Blockchain : Révolution ou Bulle ? Facebook Coin, Usages : Traçabilité, sécurité, partage de ressources, Startups, Principes: Bitcoin, Crypto-monnaies, Tokens,

La blockchain révolutionnera-t-elle notre société ou sera-t-elle une technologie de niche ? Avant de répondre catégoriquement, la blockchain est encore jeune, avec tout juste 10 ans au compteur, la première chaîne de blocs ayant été conceptualisée par le mystérieux Satoshi Nakamoto en 2008.

 

A côté, l’IA est déjà une senior de 62 ans ! La blockchain doit mûrir sur le plan théorique et pratique pour que chacun se l’approprie et comprenne vraiment son intérêt par rapport aux solutions existantes comme pour l’IA et l’IoT.

 

Il y a une forte croissance du nombre de startups et d’entreprises notamment au CES Las Vegas qui l’utilisent dans leurs solutions - d’après leurs dires ! - même si ce n’est pas encore le raz-de-marée comme pour l’IA.

 

Les principaux use cases de la blockchain sont plus clairs que pour l’IA : la traçabilité, la sécurisation des données / l’authentification, l’échange et le partage de ressources ( ou actifs digitaux nommés crypto-actifs : crypto-monnaies et tokens) même si ce n’est pas si évident de comprendre ses mécanismes (cf. fin de l’article : Mining, Blockchain publique, de consortium, privée, Token, Smart Contracts...).

 

En gros, la blockchain (publique) est un registre, une base de données partagée, accessible à tous qui garde de manière immuable l’historique des transactions et des événements. Elle est quasiment infalsifiable et on peut ajouter des données mais on ne peut pas modifier des données passées, elle est cryptée et son intégrité est vérifiée de façon décentralisée par des mineurs (ou minteurs).

 

Un intérêt majeur de la blockchain est qu’il n’y a plus besoin de tiers de confiance ou d’organes centralisateurs pour partager des données. Cela explique notamment le développement de la blockchain dans le domaine alimentaire (ex : le fameux poulet de Carrefour) car outre le besoin de traçabilité, les éleveurs, les agriculteurs et les autres acteurs n’ont plus à craindre que les données transmises soient accaparées par un grand distributeur et qu’ils perdent la main dessus. Quand on creuse un peu, la réalité est un peu différente dès lors qu’on bascule sur des blockchain privées ou de consortium (c’est le cas du poulet de Carrefour fondé désormais sur la blockchain IBM FoodTrust !).

 

Je suis notamment intervenu à l’AGIRC ARRCO sur la blockchain pour présenter l’intérêt de la blockchain qui vous donnera aussi quelques idées sur son usage dans le domaine des retraites (cf. vidéo)

 

Si vous êtes intéressé par des conférences, formations (généraux et spécifiques à vos métiers) sur les innovations, IA, blockchain, IoT ..., n'hésitez pas à me contacter 

Sommaire (Lien direct vers les paragraphes)

 

Blockchain pour les retraites et assurance à l’AGIRC-ARRCO

La ruée vers la Blockchain et pourquoi faire ? ...

  • Les … Chain en série
  • Questions à se poser sur son projet Blockchain
  • Blockchain, partie des DLT (Distributed Ledger Technology) avec les DAG (Directed Acyclic Graph)

Principaux usages: crypto-monnaies,traçabilité, sécurité / authentification, partage / échangede ressources

Blockchain, IA et IoT

B2G Business to Government

Les principes de la blockchain

Limites de la blockchain

Conclusion

Blockchain pour les retraites et assurance à l'AGIRC-ARRCO

AGIRC-ARRCO qui gère notamment les retraites m'a demandé d'intervenir sur la blockchain et voir quelles sont ses applications potentielles sur les retraites, assurances ...

 

L'exposer et le discuter en amont permet de comprendre à la fois l'intérêt mais aussi les limites de la blockchain et aide à bien l'utiliser sans créer d'usine à gaz ou de POC placardisé.

 


 

Quelques usages que j'ai décrits lors de mon intervention  : 

 

👩‍🎓 Traçabilité d'une carrière de bout en bout et authentification des documents justificatifs (lutte anti-fraude)

👨‍⚕️ Partage du dossier médical par un patient sur un périmètre et une durée déterminés par celui-ci

⌛ Simplification de la gestion interne pour réduire la durée nécessaire à solder les retraites (à l'image des greffiers des tribunaux de commerce) 

🤝 Partage de données entre acteurs dans la réassurance et assurance

👴 Simplification du solde d'une retraite pour les personnes ayant des carrières sous plusieurs régimes

 

Après un préambule sur les principes, usages et limites de la blockchain (crypto-monnaies, minage, règle de consensus, blockchain publique/de consortium/privée, tokens, smarts contracts... ), les uses cases généraux et spécifiques pour la retraite et l'assurance, la conférence a été l'occasion d'échanger concrètement sur l'intérêt de la blockchain par rapport à une plateforme centralisée et un DLT (distributed ledger) traditionnel et de voir là où la blockchain a de l'intérêt et là où elle n'en a pas.

 

🚆 Il y a beaucoup de critiques sur les organisations et acteurs publics de leur manque d'innovation. Même si cela prend plus de temps que pour des startups, ils innovent pour aider les adhérents et salariés.

👉  Pour donner un exemple concret, l'AGIRC-ARRCO a mis en place récemment des solutions permettant de réduire très fortement le temps entre le départ effectif à la retraite et le paiement de la retraite, cela a un impact énorme pour un très grand nombre de personnes.

💎 Je suis certain que l'amélioration de l'efficacité des processus administratifs dans les organisations publiques aura un effet majeur sur la vie de chaque citoyen qui peut même être supérieur à des mesures fiscales. Il ne faut donc pas hésiter à en parler, les partager et les propager 😉

La ruée vers la Blockchain et pourquoi faire ? ...

Les … Chain en série

Au CES Las Vegas 2019, au MWC Barcelone, à Viva Tech. Il y a des pléthores de startups qui se prévalent des solutions fondées sur la Blockchain: leur signe de reconnaissance: elles terminent par ... chain: Vechain, Scorechain, Sunchain. Dans les grands groupes, chacun y va de son projet Blockchain avec parfois des absurdités comme des blockchain à un noeud !

 

 

Impossible de ne pas mentionner le fameux cycle des technologies de Gartner qui montre que la blockchain est sur une pente descendante mais qu’elle devrait remonter d’ici peu.


Je me suis même amusé à comparer la courbe de Gartner par rapport au cours du bitcoin par rapport au dollar ... Nous verrons si mes prédictions sont exactes. Pour l’anecdote, j’avais prédit que le cours du bitcoin du bitcoin serait inférieur à 5000 USD en janvier 2018 (il était à plus de 14 000 USD quand j’ai publié mon article 😉

 

Malheureusement, j’ai oublié de mettre une option Put sur le bitcoin à ce moment-là. Tant pis pour moi !

Questions à se poser sur son projet Blockchain

Si vous souhaitez démarrer un projet blockchain, il y a 3 questions à se poser.

  1. Est-ce que vous souhaitez partager des données entre différents acteurs / entités ?
  2. Est-ce que parmi ces acteurs, aucun n’est légitime pour gérer et centraliser ces données
  3. Est-ce qu’il est critique qu’on ne puisse modifier ces données après coup ?

Si vous répondez non à l’une des trois, la blockchain n’est pas la solution à votre problème, à moins d’avoir une raison pédagogique pour la développer.

 

Créer une blockchain destinée uniquement à une utilisation interne à une entreprise n’a aucun intérêt sauf si la direction à la tête de l’entreprise n’est pas à même d’imposer que les données soient partagées entre directions / entités. Des groupes comme LVMH, L’Oréal, Kering ont des marques concurrentes en leur sein avec des DSI distinctes, utiliser la blockchain pour lutter contre la fraude peut simplifier le partage de données. D’ailleurs, LVMH l’a récemment fait avec Louis Vuitton .

 

D’ici, deux, trois ans, on peut même imaginer que des groupes de luxe, concurrents partagent une même blockchain afin de réduire ensemble les contrefaçons.

Blockchain, partie des DLT (Distributed Ledger Technology) avec les DAG (Directed Acyclic Graph)

La Blockchain permet ainsi de décentraliser la confiance (et les données ;) au lieu qu’elle soit concentrée par un seul acteur. Les données n’appartiennent pas à une entité centrale (qui peut ne pas exister ou en qui on n’a pas confiance) mais sont partagées par l’ensemble des acteurs.

 

Il est aussi de plus en plus courant d’associer plusieurs types de blockchain (publique et de consortium) ou d’ancrer ses données (d’une plateforme centralisée en "hashant" ses données et en transmettant ce hash, cette "signature" sur Bitcoin ou Ethereum régulièrement) dans une blockchain publique car cela permet de s’assurer que les données n’ont pas été modifiées entre deux ancrages (en revanche elles peuvent avoir été copiées, il faudra attendre la cryptographie quantique pour ça grâce au phénomène de désintrication ;) ).

 

La blockchain fait partie d’un ensemble plus grand de bases de données nommées DLT (Distributed Ledger Technology), ou base de données distribuée. eMule (disparu avec la loi Hadopi !) est un exemple de DLT qui permettait de partager des contenus parfois piratés 😉 Le réseau Tor (qui n’est pas un registre mais un réseau informatique) a un principe similaire fondé sur la décentralisation des noeuds de communication. D'autres technologies DLT comme le DAQ (Directed Acyclic Graph) veulent concurrencer la blockchain. A l'inverse, la crypto-monnaie est un sous-élément de la blockchain.

