportion de personnes sont contaminées par des objets, idéalement il faudrait non seulement tracer les contacts directs mais aussi les contacts indirects (lieux visités dans les heures de manière postérieure à une personne contaminée). Cela fait des combinaisons de cas extrêmement élevés avec un nombre de faux négatifs massifs. 

 

Il est donc essentiel d'avoir une idée grosso modo si le traçage permet d'établir au moins un minimum de vrais positifs. Si le taux de faux positifs ET le taux de faux négatifs est extrêmement élevé, les efforts d'un déploiement total sur la France, l'Europe semble peu utiles.

 

Le traçage de contacts sera le plus pertinent pour les personnes rencontrant peu de personnes. Le traçage de personnes allant dans des transports en communs à Paris par exemple me semble extrêmement compliqué à réaliser vu la combinatoire de personnes rencontrées lors d'un trajet par exemple en métro ou bus.

 

Pour le savoir, il faut tester l'application à petite échelle... tout en évitant de propager le virus ... (ce qui complique l'évaluation de ces taux). L'approche actuelle est en phase avec cela car les responsables politiques précisent que c'est une solution qu'ils explorent tout en ayant conscience des limites potentielles de cette solution. 

Conclusion

Pour terminer, il est tout-à-fait possible de concilier des solutions pour déconfiner progressivement sans attenter aux libertés de chacun, il faut partir du problème plutôt que de la solution, faire preuve d'un peu de créativité, de faire appel au terrain et au bon sens et de ne pas croire que le miracle de la technologie est la solution à tous les maux sur Terre ! En revanche, la technologie servira dans de nombreux cas, il faut juste bien évaluer là où elle est pertinente et là où elle ne l'est pas. Une démarche test and learn avec des mesures avant/après en utilisant et sans utiliser la solution permet de se faire une bonne idée avant de la déployer massivement est une bonne approche.

 

Enfin, il est essentiel qu'en tant que citoyen, nous apportions de l'eau au moulin, des idées, des contre-arguments, des débats pour faire avancer ce sujet qui nous concerne tous. 

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

 

Conseil en Innovation (IA, IoT, Blockchain et Économie circulaire / RSE) - Contact

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

 

 

ChangeNow - Innovations Énergie, Eau, Biodiversité (yc compensation carbone, taxe carbone, énergies renouvelables)

Ce 3ème article sur les innovations à ChangeNow est consacré à l'énergie après un 1er article sur quelques paradoxes écologiques et sur comment produire de manière écoresponsable et un 2ème sur l'économie circulaire (la logistique, l'usage, la gestion des déchets (tri,déchets sauvages, recyclage, upcycling, compostage).

 

Notre consommation d'énergie est directement corrélée au PIB, production. Plus le PIB augmente, plus notre consommation d'énergie augmente. Comme aujourd'hui notre consommation d'énergie est le principal vecteur d'émissions de CO2, on peut dire que la croissance de notre PIB entraîne la croissance des émissions de Gaz à Effets de Serre ce qui accroît le réchauffement climatique...

 

Donc pour réduire notre impact, il faudrait ... Réduire notre croissance, non ? C'est un sujet tabou car notre société industrielle est fondée sur la croissance alors on essaie de trouver des solutions pour découpler croissance du PIB et croissance des émissions de GES mais actuellement personne n'a réussi ! Nous verrons ce qui l'en est ici ...

 

Les 3 autres articles sur les innovations durables sont : la Production écoresponsable, l'Economie circulaire et la Mobilité, santé, inclusion, finance durable et indicateurs RSE/ESG.

 

Sommaire (Lien direct vers les parties d'articles)

Énergie 

Eau, innovations pour réduire son gaspillage

 

Biodiversité, souvent oubliée mais indispensable

Conclusion

Énergie

Les innovations sont principalement incrémentales dans l'énergie en permettant d'augmenter l'efficacité énergétique. De nouvelles technologies ont aussi pour ambition de mieux tirer parti de l'énergie hydraulique en particulier du mouvement des vagues.

Production d'énergies renouvelables

Il y a 5 sources d'énergies renouvelables : l'énergie solaire, l'énergie éolienne, l'énergie hydraulique, la géothermie et la biomasse.

 

Les trois premières génèrent principalement de l'électricité et les deux dernières du chauffage (en particulier le bois pour la biomasse).

Energies solaires

L'AIE (Agence internationale de l'énergie) estime qu'avec les installations existantes fin 2018, l'énergie solaire représente 2,6 % de l'électricité produite dans le Monde (soit 585 TWh).

 

Pour se donner une idée du chemin à faire pour basculer totalement vers les énergies renouvelables, elle estime qu'elle pourra atteindre au plus 16 % en 2050. L'énergie éolienne représente elle 4,7 % en 2018.

Lambda Energy travaille sur un filtre réalisé en nanoparticules qui transforme les longueurs d'onde bleu et vert en rouge, ce qui augmenterait de 5 points le rendement photovoltaïque (rapport entre la production produite et la puissance du rayonnement (aujourd'hui limitée à 25 %) captée par les panneaux solaires.

 

Ils sont déjà parvenus à augmenter de 2 à 4 % avec leur prototype et utiliseraient des principes analogues aux quantum dots utilisés pour les TV...

Innoventum développe des solutions hybrides solaires et éoliennes avec un design qui s'intègre facilement dans un paysage ou une zone urbaine. Il commence à y avoir une levée de boucliers parfois justifiée contre les éoliennes, pour leur bruit, leur impact sur les oiseaux et chauves-souris et parce qu'elles peuvent défigurer le paysage.

La récente position d'Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire a d'ailleurs dénoncé leur développement anarchique.

 

Le design et l'intégration des moyens de production d'énergies renouvelables sont donc un enjeu essentiel si on souhaite une adhésion des riverains à leur implantation. Cela rappelle notamment l'éco-design qui a été utilisé par les sociétés télécoms pour cacher leurs antennes BTS (2G,3G,4G).

Enfin, Offgrid propose une solution deux-en une destinée aux pays en voie de développement. Elle utilise l'énergie solaire pour distribuer de l'électricité et rendre l'eau potable (par filtration) dans des lieux éloignés.

 

Cette solution est aussi particulièrement utile en cas de catastrophe naturelle.

Energie hydraulique

Les barrages hydrauliques représentent la très grande majorité de l'énergie hydraulique produite (10 % de l'électricité produite en France, près de 17 % dans le Monde). L'utilisation des vagues et des marées est un autre moyen de produire de l'énergie, mais plus difficile à transformer en électricité.

 

Leur énergie cinétique peut être captée en exploitant les courants de marée, qui peuvent être captés par des turbines, ou hydroliennes ainsi que leur énergie potentielle en exploitant les variations du niveau de la mer.

Cette dernière technique est utilisée dans les usines marémotrices comme la fameuse usine de la Rance mise en service en 1966, restée 45 ans, la plus grande usine marémotrice au monde avec une capacité de 240 MW.

Par comparaison, la majorité des centrales nucléaires françaises ont une capacité de production de 900 MW (les 4 plus puissantes ont une capacité de 1400 MW), les parcs éoliens de Fruges, le plus grand parc éolien en France avec ses 70 éoliennes a une capacité totale de 140 MW, le 1er parc solaire français Helio Boulouparis en Nouvelle-Calédonie a récemment mis en service une seconde tranche portant sa capacité à 30 MW avec 101 200 panneaux solaires sur environ 40 hectares )

 

Les sites adaptés au captage de l'énergie marémotrice sont peu nombreux et nécessitent des aménagements importants qui modifient notablement les équilibres écologiques dans des zones généralement fragiles. La Grande-Bretagne a aussi créé une centrale marémotrice utilisant les courants sous-marins.

SinnPower utilise le mouvement des vagues pour produire son électricité avec un système de flotteur.

 

EEL Energy offre une solution permettant de produire de l'électricité grâce à une hydrolienne biomimétique ondulant comme un poisson dans l'eau. L'intérêt de cette dernière solution est d'augmenter les zones accessibles à leur solution par rapport aux turbines.

 


Même si c'est enthousiasmant de voir de nouvelles solutions qui permettraient de produire de l'énergie renouvelable, ces dispositifs restent encore à l'état de prototype, leur déploiement de manière industrielle semble encore lointain et l'énergie produite et encore trop faible il a un coût trop élevé pour faire concurrence aux autres énergies renouvelables.

 

Néanmoins, il est toujours judicieux de poursuivre ces travaux, car ces solutions peuvent être tout à fait complémentaires à d'autres solutions dans certaines zones locales en particulier pour les îles.

Biomasse

La biomasse est source d'énergie renouvelable si la production de biomasse est supérieure ou égale à sa consommation. En France, elle représente plus de 40 % des énergies renouvelables. Via des techniques de combustion, la gazéification, la pyrolyse ou encore la méthanisation, elle peut produire de la chaleur et plus globalement de l'énergie. Le problème est que sa consommation produit du CO2.

 

Certes l'impact global pourra être nul ou négatif si les forêts captant le CO2 sont utilisées pour produire de l'énergie. Néanmoins, ce serait une supercherie que de transformer des forêts compensant les émissions de carbone en biomasse en disant que nous produisons de l'énergie renouvelable ! Soit on compense le carbone émis, soit on produit de l'énergie à partir de biomasse pas les 2 !

Paradoxe des énergies renouvelables

Accroître fortement l'utilisation des énergies renouvelables est loin d'être une solution simple et sans impact écologique.

Énergie solaire et éoliennes, intermittentes nécessitent des batteries

Etant des énergies intermittentes, les panneaux photovoltaïques et les éoliennes nécessitent des batteries (Li-Ion généralement) pour conserver l'énergie lorsque la production instantanée dépasse la consommation instantanée.

 

Or ces batteries nécessitent certaines « terres rares », dont le lithium et le cobalt extraits de mines qui peuvent être extrêmement polluantes.

Eoliennes réduisent la biodiversité des oiseaux et chauve-souris

S'ajoute un autre problème pour les éoliennes. Elles réduisent la biodiversité en tuant un certain nombre d'oiseaux et chauves-souris (entre 0,3 et 18,3 selon la Ligue de Protection des Oiseaux principalement des passereaux cf. son étude).

 

Sur les 97 espèces retrouvées, 75 % sont officiellement protégées en France. L'implantation des éoliennes dans ou à proximité des ZPS (Natura 2000) génère la plus grande mortalité.

 

La mortalité directe due aux éoliennes est au moins deux fois plus importante dans les parcs situés à moins de 1 km des Zones de Protection Spéciale (zones Natura 2000 au titre de la Directive Oiseaux) et elle y affecte bien plus qu'ailleurs les espèces patrimoniales.

Biomasse, émettrice d'oxydes d'azote

La biomasse venant de forêts renouvelées produit de l'énergie renouvelable mais aussi réduit la qualité de l'air car elle émet plus d'oxydes d'azote que les combustibles comme le gaz naturel et le fioul. (cf. les conseils de l'ADEME pour réduire les NOx émis par les chaudières à biomasse)

 

D'autre part, il faut s'assurer que les terres utilisées pour la biomasse ne réduisent pas aussi la biodiversité 

Energie hydraulique met en péril la faune et la flore des rivières

L'énergie hydraulique via ses barrages et ses turbines marémotrices mettent en péril la faune et la flore des rivières et des océans.

 

Selon la WWF, sur 21.387 centrales hydrauliques, près de 30% de ces centrales se trouvent dans des zones protégées, principalement dans des parcs nationaux et des sites naturels.

 

8.785 infrastructures supplémentaires sont prévues ou en construction qui menacent la biodiversité alors qu'elles produisent peu d'énergie (modifie le débit naturel d'un fleuve, bloquent les voies de migration des poissons, affectent la survie des espèces vulnérables et piègent les sédiments qui protègent les rives face aux inondations.).

 

L'activité bactériologique dans l'eau des barrages, surtout en régions tropicales, relâcherait aussi d'importantes quantités de méthane (gaz ayant un effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2 ).

Nucléaire, énergie non renouvelable, risqué à long terme même si émet autant de CO2 que les éoliennes 

L'énergie nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre (lié à la construction et exploitation de centrales et émet autant que les éoliennes). Elle n'est pas une énergie renouvelable car elle utilise l'uranium enrichi, ressource naturelle, même si les réserves actuelles suffisent pour au minimum une centaine d'année. Il rejette surtout des déchets radioactifs qu'on ne peut éliminer.

 

Leur retraitement à la Hague nécessite leur vitrification pour un entreposage en surface et ou leur stockage en couche géologique profonde. Les déchets radioactifs (comme Technétium 99 - article) ont des demi-vies de 200 à 300 000 ans, d'autres comme le Césium 235 a une demi-vie de quelques millions d'années. Leur radiotoxicité diminue avec le temps.

L'EPR (3e génération) recycle partiellement les déchets radioactifs et fournirait 22 % de plus d'électricité qu'un réacteur traditionnel à partir de la même quantité de combustible nucléaire et réduirait d'environ 15 à 30 % le volume de déchets radioactifs générés grâce à une fission plus complète de l'uranium, néanmoins leur construction est d'une bien plus grande complexité que les centrales de 2ème génération.

 

L'EPR de Flamanville qui a accumulé les déboires coûterait 12,4 Md € contre un coût initial estimé en 2006 à 3,3 Md € avec un retard de 10 ans (mise en service en 2022 au lieu de 2012). La construction de deux EPR jumeaux permettrait selon EDF de réduire le coût unitaire à 7,5 Md € pour les prochains EPR. En Chine, la construction de deux EPR s'est faite pour environ 12 milliards d'euros. Cela ne tient pas compte du coût de déconstruction...

Le réacteur à neutrons rapides (dont SuperPhénix était un prototype qui est en cours de démantèlement) permet de recycler aussi les déchets radioactifs néanmoins ils posent d'autres problèmes techniques et ne serait pas rentable par rapport à l'utilisation d'uranium enrichi.

Reste la fusion nucléaire qui pour le coup ne produit aucun déchet radioactif et ne commencera peut-être à être opérationnel d'ici 20/30 ans.

 

Le projet ITER qui permet de tester cette technologie n'a pas vocation à produire de l'énergie et émettrait son premier plasma en deutérium-tritium en 2035. Comme ce projet est financé par l’Union Européenne, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis notamment, il n’est pas sûr que compte tenu des tensions géopolitiques, le projet ne manque pas de financement d’ici les 20 prochaines années...

Comparaison des coûts de production des différentes énergies

Pour l'électricité, Il est aussi nécessaire son coût de production reste compétitif avec les autres sources d'énergie. Selon la Cour des comptes, pour le nucléaire, il serait de 6 cents € /KWH (en 2013) qui augmente en raison des coûts de maintenance.

 

Les coûts seraient aussi supérieurs pour les centrales nouvelle génération (> 6 centimes € juste pour le coût de construction pour la centrale nucléaire EPR (GEN. 3) de Flamanville p26 ).

 

Pour l'éolien, il serait au minimum d'environ de 5,7 cent / kWh et 7,4 cent/kWh pour le solaire professionnel au sol à plus de 17 centimes pour le solaire résidentiel (ADEME).

Que faire ?

Il faut certes développer les énergies renouvelables mais croire qu'elles seront capables de répondre à nos besoins énergétiques actuels est une gageure car elles n'en souvent pas la capacité et auraient à grande échelle aussi des conséquences dramatiques sur notre planète (en particulier réduction de la biodiversité).

 

Le nucléaire pose des cas de conscience terribles entre une énergie produisant des déchets radioactifs, présentent des risques pour les populations à court terme et à long terme mais c'est une énergie que les énergies renouvelables ne peuvent aujourd'hui remplacer totalement en l'état.

 

Si l'arrêt de centrales nucléaires semble donc hasardeux comme nous le voyons en Allemagne dont l'électricité émet beaucoup plus de GES (312 g eq CO2/kWh et la part des énergies renouvelables peut passer de 75% à 15% de sa production énergétique en fonction de la météo compensée par des centrales thermiques) que la France (versus environ 50 g pour la France), la construction de nouvelles centrales semble aussi très hasardeux. Il faudrait immobiliser des capitaux très importants sur des projets à 20 ans minimum alors que ces mêmes sommes pourraient être utilisées de manière beaucoup plus agiles.

Réduction de la consommation

La principale solution qui tient la route est la très forte réduction de consommation d'énergie. J'en parle plus loin dans cet article.

 

 

Aujourd'hui, seule la terrible pandémie de coronavirus Covid-19 a eu un impact significatif et mondial sur la consommation d'énergie mais au prix de décès de milliers de personnes, d'un arrêt massif de l'activité et de déplacements. Cette baisse de consommation réduit la pollution de manière significative en particulier en Chine très consommatrice de charbon.

 

D'autre part, il faut espérer que cette pandémie ne dure pas et que sa fin ne provoque une forte reprise de la consommation d'énergie et l'émission de nouveau massif de GES ... 

Pilotage mix énergétique

La 2ème solution est d'augmenter notre capacité à piloter le mix énergétique localement en utilisant le moins d'énergie émettrices de CO2.

 

Concrètement, cela signifie être capable en cas de pic de consommation dans un secteur géographique de puiser dans des batteries à proximité, potentiellement de faire de l'effacement énergétique (réduire la consommation par exemple d'industries ou de chauffage pour l'effacement diffus) pour utiliser au minimum des centrales thermiques ou d'importer de l'électricité.

Développement des énergies renouvelables

Très restrictive au début, ses règles s'assouplissent depuis un arrêté de novembre 2019 qui permet à deux sites d'y participer à condition de ne pas être situé à une distance de plus de deux kilomètres et que la puissance totale de ce type d'installation ne dépasse pas les 3 mégawatts. Ils utilisent le réseau électrique usuel donc il est inutile de construire une infrastructure parallèle.

La 3ème solution est de développer les énergies renouvelables à condition qu'elles permettent de remplacer l'utilisation de centrales thermiques. Ce n'est pas évident compte tenu de leur intermittence et que le stockage par batterie n'a de sens que localement.

 

L'auto-consommation collective (partager l'énergie produite avec ses voisins non producteurs) devrait aussi être développée d'autant que cela permet de rendre des quartiers et des communes résilientes en cas de panne électrique.


Comme le prix de l'électricité est très bas (13 c/kWh comparativement à l'Allemagne à 30 c/kWh), elle se développe très peu (50.000 autoconsommateurs dans l'Hexagone, contre un million et demi en Allemagne).

 

Le surplus de consommation peut être revendu au prix du marché (en France environ 1 cent € jusqu'à 5 cent € en cas de pic en hiver) ou donné à titre gratuit à Enedis (utile quand il arrive que l'électricité ait un prix négatif ;) ex: ci-contre sur base des prix Spot RTE   )

 

 

 

En revanche, il n'y a pas de prix de rachat comme pour l'autoconsommation individuelle (pour <= 3 kWc 10 cent en auto-consommation, 18 cent si revente totale) . Il serait sans doute judicieux de donner aussi un coup de pouce au prix de revente pour l'auto-consommation collective.

Quelques repères sur la production d'énergie

Dans le monde, la production mondiale d'énergie primaire est d'environ 13 790 millions de TEP (2015). La part des énergies renouvelables dans la consommation finale mondiale d'énergie est estimée en 2017 à 18,1 %, dont 7,5 % de biomasse traditionnelle (bois, déchets agricoles, etc.) et 10,6 % d'énergies renouvelables « modernes » : 4,2 % de chaleur produite par les énergies renouvelables thermiques (biomasse, géothermie, solaire), 3,6 % d'hydroélectricité, 2 % pour les autres renouvelables électriques (éolien, solaire, géothermie, biomasse, biogaz) et 1 % pour les biocarburants; leur part dans la production d'électricité était estimée en 2018 à 26,2 %.

La consommation d'énergie finale en France de pétrole en 2017 est de 140,1 MTEP (tonnes équivalent pétrole), dont 24 % de l'électricité.

 

 

 

Les énergies renouvelables représentent environ 14 %. La biomasse-déchets représente 9,7 % principalement liée à la combustion de bois (environ 9 Mtep dont plus de 70 % en bois « domestique »). Le nucléaire représente 17 % de la production d'énergie, hydraulique 2,4 %, éolien 1,1 %, solaire 0,4 %.

Distribution d'énergie

Il y a de plus en plus de distributeurs qui proposent d'acheter de l'énergie verte (qui comprend aussi le biogaz, la co-génération) auprès de distributeurs énergétiques. Il est impossible de savoir si l'électricité que vous consommez provient d'une source renouvelable ou pas (ce sont des électrons !)

 

Néanmoins dans de nombreux cas, des distributeurs ne vendent pas de l'énergie dite verte (cf. liste de Greenpeace qui note les fournisseurs français).

 

D'une part, ils achètent de l'énergie carbonée ou d'origine nucléaire et d'autre part ils achètent des garanties d'origine à des producteurs d'énergie verte.

A chaque MW d'énergie verte produite est associée une garantie d'origine pour un MW. Le producteur d'énergie verte peut revendre son énergie verte à un distributeur (mais sans la garantie) et d'autre part, il peut vendre sa garantie d'origine à un autre distributeur qui en réalité n'achète pas d'énergie verte. Un client final qui achèterait de l'énergie de ce distributeur, n'utilise pas d'énergie verte mais sait que quelque part une quantité d'énergie verte a été produite !

 

Comme le précise le rapport de Carbone 4, en France seul 1 % des garanties d'origine émises en 2017 correspondent à des installations postérieures à 2015 (principalement hydrauliques). C'est dû notamment au fait que la législation française empêche de cumuler des aides publiques (comme les tarifs de rachat) et des garanties d'origine.

Startups / Organisations à ChangeNow

Enercoop est un des fournisseurs d'énergie « vraiment » verte, les plus connus avec un modèle coopératif (SCIC).

 

L'énergie provient exclusivement de producteurs indépendants exclusivement d'énergies renouvelables.

Elecocité offre aussi de l'électricité verte (l'évaluation n'a pas encore été faite par GreenPeace) et propose qu'une partie de vos consommations financent un projet d'énergies renouvelables (comme EEL Energy)

Distribution dans les pays en voie de développement ou difficiles d'accès

Pour faciliter l'accès des populations dans les pays en voie de développement à l'énergie, de plus en plus de distributeurs proposent un accès à l'énergie « pay-as-use », Oorja propose ainsi d'y déployer l'usage de panneaux photovoltaïques et de vendre à l'usage l'énergie produite.

Stockage de l'énergie

Une problématique majeure des énergies renouvelables est leur intermittence de production qui nécessite un stockage spécifique. Il existe de nombreuses manières de stocker l'énergie : mécanique comme les barrages hydroélectriques, électrochimique (piles, batteries, vecteur hydrogène), électromagnétique (bobines supraconductrices), thermique (chaleur latente ou sensible).

 

L'enjeu est de parvenir à réduire au maximum les pertes entre production et consommation de l'énergie notamment en réduisant les intermédiaires. Le solaire thermique qui chauffe l'eau est beaucoup plus efficace qu'un panneau photovoltaïque qui transforme les rayons du soleil en électricité qui elle-même chaufferait l'eau.

Le stockage mécanique via des STEP (stations de transfert d'énergie par pompage)

Cette solution nommé aussi pompage-turbinage utilise l'électricité pour remonter l'eau lorsqu'elle est peu chère (et donc la demande est faible) et la relâcher en actionnant les turbines de la centrale hydraulique lorsqu'elle est beaucoup plus chère. Elle est source de fortes rentrées financières pour la Suisse mais aussi pour EDF qui a sept STEP en service soit 10 % de la capacité hydroélectrique française (5e pays en puissance installée après la Chine, le Japon, les Etats-Unis et l'Italie).


En effet, lorsque la production d'électricité est excédentaire son prix peut devenir négatif, on gagne de l'argent à tous les coups en pompant l'eau vers le réservoir du haut et quand on ouvre les vannes ...

 

Cela pose néanmoins des problèmes sur la biodiversité car il y a des fortes variations du niveau de l'eau en aval.

En raison de l'omniprésence de l'électricité, le stockage électrochimique est la solution la plus pratique comme l'a montré le développement des batteries rechargeables lithium-ion.

 

Elles posent néanmoins des problèmes car il faut exploiter des mines de lithium et de cobalt qui peuvent être très polluantes. D'autre part le recyclage des batteries Li-Ion reste encore trop faible. La réglementation européenne (Directive 2006/66/CE ) n'oblige qu'à recycler ces batteries à 50 % de leur poids contre 90 % pour les batteries au plomb.

Batteries à hydrogène, Fuel Cells / Piles à combustibles

L'autre solution sont les batteries à hydrogène (fuel cells ou piles à combustibles). Elles ne rejettent que de la vapeur d'eau et sont produites à partir d'une ressource quasi-inépuisable l'eau.

 

La transformation de dihydrogène en énergie cinétique (du réservoir à la roue) est supérieure à l'essence (45 % versus 20 %).

 

 

Sa production pose des problèmes de rendement et écologique. Elles peuvent être produites par électrolyse de l'eau qui a un rendement faible comparé à l'essence (20 % versus 80 à 90 % pour l'essence du puits au réservoir), par thermolyse mais aussi à partir d'hydrocarbures ce qui émet fortement du CO2 (séparation du carbone et de l'hydrogène et production de CO et de CO2 en parallèle du dihydrogène). Cette dernière solution bien qu'absurde sur le plan écologique est la plus couramment utilisée...

 

Aujourd'hui, les piles combustibles utilisent principalement du platine, très cher et rare qui aurait vocation à être remplacé par la palladium moins rare.

EH Group Engineering présentait ainsi sa pile à combustible.

 

Au-delà des problèmes d'efficacité énergétique, l'une des raisons qui empêche l'utilisation massive d'hydrogène est la nécessité de créer des infrastructures spécifiques en parallèle des infrastructures existantes (stations-services et recharge électrique) sans compter les bisbilles entre opérateurs (ex : fermeture du réseau Corri-Door de 189 bornes en France en raison de des dissensions entre Izivia et EVBox).

Réduction de la consommation d'énergie et d'émissions CO2

Stratégie Bas Carbone en France plutôt Stratégie énergies renouvelables .

La France a mis en oeuvre une stratégie Bas Carbone (cf. article) en investissant 6,7 Md€ en 2016 et 9Md€ en 2017 (dont 3,7 Md€ pour aider à l'implantation d'éoliennes et de panneaux photovoltaïques en 2016 et 5,7 Md€ en 2017), l'impact a été ... d'augmenter les émissions de gaz à effets de serre (GES) ... et l'objectif d'ici 2028 est de stabiliser les émissions de CO2 !

  

C'est assez logique car 75 % de l'électricité provient du nucléaire. Bien que loin d'être parfait avec ses déchets et risques (cf. plus haut), il produit autant d'émissions de CO2 que les éoliennes. Comme les éoliennes et l'énergie solaire sont des énergies intermittentes, elles nécessitent des moyens de productions complémentaires en particulier le gaz qui augmentent les émissions de CO2 !

C'est ballot, ils se sont trompés sur le nom de la stratégie ! L'objectif de cette stratégie bas carbone n'est pas de réduire les émissions de carbone de la France mais d'investir dans les énergies renouvelables. Il aurait été préférable que le nom de la stratégie corresponde à la réalité. On évite de faire prendre des vessies pour des lanternes !

 

D'autre part, on aurait lancé en parallèle une vraie stratégie bas carbone. Quand on lit la stratégie proposée par le gouvernement, elle semble limpide et pertinente, malheureusement le Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) a constaté que nous ne sommes pas du tout en ligne avec les objectifs.

Nous voulions réduire les émissions de CO2 des secteurs les plus émissifs et nous les avons augmentés (cf. article) : dans les transports (plus 6 % par rapport à l'objectif avec 136 MTeCO2); le bâtiment : la construction, l'entretien et le chauffage (plus 11 % avec 88 MTeCO2), l'agriculture (plus 3 % avec 90 MTeCO2 dus pour l'essentiel aux oxydes d'azote des engrais et au méthane émis par le bétail)...

 

 

 

L'industrie en revanche est presque en ligne avec les objectifs, à 1 % près après avoir diminué de 45 % ses émissions depuis 1990. Nous devons poursuivre nos efforts pour réduire notre consommation énergétique tout en dissuadant les surconsommations.

Il faut néanmoins se méfier des fausses bonnes idées. Remplacer un véhicule diesel de moins de 5 ans par un véhicule électrique neuf consomme émet beaucoup plus de CO2. C'est encore pire si vous achetez votre électricité en Allemagne. C'était la raison pour laquelle j'avais proposé que la prime de conversion devienne une prime de covoiturage où le nouveau véhicule bénéficiant de la prime doive obligatoirement réaliser du covoiturage. (cf. article).

 

La production d'énergie ne représente que 11 % des émissions de gaz à effet de serre en France, en raison d'un mix de production électrique dominé par le nucléaire et l'hydraulique.

Loi énergie et le plan de rénovation énergétique des bâtiments

Pour être honnête, la loi énergie et le plan de rénovation énergétique des bâtiments devrait permettre de réduire la consommation énergétique et les émissions de CO2..

 

Ils ont pour objectif d'inciter les propriétaires de logements classés F ou G (7,5 millions de logements) au sens du diagnostic de performance énergétique (DPE) à réaliser les travaux d'isolation avec des aides pour les ménagers le plus modestes. 

14 milliards d'euros de soutien public en investissement et en primes sur le quinquennat seront alloués à ce plan, complétés par plus de 5 milliards d'euros de certificats d'économie d'énergie directement utilisés pour financer des travaux de rénovation énergétique.

 

En 2018, la majorité des logements construits sont performant en terme de consommation d'énergie (avec une chute néanmoins très forte du nombre de constructions). Cela s'explique en grande partie par les réglementations successives (RT 2005 puis RT 2012) qui ont imposé des normes pour les nouvelles constructions. Quand on compare à 1996, le changement est assez important pour une période de plus de 20 ans.

Financement privé innovant de rénovation énergétique des bâtiments

Des dispositifs innovants de financement pourraient compléter ce plan, par exemple favoriser les investissements d'acteurs privés dans la rénovation énergétique en se finançant sur une part de la réduction de la facture de la consommation d'énergie.

 

Un logement de 75 m2 de classe F dépense environ 300€ par mois en électricité, Si nous souhaitons qu'il passe en classe C (90€ / mois). il faudrait isoler deux murs extérieurs (soit environ 42 m2 = 2*8,7 m * 2,4 m de hauteur sans tenir compte des fenêtres pour un appartement carré) pour un coût moyen de 160 € / m2 et deux murs intérieurs (42 m2) pour un coût moyen de 60 € / m2 . Le coût total de l'isolation serait de 9240€.

 

Sans même tenir compte des primes de l'Etat (ex : 20€/M2 pour l'isolation des murs par l'intérieur pour les ménages aux revenus modestes), l'investisseur pourrait gagner un taux d'intérêt de 3,1 % par an sur 6 ans (net d'inflation de 1,5%) en réduisant la facture énergétique de l'occupant de 20% (soit 504 € par an = 20%*210*12 mois, l'investisseur gagnerait 12096 € au total soit un taux annuel brut de 4,6%). Au bout des 6 ans, l'occupant bénéficierait de la totalité de la baisse de facture.

Innovations dans la réduction de consommation d'énergie

Ecojoko

Pour réduire la consommation énergétique, la première étape consiste à se mesurer, il existe de nombreuses solutions dans le domaine du Smart Home. Ecojoko présente sa solution connectée pour connaître à tout moment sa consommation et les équipements qui consomment.

 

Il utilise l'IA pour distinguer les signatures électriques des différents équipements grâce à un capteur placé sur le disjoncteur.

Pour être capable de décomposer un signal global (par exemple le courant électrique mesuré à partir du capteur placé sur le disjoncteur) en multiples signaux distincts ( courant du réfrigérateur, de la télé, des appareils en veille), on utilise généralement des transformées de Fourier (on décompose une fonction en une multitude de fonctions sinusoïdales, ce qui la rend plus simple à manipuler). On fait l'opération inverse de l'animation ci-jointe en testant de nombreuses hypothèses ;)

 

L'IA est sans doute utilisé en combinaison avec les transformées afin d'évaluer ses coefficients et doit être associé avec une période d'apprentissage rapide et personnalisé au consommateur.

 

Le problème de ce type d'équipement est qu'on y fait attention les premiers mois puis on l'oublie. S'il n'est pas connecté avec le chauffage, les différents équipements de la maison pour gérer leur alimentation, son bénéfice s'amenuise rapidement. Les 25 % de réduction annoncé est dans la très grande majorité des cas très surestimée.