Principaux usages: crypto-monnaies, traçabilité, sécurité / authentification, partage / échange de ressources

Les principaux usages de la blockchain sont les crypto-monnaies, la traçabilité, l'authentification et le partage / échange de ressources.

 

Ces usages sont liés aux caractéristiques de la blockchain : pas besoin d’organe central,transparence, sécurité (impossibilité de modifier les transactions intégrées dans une blockchain que l'on détaillera), automatisation (avec les smart contracts).

 

 

Crypto-monnaies

Bitecoin, Ethereum,Ripple, Litecoin ... Vs Unités de troc comme SEL

La cryptomonnaie est la partie immergée de l’iceberg de la blockchain, c’est une application spécifique dans le domaine monétaire qui permet de réaliser des transactions sans utiliser une monnaie battue par une banque centrale.

 

Depuis longtemps il existe des moyens de réaliser des transactions entre personnes sans passer par une monnaie ou un troc direct, par exemple le SEL (Système d’Echange Local), néanmoins la valeur de l’unité (qui peut être des équivalents heures de travail ou avoir un équivalent monétaire) est définie par l’organisation auxquels les adhérents participent.

 

La valeur de la cryptomonnaie est-elle définie par l’ensemble des acteurs (offre/demande) qui l’utilisent sans nécessiter d’organisation centrale. En revanche, il y a bien des règles (dont la règle de consensus) définies pour chaque cryptomonnaie.

Une des limites du Bitcoin est le très faible débit des transactions. Dès l’origine, Bitcoin a réduit à 1 MB, la taille des blocs qui peut être validée pour intégrer sa blockchain, sachant qu’un bloc est validé toutes les 10 min et qu’une transaction pèse 256 octets en moyenne, il peut y avoir une saturation du nombre de demandes de transactions (qui dépasse rarement 300 000 par jour).

 

Les mineurs choisissant les transactions à valider (1ère validation) en fonction des frais de transactions que vous proposez, cela a coûté plus de 38 dollars pour réaliser une transaction (quel que soit son montant) le 21 décembre 2017.

 

Aujourd’hui, cela coûte entre 0,5 USD (pour une transaction validée dans moins d’une heure) et 0,8$ (pour une validation dans les 10 min).

Ethereum  a été créé en juillet 2015 et permet des Smart Contracts (contrats intelligents) à la différence de Bitcoin sa monnaie est l’Ether. C’est la 2e blockchain qui a eu des débuts mouvementés (cf. Hard Fork.)

 

Litecoin, fondé sur le code source du Bitcoin accélère le processus de vérification et donc augmente la rapidité des transactions, supérieure actuellement à celle de ses concurrents. Les frais de transaction sont bien plus faibles que ceux du Bitcoin et sont ainsi particulièrement adaptés aux transactions quotidiennes.

 

Monero garantit l'anonymat à ses usagers (le montant des transactions est également impossible à voir de l'extérieur).

 

Ripple propose à la fois la solution xCurrent à destination des banques (American Express, UBS, Crédit Agricole) et une monnaie XRP (surnommée Ripple). La confusion entre xCurrent  (blockchain qui permet aux banques de communiquer en temps réel pour confirmer les détails d’un paiement et pour confirmer sa livraison une fois celui-ci réglé) et sa monnaie XRP parmi les particuliers acheteurs (qui pensent parfois à tort que XRP est soutenu par les banques ce qui est faux)  a permis à la société de gagner un joli magot.

 

IOTA est une cryptomonnaie et un protocole fondés sur le DAG, graphe dirigé acyclique, une autre branche des DLT (registre partagé) distincte des blockchains. Il a pour objectif de fournir un moyen de paiement sécurisé pour la monétisation de données entre objets connectés pour des frais de transactions qui ont vocation à être gratuites. Le délai de confirmation des transactions est rapide, et le nombre de transactions simultanées pouvant être gérées par le système est théoriquement illimité.

 

Il y en a de nombreux autres cryptomonnaies comme Neo est en quelque sorte l’ « Ethereum Chinois », Cardano (Ada) qui propose une solution qui serait scalable et facile à mettre à jour à la différence d’Ethereum.

 

Pour le G20, il faudrait parler de cryptoactifs (actifs virtuels qui permettent à une communauté de réaliser des transactions sans avoir à recourir à la monnaie légale) plutôt que cryptomonnaies.

Facebook Coin, Amazon Coin – les cryptomonnaies des GAFA

Les entreprises chinoises comme Tencent et Alibaba réduisent à zéro les frais de transactions en intégrant la brique de paiement dans leurs applications Wechat ou Alipay car leur modèle économique est fondé sur la vente de produits et non les commissions sur les paiements qui aujourd'hui font vivre Visa et Mastercard.

 

Mastercard et Visa ont bien créé des Wallet gratuits pour le client et le commerçant comme Masterpass ou Visa Check out, ils acceptent même les modes de paiement de leurs concurrents, mais le modèle économique de Mastercard et Visa est fondé sur les achats réalisés avec leurs cartes. Le risque majeur pour ces entreprises est que les GAFA lancent leur propre cryptomonnaie

 

Facebook devrait lancer son Facebook Coin (avec un premier test en Inde avec WhatsApp cet été). D’après le Wall Street Journal , il a entamé les discussions avec de nombreuses institutions financières et d’importants commerçants en ligne afin qu’on puisse l’utiliser sur Facebook mais aussi sur des sites extérieurs. L’intérêt pour ces derniers est de bénéficier de fortes réductions voire une suppression des frais de transaction.

 

En revanche, il est plus étonnant de voir Facebook discuter avec Visa et Mastercard. En réalité, il y a probablement deux raisons à cela. Tout d’abord, cela permettrait d’utiliser des Facebook Coin avec sa carte de crédit et d'avoir accès à l’immense majorité des magasins physiques, ensuite cela permettrait de gérer un problème lié à la blockchain, son incapacité à gérer un très grand nombre de transactions simultanées.

Lenteur des transactions

Visa traiterait (d’après eux) en moyenne 1700 transactions par seconde avec une capacité théorique de 56 000 transactions par seconde (ou TPS). Par comparaison, Paypal traite près de 200 transactions par seconde et a été capable de traiter près de 500 transactions par seconde lors de CyberMonday.

 

Aujourd’hui, Bitcoin traite en moyenne entre 3 et 5 transactions par seconde (max : 7), Ethereum aussi avec un maximum de 20 par seconde.

 

C’est beaucoup trop peu et actuellement il me semble quasi impossible d’atteindre un nombre comparable de transactions par seconde à Visa en se fondant sur une règle de consensus fondée sur le proof of work utilisée actuellement par BitCoin et Ethereum et la règle des 51 % pour valider une transaction.

 

Il n’y a priori que deux solutions pour contourner ce problème :

  • soit centraliser la validation du paiement ou la concentrer auprès d’un nombre faible d’acteurs (principe notamment du "Delegated proof of work") ou des "blockchain" de consortium type Hyperledger (qui peuvent choisir ou tirer au hasard les "mineurs" qui valideront les transactions)
  • soit réaliser des transactions offchain (comme Lightning qui permet de réaliser des transactions instantanées mais sans blockchain) puis de les ancrer dans une blockchain.

C’est à mon avis là qu’interviennent Visa et Mastercard et d’autres institutions financières qui ont les infrastructures nécessaires pour traiter ces paiements soit en validant les transactions de la Blockchain de Facebook soit en gérant la partie offchain.

 

L’infrastructure sous-jacente au Facebook Coin serait ainsi soit une blockchain de consortium (avec les institutions financières) soit une blockchain semi-publique. L’utilisation du Facebook Coin serait ouverte à tous (donc lecture-écriture sur la blockchain), en revanche la validation des blocs (mineurs) serait réservée à un consortium d’organismes financiers dont Visa et Mastercard.

Quel est l'intérêt de Visa et Mastercard d'accepter ce deal de Facebook ?

D'une part, s'ils ne le font pas, ils risquent de se faire "bypasser" ou "ubériser" à un moment ou à un autre. Visa et Mastercard agissent comme tiers de confiance vis-à-vis des commerçants, banques, particuliers mais ce ne sont pas eux qui possèdent l’infrastructure qui permet de réaliser les transactions financières mais des entreprises comme Worldline, Ingenico, Worldpay.

 

 

Si Facebook faisait appel à ces entreprises traitant déjà les transactions financières de Visa, Mastercard sans passer par Visa, Mastercard…, ce serait la mort à petit feu voire plus de ces marques. Et la concurrence s’accroît.

En Europe, la mise en place de TIPS « Target instant payment settlement »  fondé sur l’infrastructure de la BCE permet de réaliser des virements instantanés 24h/24h 7j/7 en Europe pour un coût de 0,002 euro par transaction pour les banques. A titre de comparaison, la seule commission d'interchange que les commerçants versent aux banques représente  0,20% du montant de la transaction par carte de débit et 0,30% par carte de crédit (notamment en raison de l’assurance en cas de non-paiement qui n’a d’intérêt que lorsqu’il y a un délai entre la demande de paiement et le paiement effectif).

 

Actuellement, ce virement instantané que vous avez dû remarquer sur votre site bancaire est facturé autour de 1€ (belle marge qui laisse largement de la place pour une réduction tarifaire future 😉 ). Les banques proposant cette solution directement aux commerçants leur éviteraient de payer une commission à Visa ou Mastercard en étant compatibles avec les cartes de paiement européennes et impliqueraient une forte réduction de transactions pour Visa et Mastercard.

 

 

Enfin, Visa et Mastercard ont plus de chances de tirer leurs marrons du feu avec Facebook qu'avec Amazon (qui ne devrait pas tarder à lancer son Amazon Coin). Ils se positionnent comme tiers de confiance de paiement pour Facebook qui ne l’est pas aujourd’hui et potentiellement leur permettrait d’augmenter la part du marché de paiements passant par eux.

Lancement de l'Amazon Coin en 2019, maximum 2020

Il est quasi certain qu'Amazon lancera sa propre monnaie virtuelle, en 2019 ou 2020. Des rumeurs circulent sur la création de leur propre cryptomonnaie et l'acceptation d'autres cryptomonnaies. Ils ont déposé des noms de domaines en ce sens (dont amazoncryptocurrency.com, amazonethereum.com)

 

Pour Amazon, le gain est bien sûr économique avec une réduction des commissions versées à Visa, Mastercard... mais il est aussi de maîtriser la totalité de la chaîne y compris le paiement, d'offrir une expérience complète au client et de réduire encore les frictions d'achat à l'image de ses concurrents chinois Tencent (via WeChat) et Alibaba. Ils pourraient offrir des prix réduits à leurs clients Amazon Prime avec cette cryptomonnaie. Mieux encore (pour eux, pas pour nos finances publiques !) ils pourraient faire tourner cet argent entre vendeurs et acheteurs, et imaginer des solutions leur permettant d'éviter de payer la TVA ou d'autres impôts. Les autorités publiques seront certainement très attentives à cela mais risquent d'avoir quelques trains de retard ...

 

Amazon avait lancé un Amazon Coin en 2013 qui permettait aux utilisateurs du Kindle Fire d'acheter des applications ou des jeux dans l'appstore d'Amazon. Cela avait été un échec et ils l’ont retiré ... parce que le périmètre d’utilisation était très petit et n’incluait pas la marketplace d’Amazon ... L'histoire est différente ici ...

Lancement déjà d'Amazon Managed Blockchain

Le jour où Amazon lancera leur coin, ce sera un vrai tremblement de terre pour toute l'industrie de paiement en Occident. Pour le coup, ils ne s'associeront pas avec Visa et Mastercard. Pour faire face au Facebook Coin et à l'arrivée progressive mais massive de concurrents chinois, ils n’ont pas le choix. Je suis même certain que d'ici quelques années, ils proposeront leur propre infrastructure de crypto-paiement concurrent des autres solutions à l'image de ce qu'ils ont d'AWS dans le cloud.

 

Déjà leur solution Amazon Managed Blockchain est accessible à tous, depuis début mai 2019 sur base d'Hyperledger et Ethereum.

« Wallet » pour conserver ses cryptomonnaies 

Comme les cryptomonnaies sont des actifs numériques, il faut une clé privée (code alphanumérique) pour pouvoir les utiliser, si vous perdez cette clé, vous perdez définitivement vos cryptomonnaies. Si une personne les trouve, il peut en prendre possession.

 

Pour les stocker de manière sûre de nombreuses entreprises et startups ont créé des " Wallet " plus sûres que si vous stockiez ces clés dans votre ordinateur (en particulier si vous êtes piraté).

 

Quadriga, la principale plateforme de cryptomonnaies du Canada aurait ainsi perdu l’accès à 120 M€ à la suite du décès de son patron de 30 ans qui avait gardé les clés numériques mais ne les avait partagées y compris avec sa veuve qui se retrouve sans le crypto-sou ! Certaines rumeurs prétendent qu'en réalité il s'agirait d'un moyen pour échapper à la banqueroute ...

Startups dans les wallets

Ledger est une startup française parmi les plus connues qui réalise des "Cold Wallet" ou " Offline Hardware Wallet " car les clés privées ne sont pas sur une plateforme.

 

Archos a récemment présenté ses premiers wallets dont le Safe-T mini.

 

Coinplus déjà présent l’année dernière au CES Las Vegas, transforme vos clés privées en lingot (aussi un "Cold Wallet"). Sur chaque lingot sont écrites deux clés privées qui donnent accès à un montant fixé de cryptomonnaies.

L’intérêt est que vous ne pourrez pas vous faire hacker ces clés par Internet et que vous pouvez les transmettre à qui vous voulez, en revanche si un voleur vous les chaparde, les lingots de cryptomonnaie lui appartiendront. Il existe même de lingots en or mais c’est vraiment tenter le diable !

 

Pour faire face à ce risque, ils ont créé des "multi-lingots", il faut deux lingots pour avoir accès à vos cryptomonnaies sur les trois que vous recevez car vos clés privées sont codées numériquement sur les trois lingots. Deux lingots suffisent pour reconstituer votre clé privée.

 

 


Vault Logic propose lui un distributeur de billets qui transforme des cryptomonnaies en monnaie (mais pas l’inverse) en plus des espèces traditionnelles.

 

 

Pundi a développé plusieurs types de Wallets sous format de carte NFC (XPass), application (XWallet). Il a aussi créé un terminal de paiement permettant de réaliser des achats en cryptomonnaies (BTC, ETH, BNB, NPXS...), nous verrons si Ingenico suit.

 

 

 

Kelvin Wallet a une cryptographie résistante aux ordinateurs quantiques (PQC), ce qui aujourd’hui paraît peu utile mais dans 20 ans le sera peut-être moins, car la cryptographie actuelle (chiffrement RSA 256 bits) est fondée sur l’incapacité actuelle de nos ordinateurs de résoudre des problèmes tels que la factorisation d’un entier en un temps polynomial (a+bx+cx2+dx3...) plutôt qu’exponentiel (ax).

 

On aura néanmoins certainement d'autres chats (en particulier celui de Schrödinger !) à fouetter que se soucier de nos vieux wallets car nos cartes de crédit, nos échanges et transactions électroniques ... seront tous crackables avec des ordinateurs quantiques ayant suffisamment de qubit à ce moment-là.

 

Qdocks vend lui des serveurs de cryptomining à la maison chez soi, sorte de Qarnot de la cryptomonnaie.

Traçabilité, premier usage de la blockchain

Revenons à nos chaînons ... La Killer app de la blockchain en B2B est la traçabilité de toute transaction (immobilier, sharing economy, prestation commerciale, logistique ... ), information personnelle (parcours professionnel et de formation, santé...)...

Carrefour, Walmart, Nestle – Traçabilité alimentaire chez IBM Food Trust (Hyperledger),

Carrefour a mis en place une blockchain pour tracer la vie des poulets de l'élevage jusqu'au rayon (Ethereum), c'est possible avec la Blockchain, car les éleveurs n'ont pas nécessairement confiance en Carrefour et vice versa et naturellement hésiteraient à transmettre leurs données sur une plateforme de Carrefour avec le risque que Carrefour puisse la modifier ...

 

Avec la blockchain, les éleveurs voient directement la base de données et peuvent vérifier que leurs données n'ont pas été compromises. Le client final peut en scannant un QR code visualiser la totalité des étapes du cycle d'élevage du poulet (en réalité, j'ai appris que très peu de clients le réalisent effectivement !).

 

En octobre 2018, Carrefour a décidé de joindre la plateforme collaborative IBM Food Trust (blockchain de consortium facturée par IBM), qui souhaite devenir un standard mondial de traçabilité alimentaire grâce à la blockchain de consortium auquel participe aussi le distributeur américain WalMart, Unilever, Nestlé... Le CEO de Walmart avait expliqué au CES Las Vegas lors de la keynote d'IBM que la mise en place de la blockchain pour tracer ses aliments lui permettait de tracer en 20 secondes leur origine contre 7 jours auparavant.

IBM, nouveau standard de fait de la blockchain ? Questions à se poser

L'Europe doit être très attentive car même si les données de la blockchain n'appartiennent pas à IBM, la structure de données et le type d'informations qu'on y intègre sont du ressort d'IBM (en concertation, je suppose, avec ses membres du consortium).

 

Il y a plusieurs points à creuser à ce sujet, est-ce qu'IBM (ou le consortium) à la main mise sur le choix du type de données traçable dans la blockchain ? Du côté des entreprises, comme Carrefour, peuvent-ils inclure des données spécifiques additionnelles comme l'utilisation des pesticides ou de types de données spécifiques à Carrefour sans devoir demander l'autorisation de la plateforme IBM Food Trust. Il y a un set de type de données communes à tous les membres de la plateforme pour faciliter la vie des agriculteurs, groupes agroalimentaires... néanmoins une personnalisation pourrait être utile.

 

Que se passe-t-il si une entreprise ne travaille plus avec IBM Food Trust ? Perd-il l'accès aux données lui permettant de tracer ses aliments (en plus des siennes) ? Est-il possible de porter la traçabilité des aliments sur une autre plateforme ? Est-ce que les autres membres perdent ou non l'accès aux données historiques et donc la traçabilité si un fournisseur de données ne participe plus à la blockchain ?