Climatisation, facteur aggravant du réchauffement climatique climatique

Un autre problème majeur du réchauffement climatique est la climatisation, qui consomme beaucoup d'énergie et émet du CO2 ce qui augmente le réchauffement climatique ...

 

Selon une étude de la revue Nature , le changement climatique devrait accroître la demande énergétique de 11 à 27 % en cas de réchauffement modéré et de 25 à 58 % en cas de réchauffement "fort", principalement due à la climatisation. Le taux d'équipement en climatiseurs devrait passer de 1,6 milliard d'unités aujourd'hui à 5,6 milliards en 2050 ce qui représente la consommation actuelle de la Chine en électricité ! 

 

Le schéma ci-contre présente le scenario RCP 8.5 du GIEC qui est souvent considéré comme le scénario "Business-as--usual", on ne fait pas de changement radicaux à nos modes de consommation (ce qui est actuellement malheureusement la tendance. La température augmenterait de 4.3°C d'ici 2100 versus le scénario RCP 2.6, qui semble inaccessible d'une augmentation de 1.8°C d'ici 2100.

Ubiblue 

Ubiblue utilise une solution fondée sur l'effet magnétocalorique (changement de température d'un matériau magnétique soumis à un champ magnétique externe) alors que la plupart des solutions de climatisations sont fondées sur la compression de gaz réfrigérant. Sa solution permettrait de réduire de 50 % la consommation énergétique et élimine les émissions de hydrofluorocarbone, généralement utilisé.


Autre technique, Equium a créé un équipement qui transforme la chaleur (100 kW à 200°c) en froid (50kW à 5°c) grâce à une technologie fondée sur la thermoacoustique sans consommation électrique.

Il y a une technique plus simple pour réduire la température des bâtiments et moins utiliser les climatiseurs ... peindre les toits en blanc ce qui augmente leur albedo et donc leur pouvoir réfléchissant.

 

C'est qu'à fait notamment Los Angeles (cf. article). Cool Roof réalise une étude du toit pour vérifier la possibilité de peindre en blanc (les toits en PVC ne peuvent être peints) et crée une peinture spécifique (biosourcée, anti UV, anti-encrassement, anti-champignons).

Joulia propose lui une douche qui utilise la chaleur de l'eau évacuée pour réchauffer l'eau froide propre et réduit donc la consommation d'eau chaude.

 

De manière générale, les industriels vont petit à petit intégrer la dimension d'éco-conception afin de réduire la consommation énergétique. Le problème est que cela prend énormément de temps pour avoir un impact massif.

Aeroshield a trouvé une solution pour isoler les fenêtres avec une efficacité 50 % supérieure aux fenêtres à double vitrage en remplaçant l'air par un aérogel. Il serait aussi plus léger et moins épais qu'un triple vitrage.

Saurea innove en créant un moteur photovoltaïque  qui est capable de faire tourner une roue sans utiliser de balais (qui s'usent), sans électronique et sans aimants. La puissance est encore faible (s'il est associé avec d'autres panneaux, moteur allant jusqu'à 250 watts) mais il permet de servir de pompe à eau, turbine de ventilation ou brumisateur.

 

En cachant par un obturateur les cellules photovoltaïques au fur et à mesure, on crée un phénomène similaire à l'électro-aimant. Les cellules servent d'alimentation et pour la commutation des phases du moteur afin de créer l'énergie mécanique.


Greenspector est une solution permettant de mesurer et améliorer la consommation énergétique des applications et sites web services à l'attention des développeurs.

Est-ce que la Compensation Carbone est du Greenwashing ?

Compensation carbone peut donner bonne conscience à tort

Plusieurs startups comme Climateseed ou Reforest'action montrent comment compenser Les émissions de CO2.

 

En général ce sont des plateformes qui financent des projets de développement d'énergies renouvelables, de reforestation avec une dimension souvent inclusive pour les populations locales.

Cela pose néanmoins un double problème, Tout d'abord, ça déresponsabilise les émetteurs de CO2, en transformant une externalité négative en responsabilité externe.

 

Cela permet de s'acheter une bonne conscience à moindre frais sans réaliser de changements internes pour réduire véritablement ses émissions.

 

Bien sûr, les projets peuvent avoir un impact positif notamment sur la diversité et être inclusif mais la compensation carbone, c'est comme une cerise sur le gâteau sans le gâteau !

 

En revanche, s'il y a une vraie stratégie de réduction des émissions avec des objectifs ambitieux, c'est la compensation carbone est un plus. Sans cette stratégie principale, la compensation carbone est du greenwashing.

Reforestation ne compense qu'après une longue durée, que pour une période limitée et peut ne servir à rien

Deuxième problème lié aux projets de reforestation, que j'aborde plus longuement ici est que les émissions de CO2 sont déjà réalisées et sont compensées qu'après la croissance complète des arbres.

 

Une fois qu'ils ont dépassé leur phase de croissance, ils ne consomment que marginalement du CO2. Pour absorber de nouveau du CO2, soit il faut couper les arbres et les utiliser pour des usages durables (construction de maisons par exemple), soit il faut trouver de nouvelles terres à replanter (ce qui peut aussi créer une concurrence de terres).

 

On peut même arriver à des situations absurdes où on ira planter du peuplier partout au détriment d'autres espèces car ce sera l'un des arbres qui captent le plus de CO2. Pourquoi ne pas imaginer des arbres génétiquement modifiés aussi comme le prévoit Joanne Chory qui a imaginé une plante capable d'absorber 20 fois plus de CO2 que les autres plantes ! En termes de biodiversité, ce n'est pas l'idéal... Et pourquoi ne pas d'abord réduire ses émissions avant de chercher à les compenser !

Evidemment si on utilise le bois comme biomasse pour générer de l'énergie, on perd tout le bénéfice des captations de CO2 !

 

Enfin comme l'a montré la perte de 90% des arbres plantés en Turquie (11 millions en 4 mois !), le manque de suivi des forêts replantées font perdre totalement l'intérêt de la reforestation.

REDD+, le quantitive easing appliqué au climat !

Il existe aussi des solutions encore plus greenwashing : les REDD+ qui consiste à attribuer des crédits carbone si on préserve les forêts, on évite d'aggraver notre impact sur le climat (interdit sur le marché européen mais autorisé en Californie). Moins je détruis, plus j'ai des crédits.

 

Le comble de l'absurde avec les REDD+ est qu' il manque de solutions pour compenser les émissions de CO2 pour l'aviation, alors on crée de nouveaux REDD+. Pour augmenter leur nombre, il suffit d'augmenter le potentiel de destruction ! C'est du quantitive easing appliqué à la planète. A la différence de la monnaie, le potentiel de destruction n'est pas infini.

C'est vrai que pour ces financiers, le concept de « Fini » est quelque chose qui les dépasse complètement jusqu'au jour où ... ! (cf. aussi article de Carbone 4 sur la compensation des émissions de CO2 par l'aviation)

 

Il serait judicieux de revenir sur terre avec un peu de bon sens paysan. Il faudrait appliquer un fort facteur réducteur aux compensations CO2 attribuées aux actions de reforestation aujourd'hui (en les fondant sur des chiffres vérifiés sur le terrain) et ne pas intégrer les REDD+ évidemment. Il faut aussi éviter toute compensation qui accapare des terres utilisées pour d'autres usages naturels ou qui réduit la biodiversité.


Est-ce que la Compensation Carbone est du Greenwashing ?

Augmenter le prix du CO(émissions de CO2)

Aujourd'hui seule une crise comme le coronavirus Covid-19 a obligé les Etats et les entreprises à réduire drastiquement les vols avec l'acceptation des citoyens. Néanmoins, à long terme, il semble peu probable que ceux-ci soient prêts à prolonger l'expérience de confinement après cette crise planétaire pour réduire leurs émissions de CO2.

 

Le meilleur moyen de réduire les émissions de CO2 sans avoir des mesures coercitives est le prix (en l'occurrence le prix de la tonne de CO2 (cf. article Carbone 4)  L'explosion du trafic aérien est fortement liée à la baisse des prix, l'inverse devrait donc être exact.

 

Le problème est que cela deviendrait complètement inégalitaire puisque seules les personnes riches pourraient se payer les vacances aux 4 coins du monde alors qu'auparavant « tout le monde » y avait accès. Comme l'esprit humain a une très forte aversion à la perte, cela ne facilite pas les choses.

 

Il y a deux mesures qui pourraient être prises pour réduire fortement les émissions de CO2 en minimisant l'impact inégalitaire.

Taxe / détaxe carbone selon l'impact environnemental

La première consiste à imposer aux produits ayant des alternatives écologiques une taxe carbone / une détaxe en fonction de leur impact environnemental.

 

L'Allemagne a ainsi décidé d'augmenter la fiscalité sur les billets de 74 % pour les court et moyen-courriers et de 41 % sur les longs courriers. En parallèle, ils ont baissé les taxes sur le secteur ferroviaire, assez peu développé outre-Rhin et bien moins émetteur de carbone en la passant de 19 % à 7 %.

 

Concrètement, cela représente une taxe de 13 euros sur les vols intérieurs et européens (14 € en GB), 33 euros pour les moyen-courriers et environ 60 euros (86€ en GB) pour les longs courriers. Élisabeth Borne a annoncé une écotaxe sur les billets d'avion mais beaucoup plus faible car plafonnée à 18 euros par billet. Une autre voie serait de taxer le kérosène qui en est exempté en raison de la convention internationale de Chicago sur l'aviation civile internationale que la France a ratifié en 1944 mais c'est très long à négocier !

 

Ces taxes suscitent évidemment une forte opposition des compagnies aériennes en particulier américaines qui les accusent de contrevenir au régime de compensation et de réduction de carbone pour l'aviation internationale (CORSIA). On voit que transformer des secteurs ne va pas se réaliser du jour au lendemain ...

Ces taxes pourraient s'appliquer à tous les secteurs. Des vêtements fabriqués en Asie subirait une taxe proportionnelle au CO2 pour les fabriquer et les transporter jusqu'à leur lieu de consommation. Inversement la recette de cette taxe servirait à réduire les prix des produits à faible impact environnemental (produits près du lieu de consommation en particulier).

 

Cela nécessiterait une traçabilité des différents composants qui n'est pas toujours évidente afin d'éviter des cas où le produit serait assemblé en France mais dont les composants proviendraient du monde entier.

 

L'avantage de cette solution est de favoriser aussi la production et l'emploi local. Par simplicité, on peut utiliser des canevas standards (pour calculer les émissions en fonction du mode de transport et de la distance sans connaître la consommation précise du bateau transporteur) pour calculer les impacts environnementaux. Nous pourrons affiner les modèles au fur à mesure.

 

Néanmoins, en raison de la libre circulation des marchandises en Europe, il sera sans doute difficile de la mettre en place sur la partie transport pour les produits européens.

Récemment Jeff Bezos a constitué un fonds de 10 milliards de dollars pour faire face au réchauffement climatique destiné à des scientifiques, ONG, activistes.

 

Une idée qui aurait beaucoup plus d'impact sur la planète serait justement qu'Amazon applique ce type de taxe / détaxe aux produits qu'ils vendent.

Compte Carbone par foyer

Les émissions de CO2 sont étroitement liées à la croissance au PIB et donc à la croissance de la consommation. Aujourd'hui, nous n'avons pas reçu malgré toutes les bonnes volontés à découpler les deux.

 

Pour réduire les émissions de CO2, il faut réduire la consommation et pour un grand nombre de produits et services, la consommation est élastique en fonction du prix. Plus vous augmentez un prix, plus vous réduisez sa consommation (à quelques exceptions près comme les produits de première nécessité ou certains produits de luxe à faible élasticité). (Ci-contre le compte CO2 mais qui a un principe différent car en payant vous investissez dans des actions de réduction de CO2
 

Cela pose d'ailleurs un énorme problème car notre société est fondée sur la croissance et pas sur une stagnation ou une réduction de la consommation. Pour être caricatural, vous aurez beaucoup plus de facilité à augmenter le salaire de quelqu'un de 10 % et les prix de 15 % que de baisser son salaire de 10 % et réduire les prix de 15 % alors qu'économiquement la 2ème option lui est nettement plus favorable.

Une idée serait que chaque foyer ait un compte personnel d'émissions de CO2 non transférable et non transformable en monnaie (afin de responsabiliser chacun et d'éviter les transferts abusifs). A chaque achat, nous paierions en euros et en émissions CO2. Si notre compte Carbone est à zéro, nous pouvons le recréditer avec un prix de la taxe carbone suffisamment élevé pour dissuader des émissions de CO2.

 

Voici quelques exemples, un ménage composé de 2,3 personnes consomme 17 tonnes équivalent CO2 (teq CO2) soit 7,4 teq CO2 par personne. Normalement l'objectif serait d'atteindre 2 tonnes par personne voire 1,7 teq CO2 selon Jean-Marc Jancovici pour atteindre un réchauffement climatique maximum de 2°C.

Imaginons que nous accordions un budget initial de 2 teq CO2/personne (multiplié par le nombre de personnes dans le foyer) et que chaque mois nous accordions un crédit supplémentaire de 0,2 teq CO2, nous nous rapprocherions du but. Nous pourrions d'ailleurs réduire au fur et à mesure réduire l'allocation mensuelle.

 

D'autre part, nous pourrions faire payer des crédits carbone additionnels par exemple 100€ / teq mais ce prix pourrait être croissant en fonction du nombre de crédits supplémentaires demandés par mois.

 

Pour un vol Paris-New York, il y a de nombreuses différences de calcul sur les émissions de CO2 : on peut tenir compte que des émissions liées uniquement au trajet ou intégrer aussi l'amont (ex : l'extraction du carburant, au raffinage et à son trajet du puits au réservoir de l'avion) et les autres effets liés à l'altitude comme les NOx (oxyde d'azote) et les traînées de condensation ( "lignes blanches").

 

Partons sur celui de la DGAC, qui calcule un A/R pour 1 teqCO2. Si vous achetez un billet A/R pour New-York, si votre compte présente un solde > 1 teq CO2, vous ne payez rien en plus en revanche s'il ne vous reste que 0,5 teq CO2, vous paierez en plus 50 € (0,5*100€).

 

Le solde initial, le crédit mensuel, le calcul des émissions de GES doivent bien sûr être ajustés pour tenir compte des impacts sociaux néanmoins mettre en place ce compte serait un signal très fort et un levier d'action pour modifier nos comportements.

 

Pour mettre en place ce compte Carbone, nous pourrions commencer par une phase test, où chaque foyer aurait un compte virtuel où il pourrait se familiariser avec. Durant cette phase test, aucune somme ne serait réellement perçue en revanche elle permettrait à chacun de visualiser son utilisation. Il faudrait aussi que de plus en plus d'industriels et d'entreprises de service réalisent un double affichage euros et émissions GES et puissent créer des solutions simples pour débiter ce compte. La voie législative serait utile pour inciter chacun à le faire.

 

On peut aussi imaginer que des actions solidaires ou pour la société civile comme le ramassage de déchets sauvages à titre individuel, des actions auprès des collectivités pour réduire les émissions GES permettent de recréditer ce compte Carbone.

 

Ce compte ne résout pas tout, car il ne tient pas compte des impacts négatifs ou positifs qu'on peut avoir sur la biodiversité, la pollution ... indépendamment du réchauffement climatique. Une idée pourrait être de créer des équivalences pour que ces actions soient intégrées dans ce compte.  Soyons francs, on mélange des choux et des carottes mais si on veut avoir une vision globale de nos impacts, il vaut peut-être mieux cela plutôt que d'avoir une multitude d'indicateurs qui risque de perdre tout le monde.

 

Dans ce cas, nous pourrions modifier le terme de teq CO2 en monnaie "Planet", unité universelle qui représenterait l'impact négatif maximum de chaque individu mais aussi entreprise sur notre planète. En revanche, il est essentiel selon moi que ce compte en "Planets" ne puisse être transféré ou monétisable en euros...En revanche, on peut l'alimenter grâce à des euros ou des actions ayant des impacts forts sur notre planète.

Eau, réduire son gaspillage

Au niveau individuel, Oopla propose un petit kit permettant de réduire sa consommation d'eau, Hydrao a créé un pommeau de douche connecté qui change de couleur en fonction de sa consommation d'eau.

 

Le mode d'alimentation est astucieux puisqu'il utilise la pression de l'eau pour actionner une dynamo, source d'énergie pour modifier la couleur du pommeau et le connecter à son smartphone.