 

D'autre part, IBM se fonde sur Hyperledger Fabric (plateforme de développement open source blockchain très largement soutenue par IBM, Accenture, Intel ... ). Elle n'est pas considérée comme une blockchain pour les puristes car elle n'est pas publique et donc n'a pas les mêmes caractéristiques d'infaillibilité qu'une blockchain publique comme Bitcoin ou Ethereum. Quelles sont les règles de consensus utilisées pour accepter ou non une transaction ?

 

A ma connaissance, Hyperledger Fabric ne permet pas de dépasser la trentaine de valideurs (équivalents de mineurs de blockchain publique) de telle sorte que pour les larges consortiums, il faut définir des règles de tirage au sort ou de sélection des valideurs. Enfin, Hyperledger ne permet pas de créer des tokens ou cryptoactifs ce qui pourrait être utile pour inciter par exemple à valider des transactions. Ainsi la solution actuelle d'IBM fondée sur Hyperledger a des limitations directes empêchant une expansion massive en termes de nombre d'entités participantes (sauf si on accepte d'avoir une proportion très faible de valideurs mais cela retire l'intérêt de la solution !)

Europe et Standard GS1

L'Europe, pourrait au minimum proposer une architecture de données en concertation avec les acteurs agroalimentaires européens, proposer des règles sur la portabilité des données, d'accès aux données et développer des blockchains publiques ... car il y a un vrai risque de monopole de fait avec la blockchain privée ou de consortium (ce qui peut paraître contradictoire avec l'esprit de la blockchain ... publique).

 

Une des réponses est apportée par GS1, un organisme qui normalise sur le plan mondial les codes-barres. Il a lancé une blockchain (en démo) qui permet à ses entreprises adhérentes de tracer leurs produits à travers son projet ScaleChain mais surtout a annoncé récemment sa collaboration avec IBM et Microsoft afin d'utiliser le standard GS1 EPCIS (Electronic Product Code Information Services).

 

Cela permet de rendre interopérable cette blockchain avec d'autres blockchains et d'autres bases de données en gardant un format partagé. Les événements sont capturés et décrits de manière identique ce qui facilitera les applications dans la supply chain et l'exécution de smart contracts.

Startups de la traçabilité

Transchain, propose aux entreprises une solution blockchain pour gérer leur logistique et l’étend vers une solution BaaS (Blockchain-as-a-Service). Elle présentait au CES un cas d’usage sur la traçabilité alimentaire, sans doute l’application la plus populaire de la traçabilité.

 

Connecting Food permet de tracer l’origine des aliments en intégrant dans sa blockchain des droits d’accès aux données plutôt que les données elles-mêmes. Un éleveur pourra transmettre dans la blockchain une clé (accès à une API) qui permet d’accéder à des données spécifiques situées sur sa plateforme de données.

 

L’éleveur devra au préalable avoir un SI lui permettant d’accéder par API spécifique à certaines des données. En cas de besoin, un distributeur pourrait, selon certaines conditions, définies par exemple dans un smart contract (ex : un retrait de produits formalisé sous forme numérique) accéder à des données d’un éleveur sans avoir accès à la totalité de la base ou nécessiter que la base soit dans la blockchain.

La startup luxembourgeoise MySardines.com a développé une blockchain spécifique pour le traçage des boîtes de sardines (cycle de production mais aussi les différents propriétaires !). Les amateurs de sardines le savent sans doute, mais la sardine est comme le vin, il se bonifie avec l’âge (les meilleures sont d’ailleurs millésimées !) et présente un intérêt évident, il ne tourne jamais aigre !

 

Les ‘sardinophiles’ collectionnent leurs précieuses boîtes ‘millésimées’ pour ne les consommer que six à douze ans après la date affichée sur celles-ci exhalant un parfum complexe et discret à leur ouverture ! Cela reste néanmoins un marché de niche 😉 Une blockchain sur le vin réunirait sans doute beaucoup plus d’aficionados.

Au Mobile World Congress 2019, il y avait aussi beaucoup de startups dans la blockchain.

 

Artlog propose de sécuriser les oeuvres d’art et faciliter les transactions grâce à la Blockchain.

 

Tracks Co2 propose une blockchain pour tracer le marché CO2, ce qui serait une très bonne application de la blockchain associée à de l’IoT pour tracer le mode de production de l’énergie... 

 

Sécurité / Authentification

Authentifier des produits 

La sécurisation des données et l'authentification sont le deuxième usage majeur de la blockchain.

 

Si j'ai une base de données où sont inscrites toutes les étapes de fabrication d'un sac à main et qu'il est quasi impossible de modifier les données de cette base, je peux beaucoup plus facilement authentifier mon produit. Enfin le cryptage et hachage de données via un algorithme SHA-256 complique sérieusement la tâche d'un contrefacteur.

Sécuriser les mises à jour

L'équipementier Denso utilise une blockchain (privé ou de consortium) pour tracer les événements ayant lieu sur le véhicule et sécuriser les évolutions logicielles, afin que seuls les upgrades acceptés par la majorité des véhicules soient réellement implémentés dans le véhicule. Cela rend beaucoup plus difficile,son cyber-hacking via des updates car il faut pirater la majorité des véhicules faisant partie de la blockchain.

 

On peut tracer l'ensemble des changements (mises à jour, échanges de données ...) sur un équipement informatique, un mobile... mais aussi conditionner un upgrade à l'approbation d'au moins la moitié des participants / noeuds (en fonction de la règle de consensus) de la blockchain.

Startups dans la sécurité 

Pundi a créé un smartphone où toutes les transmissions sont incluses dans la blockchain et est lui-même un noeud de la blockchain. Cela ne signifie pas nécessairement qu'il faille transférer toutes les données, il est possible de ne transmettre que le hash de celles-ci (une signature numérique sous forme de code unique).

 

Des données même modifiées d'un seul bit génèrent une signature totalement différente grâce à un algorithme de hachage spécifique. Ainsi, on verra tout de suite si des données ont été modifiées car le hash d'origine sera totalement différent d'un hash de données corrompues même de manière minime.

Devpriv a développé un produit de la taille d'une souris qui intègre les fonctions de serveur sécurisé et permet de se connecter à un réseau WiFi public avec la même sécurité qu'un réseau interne d'une entreprise. Il se plaque sur la face externe d'un ordinateur portable et se connecte via le port USB de l'ordinateur et intègre un module WiFi distinct du laptop.

 

Ce device utilise la blockchain pour certifier l'authenticité matérielle de chaque dispositif, il enregistre aussi l'ensemble des signatures pour assurer une traçabilité et éviter toute tentative de falsification (venant d'un dispositif ou de contenu frauduleux lors d'échanges entre devices, serveurs ...).

Gestion des identités

Un des problèmes de la gestion des identités est la crainte qu'elles soient centralisées, accessibles et modifiables par des personnes mal intentionnées. La blockchain permet de construire un système d'identification numérique sans avoir à confier à un organisme central ni même l'État la gestion et la conservation de celles-ci.

 

D'autre part, nous ne souhaitons pas transmettre la totalité de nos données personnelles mais souvent que la partie pertinente en fonction de l'entreprise ou l'organisation qui le demande et de son usage.

 

La blockchain permet d'avoir un accès unifié à nos informations personnelles tout en définissant des périmètres d'accès aux données, limités dans le temps.

 

Je peux donner accès facilement à un docteur à des informations (comme l'illustre le vidéo de la startup MedicalChain) qui peuvent l'aider dans sa consultation sans lui donner accès à des informations bancaires, de cartes de fidélité, en revanche, je pourrais accéder à toutes mes informations sans devoir aller chercher sur de multiples plateformes.

 

En France, la startup Embleema (co-fondée par Alexis Normand, ex-Withings) a aussi cette ambition et propose d'être rémunéré en partageant ses données avec la communauté scientifique

Partage de données / Fidélisation

Ubérisateurs (AirBnB, Netflix...) blockchainisés 

Si la cryptomonnaie permet de réaliser des transactions financières, la blockchain permet de partager bien d'autres choses afin de " blockchainiser " les ubérisateurs.

 

Des startups pourraient disrupter les plateformes comme Uber, Blablacar, AirBnb en créant des blockchain concurrentes en supprimant le rôle de tiers de confiance et d'intermédiaire de ces plateformes (mais cela ne suffit pas...).

 

Aujourd'hui, la raison pour laquelle vous passez par Blablacar ou Airbnb est qu'ils agissent comme tiers de confiance entre possesseurs de logements et occupants occasionnels, conducteurs et voyageurs. Il garde en mémoire un "registre centralisé" de toutes les transactions entre chacun de ses membres et prélève une commission à chaque transaction. Avec la blockchain, ce registre est partagé par tous ses membres au lieu d'être centralisé (ce qui assure en plus sa quasi-inviolabilité, sa transparence...). L'effet collatéral est qu'il n'y a plus de commissions versées à chaque transaction (ou beaucoup plus faible car le registre et les données sont distribués et non plus centralisés)

 

En revanche, il y a du boulot pour créer une communauté de la taille de celle de Facebook ou Uber mais sait-on jamais, ça peut aller très vite. Bien sûr, les plateformes comme Airbnb, Uber, Blablacar ne vont pas attendre les bras croisés et commencent à intégrer la blockchain pour éviter de se faire blockchainiser par de nouveaux entrants. Après Facebook et surement Amazon, il ne serait guère étonnant que les NATU (Netflix AirBnB Tesla et Uber) se mettent à créer leur cryptomonnaie.