 

 

Je suis assez sceptique sur la réduction effective de consommation d'eau chez des particuliers. A moins de passer des plombes à réfléchir sous la douche, la durée d'une douche, en particulier un matin quand on va travailler, variera peu à cause de la couleur du pommeau de douche.

 

En revanche sur le plan collectif, cela pourrait avoir du sens si c'est associé avec une durée limitée d'eau chaude afin d'indiquer qu'il ne reste plus beaucoup de temps avant la fin de cette durée. Il y a d'autres solutions plus simples comme un timer sonore aussi ...


Pour collecter de l'eau, de nombreuses startups utilisent l'humidité de l'air pour la transformer en eau potable. Au CES Las Vegas, Watergen et Zero Mass Water présentaient leur solutions.

 

Pour cette dernière, elle n'a même pas besoin d'être accordée au réseau électrique car elle est alimentée par des panneaux solaires qui condensent l'eau de l'air.

 

Space Apes présentait son prototype à ChangeNow avec un autre principe. Ils utilisent un adbsorbant en silicone. Ils seraient capable d'extraire l'eau sous forme liquide en concentrant de rayons de soleil pour réchauffer les adsorbants et augmenter la pression interne ... A voir si cela est industrialisable, d'autre part l'eau ne semble pas vraiment potable ..

Pour éviter de gaspiller de l'eau ou de la traiter inutilement, on commence à voir des circuits courts permettant d'utiliser l'eau de pluie pour arroser les plantes et les pelouses. C'est plus compliqué à mettre en oeuvre car il faut un dispositif spécifique pour collecter l'eau et ensuite la raccorder au système d'arrosage. Il est impossible de créer un réseau parallèle à l'eau potable sauf si elle est locale ou qu'il y a des besoins massifs d'eau non traitée dans un large espace (ex : terrains agricoles).

 

My Water propose lui des fontaines à eau publics afin d'éviter l'achat de bouteilles en plastique.

Biodiversité, souvent oubliée mais indispensable

Impacts de la chute de la Biodiversité : favorise les épidémies comme coronavirus Covid-19

De nombreuses startups présentaient aussi des solutions pour favoriser la biodiversité. Cela paraît moins urgent que le réchauffement climatique, malheureusement la chute de la biodiversité a un impact aussi important, voire supérieur, que les impacts négatifs du dérèglement climatique.

 

Cette chute favorise l'émergence de pandémies (le nombre d'épidémies a été multiplié par 10 en une centaine d'années) et de maladies comme le coronavirus Covid-19 en rapprochant les populations humaines et les animaux domestiques d'écosystèmes sauvages, en favorisant l'émergence de germes qui auront beaucoup plus d'impacts sur des populations homogènes que des populations à forte biodiversité.

 

La biodiversité et de manière générale la diversité sont les premiers facteurs de résilience de tout écosystème et système, les réduire nous rend plus fragiles.

On estime que les services mesurables de la biodiversité s'élèveraient à 50 % du PIB mondial soit environ 23 500 milliards d'euros par an. Les exemples les plus connus sont la pollinisation des abeilles, l'absorption de CO2 par la végétation, la protection contre l'érosion des sols,le filtrage de l'eau...

 

L'estimation exacte est très complexe en raison des nombreuses interactions et effets de réseau que peuvent avoir la préservation ou la perte de biodiversité.

 

La biodiversité est aussi un filet de sécurité pour l'humanité et l'environnement. Face à des maladies, des environnements dégradés, de fortes variations de chaleur... une diversité des solutions naturelles évite que nous mettions tous les oeufs dans le même panier et facilite l'adaptation globale. Une solution naturelle actuelle qui n'est peut-être pas adaptée à notre environnement actuel le sera peut-être beaucoup plus demain, si nous éliminons cette ressource naturelle, c'est une chance en moins de s'en sortir demain.

Biodiversité en ville

Urban Canopée, présent aussi au CES Las Vegas avec ses faux « arbres », armatures hébergeant des plantes grimpantes, crée des « ilots de chaleur »

 

Urban Forests utilise lui la méthode Miyawaki, pour créer des espaces végétaux denses en très peu de temps grâce à un écosystème vertueux entre les plantes. Ils nécessitent peu d'entretien, en revanche ils ne produisent pas de fruits ou de légumes sauf si on plante aux alentours des arbres fruitiers ou des vergers.

 

L'intérêt est principalement de créer rapidement des espaces à forte biodiversité.

Innovations dans la biodiversité

La startup Hostabee veut contribuer à la biodiversité avec sa ruche connectée pour suivre l'évolution des colonies d'abeilles et prévenir les risques.

 

La propagation de ruches qui a priori semble être une bonne idée montre aussi les limites de l'intervention massive des hommes à ce sujet. La forte croissance des populations des ruches et donc des abeilles domestiques fait concurrence aux abeilles sauvages qui ont moins de fleurs à butiner (diminution de plus de 50% de l'abondance des abeilles sauvages dans un rayon de 900 mètres autour des ruchers par rapport aux densités mesurées au-delà de cette distance selon l'INRA).

 

Une solution simple consiste à augmenter les distances entre les différentes ruches afin de réduire cette concurrence existant aussi entre les abeilles domestiques. Le concept de mégapole pour les abeilles est donc contre-indiqué, peut-être devrions-nous nous en inspirer en ces temps de Coronavirus - COVID 19 ...

Beeodiversity utilise les abeilles comme capteur de biodiversité en analysant le pollen rapporté à la ruche (grâce à une trappe à pollen).

 

La mesure est la première étape pour mettre en place des actions concrètes pour améliorer la biodiversité car elle permet de s'assurer de leur pertinence et de changer de cap si nécessaire.

Conclusion

Nous voyons que les domaines de l'énergie, de l'eau et de la biodiversité sont loin d'être simples. Chaque élément, acteur a un impact sur l'autre qui a des répercussions sur un autre ...

 

A l'image du jeu de la vie, il est très difficile de Conway, même en connaissant les éléments et règles de base, il est très difficile de prédire comment un écosystème va évoluer. Une chose est sûre, il est très rare qu'une solution unique résolve tous les problèmes. En revanche, les solutions locales et de bon sens sont souvent beaucoup plus pertinentes même si cela va à l'encontre de notre envie irrépressible du  "One Size fits all problems".

 

Il sera très difficile aussi de bouleverser nos modes de consommation pour réduire nos besoins énergétiques même si on commence à en avoir un avant-goût avec la pandémie coronavirus Covid-19.  Néanmoins, il est préférable d'anticiper et prévenir afin d'atténuer les impacts futurs et plus largement d'agir.

 

Si vous souhaitez avancer sur ces sujets, sensibiliser vos collaborateurs, les former ou réaliser des projets sur l'économie circulaire ou la RSE.

  • je réalise pour des entreprises, des missions pour "sourcer" des innovations, les évaluer, concevoir et construire des solutions avec les partenaires développant ces solutions qui répondent aux problématiques des entreprises clientes et les déployer. 
  • je réalise des débrief / conférence ainsi que des formations spécifiques à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment , n'hésitez pas à me contacter :) Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

 

Conseil en Innovation (IA, IoT, RSE / Économie circulaire ) - Contact - contact@livosphere.com

 

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

Face aux futures crises mondiales (comme la pandémie coronavirus Covid-19) que faire ? Construisons une société résiliente !

Le coronavirus Covid-19 met sous tension nos sociétés, il constitue un terrible "stress test" à l'échelle mondiale de notre capacité à faire face à un fléau mondial et nous avons une réactivité sans commune mesure comparée  au changement climatique ou la chute de la biodiversité.

 

Bien plus grave que la grippe , elle bouleverse aussi nos libertés individuelles pour enrayer la pandémie. Néanmoins, cette crise peut nous servir d'aiguillon pour anticiper d'autres risques futurs (changement climatique, inégalités sociales exacerbées...) et à mettre en place une stratégie de résilience fondée sur 6 principes :

  1. Lister nos dépendances et risques et la gravité de leurs impacts
  2. Mettre en place  des systèmes d'alertes et de suivi de ces risques
  3. Créer des solutions  pour les réduire et atténuer leurs impacts s'ils surviennent
  4. Développer  des solutions d'urgence pour parer à court terme aux conséquences
  5. Construire  des solutions à moyen terme de mode dégradé si la situation perdure
  6. Se diversifier en mettant en oeuvre des solutions, des modèles économiques et sociaux alternatifs si la situation perdure à long terme

(les liens sont directs vers les sections de l'article) - Article écrit le jeudi 12/3 

 

Quels enseignements tirer pour anticiper ces risques imprévisibles ?

Nos sociétés ont beaucoup de fragilités, le coronavirus a en montré une mais nous faisons face à d'autres risques liés au dérèglement climatique, aux inégalités sociales ?

 

L'UE, l'Etat, les régions, les villes, les entreprises et acteurs publics même les individus peuvent adopter une vraie stratégie de résilience pour réduire leurs impacts.

 

J'avais abordé ce sujet lors d'une de mes interventions à l'Assemblée nationale auprès d'un certain nombre de députés sur la démarche pour faire face à une catastrophe naturelle (cf. article ).

Voici une démarche possible pour les entreprises et collectivités

Pour imager cette démarche, je réaliserai un parallèle avec le risque d’un accident de voiture et sa survenance.

Axe 1 : Lister nos dépendances, les risques liés et la gravité des impacts s'ils surviennent

Notre société a de plus en plus dépendances et pour des raisons d'efficacité et économiques laisse peu de place aux solutions capables d'offrir des alternatives.

 

Lister les dépendances

Les dépendances sont nombreuses : l'incapacité des salariés à venir (liée par exemple à une maladie contagieuse comme le Coronavirus Covid-19 privant chacun de se déplacer et de se réunir), la perte d'accès à l'électricité, à l'eau, à l'alimentation, le cyberhacking, le défaut de fournisseurs ou de clients ...

 

Il est plus simple de réfléchir aux dépendances plutôt qu'aux causes qui pourraient les affecter car il est quasi impossible de les évaluer.  Les causes pouvant affecter mon accès à l'électricité sont infinies (travaux, inondation, grève...) en revanche je peux partir du principe que je risque de perdre cet accès un jour ou l'autre et donc d'agir en conséquence. En revanche, il est utile de réfléchir aux causes internes et sur lesquels on a une influence ou un contrôle. Pour les télécoms, on peut envisager qu'un opérateur mobile peut couper votre accès télécoms. NE conséquence, vous utiliserez plusieurs réseaux télécoms (fixe / mobile avec la possibilité de réaliser du roaming national), et des solutions dégradés en backup (ex: réseau Lora pour la remontée de données de capteurs). 

 

Pour chaque dépendance, on peut essayer de déterminer le risque de survenance. Néanmoins, compte tenu de l'imprévisibilité actuelle de beaucoup de facteurs (ex: Coronavirus), il est préférable pour la suite de la démarche de considérer le risque comme certain (worst-case scenario).

 

Il pourra être réintroduit à la fin de la démarche pour prioriser les actions. Un territoire ou une entreprise en zone inondable priorisera les actions pour faire à ce type d'événement de préférence à des actions contre les tornades. En revanche, il n'est pas nécessaire de traiter certains risques comme le chute d'une météorite menaçant l'humanité car ils dépassent largement le périmètre une collectivité ou une entreprise ... 

 

Pour faire le parallèle avec les risques d’accident de voiture, les dépendances sont l'attention du conducteur, la sécurité du véhicule, la qualité des infrastructures, les causes sur lesquelles peuvent influer le conducteur sont la vitesse, l'alcoolémie, la fatigue, la distraction due à son smartphone mais aussi le choix du véhicule et des routes qu’il prend…

 

Déterminer les impacts et leur gravité

Il faut déterminer leurs impacts et leur gravité si nous n'avons plus accès à certains services, ressources ...

 

Un exercice à réaliser est de le réaliser sous forme d'ateliers / brainstorming avec des acteurs provenant de différents services pour indiquer quels problèmes cela poseraient, s'ils n'avaient plus accès à Internet, leurs données, l'électricité ...

 

Pour faire le parallèle avec les risques d’accident de voiture, cela peut être des pertes matérielles, des blessures à soi et autrui, le décès...

Axe 2 : Mettre en place des systèmes d'alertes et de suivi

L'objectif est d'identifier le plus tôt possible la survenue de ces risques mais aussi l'augmentation de la probabilité qu'ils surviennent.

 

On peut mettre en place une structure centralisée ET décentralisée de remontée et d'analyse de risques technologiques (avec des capteurs connectés, de l'IA ) mais aussi humains car s'il n'y a plus d'accès à l'électricité il faut anticiper leur éventuelle panne.

 

Pour les risques d'accident de voiture :

Ce sont les alertes de collision, un éthylomètre embarqué, un capteur d'attention intégré dans le pare-soleil mais aussi le contrôle des pneus, le contrôle technique ... pour vérifier si les risques ne s'accroissent pas.

Axe 3 Développer des solutions pour réduire les risques et atténuer leurs impacts s'ils surviennent

Pour le coronavirus, ce sont toutes les mesures de quarantaine, de limitation de déplacements et de regroupement...

 

Le gouvernement a par exemple mis en place des « mesures barrières » pour éviter qu'Emmanuel Macron, son gouvernement et ses collaborateurs attrapent le Coronavirus sachant que Franck Riester, ministre de la Culture - et cinq députés sont infectés. Des mesures de bon sens ont été prises comme éviter de serrer la main, se laver régulièrement les mains mais aussi espacer chaque siège...

 

Pour la perte d'accès à l'électricité, il est judicieux d'avoir des solutions manuelles qui ne nécessitent pas d'électricité pour fonctionner. Il faut aussi que le personnel soit formé à les utiliser à l'image des pilotes d'avion si le pilote automatique n'est plus opérant.

 

Pour les risques d'accident de voiture,

Pour réduire les risques ce sont les limitations de vitesse, les contrôles d'alcoolémie, le repos toutes les 2 h...

 

Pour réduire l'impact, ce sont les airbags, la structure déformante de la carrosserie capable de supporter les chocs, l'e-Call appelant les secours en cas d'accident...

Axe 4 : Développer des solutions d'urgence pour parer aux conséquences à court terme 

Dans le cas du coronavirus, ce sont des solutions temporaires de télétravail, de vidéoconférences,

 

Pour la perte d'accès à l'électricité, vous pouvez utiliser des groupes électrogènes, des batteries de stockage mais plus simplement il faut être capable au pire de gérer la situation sans électricité, d'avoir un processus manuel en backup.

 

Pour la perte d'accès à l'eau potable, des entreprises comme Zero Mass Water sont capables de fournir de l'eau potable à partir de l'humidité de l'air et fonctionnent avec des panneaux solaires. En revanche, c'est fini pour les douches !

 

Pour les risques d'accident de voiture,

Ce sont l'accès à une trousse de premier secours, des secours proches du lieu d'accident, un hôpital capable de porter les premiers secours aux blessés...

Axe 5: Développer des solutions à moyen terme de mode dégradé si la situation perdure

L'objectif est de créer un filet de sécurité à moyen terme.

 

Pour le coronavirus, vous pouvez mettre en place une vraie politique de télétravail avec les outils pour que les salariés puissent travailler, piloter des sites, outils de fabrication à distance en cas de maladie. L'automatisation et la robotisation permettent aussi de travailler à distance. Une aile d'hôpital est aujourd'hui assurée par des robots à Wuhan. Néanmoins, cela créé une dépendance à l'accès à l'électricité et aux télécoms ...

 

Pour l'énergie, développer la production d'énergies renouvelables locales et partageables localement (afin de faciliter la solidarité)

 

Pour les matières premières, vous pouvez développer l'économie circulaire en utilisant vos propres déchets ou ceux de partenaires proches pour fabriquer vos produits ou produire localement vos aliments. A ce titre, il devrait y avoir de plus en plus de "fermes urbaines", serres... attenantes à des magasins d'alimentation sachant que beaucoup de commerces de la grande distribution ont des espaces non utilisés car ils avaient anticipé des agrandissements de leur superficie, devenus superflus aujourd'hui.

 

Pour les risques d'accident de voiture,

Ce sont l'accès à un centre de rééducation, à une assurance pour couvrir ses revenus durant la durée de l'invalidité.

Axe 6. Se diversifier en développant des solutions, des modèles économiques et sociaux si la situation perdure à long terme

Il faut diversifier ses modèles économiques, sociaux afin que certains d'entre eux puissent être résilients.