Fidélisation grâce aux Tokens 

La fidélisation est une des utilisations avec le plus fort potentiel pour les blockchains. Elle permet facilement d'échanger de points de fidélité sous forme de tokens au sein d’un réseau multi-marques sans nécessiter de relations de confiance entre elles ou de légitimité.

 

Il existe des programmes communs de fidélité mais ils sont compliqués à mettre en oeuvre et nécessitent souvent des relations bilatérales entre une entreprise porteuse et les autres participants au programme (ex : les programmes Frequent Flyers comme FlyingBlue d'Air France, points fidélité Amex...).).

 

La blockchain pourrait bouleverser la fidélisation car il n'est plus nécessaire d'avoir une entreprise tête de pont ou un consortium d'entreprises difficiles à gérer.

 

Souvent, les points de fidélité fonctionnent dans un sens, je reçois des miles qui me permettent de bénéficier d'une nuit d'hôtel gratuite mais une nuit d'hôtel payée ne me permet pas de bénéficier de miles. D'autre part, une entreprise leader a une plateforme centralisée collectant les données auxquelles les entreprises affiliées n'ont pas nécessairement accès.

 

La blockchain permet de faciliter très fortement les programmes multi-entreprises car les données ne sont pas centralisées par une seule entité mais sont accessibles par toutes celles y participant.

La startup Sandblock.IO construit justement ce type de blockchain avec de nombreuses marques et a lancé son application Surprise (iOS et Android ) permettant d'acquérir des points avec The Kooples, Asos, FNAC et de les utiliser sur des produits BOSE, Nike, L'Oréal ... et vice versa.

 

Son but est de proposer une solution "customer-centric" et transparente pour l'utilisateur et respectueuses de ses données personnelles. Ces points de fidélité sous forme de token sont plus sécurisés et utilisés avec plus de fluidité au sein du réseau.

 

Elle ne nécessite pas de contractualisation lourde et longue ou de relation de confiance, quelle que soit la taille des participants. Elle a été cofondée par Sarah-Diane Eck (également VP France Digitale), ce qui est rare car le milieu de la blockchain est encore plus masculin que celui de la Tech en général. C'est aussi un rare cas d'application concrète de la blockchain dans un domaine autre que financier, de la traçabilité et la sécurité et réalisé totalement en France. 

Une startup, Bits propose de réaliser du cash-back en actions de société pour fidéliser ses clients. Cela pourrait avoir du sens pour les marques iconiques cotées en Bourse afin de créer de l’engagement client, de "l’ownership" mais c’est compliqué à mettre en oeuvre surtout si les actions baissent...

 

On peut aussi créer un point de fidélité indexé sur le cours de bourse voire créer un token sur une blockchain.

Fidélisation et incitation à des comportements responsables

Autre exemple d’utilisation, nous pourrions accorder des bonus/malus en fonction de la pollution ou des émissions de carbone (pour le calcul de la taxe carbone) tracées par des capteurs certifiés par la blockchain (intégrité et données transmises), ou pour suivre le respect des obligations environnementales.

 

La Blockchain permet de s’assurer de l’intégrité des données sans les révéler, en les gardant anonymes par leur hachage.

Partage de données entre acteurs d'un même secteur, filière

Au sein d’un secteur, il y a des intérêts divergents entre les entreprises qui le composent néanmoins il y a des cas où elles peuvent avoir intérêt à coopérer et à partager leurs données (ex: Lutte anti-fraude, résiliation/nouvel engagement, traçabilité...).

 

Néanmoins elles ne le font pas car aucun acteur n’est légitime pour centraliser les données. Avec la blockchain, il devient beaucoup plus facile de partager les données car elles ne sont centralisées par aucune entité et accessibles à toutes.

 

En général, la technologie utilisée sera une blockchain de consortium potentiellement couplée avec une blockchain publique pour l’ancrer régulièrement et lui garantir sa non-falsification. C'est notamment dans ce cadre qu'a été fait l'expérimentation Blockchain avec 14 assureurs (dont Groupama et Allianz) en 4 mois sous l’égide de la FFA dans le cadre de la loi Hamon (résiliation d’assurance auto et MRH avec un horodatage certain).

Startups de partage de données 

Dentacoin Foundation (Pays-Bas) est une assurance santé dentaire à base de blockchain. Les dentistes sont payés en cryptomonnaie Dentacoin et la relation entre eux et les patients est établie via des smart contracts. Le système est censé favoriser l'usage de soins préventifs, qui réduit le coût de l'assurance et permet de proposer des mensualités raisonnables. Le dentiste se tire une balle dans le pied sur le plan économique car il aura moins de clients à soigner mais heureusement l'intérêt de son patient prime 😉

 

A priori, la blockchain servira à s'assurer que les patients réalisent des visites régulières chez leur dentiste (plutôt que des visites plus espacées avec des soins plus lourds) et qu'ils se brossent convenablement les dents sans doute via des brosses à dents connectées (ex : avec la Kolibree). D'autre part, le dentiste pourrait revendre ses dentacoins contre monnaies sonnantes et trébuchantes... Enfin, c'est une bonne manière de se faire les dents sur la blockchain 😉

 

BTU Protocol (France) présentait au CES 2019 son système de réservation hôtelière à base de blockchain, BTU Hôtel (vidéo). Il fonctionne sur la base de l'absence de commission, le consommateur étant récompensé en crypto-actif BTU après chaque réservation, qui est une nouvelle forme de cash-back. Le service consolide l'offre de 2 millions d’hôtels dans le monde en 2019 via divers logiciels de réservation utilisés par ces derniers qui intègrent une brique logicielle de BTU Protocol. La startup avait fait sa propre ICO en juin 2018 et avait pu lever 5,5M$.

 

Elle se rémunère sur un modèle voisin de celui d'Ethereum, ... c'est-à-dire... Bien, pas évident ! C'est de la vente de tokens (quelques détails). Le token ne peut que monter en valeur ... sauf s'il y a de moins en moins de réservations et d'hôtels sur la plateforme 😉

Blockchain, IA et IoT

Les nouvelles technologies s'imbriqueront de plus en plus entre IA, IoT, Blockchain.

On voit de nombreux objets connectés intégrant la reconnaissance vocale, visuelle pour les caméras et l’intelligence artificielle au CES, les premiers objets connectés intégrant aussi nativement la blockchain commencent à apparaître. Pourquoi me direz-vous ? 

 

Le principe est simple, les données collectées par un capteur sont envoyées dans la blockchain ce qui permet de les sécuriser. L’IoT est le moyen de réaliser un lien direct entre la blockchain et le monde réel, par exemple en débloquant un vélo électrique pour une plateforme de mobilité en blockchain qui serait l’événement de départ d’un smart contract .  La détection par des capteurs d’inondation ou d’incendie déclenchant une indemnisation automatique ou l’appel de services d’urgence sont d’autres exemples.

 

La blockchain a de multiples usages, mais il y en a un qui devrait émerger pour les objets connectés au-delà du micro-paiement, le partage … On peut bien sûr, partager sa perceuse connectée, son escabeau connecté mais il y a deux usages en particulier où je vois un fort intérêt à la blockchain, le partage de véhicules, les échanges énergétiques dans un périmètre local, le partage des ressources informatiques. 

Voiture partagée

Dans le premier cas, une entreprise comme Drivy pourrait créer une blockchain pour le partage de véhicules qu'il mettrait à disposition des fabricants de prise OBD et bus CAN et aux constructeurs automobiles en association avec des assureurs.

 

Toutes les personnes qui utiliseraient cette blockchain pourraient partager leurs véhicules en bénéficiant d'une assurance adéquate (via des smart contracts avec Ethereum par exemple). Cela ne se fera pas tout de suite car cela briserait son modèle économique actuel en réduisant ses commissions.

 

On pourrait aussi imaginer que Google ou même Apple crée une blockchain intégrée dans Android Auto / Carplay pour disrupter complètement le marché de l'auto-partage, du covoiturage et même du VTC 

Des cas concrets hormis Tesla réfractaire

A priori, Tesla d’après Elon Musk ne va pas se lancer dans la blockchain ou créer une cryptomonnaie même s'il incite depuis peu ses utilisateurs à partager leur véhicule.

 

Pourtant, des constructeurs et les équipementiers y travaillent.

Denso utilise la blockchain pour proposer de nouveaux services tels que le partage de véhicule, la livraison de colis dans le véhicule, l'assurance avec une prime variant selon la conduite du constructeur. L'intérêt est qu'il ne soit pas possible de falsifier ces données.

Partage d’énergie

Pour l'énergie, c'est le même principe sauf que ce sont des producteurs d'énergie solaire, des stockeurs d'énergie (via leurs batteries notamment de véhicule) et les consommateurs qui vont grâce à leur véhicule, maison, batterie connectés pouvoir échanger dans un périmètre au départ local puis plus vaste leur énergie pour un coût de transaction quasi nul (hors potentiellement acheminement entre les différents logements et un coût très réduit potentiellement fixe pour accéder à la blockchain crée par l'entreprise) .

Partage de puissance de calcul et de stockage

La puissance de calcul, la capacité de stockage peuvent être " tokenisées " (cf. explication ci-dessous) et avoir une valeur financière échangeable OneThing Cloud (Chine) propose de partager les ressources de son NAS (serveur de stockage en réseau) multimédia mais aussi de ses smartphones non utilisés afin de recevoir des LinkToken en échange pour constituer un réseau " crowd-sourcé " de stockage et de puissance de calcul.

Startups IoT au CES Las Vegas

HiTech One (France) propose des capteurs qui transmettent directement les données collectées dans une blockchain (Ethereum, HyperLedger, Iota…), l’objet connecté devient un noeud de la blockchain. Les cas d’usages présentés sont multiples : station météo, tracking d’objets …

 

Dans le cas d’une cave à vin, les capteurs peuvent suivre l’hygrométrie et la température. En revanche, dans ce cas, cela ne prouve pas que le vin ait été placé dans le lieu où se trouve le capteur (pour prouver les bonnes conditions de conservation pour la revente).

 

Il faudrait imaginer que le capteur puisse détecter de manière continue la proximité des bouteilles (par un tag RFID par exemple non retirable et log dans la blockchain si les bouteilles sont à proximité ou pas).

Ledger (France) est connu pour ces " cold wallet " sous forme de clé USB, mais vont au-delà en développant du matériel spécifique intégrant IoT et Blockchain. Ils ont ainsi développé avec Engie une solution pour s'assurer de l'origine des énergies renouvelables.

 

Elle est constituée d'un boîtier connecté qui comptabilise la production photovoltaïque et transmet cette information sur une blockchain.

 

En cas d'effraction du boîtier (grâce à un accéléromètre), l'information est aussi loggée ce qui évite les fraudes. 

Sigmadots et Essence (Israël) se sont associées pour proposer de sécuriser les flux de données et l’intégrité des équipements grâce à la blockchain.

 

A ce titre, vous trouverez plus d’éléments dans cet article sur différents moyens d’utiliser la blockchain avec l’IoT pour le sécuriser.

PiQube (2012, Inde, $500K) présentait sur Eurêka Park une passerelle matérielle "IoT-AI-Blockchain". Les objets captent les données, l'IA les analyse, et la Blockchain permet la mise en place d'un système décentralisé de stockage, PiQube. Mais celui-ci communique avec la plateforme NetObjex Digital Asset qui recentralise les données.

 

XYO Network (2017, USA, $13,6M) propose même de remplacer le GPS par des appareils coordonnés par une Blockchain (source). Un smart contract peut solliciter la blockchain de XYO via Ethereum et demander pour un équipement précis sa localisation ainsi que d'autres données comme des données vidéo, audio, de température environnante. 

B2G Business to Government

B2G : Traçabilité et gestion des identités

En B2G, les « killer app » sont la traçabilité dont j’ai déjà parlé et la gestion des identités (faciliter la délivrance d’un permis de construire, d’une carte d’identité ...). 

 

La blockchain pourrait aider à trouver un meilleur équilibre entre sécurité et liberté individuelles concernant la gestion des identités sur le plan national et international. 

 

Sont concernés le fameux fichier TES  (pour « titres électroniques sécurisés ») validé par le Conseil d’Etat le 18 octobre 2018 (Journal officiel) et qui suscite de nombreuses polémiques car il concentre un grand nombre d'informations personnelles (nom et prénom, sexe, adresse du domicile, adresse mail, la couleur des yeux, la taille, la photo, l'empreinte digitale (sauf avis contraire de la personne), la date et lieu de naissance, la signature numérisée et les informations relatives à sa filiation) 

 

et son grand frère européen  (projet Common Identity Repository ou CIR ) qui permet l'échange de données entre les systèmes d'information de l'UE pour gérer les frontières, la sécurité et les migrations (registre des demandeurs d’asile, SI sur les visas. casiers judiciaires des ressortissants de pays non européens, système d'entrée/sortie

, d’autorisation des voyages) 

 

Les risques soulevés par plusieurs associations sont les risques en cas de piratage, d'être détournés par des gouvernements mal intentionnés (ou par espionnage).

 

La blockchain permettrait de donner plusieurs niveaux d’accès aux données personnelles :

  • Accès en lecture/écriture lors d’événements particuliers accordés à des organismes spécifiques (naissance, mariage, décès…) avec une notification des personnes ou des personnes responsables
  • Accès en lecture accordé par le citoyen à un organisme spécifique (lors d’un renouvellement de passeport, titre de séjour …) sur une période limitée à la réception du document 
  • Accès en lecture avec notification ou demande d’acceptation du citoyen par des organismes (Sécurité sociale, URSSAF…)
  • Accès en lecture (potentiellement écriture) sans notification ou demande d’acceptation du citoyen pour des raisons de sécurité (lors d’un contrôle de la Police nationale/Gendarmerie, dans le cadre d’enquêtes judiciaires.)

Pour le fichier TES, le décret précise que "Les consultations, créations, modifications ou suppressions de données font l'objet d'un enregistrement comprenant l'identification de leur auteur ainsi que la date, l'heure et la nature de l'opération". L’ensemble de ces opérations pourraient être consignées dans une blockchain publique (et cryptée) ou de consortium (entre Etats, organismes publics…).

Mutualisation des outils IA et Blockchain dans les Régions, Collectivités territoriales ...

Les régions et collectivités territoriales devraient aussi bénéficier de l'utilisation de la blockchain ainsi que d'autres technologies comme l'IA en mutualisant les efforts et les outils. De nombreux processus sont très similaires d'une collectivité à une autre, une boîte à outils digitale, évolutive et si possible open source pour gérer par exemple les demandes les plus courantes des habitants et les processus internes (demande de permis de construire, de places en crèches...). La boîte à outils serait composée de workflow digitaux (étapes avec les informations à obtenir, les actions à réaliser, les documents et livrables à donner), des interfaces simples pour l'utilisateur, l'agent, l'administrateur de la collectivité: formulaire, interface de contrôle, tableau de bord ...

 

La blockchain et l'IA (qui ne sont pas indispensables dans tous les cas !) peuvent aider à simplifier et automatiser certaines étapes (vérification des pièces d'identité, contrôle de cohérence, choix des procédures...). Chaque collectivité pourrait adapter son workflow mais aurait une base de départ fonctionnelle.

 

Pour illustrer cette tendance, il y a eu récemment le premier Sommet des GovTech avec Justin Trudeau. D'autre part, la Région Ile-de-France a mis en place un plan IA 2021 (mais pas encore de plan Blockchain 😉) pour favoriser l'utilisation de l'IA dans les PME et ETI franciliennes, je suis certain, qu'elle en profitera aussi pour l'utiliser aussi en interne.

 

La blockchain pourrait être aussi utilisée par les Régions pour gérer ce qui est de leur compétence spécifique (agriculture, lycée, santé...) car elles coordonnent de très nombreux acteurs ayant des intérêts souvent différents et qui idéalement devraient se partager des informations mais ne le font pas car aucun acteur n'est légitime pour le faire.

B2G : Blockchain contre la corruption

Un autre usage de la blockchain en B2G (Business to Government) est la forte réduction de la corruption car l'inviolabilité d'une blockchain publique réduit ces risques et on ne peut pas cacher les malversations en modifiant des registres ...

 

La Moldavie l'a notamment utilisé pour éliminer le trafic d'enfants facilité auparavant par des fonctionnaires corrompus qui modifiaient les registres des naissances. Le continent africain devrait selon moi être en pointe dans l'utilisation des blockchains pour assurer de la bonne gestion des fonds alloués notamment via des aides publiques, l'Estonie utilise la blockchain pour tracer ses documents et transactions.

Blockchain chez les Notaires, Huissiers ...

La blockchain pourrait aussi fortement transformer des métiers ayant le rôle de tiers de confiance comme les notaires (qui ont d'ailleurs une initiative en ce domaine), les huissiers, les experts-comptables ... Cela réduira les falsifications possibles grâce à une traçabilité quasi infaillible.

 

Cela peut même être une nouvelle source de revenus pour les huissiers qui seraient garants des informations mises dans la blockchain, attester de la conformité d'un document par rapport au hash dans une blockchain...

Afrique, eldorado de la Blockchain ?

Cela prendra un peu de temps avant que la blockchain ne se généralise et que les acteurs comprennent les cas d'usages et déploient des solutions l'utilisant. Sur un continent comme l'Afrique, souvent nommé Green Field, la blockchain sera un vaste terrain d'expérimentation. Il y a notamment des projets facilitant les transactions d'énergie (comme Ubuntu Energy Leader) ou de biens alors qu'il n'y a pas toujours de titre de propriété. La propriété pourrait être "certifiée" par les habitants d'un même village par exemple tous adhérents à une blockchain.

 

Si la communauté est suffisamment importante, pourquoi ne pas imaginer que l'Etat accepte cette blockchain comme preuve de propriété à défaut de ne rien avoir et surtout de ne pas percevoir de taxes à chaque transaction.

 

Le Rwanda, "l'Estonie africaine" utilise la blockchain pour tracer le tantale (de l'extraction du minerai à son raffinage afin de rassurer les acheteurs qu'il est "conflict-free mineral") souvent objet de corruption 

SmartCity : blockchain solution pour gérer la plateforme de données ?

Les prochains véhicules (bus, tram, voiture...) autonomes ou juste connectés sont nécessairement intégrés dans l'infrastructure de la ville, ils communiquent avec les autres véhicules les piétons, les infrastructures, les feux rouges, les chaussées ... La question majeure est: Qui va gérer cette plateforme?