 

Le contre-exemple des Laboratoires Boiron est un cas d'école en misant sur la vente de produits homéopathiques (95% du CA et 60% des ventes réalisées en France), ils n'ont pas réduit leur dépendance aux produits homéopathiques malgré les risques de déremboursement ce qui les contraint à licencier plus de 600 personnes.

 

Des stratégies de partenariat, d'innovation ouverte, de lancement de produits et services potentiellement moins rentables sur de plus faibles volumes mais plus résilients sont quelques options.

 

A l'image d'un écosystème, vous devez avoir un pool complémentaire de produits et de solutions qui peuvent prendre le relais de solutions non fonctionnelles.

 

Pour les collectivités, il faut aussi identifier les services à absolument maintenir et quelles solutions complémentaires peuvent être mises en place. Idéalement, il faut que ces solutions puissent être locales afin de réduire les dépendances externes et permettre d'avoir au moins un mode de vie dégradé même en étant coupé de l'extérieur.

 

Pour les risques d'accident de voiture,

Ce sont choisir le vélo, la marche à pied à la place, réduire ses déplacements en voiture en achetant en vivant principalement à proximité de son lieu de résidence, trouver un travail, une activité compatible potentiellement avec son invalidité.

 

D'ailleurs les personnes ayant déjà une diversité d'activités ont plus de chances de s'en sortir avec une invalidité que ceux qui sont concentrés sur une seule activité ou travail.

Impacts du coronavirus Covid-19

Cette article a été écrit le 12/3/2020 avec une mise à jour le 14/3/20. Beaucoup d'éléments sont aujourd'hui mieux connus . Un autre article a été écrit sur le contact tracing, l'application StopCovid et l'initiative de Google/Apple sur ce sujet. Cliquez sur le lien.

Pour aller directement à la conclusion, cliquez-ici 

Impacts nécessaires sur nos libertés

Elle bouleverse nos libertés habituelles afin d'enrayer la pandémie (désormais qualifiée aujourd'hui par l'OMS) en nous interdisant

 

de nous déplacer :

Trump ferme les Etats-Unis aux étrangers venant d'Europe pour trente jours alors que l'Etat de Washington (à l'Ouest des Etats-Unis intégrant la ville de Seattle, à ne pas confondre avec la capitale Washington DC qui fait du Columbia District avec beaucoup moins de cas;) ) est l"Etat avec le plus fort taux de mortalité : 7,9% (Liste des cas complète des Etats).Trump risque fortement regretter sa politique contre l'Obamacare, le système de santé américain à destination des plus pauvres car les personnes contaminées doivent venir travailler car elles ne perçoivent pas d'argent en cas d'absence maladie ce qui facilitera la propagation du virus.  Cela pourrait aussi avoir un impact sur l'élection de Trump.

de consommer : Italie ferme tous les commerces sauf pour l'alimentation et la santé et met en quarantaine , des provinces entières soit 15 millions de personnes, un quart de la population. L'Italie est le pays avec le plus fort taux de mortalité 6,6%.

 

de s'éduquer : Plus de 300 000 élèves ne reprendront pas le chemin de l'école ce lundi 16 mars dans le Haut-Rhin, l'Oise et en Corse.

 

de voir ses proches : En France, l'intégralité des visites de personnes extérieures dans les établissements d'hébergement des personnes âgées (EHPAD) est suspendue.

 

[MAJ 14/3/2020] : La France est au stade 3 de l'épidémie avec des mesures de plus en plus contraignantes depuis l'allocution du Président de la République, Emmanuel Macron (12/3) puis de son Premier ministre (14/3) : interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, les hôtels, restaurants, bars cafés, cinémas, les écoles, les musées, les salles de spectacles, les clubs, les salles de Gym, Station F, les commerces non nécessaires (tous les commerces sauf les pharmacies, les magasins et marchés alimentaires, les stations essence, les banques, les bureaux de tabac et de presse) sont fermés.

Covid-19 beaucoup plus grave que la grippe

Covid-19 n'est pas à considérer comme une simple grippe car

  • d'une part son taux de létalité calculé (sur base des décès dus au COVID-19 et des cas recensés de COVID-19) est supérieur à 2,5% (8% pour les 70-79 ans, 15% pour les > 80 ans) versus 0,1% pour la grippe saisonnière,
  • elle est plus 1,5 à deux fois plus contagieuse que la grippe (1 individu contamine environ 2 personnes, soit potentiellement 33 jours pour contaminer la population mondiale (2^33) si chaque individu contaminait 2 autres personnes)
  • il n'y a pas de vaccin (au 12/3/2020) qui permettrait de réduire la propagation (versus 50% de personnes de 65 ans et plus sont vaccinées en France contre la grippe).

Si 50% de la population française attrapait le COVID-19, ça ferait près de 700 000 morts soit un doublement de la mortalité en France (10 000 décès liés à la grippe) avec un taux de 2% de mortalité !

 

Néanmoins, comme de nombreuses personnes sont asymptotiques, ne présentent pas de symptômes et ne sont pas prises en compte dans les statistiques des personnes contaminées, ce taux de mortalité pourrait être de 0,6% si on utilise les statistiques de la Corée du Sud qui teste désormais systématiquement ces habitants.

 

Cela signifie potentiellement 200 000 décès en France au lieu de 700 000 indiqués plus haut soit plus que la première cause de décès, les tumeurs et cancers.

 

Par comparaison, la grippe espagnole a contaminé un tiers de la population (1,83 Md) et tué environ 50 millions de personnes. Avec un taux à 0,6% de mortalité et un tiers de population contaminée, nous aurions à déplorer 15 millions de décès, avec un taux à 2% de mortalité, le nombre de décès serait similaire à celui de la grippe espagnole (avec plus de 5 fois plus de population mondiale aujourd'hui).

Conclusion

Pour finir, cette crise doit nous alerter sur la nécessité d'anticiper ces risques et qu'il existe des solutions et moyens pour les mettre en oeuvre pour que la situation soit vivable. En revanche, sans anticipation, de nombreux phénomènes de panique apparaissent amenant à des comportements insensés comme se battre pour du papier toilette !

 

 

 

Notre société est une Formule 1 lancée à toute vitesse qui crée des nids de poule devant elle, nous devons apprendre à devenir une société tout-terrain qui roule moins vite mais est capable de supporter les nids de poule et n'en creuse plus (cf. mon article à ce sujet qui date de 2011 !) .

 

 

Si vous êtes intéressé d'échanger à ce sujet ou de travailler sur ces problématiques, n'hésitez pas à me contacter. 

 

Dimitri Carbonnelle Livosphere - Contact
Conseil en Innovation technologique : IoT, IA... et durable / RSE

 

Speaker, Formation et accompagnement de projets innovants, de la recherche d'innovations à leur déploiement

 

ChangeNow - Innovations, Startups : Économie circulaire Logistique, usage, gestion des déchets, recyclage

Nous avons couvert dans l'article précédent les innovations pour produire de manière écoresponsable et de manière plus générale les 6 innovations qui m'ont le plus interpellé à ChangeNOW. (English Version)

 

Cet article couvre une 2e partie de l'Economie Circulaire la logistiquel'usage, la gestion des déchets (tri,déchets sauvagesrecyclageupcyclingcompostage - Liens directs).  Un autre article aborde les innovations au CES Las Vegas : IA, IoT, Sustainability...

 

Rendre un événement éphémère, durable  est loin d'être aisé, c'est pourquoi j'ai aussi présenté la démarche qu'ont suivi Santiago Lefebvre et Rose-May Lefebvre-Lucotte, fondateurs de ChangeNOW et d'Etienne Villotte, fondateur de Epatant, scénographe de ChangeNOW pour rendre cet événement écoresponsable.

 

Les 3 autres articles sur les innovations durables sont : la Production écoresponsable, l'Energie, l'eau et la biodiversité et la Mobilité, santé, inclusion, finance durable et indicateurs RSE/ESG.

Sommaire (lien direct vers section)

Economie Circulaire : Logistique, Usage, Déchets, Recyclage, Pyrolyse

Événement éphémère et économie durable : Oxymore ?

Conclusion

 

Il y a 2 autres articles, le 1er est consacré à la production (locale, écologique, microalgues...), le 3e sur l'énergie, la biodiversité et l'eau. (Liens directs vers les parties de l'article)

Economie Circulaire : Logistique, Usage, Déchets, Recyclage, Pyrolyse

Logistique

Logistique maritime

Avec 50 000 navires marchands en circulation sur les mers du globe, le secteur maritime assume le transit de 90 % des marchandises transportées dans le monde, à un moment ou à un autre de leur cycle de vie.

Il représenterait 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon l'Institut supérieur d'économie maritime et 11% des émissions de CO2 dues au transport (le 1er étant de loin la route avec 74% de ces émissions puis l'avion à 12%).

 

Si cela paraît assez faible, sa croissance pourrait être beaucoup plus forte (*2,5 d'ici 2050).


Il existe plusieurs solutions pour y faire face. Tout d'abord une solution simple défendue par Philippe Louis-Dreyfus, président du conseil de surveillance de Louis-Dreyfus Armateurs (LDA) un des gros armateurs mondiaux et déposée par la France à l'Organisation Maritime Internationale (OMI), réduire la vitesse des bateaux !

 

Si les vraquiers qui représentent 70% de la flotte mondiale réduisent leur vitesse de deux noeuds soit de 15% (Vs 12 ou 13 noeuds aujourd'hui, environ 23 km/h), on peut réduire les émissions de CO2 de 20%.

 

L'autre mesure serait d'imposer un plafond annuel d'émissions de gaz à effet de serre pour une flotte. Chaque armateur garderait alors le choix de la méthode pour y parvenir.

Airseas - Voile additionnelle

Pour réduire la consommation, une technique qui commence à devenir en vogue est l'utilisation du vent comme force motrice complémentaire. AirSeas (spin-off d'Airbus et soutenu par LDA) présentait sa voile qui permettrait de réduire de 20% la consommation de fuel et donc de GES (Gaz à Effet de Serre).

 

Actuellement, ils ont évalué le gain sur terre mais ne l'ont pas encore testé en mer. Le système de pliage et de dépliage de la voile est bien conçu pour éviter que la voile tombe à la mer. D'autre part la solution est associée avec une cartographie des vents afin de proposer les routes permettant d'utiliser au mieux le potentiel vélique sans obliger à de trop longs détours.

 

En revanche, il n'y a pas d'adaptation en temps réel de la navigation en fonction du vent actuel ou anticipé à court terme. C'est évidemment l'usage en mer qui permettra véritablement de s'assurer de l'intérêt substantiel de cette solution. La solution est très intéressante dès lors qu'elle s'appliquera au parc actuel des bateaux et avant l'arrivée de nouveaux bateaux ayant une bien meilleure efficacité énergétique.

 

La voie à long terme est évidemment de construire des bateaux consommant dès leur conception moins de ressources fossiles. Ils utilisent aujourd'hui du fioul lourd, peu cher, très chargé en soufre, à 3,5%, "jusqu'à 3500 fois plus polluant que les voitures et ne sont pas équipés de filtres à particules" !

Zephyr et Borée (bureau d'études de navires) développe un premier bateau destiné à Arianespace pour transporter les éléments de la fusée spatiale de l'Europe jusqu'à Kourou.

 

Il utilise des voiles rigides articulées permettant une vitesse variant faiblement nécessaire au déplacement ces équipements très sensibles.

Neoline propose lui un cargo avec une voile souple (cargo roulier dit " ro-ro ", roll on â?" roll off à propulsion principale vélique et à propulsion auxiliaire diesel-électrique ) sur une ligne entre Saint-Nazaire et Baltimore (1er départ en 2022).

 

L'avantage de cet itinéraire est d'avoir des clients sur place avec du fret spécifique, qui ont un flux régulier de marchandises. A l'image des lignes aériennes entre villes moyennes, il évite la forte concurrence sur d'autres lignes.

 

Pour Neoline, la réduction de consommation serait de 80 à 90% avec une vitesse de 11 noeuds au lieu de 15/16 noeuds et donc une traversée de 13 jours au lieu de 9 jours entre Saint-Nazaire et Baltimore. Le gisement vélique est idéal sur cette route ce qui sera certainement une limitation sur d'autres trajets. La propulsion diesel-électrique reste toujours nécessaire pour permettre les manoeuvres au port ou en cas de manque de vent ou de vents instables (comme le Pot-au-Noir dans l'Atlantique).

Energy Observer

En fonction des routes choisies, le vent peut ne pas suffire pour propulser significativement des navires d'où la dernière solution, le stockage d'énergie sous forme d'hydrogène. Energy Observer se lance dans cette aventure, en combinant l'énergie solaire et le vent pour produire de l'hydrogène stocké dans une pile à combustible à partir de l'eau de mer.

 

Néanmoins, l'utilisation à titre principal de piles à combustible à hydrogène semble encore lointaine (> 5/10 ans) dans le domaine commercial et encore plus pour les gros navires. Les rendements énergétiques cumulés de la synthèse du dihydrogène et de la compression ou liquéfaction sont encore assez faibles. N'oublions pas que le dihydrogène n'est pas une source d'énergie primaire à la différence du pétrole ou du gaz ; c'est un vecteur d'énergie car il n'existe pas à l'état naturel, car toujours associé avec l'oxygène pour former l'eau (H20 !).

Logistique des grossistes

Avant de parvenir à des détaillants, les produits passent généralement par des grossistes. A Rungis, un très grand nombre de produits sont déplacés dans des bacs de polystyrène pour les produits frais comme le poisson, des cagettes en bois ou des cartons pour les autres produits alimentaires.

 

Pandobac propose aux entreprises de louer ses bacs (plastique PEHD recyclable) entre 2 et 5€ par mois plus 0,3€ pour le lavage du bac versus un coût unitaire et à usage unique de 0.60€ pour le carton, 0.80€ pour les cagettes en bois et 1.50€ pour le polystyrène. Leurs bacs ont été conçus pour facilement s'imbriquer lorsqu'ils sont vides et s'empiler lorsqu'ils sont remplis. L'intégration d'un QR Code facilite le suivi des bacs.

 

Il y a néanmoins un inconvénient pour le grossiste. Il va livrer son bac, par exemple à un restaurant qui va le garder le temps de le vider. Le grossiste ira le récupérer à la prochaine commande du restaurant en redonnant un autre bac. Pour que ça soit rentable pour le grossiste, il faut que le taux de rotation des bacs soit au minimum hebdomadaire (c'est le cas pour des produits frais) et que cela ne soit pas gênant pour lui que du matériel qu'il loue soit immobilisé chez ses clients. C'est sur le terrain que Pandoback verra rapidement si son modèle économique est pérenne pour lui et ses clients et s'il est "scalable". 

Dernier kilomètre

Living Packets, qui était présent au CES Las Vegas ainsi qu'à Viva Tech en 2018 (avec une solution beaucoup moins évoluée) a une démarche similaire en proposant la location d'un emballage connecté réutilisable et repliable pour un coût de 2€ mensuel à destination des sites e-Commerce. Il possède en plus un système de géolocalisation autonome et un écran e-Ink (qui n'a pas besoin d'alimentation électrique pour afficher mais pour changer d'affichage).

 

Le modèle économique est aussi innovant car il permet à des particuliers d'investir dans les box qui seront mis à la location et grâce auxquels ils peuvent tirer des bénéfices.

 

Là encore, la problématique est la voie retour du paquet. Living Packets a une incitation financière pour qu'un particulier remette en circulation des boxes auprès d'un réseau de magasins affiliés. C'est l'expérience terrain qui permettra de voir si ce modèle prend ou pas et s'il n'y a pas un risque que de nombreuses boxes restent immobilisées chez des particuliers.

Repack

Dans le domaine des colis, Repack proposait aussi des « enveloppes réutilisables », pour la voie retour, il suffit de remettre l'enveloppe vide dans une boîte aux lettres, le frais de retours sont inclus ! 


Circuit fermé - Loop

Loop

Les solutions pour réduire le coût et l'impact écologique de la « Reverse Logistics » (voie retour de l'emballage ou du produit du consommateur vers le fabricant) sont au coeur de l'économie circulaire.

 

Loop (filiale de TerraCycle) présentait sa solution en partenariat avec de nombreux industriels de l'agroalimentaire comme Coca-Cola, Maisons du Café, Nivea..

 

 


Lorsque vous commandez des produits sur Loop (en partenariat avec Carrefour), vos produits sont emballés dans un conditionnement réutilisable et lavable conçu par Loop en concertation avec les industriels et déposé dans un gros sac pliable, tout cela en échange du paiement d'une consigne.

 

Lorsque vous faites une nouvelle commande, le sac et les conditionnements sont récupérés par le livreur (Reverse logistics) et remplacés par vos nouveaux produits. Vous pouvez aussi demander l'enlèvement de vos sacs sans commander mais cela crée un retour à vide.

Ils ont aussi développé des « Shop-in-the-Shop » pour acheter et rendre ses produits qui pourrait être une solution alternative pertinente sur le plan écologique comparé à la livraison à domicile.*

 

Le stockage des produits est à Lille et le lavage des conditionnements est réalisé à Besançon (400 km aller) ce qui est loin d'être écoresponsable. Le développement du partenariat avec Carrefour permettrait de réduire fortement les distances et donc la taille des boucles.

Pour accroître fortement le maillage et réduire les distances, il faudrait idéalement que l'approvisionnement, le cycle de retour, de lavage soient mutualisés par plusieurs acteurs. Ce n'est pas du tout la stratégie de Loop, néanmoins on pourrait imaginer que des acteurs tiers puissent laver et remplir les conditionnements utilisés par Loop et les industriels.

 

A l'image d'Amazon, Loop deviendrait une plateforme de vente intégrant un circuit complet (conditionnement, transport, lavage, remplissage et réutilisation qui pourraient être réalisés par des acteurs externes) à l'image de la MarketPlace d'Amazon.

Solzero propose une solution similaire à Loop en B2B (notamment avec Franprix) et peut installer des équipements automatisés de lavage.

 

L'enjeu est de parvenir à un effet de masse pour que la solution ne reste pas anecdotique.

 


Réutilisation de contenants

Les contenants réutilisables sont fabriqués à partir d'aluminium, d'acier inoxydable, de verre mais aussi de plastique.

 

Lyspackaging a créé la bouteille VeganBottle à partir de la bagasse de canne à sucre (résidu agricole restant après la distillation du rhum). A priori, il resterait des excédents de bagasse non utilisés malgré l'utilisation de la bagasse pour alimenter les fours destinés à chauffer l'alambic. Cela pose néanmoins deux questions, que se passe-t-il si de nombreuses entreprises se mettent à utiliser la bagasse pour produire des bouteilles végétales et comment fait-on pour éviter le transport de déchets ou le transport de bouteilles fabriquées à partir de ces déchets du lieu de production du rhum vers le lieu d'utilisation des bouteilles ?

 

De manière générale, il y a un vrai enjeu pour réduire les boucles au maximum entre la production à partir de déchets, le transport vers le lieu d'achat puis de consommation et tout le cycle retour. Le problème est qu'en réduisant les boucles, on réduit les quantités et donc on bénéficie beaucoup moins d'économies d'échelle ce qui surenchérit les coûts et rend moins attractive financièrement l'économie circulaire ...

 

Point d'attention, il est très fortement déconseillé de réutiliser ses bouteilles à usage unique en plastique (biodégradables ou pas) car elles deviennent des nids à microbes et sont très difficiles à laver parfaitement. Il vaut mieux préférer des gourdes en acier inoxydable ou des bouteilles en verre.

Biodégradable versus durable

Il y a une opposition évidente entre un produit biodégradable et un produit durable mais souvent oubliée. J'ai eu notamment du mal à convaincre un interlocuteur sur un stand qu'un verre en verre (issu de sable siliceux) n'est pas biodégradable, en revanche il est durable.

 

De la même manière, un produit issu du végétal n'est pas nécessairement biodégradable et inversement.

 

Pour savoir quel matériau utiliser, il est nécessaire de se poser la question de l'usage, de la réutilisation potentielle du produit (et la logistique nécessaire pour le faire) et du changement de comportement possible (ramener son contenant en particulier).

 

Idéalement, il faut réduire au maximum les usages uniques et utiliser des matériaux durables réutilisables au pire recyclables indéfiniment (avec un coût énergétique et des émissions de GES très réduits) comme le verre ou l'aluminium. Si l'usage unique est incontournable, l'emballage devrait être biosourcé et biodégradable.

Vrac – la nouvelle tendance

Jean Bouteille

La solution idéale est évidemment de n'avoir aucun emballage d'où une tendance de fond, le développement du vrac. Jean Bouteille s'est spécialisé dans des solutions permettant de vendre des liquides en vrac en proposant des contenants principalement en verre pour les boissons, huiles et vinaigres mais aussi les lessives, shampooings, gels douche. Évidemment, ça nécessite une coopération avec chaque industriel. Vous ne trouverez pas de sitôt du Château Margaux en vrac ! Néanmoins, ils recherchent des producteurs bio pour la plupart. Cela peut être une très belle opportunité pour tous les petits producteurs comme nouveau canal de vente.

 

Il y a une consigne pour chaque contenant. Pour une bouteille, elle sera facturée 2€ pour chaque client, payée 0,83€ par l'enseigne. Si un client ramène une bouteille, il recevra en retour 1€. C'est malin car cela dissuade la surconsommation et le gaspillage de contenants. Cela pourrait avoir du sens dans le cadre de la loi pour une Economie Circulaire sur la consigne.

 

Jean Bouteille a aussi conçu un dispositif permettant de remplir une bouteille en 20 secondes plutôt que quelques minutes grâce à la compression du liquide. On peut bien sûr dire qu'encore une fois on va utiliser de l'énergie pour faire gagner du temps. Est-ce vraiment nécessaire ? De l'autre, s'il y a un plus grand nombre de consommateurs qui basculent vers le vrac parce qu'il y a moins de contraintes qu'avant, ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose non plus !

Réseau Vrac

Pour toutes les enseignes et industriels intéressés, l'association Réseau Vrac réunit tous les acteurs pour trouver des solutions communes sur ce sujet.

 

Il propose une définition simple pour le vrac : la « Vente au détail de produits non pré-emballés, en libre-service, à la quantité désirée dans un contenant réutilisable ».

Usage : location, augmenter durée d'usage et externalités négatives

Location partagée

Pour passer d'une économie de consommation à une économie d'usage, la location est une bonne option. Cela n'a de sens écologique que si le produit est loué pour de courtes périodes et que son taux d'utilisation et de rotation sont élevés. Les locations longue durée peuvent au contraire avoir un impact négatif car elles incitent à renouveler beaucoup plus souvent ses produits.

 

Un non-sens écologique est le Pack Reprise de la Rue du Commerce qui permet de restituer un produit à 80% de sa valeur lors de l'année de l'achat. Cela incite le consommateur à racheter tous les ans un nouveau produit !

Lizee est une marque blanche de la location pour des articles utilisés sur de courtes périodes principalement. Ils proposent d'adopter une démarche progressive sur des produits spécifiques. Ils facilitent toutes les démarches de l'entreprise (facturation, remise à neuf, assurance, logistique, entreposage...). Décathlon travaille avec eux notamment pour les produits fortement saisonniers (neige, skis...).

 

C'est un modèle qui a tout son sens pour les produits de bricolage, les vêtements de cérémonie ou régulièrement renouvelés, le matériel sportif... C'est une vraie opportunité pour les marques qui avant de passer complètement le pas, délègue le risque à une entreprise externe.

 

La location est un métier à part entière beaucoup plus complexe que la vente directe sur le plan logistique, économique, relation client, facturation... C'est une excellente idée qu'une société propose cela en B2B car cela réduit l'obsolescence programmée. Le fabricant à tout intérêt à ce que ses produits durent le plus longtemps possible afin qu'ils soient loués le plus souvent et sur la plus longue durée possible.

Augmenter la durée d'usage

Green Mood propose des panneaux isolants acoustiques à base de mousses naturelles (lichens scandinaves) stabilisées. Elles sont naturelles (y compris au toucher), ont une durée de vie de plusieurs années (même une dizaine d'années pour certaines) et nécessitent très peu d'entretien car la sève est remplacée par un mélange glycérine-colorant.

 

Ils jouent avec les différentes couleurs de mousse et sont capables de composer des tableaux comme la mappemonde, un des éléments iconiques de ChangeNOW.

 

Petite précision néanmoins, la mousse est blanche à l'origine et nécessite d'être colorée. On peut ainsi avoir des panneaux en mousse couleur rose bonbon. Cela retire un peu du charme de la solution, néanmoins la coloration est réalisée grâce à des pigments alimentaires. Le coût d'un panneau est de l'ordre de 500€ HT le mètre carré. Bien d'autres plantes peuvent bien sûr être stabilisées.

Réduire les micro-pollutions individuelles et massives - Microfibres Textiles

Les microfibres plastiques sont des constituants textiles millimétriques issus de plastiques transformés et composites tels que le nylon, l'acrylique, le polyester. Chaque lavage en machine (un cycle) de tissus synthétiques libèrerait plus de 700 000 microfibres plastiques dans l'environnement. Dans l'eau, elles agissent comme éponges à polluants ultra-toxiques avalées par les poissons puis nous. 


La meilleure solution serait de n'acheter que des textiles naturels. A ce titre, les pires vêtements sont les polaires donc acheter des vêtements recyclés à base de plastique serait une hérésie. Une étude réalisée par l'Université de la Californie à Santa Barbara pour Patagonia, fabricant de vêtements d'extérieur, a révélé qu'une seule veste de laine polaire Patagonia peut libérer 250 000 microfibres !

 

Patagonia consciente du problème préconise idéalement de mettre ses vêtements à laver dans un sac filtrant les micro-fibres comme le GuppyFriend Washing Bag ou d'ajouter un filtre à microfibres à la machine à laver. Les micro-fibres récupérées par le filtre sont ensuite mises dans la poubelle « non-recyclable » ...

Planetcare a développé ainsi ce type de filtre pour les machines à laver. Idéalement, il faudrait que la législation contraigne les prochaines machines à laver à intégrer obligatoirement ces filtres et donne aussi comme objectif de réduire l'utilisation des microfibres plastiques dans les vêtements. Une idée un peu iconoclaste serait d'obliger à ajouter un pictogramme avec un poisson s'asphyxiant pour tout vêtement intégrant des microfibres plastiques sur l'étiquette indiquant les matières ! Cela permettra d'alerter le grand public sur le sujet à l'image des indications sur les paquets de cigarettes.

 

[MAJ 17/2/2020] : La loi anti-gaspillage qui vient d'être votée par le Parlement fait obligation aux fabricants de doter d'un filtre à microfibres plastiques chaque appareil qui sortira de leurs chaînes à compter du 1er janvier 2025.

 

Plutôt que d'attendre 5 ans ... Brune Poirson, secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, réunit ce lundi matin les représentants des marques de lave-linge, des innovateurs et des ONG pour établir la feuille de route qui doit conduire à la production de machines à laver garanties « zéro microplastiques ».  

 

De manière générale, le plastique se planque partout y compris dans les objets les plus inattendus (cf. article)... sachets de thé, lingettes humides, tasses de papier, Tetra Paks, nettoyants pour le visage, gels pour la douche et exfoliants pour le corps, les étiquettes sur les fruits, les reçus de caisse (mélange de papier et de plastique) ... Les industriels doivent s'y mettre pour rechercher des alternatives pour que le plastique disparaisse de tous les produits à usage unique.

Déchets

Tri des déchets

Uzer que j'avais vu régulièrement au CES Las Vegas revient avec Eugène pour scanner les emballages et indiquer comment les recycler. Ils ont aussi une application qui permet de le faire. A terme, il y a de fortes chances que Yuka intègre cette fonctionnalité directement dans son application avec le nombre d'utilisateurs (> 9 M).

 

A ce titre, un amendement obligeant les industriels à rendre accessibles les informations sur leur emballage en open data a été proposée par la députée Paula Forteza et adopté, il y a peu. Il se trouve que c'est un des 2 amendements numériques que je lui avais présenté quelques mois plus tôt. Je suis ravi qu'elle ait pu le mener jusqu'au bout. Cela pourrait devenir un levier pour changer les comportements car l'information devient directement accessible de manière compréhensible.

 

Wastebox propose un service de mise à disposition de benne avec sa récupération mais je n'ai pas trop vu l'innovation ...

GreenBig vend B:Bot, une solution de collecte de bouteilles en plastique. Le plastique est broyé par B:Bot sous forme de paillettes, ce qui réduit fortement le transport mais rend plus compliqué le lavage des paillettes (car le plastique est mélangé avec la colle et le papier) puis son intégration dans de nouvelles bouteilles en plastique. Cristalline utilise ce dispositif mais les avis sont partagés sur les impacts environnementaux et sanitaires du broyage avant recyclage.

 

B:Bot rétribue de 1 cent, chaque bouteille donnée et de 15 centimes si la consigne pour recyclage avait été adoptée par la Loi pour l'Economie Circulaire. J'ai un sentiment mitigé à ce sujet. La rétribution à 1 cent incitera des personnes à ramener des bouteilles en plastique et augmenter le taux de recyclage des bouteilles en plastique (limité sur le plan national à 57%). 

La généralisation d'une consigne obligatoire pour recyclage poserait de nombreuses questions comme on l'a vu dans les débats entre les acteurs sur ce sujet autour de la Loi pour une Economie Circulaire (cf. mes 14 propositions concrètes à ce sujet) :

  • Déploiement de machines de tri (et donc une nouvelle infrastructure et les ressources pour les créer et les maintenir) qui va à l'inverse d'une mutualisation des moyens qui généralement est plus économe en énergie, ressources ...  
  • Création d'une nouvelle filière pour le recyclage de plastique en plus de la filière via les poubelles jaunes qui a d'ailleurs suscité une vive réaction des collectivités qui perdaient une manne financière liée à la vente de ces plastiques 
  • Création d'une nouvelle infrastructure pour un nombre important de communes en particulier dans l'Ouest qui ont déjà un taux de recyclage des plastiques élevé
  • Le recyclage est l'étape avant la pyrolyse des déchets ou leur enfouissement, idéalement il faudrait les éliminer ou favoriser la réutilisation.

A l'inverse, le taux de recyclage dans de grandes villes comme Paris est inférieur à 40% et la seule solution paraît être la consigne des emballages (mais plus pour réutiliser que recycler). Avec Hoali, j'avais proposé un dispositif complémentaire à la consigne classique pour déconsigner ses bouteilles directement à partir de sa poubelle jaune. Ca ne résout pas tous les problèmes, mais ça vaut le coup d'étudier des approches plus légères pour collecter les déchets. Au final, la consigne pour recyclage a été retoquée lors de l'examen de la Loi pour une Economie Circulaire à l'Assemblée nationale (et aussi au Sénat).

Collecte de déchets sauvages

 

Selon leur estimation, 80% des plastiques qui aboutissent dans les océans proviendraient de 1000 rivières (cf. Carte).

 

Les points jaunes représentent les rivières qui déversent massivement leurs déchets dans les océans.

The Ocean Cleanup qui avait déjà proposé des solutions pour nettoyer l'océan montrait Interceptor, sa solution pour intercepter les plastiques dans les rivières.

 

Cette approche en amont semble beaucoup plus pertinente car cela permet de capturer les déchets (petits et moyens) avant qu'ils n'atteignent l'océan et qu'il se transforme en microplastiques quasi impossibles à capturer aujourd'hui.


Plastic Odyssey ne récupère pas les déchets plastiques (bien précisé sur leur site) mais fait de la sensibilisation à travers les océans sur le déchet plastique. Ils embarquent une micro-usine de valorisation du plastique embarquée et un espace d'expérimentation qui présente des alternatives au plastique.

Recyclage de ses propres déchets

Plusieurs startups montraient comment ils recyclaient leurs propres produits dans de nouveaux produits. Mud Jeans (« Circular Jeans » ), utilise à 40% des jeans recyclés pour fabriquer leurs jeans.

Le plus cocasse est certainement Coca-Cola présents sur le stand de Loop. Ils montraient leur « Marine Bottle » créé à partir de 25% de déchets plastiques provenant des océans (c'est le 1er contributeur mondial de plastique dans les océans !).

 

Entre nous, ce serait nettement plus simple et meilleur pour l'environnement qu'il n'y ait pas de plastique envoyé dans l'océan, plutôt que d'aller chercher des plastiques récupérés dans les océans et d'en fabriquer des bouteilles en plastique recyclé !