 

Ford a proposé au CES Las Vegas 2018, sa plateforme de gestion de mobilité dans la ville mais est-ce le plus légitime ? ... La ville est certainement plus légitime sur ce sujet (mais n'a pas nécessairement le plus de compétences et d'agilité), mais doit travailler avec d'autres entreprises qui sont spécialisées dans la gestion de plateforme de données, tout en évitant d'utiliser des solutions propriétaires et en favorisant des solutions ouvertes ou open source comme Fiware.

 

La mise en place de blockchain pourrait faciliter la gestion des villes intelligentes car les données ne seraient plus centralisées par un acteur unique mais peuvent être partagées par les acteurs privés et publics (infrastructure, travaux, trafic, parking, commerces...), chacun accordant un droit d’accès spécifique en fonction de l’usage.

 

La blockchain a un très gros potentiel dans les cas où il y a une multitude d'acteurs ayant des intérêts divergents qui doivent partager des informations mais dont aucun n'a la légitimité pour coordonner la totalité des données agrégées. Pour des villes un peu longues à réagir, on pourrait même imaginer des acteurs privés et publics créant une blockchain indépendamment de la ville, néanmoins, ce serait dommage pour elles qu'elles prennent ce train avec retard.

Résilience, Reconstruction et infrastructure de partage en utilisant la blockchain

Nous faisons face à de plus en plus de catastrophes naturelles et il devient de plus en plus important d'être capable de les surmonter sans dépendre d'organisation centrale pour s'alimenter en énergie, être approvisionné en nourriture ...

 

Une des clés de la résilience et de la reconstruction est la solidarité locale en plus des secours. Celle-ci peut se manifester de multiples manières, avec un principe de base le partage. Pour partager, il faut d’abord avoir et produire quelque chose qui puisse être partagé ! Ensuite, il faut savoir ce dont l’autre a besoin et pouvoir partager facilement cela avec lui, de manière si possible équitable par rapport aux autres personnes ayant le même besoin sans pénaliser celui qui partage.

 

Au CES Las Vegas, il y a de plus en plus de solutions qui permettent de produire des plantes aromatiques des légumes en appartement, les coûts ont aussi fortement baissé pour produire de l’électricité à partir de panneaux photovoltaïques, néanmoins ce qu’il manque le plus c’est l’infrastructure de partage.

 

 

En France, il est quasi impossible de partager l’électricité produite avec ses panneaux photovoltaïques à ses voisins lorsque le réseau électrique tombe (sauf cas rare d’auto-consommation réduite à une échelle locale). La solution qui commence à émerger (mais qui n’est pas sans poser problème à RTE, qui gère le réseau électrique) est la création de mini-grid fondée sur la blockchain.. A New York, Brooklyn Grid  permet à une cinquantaine de voisins de s’échanger de l’électricité. Face aux incessantes coupures d’électricité lors de l’ouragan Maria à Porto Rico, AES, une entreprise fournissant des solutions globales d’énergie a proposé de mettre en place des mini-grids pour y faire face au lieu de créer une infrastructure centralisée beaucoup plus fragile et chère. 

Plus proche de nous, le village de Prémian (500 habitants), dans l’Hérault, se positionne comme un pionnier de l’autoconsommation collective, avec le recours à la blockchain sur un réseau public de distribution d’électricité. La commune a installé une centrale photovoltaïque qui alimente sept consommateurs situés à proximité immédiate : les compteurs de la mairie, l’école, l’agence postale, l’atelier municipal, un centre culturel, une boulangerie et un logement.

 

Développé par Sunchain, spin-off du bureau d’études Tecsol, la blockchain certifie automatiquement la transaction entre l’unité de production et les consommateurs, sans tiers de confiance, en réalisant un bilan entre ce qui est produit et consommé et met en place des règles de répartition dynamiques.

Les principes de la blockchain 

Qu’est-ce qu’une Blockchain ?

Comme je l’avais indiqué auparavant, la blockchain est d’abord un registre distribué entre les différents acteurs qui le composent. Il enregistre de manière incrémentale les transactions bloc par bloc.

 

Chaque bloc est une forme de fichier qui agrège un certain nombre de transactions, d’autre part, ce bloc intègre l’adresse digitale du précédent bloc composant la blockchain, ce qui permet de fil en aiguille de partir du dernier bloc et d’aboutir au premier constituant ainsi une chaîne de blocs.

Règle de consensus

Dans les registres centralisés par exemple des notaires, chaque transaction est validée et vérifiée par une entité centrale avant d’être intégrée dans le registre.

 

La blockchain remplace cette décision centrale par une décision décentralisée (grâce à une règle de consensus).

 

A l’image d’une démocratie, une décision est prise s’il y a plus de 51 % de "votes" pour mais à la différence d’une démocratie, chaque acteur de la blockchain (comme Bitcoin et Ethereum) ne possède pas une voix chacun mais un nombre de voix proportionnel à la quantité de travail qu’il effectue. Cette règle du consensus repose sur une solution apportée au problème des généraux byzantins  (comment, et dans quelle mesure, il est possible de prendre en compte une information dont la source ou le canal de transmission est suspect).

 

Minage 

Les transactions (ou "décisions à prendre"...) sont regroupées dans un bloc de transactions et en plus, intègre le hash du bloc précédent et quelques autres informations (dont la racine de l'arbre Merkle du bloc de transactions, qui est un hash des transactions composant le bloc, le " nonce "...).

 

Dans une blockchain publique, tout le monde a la possibilité de valider des blocs à condition d'allouer une certaine ... puissance de calcul pour le réaliser.

 

Mais s'il n'y a personne pour valider les blocs, il n'y a plus de blockchain ! Donc pour inciter à le faire, on paiera une commission à celui va valider le bloc (le " mineur "). De plus, le mineur sera payé en cryptomonnaies créées lors de chaque validation de bloc (de plus en plus faible avec le temps cf. partie cryptomonnaie).

 

Si 51% au minimum des mineurs valident le bloc (le " minage "), il est intégré dans la blockchain (" registre distribué "), sinon il est rejeté (règle de consensus actuelle pour les blockchains publiques comme Bitcoin et Ethereum).

 

Le poids de chaque mineur pour avoir une chance d'être le 1er à valider un bloc n’est pas équiprobable mais calculé en fonction de la puissance de calcul qu’il accorde pour valider le bloc de transactions.

Preuve de Travail

La question est comment vérifier la puissance de calcul de chaque mineur autrement dit quel est le " Proof of Work " ou sa preuve de travail ?

 

On va demander aux mineurs de réaliser une opération mathématique (nommé " Puzzle " ) qui peut être seulement résolue en " force brute de manière aléatoire et itérative" liée donc directement à la puissance de calcul. Pour être précis, il doit trouver le hash (utilisant la fonction de hachage SHA-256)

 

du bloc de transactions avec une contrainte : qu'il commence par un certain nombre de zéros comme 000000... le nombre de zéros dépend de la puissance de calcul capable de miner (sachant qu'il faut traiter chaque bloc en 10 min pour le Bitcoin)

 

Pour trouver ce hash, le mineur doit exécuter un très grand nombre de fois des algorithmes de hachage qui transforme un bloc de transactions (en ajoutant un " nonce ", un chiffre incrémenté qui permettra d'atteindre le nombre de zéro requis) en un hash (cf. ci-dessous) et vérifier un à un si ce bloc respecte ou non la contrainte de départ. A chaque itération, il doit modifier le nonce pour trouver un nouveau hash. Il n'existe aucun algorithme inverse plus rapide permettant de partir des contraintes du hash et du bloc lui-même pour trouver un hash final correct. Ce problème ne peut être résolu qu’en un temps exponentiel (ex : temps = 2n ) selon le nombre de zéros imposés (n) pour la clé et non en un temps polynomial (temps = a + bn+ cn2 ...). D'ailleurs, une des promesses des ordinateurs quantiques est de pouvoir résoudre ce problème en un temps polynomial en raison de la parallélisation des traitements.

 

Plus vous avez de puissance de calcul, plus vos probabilités d'être le premier à trouver le bon hash sont grandes. C’est ce calcul (nommé "Proof of Work") qui demande de la puissance de calcul et consomme beaucoup d’énergie.

 

Quand un mineur trouve un hash correct et qu'il est le premier, il reçoit une récompense (la commission et les cryptomonnaies) et transmet son résultat à tous les autres mineurs. Les autres mineurs doivent juste vérifier que son hash correspond bien au contenu du bloc (c'est très rapide dans le sens inverse). S'il y a plus de 51% de mineurs qui confirment ce hash, alors il est ajouté à la blockchain.

 

Ce mécanisme de consensus garantit l'intégrité et la consistance du contenu de ce registre partagé, néanmoins le " Proof of Work " provoque un gaspillage phénoménal d'énergie puisque toute la puissance de calcul utilisée par tous les mineurs ne sert qu'à déterminer le mineur qui va ajouter le bloc à la blockchain et être rémunéré en conséquence. S'il y avait un système qui déterminait " le gagnant " sans montrer sa puissance de calcul, on consommerait nettement moins d'énergie.

« Proof of Stake » « Preuve d’enjeu » ou « Delegated Proof of Stake »,

C'est pour réduire la consommation d'énergie, que d’autres solutions comme le "Proof of Stake" / "Preuve d'enjeu" ou "Delegated Proof of Stake" (on parle de "minting" et non de "mining") ont été imaginées.