Upcycling - valorisation de déchets transformés en produits de valeur

Uptrade, lui est un bureau d'achat qui valorise les chutes de tissu, fins de rouleaux ou des déclassés de production d'industriels du textile en les proposant à des sociétés qui recherchent cette matière première (recycleurs, upcycleurs, styliste).

 

Uptrade s'occupe de la logistique, le tri et la mise à disposition des matières.

Recyc Leather recycle les chutes de coupe de gants en cuir pour réaliser de la petite maroquinerie notamment. Ils utilisent principalement de la croûte de cuir non traitée car actuellement il n'est pas possible de recycler des cuirs tannés car ils utilisent du chrome (ou des sels d'aluminium) dans la très grande majorité des cas (pour des raisons de rendement). Les boues issues du tannage au chrome doivent être « neutralisées » chimiquement avec de l'oxyde de magnésium, de la chaux ou de la soude.

 

Une fois séchés, les restes sont entreposés en décharges de classe I (pour les déchets les plus dangereux). à la place, il est possible de réaliser du tannage végétal (issus d'écorces, racines, fruits...) beaucoup moins nocif (mais plus gourmand en eau que le tannage au chrome) dont les boues peuvent être valorisés dans la filière agricole.

Rev Society utilise du plastique recyclé pour réaliser ses collants eux-mêmes recyclables.

 

Oth recycle les pneus pour réaliser les semelles de ses snickers. Scale utilise les écailles des poissons tels qu'aiglefins, sardines, saumons récupérés auprès des mareyeurs pour réaliser de la « pierre d'écaille ». En comprimant ce matériau, cela extrait le collagène qui permet de les mouler et de les transformer en plaque une fois séchée.

 

Neolithe transforme des matériaux non recyclables (déchets ultimes non recyclables comme les déchets industriels et issus de la déconstruction) en granulats destinés au BTP. La solution est particulièrement bien pensée pour le BTP car les déchets créés sur place peuvent être réutilisés sur place comme matériau de construction, une Economie Circulaire locale !

UHCS Constructions utilise le PET pour réaliser des structures modulaires de bâtiment. Le choix du PET ne me semble pas pertinent car il y a déjà un manque cruel de PET pour les industriels des boissons qui veulent augmenter la part de plastique recyclé dans leur bouteille. 

Ils n’étaient pas présents à ChangeNOW mais j’en profite pour parler de FabBRICK, brique isolante créée par Clarisse Merlet utilisable pour isoler des cloisons ou réaliser du mobilier à partir de textile recyclé (coton) en utilisant de la colle écologique. 

La palme de l'originalité revient à Ocean Sole Africa qui transformait des tongs récupérées sur les plages et rivières au Kenya en magnifiques « peluches ».


Problèmes posés par le recyclage - Volume, transport et mélange des matières

S’assurer de la pérennité de l’approvisionnement et de solutions alternatives le cas échéant 

Sur le principe, le recyclage de déchets non utilisés paraît être une excellente idée. Néanmoins, il y a plusieurs limites à cela. La première est l'approvisionnement en matières, Scale doit créer un réseau d'approvisionnement provenant de mareyeurs pour se fournir en écailles de poisson, il doit ensuite les transporter avant de les transformer en poudre puis briques.

 

Pour que sa solution soit pérenne et durable, il faut d'abord que sur le plan économique ses briques aient un coût de production similaire à celui d'autres briques équivalentes (à moins d'avoir une caractéristique extrêmement différenciante), d'autre part il faut réaliser une analyse du cycle de vie pour s'assurer que le coût de transport et de transformation n'est pas supérieur au coût de fabrication d'un produit provenant d'un autre matériau (potentiellement recyclé). Enfin, il faut s'assurer qu'on ne prive pas d'autres acteurs de cette ressource pour un bénéfice environnemental et économique supérieur. Il faut aussi anticiper les conséquences d'une utilisation massive de ce « co-produit » ou « déchet » devenant une ressource principale.

 

Pour rappel, une des raisons pour lesquelles le gouvernement français a fiscalement favorisé la consommation de gasoil est liée à la surproduction de gasoil dans les raffineries en France.

 

Les constructeurs automobiles français ont fortement investi dans le moteur à diesel qui s'est fortement développé dans les années 80 en France. Cela a contribué à la forte augmentation de la consommation qui n'a pas été jugulée assez rapidement par une fiscalité moins avantageuse pour le diesel. Cela a abouti à une importation massive de diesel de l'étranger ... On voit ce qui en résulte aujourd'hui.

Problème du mélange de matières

Le mélange des matières peut présenter aussi un risque car il est très difficile ensuite de séparer celles-ci. Sustonable mélange du PET avec du quartz pour faire des plaques, Qwarzo (en quantités très faibles néanmoins) ajoute une pellicule de quartz à du papier pour le rendre rigide et remplacer certains usages du plastique comme les pailles. Paper on the Rocks créé du papier en mélangeant des déchets de BTP et des déchets agricoles sauf qu'à part eux, personne ne saurait recycler leurs cahiers ...

 

Quand des entreprises disent que c'est 100% recyclable il faudrait s'assurer par qui et si leurs produits peuvent rentrer dans le cycle usuel de recyclage.

Recyclage chimique

Un des buzz words dans le domaine du recyclage est le recyclage chimique qui recouvre en réalité, trois techniques : la purification des plastiques par dissolution dans des solvants, la dépolymérisation (qui casse les molécules des polymères) et, enfin, les procédés thermiques (pyrolyse et gazéification). Pour moi, c'est la solution de dernier recours ... à éviter au maximum si c'est possible.

 

La promesse est de rendre par exemple le plastique éternellement recyclable (en cassant et reconstituant les molécules de plastique), en revanche les impacts néfastes peuvent être nombreux : solvants toxiques, coût énergétique prohibitif ...

Clear impacts propose une solution qui permettrait une combustion sans émission de gaz nocifs grâce à l'utilisation de vibrations à une intensité spécifique. Ca créerait une forme de vortex pour séparer les différents composants pyrolysés. Ils utilisent aussi cette technique pour assainir les eaux usées.

La pyrolyse peut transformer des matériaux non recyclables en énergie et potentiellement en nouveaux matériaux ou en diesel... Etia propose la première option, EarthWake la 2e.

 

Je suis sceptique à ce sujet car l'objectif n'est pas, selon moi, de perpétuer une économie carbonée ... Le nom de la seconde entreprise prête aussi fortement à confusion.

 

Ces entreprises se prévalent de favoriser l'économie circulaire, les cercles proposés peuvent être tellement grands que c'est à demander si comparativement à leur solution, l'économie linéaire n'est par préférable dans ce cas ! Leur solution est intéressante s'il n'y a pas d'autre choix et que la solution reste transitoire. Dans le cas d'EarthWake, elle permet en attendant d'avoir des véhicules électriques mus avec de l'énergie décarbonée, de pouvoir utiliser des véhicules à essence en utilisant des déchets plastiques plutôt que du pétrole. Le risque néanmoins est que le large développement de cette solution, incite à conserver les déchets et les véhicules à essence.

Compostage

Pour les déchets biologiques, le compostage semble pertinent dès lors qu'il est en circuit court.

 

Upcycle propose un composteur destiné principalement aux restaurants d'entreprise ou d'écoles. à€ la différence des composteurs individuels, on peut aussi composter de la viande et du poisson. La matière doit rester 14 jours dans le composteur (qui est mécaniquement brassée toutes les 2h durant 2 min afin d'avoir un compost homogène) puis doit reposer 2 mois à l'extérieur.

 

L'ajout de broyat de bois apporte du carbone, aère et absorbe l'humidité. L'équipement est vendu à 15 000€ ou loué 650€ par mois. Cela a du sens dans une démarche durable une fois intégré avec un potager ou une serre autonome en énergie. En revanche, il ne faut pas compter sur la vente de compost pour rentabiliser la machine car une tonne de compost est vendue aux alentours de 25€ HT !

Carbiolice proposait des plastiques compostables, qui selon moi n'est pas une bonne solution, il est nettement préférable soit de réutiliser ou au pire d'avoir des produits biodégradables car le compostage nécessite des conditions particulières pour décomposer la matière.

 

Le compostage peut parfois même nécessiter un équipement industriel (entre 70 et 80 °C, avec un taux d'humidité de 70 % et un taux d'oxygène de quelque 20 %), a priori, ce ne serait pas le cas de Carbiolice qui pourrait être composté dans un composteur individuel.

Événement éphémère et économie durable : Oxymore ?

Les problématiques

Une des problématiques des événements comme ChangeNOW est que par définition ils sont éphémères, il est donc difficile qu'ils soient durables.

 

Pour donner un exemple tout simple, si vous réalisez des affiches ou des bâches avec votre signalétique et les dates de votre événement, vous aurez du mal à la réutiliser !

 

Comme la durée d'utilisation est très courte, soit vous pouvez louer les éléments « génériques », soit vous devez les faire fabriquer sur-mesure sans pouvoir les réutiliser.

 

La location est une bonne option mais peut se révéler très chère. Ce n'est pas le prix des éléments de stand qui coûte cher mais la main d'oeuvre pour déplacer et installer ainsi que les coûts de stockage quand ils ne sont pas utilisés, plus les marges des standistes. Le comble est atteint au CES Las Vegas, où le coût de location d'une télé peut être 2 à 3 fois plus cher que son coût dans un magasin. à€ ce jeu-là, la plupart des startups en particulier françaises achètent leur TV sur place dans un BestBuy local et la redonnent à des associations caritatives après.

Il est aussi difficile d'utiliser des produits de récupération. J'ai eu la chance d'échanger avec Etienne Villotte, le fondateur d'Epatant, l'agence qui a réalisé la scénographie de ChangeNOW (qui a aussi réaménagé totalement les Canaux, Maison des Économies solidaires et innovantes de la ville de Paris en utilisant très majoritairement des éléments recyclés).

 

Il s'était fixé comme objectif de réaliser le fond de scène en récupérant des lattes de sommier à recycler. Ils ont réussi à trouver les entreprises et organisations capables de leur fournir ces lattes, de réunir celles-ci dans un entrepôt. Mais il fallait toutes les ignifuger. Cela représentait un surcoût majeur, nécessitait d'ajouter un intrant chimique non nécessaire tout en accroissant fortement les délais. Compte tenu de cela, il a été décidé de réaliser un fond de scène sans utiliser d'éléments recyclés. Cela ressemble à un parcours du combattant...

Démarche écoresponsable pour des événements

Santiago Lefebvre, Rose-May Lefebvre-Lucotte et Kevin Tayebaly, fondateurs de ChangeNOW ont mis au centre leur écoresponsabilité ce qui est totalement cohérent avec la nature de l'événement.

 

Pour faire face à ces problématiques, en collaboration avec l'agence Epatant, ils ont particulièrement fait appel à la location pour éviter au maximum de jeter des éléments. Ils ont utilisé des éléments recyclés notamment les Chaises Maximum (plastique recyclé) et facilement recyclables. Pour les éléments spécifiques, ils ont réutilisé la plupart des éléments imprimés produits les deux dernières années,

Clés d'un événement écoresponsable : anticiper

Etienne Villotte souligne qu'il faut concevoir l'événement dès le départ comme écoresponsable avec des principes très simples : anticiper la réutilisation des dispositifs (démontage, stockage...), travailler sur les matériaux bruts, privilégier les vis, clous, agrafes par rapport à l'utilisation de colle pour que le matériel puisse être démonté puis réutilisé facilement. Pour mettre en valeur la scénographie, ils ont intégré dans les grilles représentant chaque pôle des éléments distinctifs, verres recyclables pour la partie éco-emballage, tissus pour Sustainable Fashion ... avec l'aide aussi de nombreux bénévoles qui ont imaginé et créé ces dispositifs.

 

L'équipe interne de ChangeNOW a eu pour mission d'identifier les partenaires et mettre en place tous les flux de revalorisation et de sourcing. Ce sont les premières fois qui sont difficiles. A chaque nouvel événement, on parvient à aller plus loin, à changer les habitudes pour que cela soit plus facile, moins cher, plus rapide la fois d'après afin que cela devienne un réflexe, m'indiquait Etienne.

 

Santiago et Rose-May m'ont indiqué qu'avoir une démarche écoresponsable a un coût homme relativement important dans la mise en place du dispositif. En revanche, elle serait globalement moins chère, car il y a moins de matières utilisées de base, plus de partenariats qu'une relation clients / fournisseurs et une courbe d'apprentissage élevée pour les événements futurs. ChangeNOW a fait un énorme effort pour réduire au maximum son empreinte écologique malgré un budget qui devait rester limité (Ils n'ont pas fait de bénéfices sur cet événement ).

Autres solutions possibles pour l'événementiel

Dépersonnaliser facilement

Hormis les éléments génériques qui peuvent être loués, il serait judicieux que toute la chaîne événementielle (fabricants de matériels, imprimeurs, standistes, agences de scénographie, organisateur d'événements ...) travaille sur des techniques de dépersonnalisation qui permettraient pour un coût réduit de réutiliser du mobilier, des bâches, des signalétiques et de les personnaliser.

 

Une technique pourrait être le développement d'encres lavables ou effaçables à la chaleur (à condition qu'elles ne s'effacent pas en conditions normales ou de fortes chaleurs (cf. l' encre effaçable du stylo Frixion qui sous la canicule disparait, gênant pour le bac ...).

 

A défaut des solutions de stickers imprimables et décollables, des « vitres » supérieures permettant d'intercaler dessous des éléments imprimés sur feuille transparente, des parties personnalisables amovibles permettraient de réutiliser facilement du matériel.

 

L'imagination des designers, fabricants de mobiliers, bâches avec l'aide des industriels fabriquant des encres devraient trouver une solution car il y a un sacré gaspillage en raison de la personnalisation.

 

Dans le cas de ChangeNOW, la plupart des startups ont pris leur signalétique compte tenu de leur design et qualité 😉

Bénévoles

Une autre approche pourrait être d'utiliser des bénévoles pour réutiliser des produits pour des événements. Cela nécessite une forte préparation en amont pour ne pas faire perdre de temps et être efficace. D'autre part, cette solution n'est possible que pour les événements organisés par une association ou organisation à but non lucratif.

 

Rapide digression : Normalement, la loi interdit des contreparties pour les bénévoles y compris le droit d'entrée et les repas. Toutefois, il est d'usage dans les événements que ceux-ci soient offerts afin que le bénévolat n'engendre pas non plus de frais supplémentaires (pour plus de précisions : Collectif des festivals). Depuis 2006, il est aussi possible d'offrir des chèques-repas du bénévole pris en charge à 100% par l'association et exonéré de charges sociales et fiscales (montant maximum 6,70€ en 2020).

 

Pour intégrer une dimension inclusive, il est aussi judicieux de faire appel à des entreprises qui emploient au minimum 80% de personnes en situation de handicap (EA, ESAT ou CDTD).

 

Dans le cas de ChangeNOW, les bénévoles sont notamment intervenus sur des postes comme l’accueil des participants et intervenants, animation des réseaux sociaux, …

Partage de bonnes pratiques et processus qui se structurent

La clé reste toutefois le partage de bonnes pratiques afin de mettre en place des filières et des processus partagés entre événements, organisateurs, agences et au-delà.

 

L'événement Hello Tomorrow sur la DeepTech (12 et 13 mars) a aussi une démarche écoresponsable et propose à tous les organisateurs de discuter d'événementiel responsable dans cet esprit.

Chauffage du Grand Palais

Pour ceux qui étaient vraiment attentifs à l'empreinte écologique se pose la question du chauffage. Évidemment, on pourrait décider de ne plus faire aucun événement au Grand Palais s'il fait trop chaud ou trop froid pour réduire l'empreinte écologique !

 

Une autre manière est que de rechercher des solutions pour que ce type de bâtiment puisse au fur et à mesure nécessiter de moins en moins d'énergie externe (avec des panneaux solaires, peut-être pas au-dessus de la grande verrière 😉 mais ailleurs, des pompes à chaleur ...) et consomme de moins en moins d'énergie. Il est inutile de chauffer toute la verrière ... et c'est possible avec du chauffage par rayonnement infrarouge court (avec un rendement électricité en chauffage très élevé).

 

L'équipe de ChangeNOW a recherché pendant un an avec le Grand Palais des moyens de le chauffer de manière écologique (dont le rayonnement infrarouge), mais les solutions identifiées sont trop « early stage » et pas assez robustes pour être mise en place dès cette année.

 

ChangeNOW collabore justement en ce sens avec la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais pour les aider à faire cette transition dans les futures années.

Conclusion

Nous voyons qu'il y a beaucoup de solutions possibles et qu'elles s'appliquent à tous les domaines y compris dans le monde événementiel.

 

Des solutions peuvent être pertinentes dans un contexte, un lieu et plus dans l'autre en raison de la logistique, distance, des opérations de transformation.

 


 Un vrai travail de recherche, de mutualisation de solutions permettrait d'utiliser une diversité de déchets disponibles localement afin de fournir avec le moins d'énergie et d'impacts négatifs possibles des produits tels que des briques, du mobilier, des vêtements.

 

D'autre part, il serait utile d'expliciter le champ de recyclabilité des différents produits. Un matériau utilisé et recyclable par un seul industriel pour un nombre limité de produits n'a pas du tout le même intérêt qu'un matériau utilisé et recyclable par une très grande majorité d'industriels pour une grande diversité de produits.

 

Le prochain article sera justement sur le diagnostic et les indicateurs RSE (lien vers le 1er)  car pour savoir si on s'est amélioré, il faut une base de départ mesurable. Je couvrirai aussi les autres thèmes comme l'énergie et la mobilité. Avant celui-ci, voici une petite vidéo où je fais un 1er retour de ChangeNow interviewé par  Duc Ha Duong.

 

Je réalise pour des entreprises, des missions pour "sourcer" des innovations (ChangeNOW, CES Las Vegas, MWC mais potentiellement toutes les startups et innovations internationales), les évaluer, concevoir et construire des solutions avec les partenaires développant ces solutions qui répondent aux problématiques des entreprises clientes et les déployer.

 

Si vous souhaitez que je réalise un débrief / conférence spécifique à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment , n'hésitez pas à me contacter :) 

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

Conseil en Innovation (IA, IoT, Blockchain et RSE / économie circulaire) - Contact (contact@livosphere.com )

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)

 

 

ChangeNow - Futur CES / VivaTech des innovations écologiques et sociales au Grand Palais

Les années 2020 sont celles de l'action et plus seulement de l'évangélisation. ChangeNow y fait écho en devenant l'événement incontournable de toutes les innovations sociales et environnementales. (English version - Voir aussi article sur les innovations dans l'économie circulaire et les innovations au CES Las Vegas : IA, IoT, Sustainability...)

 

Installée au Grand Palais après  2 ans à Station F, ChangeNow va désormais pouvoir être The Place to Go comme le CES Las Vegas pour l'innovation technologique, le Mobile World Congress pour les innovations mobiles et digitales (B2B) auxquelles je participe depuis plus de 5 ans.

 

A la différence du CES où la Tech for Tech prime, ChangeNow donne du sens à la tech et plus largement à l'innovation notamment sociale et économique. Il promeut des solutions innovantes, "scalables" à grande échelle, pérenne sur le plan économique qui répondent à un des 17 objectifs de développement durable (ODD ou Sustainable Development Goals, SDG) définis par l'ONU.

 

Quel serait le futur avec ChangeNow ? Nous pourrions imaginer un monde où se nourrir contribuerait à améliorer notre planète plutôt que de la mettre en péril, où les matériaux utilisés seraient réutilisables sans polluer, où le transport utiliserait le vent plutôt que le pétrole, où les produits seraient conçus pour être facilement réutilisés et leurs impacts négatifs neutralisés, où les déchets deviendraient des ressources pour émerveiller les enfants.

 

Ce sont en réalité les 6 innovations qui m'ont le plus interpellé à ChangeNow.

  • Planctonid a développé une nouvelle forme d'agriculture fondée sur les micro-algues capables d'absorber 180 fois plus de CO2 que les arbres pour la même surface et de rendre vivables des eaux truffées de nitrates .
  • Paptic produit des emballages à base de résidus de bois remplaçant le plastique utilisé pour les sacs et emballages.
  • Neoline a créé son premier cargo à voile pour transporter le fret (280 conteneurs) avec une première ligne en 2021 entre Saint-Nazaire et Baltimore.
  • Resortecs produit un fil à coudre qui se dissout à haute température tout en étant lavable et repassable. Cela permet très facilement de décomposer un jean en ses différents éléments (textile, boutons, tirettes...) et d'en créer un ou de le réparer beaucoup plus facilement.
  • Planetcare a développé un filtre pour les machines à laver pour que les microfibres provenant en particulier de nos vêtements synthétiques ne polluent pas nos rivières et océans.
  • Ocean Sole Africa transforme les tongs jetées par les touristes en " peluches " multi-colores.

Il y a bien d'autres innovations citées ci-dessous : le vrac par Jean Bouteille, les moteurs électriques à énergie solaire (Saurea), les bateaux dépolluant les rivières de The Ocean Cleanup... 

Sommaire

Il y a 3 autres articles: l'économie circulaire (le transport / la logistique, l'emballage, l'usage, le recyclage/la réutilisation, le compostage, la dépollution), sur l'énergie, la biodiversité et l'eau, et la Mobilité, santé, inclusion, finance durable et indicateurs RSE/ESG.

(Liens directs vers les parties de l'article)

Urgence à agir

Il y a urgence pour les grands groupes et entreprises à investir dans ces domaines et avoir des modèles économiques "sustainable" (sinon elles perdent au minimum 50% des talents). Il faut désormais les financer, industrialiser, les solutions, les déployer.


Un bon signe est la venue de plus de politiques à ChangeNow qu'au #CES2020 (Muriel Pénicaud, Brune Poirson, Kat BorlonganLise Kingo de l'ONU), de personnalités comme Nicolas Hulot, Tony Estanguet (pour Paris 2024) et de beaucoup de personnes de l'écosystème digital. Ce ne sera pas de trop pour accélérer le changement vers des modèles durables.

 

L’Europe a aussi promu son initiative JEDI, Joint European Disruptive Initiative pour attaquer des problèmes comme les micro-plastiques, les pesticides... et éviter qu'on se retrouve en tenaille entre Trump s'il est réélu et Xi Jinping

Paradoxes

Je souhaite aussi soulever plusieurs paradoxes, celui de The Explorers qui a filmé avec des images superbes notre planète pour donner envie de la sauvegarder mais qui pour les montrer doit faire la pub pour la 8K de Samsung (dont le streaming vidéo consommera beaucoup d'énergie).

 

Je suis confiant avec Roberto M. de Samsung que les choses vont bouger aussi chez eux d'autant qu'ils sont intéressés d'échanger avec Emmanuel Faber, PDG de Danone afin de mettre en place un diagnostic et les mesures en ligne avec les 17 SDG. L'ONU en collaboration avec B Corp en mis en place SDG Action Manager, un outril permettant à chaque entreprise de se mesurer par rapport à ces objectifs)

Une amie m'a alerté sur l'utilisation de gobelets recyclables dans les talks de ChangeNow. Faut-il alors utiliser des gobelets réutilisables ?

 

Comme dans un grand nombre de cas, ça dépend (ici du nombre de réutilisations, de la matière...) ! Le plus simple est d'une part de mesurer et de réduire les impacts écologiques en fonction du contexte. Difficile de demander à chaque intervenant de payer une consigne avant de boire de l'eau.

Dernier paradoxe, en voulant faire mieux, on fait moins bien.

 

L'exemple le plus criant est Ecoams Planet qui vend des élastiques recyclables pour réduire la taille de l'espace occupé par les bouteilles en plastique. Je vous laisse juge de la pertinence de cette solution !

 

Paper on the rocks pourrait aussi poser problème. En réduisant la consommation d'arbres pour produire du papier, ils utilisent de la pierre (provenant de déchets BTP) et des déchets agricoles.

 

Le problème est que leurs cahiers ne sont recyclables que par eux car ils mélangent les matières.

Innovations Economie Circulaire

L'économie circulaire repose sur des équations simples pour qu'elle soit pérenne économiquement. Pour le recyclage d'un produit, le coût logistique et de traitement d'un produit à recycler doit être inférieur au coût de la matière vierge pour un même niveau de qualité.

 

Pour la réutilisation, le coût logistique et de traitement d'un produit à réutiliser doit être inférieur au coût de la matière vierge, de production et logistique pour un même niveau de qualité et d'usage.  L'objectif est de réduire les coûts logistiques et de transports notamment en réduisant la taille des cercles.

 

D'autre part, il faut intégrer le taux de recyclage des produits recyclés et le taux de réutilisation des produits réutilisés. Le plastique par exemple ne se recycle que quelques fois (hors recyclage chimique de plus en plus en vogue qui pose d'autres problèmes) à la différence du verre et de l'acier.

 En plus du bénéfice écologique, les innovations ci-dessous ont pour objectif de réduire les coûts de recyclage et de réutilisation et d'avoir un niveau de qualité à l'usage similaire voire supérieur un produit fabriqué de manière linéaire (production -> usage -> déchet).

Production écologique

Production locale

Fruit and Food propose de partager vos excédents de fruits et légumes produits dans vos jardins.

 

Vous n'êtes pas soumis à la fiscalité des bénéfices agricoles (tolérance du fisc) si la surface de votre jardin est inférieure à 500 m2 et que votre potager est attenant à la maison.

Peas & love propose de louer des parcelles de potager communs pour moins de 40€ par mois gérées par un "community farmer" et de pouvoir récolter les fruits et légumes de la parcelle alors que Culture et compagnies (destiné aux entreprises) propose qu'un maraîcher vienne cultiver vos surfaces disponibles (si votre entreprise a des espaces verts) et vous.

 

Les produits sont vendus localement aux salariés ou peuvent l'être aussi à des AMAP locales (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), restaurant d'entreprise.

Fleurs d'ici a un mode plus classique de vente mettant en relation des producteurs locaux de fleurs (provenant en très grande majorité de l'étranger, Pays-Bas mais aussi Kenya, Équateur, Colombie ...) avec des consommateurs. Ils proposent aussi un abonnement.

 

Pour l'anecdote, ils tracent leur production grâce à la blockchain. Je ne suis pas sûr que cela vaille le coup de le mettre en avant et que la blockchain soit indispensable dans ce cas.

 

 

En direct des éleveurs vendent aussi du lait en circuit court en revanche, ils distribuent dans les supermarchés Super U et Leclerc (Ouest de la France).

 

Une des problématiques de ces structures est leur scalabilité car leur maillage local rend très difficile un développement national et international. L’objectif est de contourner le réseau des grossistes voire de détaillants. Ils ont certes de nombreux points à améliorer mais ont aussi un rôle pour structurer le marché, mutualiser les risques, faciliter la communication (évite la multiplicité d’interlocuteurs) …  La réglementation peut certainement favoriser le développement de multiples entités et initiatives de production locale en circuit court.

 

En revanche, cela me semble difficile de créer des acteurs nationaux et internationaux sur ces domaines à moins de créer de nouveaux types de grossistes sous forme de plateformes à la sauce Uber ou Amazon. Dans ce cas, on perd complètement l'esprit initial.

Produire sans entrants chimiques ou en réduisant les externalités négatives

Solubio (Brésil) fournit des solutions permettant aux agriculteurs de créer leurs propres biopesticides et biofongicides afin d'éviter l'usage de produits chimiques.

 

En les produisant localement, ils sont beaucoup plus efficaces et concentrés que s'ils étaient transportés et conditionnés (c'est une matière vivante ... !) pour une quantité adaptée.

Bioma est une entreprise suisse qui a développé des produits enzymatiques (sans OGM, sans produits chimiques et ne nécessitant pas d'équipement de protection individuelle pour s'en protéger) qui permet de réduire drastiquement l'ammoniaque (NH3) dans les fumiers ce qui par conséquent réduit l'acidification et de l'eutrophisation des milieux.

 

En France, l'agriculture contribue à hauteur de 97 % aux émissions nationales d'ammoniac dont 46 % proviennent des élevages bovins laitiers et allaitants.

Solicaz pose une délicate question car leur métier est de revégétaliser des terres exploitées. Soutenu par le groupe de luxe Kering ( Marques Gucci, YSL, Balenciaga, Boucheron... dirigé par François Pinault, qui à l'origine était dans le négoce de bois ... ;) ).

 

Solicaz permet de revégétaliser par exemple des mines d'or n'utilisant pas de cyanure ou de mercure (ce dernier est amalgamé avec l'or pour faciliter l'extraction d'or mais les vapeurs de mercure sont extrêmement toxiques d'où d'ailleurs son interdiction dans les thermomètres).

 

 

 

Y a-t-il un risque d'effet rebond ? Sachant qu'on peut revégétaliser, va-t-on plus exploiter les ressources naturelles ?

Planctonid proposerait la solution idéale ... des photo-bioréacteurs remplis de micro-algues.

 

Se fondant sur une bibliothèque de plusieurs dizaines de milliers de micro-algues différentes, ils sont capables selon l'intrant (l'eau naturelle, azotée, phosphorée, polluée et même des métaux lourds), le CO2 et la lumière, de les transformer en produits alimentaires (les micro-algues séchées et mises en poudre) pour nourrir des élevages, de servir de complément alimentaire pour un impact écologique bien moindre (dont aucun dégagement de méthane) et me de réaliser des bio-plastiques.

Pour une surface équivalente, ces micro-algues pourraient capter 180 fois plus de CO2 que des forêts. La difficulté est d'industrialiser le processus de production car les micro-algues doivent être consciencieusement choisies, cultivées à la bonne température avec les conditions lumineuses adéquates.

 

Compte tenu de leur multiplication, il faut gérer leur récupération ainsi que le cycle de l'eau. On ne peut pas par exemple les mettre dans une cuve transparente et attendre qu'elles se multiplient car les microalgues au centre ne peuvent survivre n'ayant plus accès à la lumière. Planctonid a passé le cap de l'industrialisation, ils traitent en pilote des eaux usées à Saint-Nazaire (et réduit l'eutrophisation des rivières) et a construit une usine visitable à Alicante en Espagne 

Planctonid a choisi des plaques verticales types verre à double vitrage. Sunoleo propose aussi des photobioréacteurs plus petits pour produire de la biomasse en revanche ils utilisent des cuves intégrant des puits de lumière. Selon moi, il y a plusieurs problèmes à ce dispositif, la lumière absorbée par les micro-algues est différente selon leur emplacement, distance par rapport au puits de lumière et profondeur dans la cuve.

 

Je suis aussi un peu circonspect sur le mode de récupération des micro-algues par un système de vidange. Nous verrons...

 

En tout cas, il est évident, que nous basculerons d'ici quelques années du traitement chimique vers un traitement biochimique avec les micro-algues, mais aussi les enzymes et bactéries. Les Dupont de Nemours, BASF et consorts devraient a priori massivement investir puis basculer dans ce domaine. Il est aussi fort probable que des industriels s'amusent à modifier génétiquement les éléments biologiques pour augmenter leur efficacité et leur champ d'utilisation pour le meilleur et ... pour le pire. (NB : Planctonid n'apporte aucune modification génétique à ses microalgues). .

 

 

 

Pour la faim, il y avait évidemment des burgers sans viande ! HankBurgers Vegan avait installé un stand qui ne désemplissait pas sur base des Beyond Burgers, concurrent de l'Impossible Burger, présent au CES Las Vegas.

 

Ne rêvons pas, pour réaliser ces produits ultra-transformés, il faut beaucoup d'énergie, utiliser soit des organismes génétiquement modifiés (ex : le soja léghémoglobine ou hème, qui donne la texture et le goût de la viande aux Impossible Burger) ou d'autres produits interdits aux animaux (selon INRAE). Pour la viande artificielle, non seulement elle est extrêmement coûteuse mais en plus les bénéfices environnementaux sont très réduits.

Si jamais vous adorez le quinoa, n’oubliez qu’il provient à 80% de Bolivie et du Pérou, le reste provenant de l'Equateur, des États-Unis et de la Chine.

 

Saluons néanmoins la production de quinoa en Anjou dans le Maine-et-Loire 😊

Selon le rapport du GIEC, 80% de la déforestation est générée par l'agriculture principalement à cause de l'élevage industriel & la culture du soja pour l'alimentation animale (63 % de la déforestation en Amazonie).

 

Le système alimentaire mondial contribue jusqu'à 30 % aux émissions mondiales totales de gaz à effet de serre (2007-2016), principalement à cause de l'élevage du bétail (14,5%), la culture du riz et l'épandage d'engrais.