 

Lorsqu'une blockchain l'utilise, il n’y a plus de contraintes demandées pour trouver le hash, en revanche il faut tirer au sort le minteur qui sera récompensé proportionnellement au montant de cryptomonnaies qu'il bloque pour réaliser le mintage.

 

Un peu comme le Poker, chaque minteur met un enjeu (une somme en cryptomonnaie) pour valider un bloc, la chance qu’il a d’être sélectionné (et de percevoir des cryptomonnaies et les frais de transaction) sont proportionnels au montant qu’il met en jeu. S’il valide un bloc, qui est rejeté, il perd son enjeu.

 

Il n’y a plus besoin de chercher une clé avec un nombre déterminé de chiffre ce qui réduit fortement la consommation énergétique. En revanche, cela crée d’autres biais, avec le risque d’un acteur possédant une part importante des cryptomonnaies gagnant beaucoup plus que les autres.

 

D’autres ont imaginé réaliser la sélection du gagnant en fonction du nombre de transactions faites par chaque minteur sur une période récente... parmi d'autres variations.

 

Le problème reste toujours de trouver la bonne règle de consensus ...

Les nouveaux schismes ... le Hard Fork d’Ethereum

S'il y a une modification de la blockchain, tout le monde le saura. Plus il y a d'utilisateurs indépendants dans la blockchain, plus elle sera sécurisée. Ainsi une blockchain publique est plus sécurisée qu'une blockchain privée (si elle a plus de mineurs).

 

Enfin, en fonction des règles de la blockchain, une partie des utilisateurs peuvent faire un "fork" (crée un deuxième registre identique au premier sur une première partie et qui devient indépendant par la suite). C'est ce qui s'est passé le 20 juillet 2016 avec Ethereum avec la scission entre deux chaînes Ethereum Classic (l'ancienne) et Ethereum (la nouvelle et majoritaire).

 

Il ne faut pas s'en étonner ... on en a vécu quelques forks dans d'autres domaines ... En 1204 entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe et 1517 entre l'Eglise catholique et protestante (nommé schisme mais ce n'est pas reconnu par les protestants, qui gardent la Bible comme Grand Livre Commun et sans parler des autres religions ... pardon pour la digression ;). Le Fork est le Schisme de la blockchain 😉

Hachage ou hashing

Le hachage (hashing) est une technique qui permet de créer une signature (ou hash) quasi-unique à partir de n’importe quelles données. Si l’on modifie une des données d’origine (même infime grâce à l’effet avalanche), on modifie totalement la signature. Il y a des similarités à la technique de compression de données mais avec une différence fondamentale, deux images proches pourraient avoir un fichier compressé identique, ce qui n’est pas le cas du hachage.

 

Dans l’image ici, la Déclaration universelle des droits de l’homme a été hashée (fichier sous format texte via un outil en ligne en SHA 256) en deux versions avec et sans le H ! Les deux hashs sont complètement différents.

 

C'est d'ailleurs une technique que vous pouvez utiliser pour protéger une oeuvre ou un texte sans divulguer celle-ci. Vous envoyez le hash de votre oeuvre numérisée à une date certaine à un tiers de confiance par exemple un huissier. Pour prouver l'antériorité de votre oeuvre, il suffit de montrer votre oeuvre et de recalculer son hash et de montrer que les 2 sont identiques car personne ne sera capable de montrer une autre oeuvre correspondant à votre hash.

 

Les fonctions de hachage sont publiques (et open source). Il est extrêmement très long de reconstituer les données d’origine à partir du hash ou de créer un même hash à partir de données falsifiées. C'est un problème NP-complet, pour calculer le hash à partir de données c'est très rapide (temps polynomial) mais pour retrouver les données qui correspondent à un hash c'est très long si la taille du hash est suffisamment longue (temps exponentiel (environ 7,5*1051 années avec toute la puissance de calcul utilisée actuellement pour miner des bitcoins, l'univers aura disparu depuis belle lurette !) avec un ordinateur non quantique).

Pour l’anecdote (Guardtime), le gouvernement estonien hasherait la totalité de ses données et imprimerait le hash sur des journaux papier ce qui permettrait de s’assurer que les données n’ont pas été modifiées par des hackers (en gardant bien sûr un log quotidien des hashs de chaque jour et un hash des modifications apportées entre deux jours consécutifs ainsi que les journaux papier !)

Blockchains publiques, blockchain de consortiums et privées

A l’image d’Internet et des Intranets, il y a des blockchains publiques et privées. Les blockchains publiques ont des registres massivement distribués et ouverts à tous (ex : Bitcoin, Ethereum).

 

Les blockchains privées ou de consortium (basées par exemple sur HyperLedger) ont un registre qui n'est distribué, il est consultable seulement par des acteurs prédéfinis (un groupe d'entreprises par exemple). Le minage peut dans ce cas être beaucoup plus simple car délégué à des nœuds de confiance à la différence des blockchains publiques.

 

Une blockchain privée ayant un nombre bien plus faible de nœuds et ayant des règles spécifiques en particulier en termes de consensus peut être falsifiable à la différence d’une blockchain publique avec un très grand nombre de mineurs (Bitcoin, Ethereum) d’où l’importance de s’assurer des règles et du nombre de nœuds indépendants dans une blockchain privée.

 

 

Le cas extrême est une blockchain à un nœud ( ! ) qui en fait correspond à une plateforme centralisée ce qui ne présente aucun intérêt hormis de faire « blockchain-washing » et d’être complètement ridicule.

Smart Contracts, Contrats Intelligents

Certains protocoles comme Ethereum et Hyperledger (mais pas Bitcoin normalement) permettent de réaliser des Smart Contracts, qui sont des programmes automatisés (ex : Si j'ouvre une serrure électronique, alors le montant de la location de maison m'est automatiquement débité. Si un capteur de froid détecte une rupture de la chaîne du froid, alors la livraison est annulée (en plus de l'enregistrement de l'événement).

 

Dans les domaines comme l'assurance (ex : l'offre Fizzy d'Axa qui rembourse en cas de retard d'avions automatiquement) ou le partage des ressources utilisent les smart contracts afin de faciliter les transactions et éviter qu'une entité centrale doive appliquer des contrats.

Token et tokenization

Le token (ou jeton en français), est analogue à une cryptomonnaie, il fait partie des cryptoactifs : c'est un actif numérique émis et échangeable sur une blockchain.

 

Il possède à ce titre des caractéristiques identiques aux cryptomonnaies : Il est transférable sur Internet sans duplication en pair-à-pair et donc sans tiers de confiance ou organe central. à la différence du contenu numérique comme la musique, un film, un fichier, on ne peut le dupliquer, un transfert d'un token d'une personne vers une autre personne, signifie que celui à l'origine du transfert en perd la propriété.

 

Il est infalsifiable, les échanges de tokens sont inscrits dans un registre sans possibilité d'effacer ou modifier l'historique des transactions ... 

Il peut représenter :

  • Un bien physique, un actif financier ou toute fraction de celui-ci (c'est un droit de propriété nommé aussi security token, par exemple un millième de la propriété d'une maison, ou d'une action d'une entreprise).

Attention, néanmoins de nombreux médias utilisent à tort le terme de security token et ce terme est réglementé aux Etats-Unis car assimilé aux Securities, des valeurs mobilières. Dans le cas des actions mobilières, on préfère utiliser le terme equity token plutôt que security token, terme souvent galvaudé.

  • Un droit d'usage (nommé utility token) à un produit ou service comme l’accès à des transports, le droit de vote, l’accès à un catalogue musical, des points de fidélité

A la différence d'une cryptomonnaie, un token ne peut être miné (mais de nouvelles évolutions permettraient de le faire dans le futur). Il peut être vendu et acheté à tout moment, sur des plateformes d'échange à un prix fixé en temps réel par l'offre et la demande. Il est donc très liquide.

 

On commence à parler de "tokenisation" de notre économie, dans le sens où l'on accorde une valeur fractionnable (en sous-unités minimales de 10-18 pour l'Ether) et échangeable à la propriété d'un bien ou l'usage d'un bien ou service.

Infrastructure

La mise en place d'une blockchain privée nécessite une architecture spécifique très complexe à mettre en oeuvre (règles de consensus, architecture peer-to-peer...).

 

C'est la raison pour laquelle de nombreuses entreprises abandonnent ce type de projet et préfèrent se tourner vers la blockchain publique qui en plus assure un caractère infalsifiable ou se " plugge " sur des blockchains de consortium comme celle d'IBM (ex : FoodTrust fondée sur Hyperledger Fabric) qui ont des solutions presque prêtes à l'emploi.

Startups dans l’infrastructure

Engie (plus trop une startup !) a créé avec Maltem, la société de services Blockchain Studios pour faciliter la mise en place de cette infrastructure dans les entreprises.

 

Neurochain (France) a créé une blockchain qui a pour objectif d’être plus rapide, équitable en restant sûre grâce à des « agents intelligents ». Ces « bots » utilisant le machine learning accéléreraient les transactions, la fluidité des échanges et la fiabilité du consensus afin d’éviter qu’un petit groupe puisse influer sur la blockchain de manière disproportionnée. La méthode pour établir un consensus n’est pas fondée sur le « Proof of Work » ou « Proof of Stake » mais fondée sur des principes de thermodynamiques des réseaux… « Proof of Workflow » ! Plus prosaïquement, les nœuds sont classés en fonction de plusieurs critères : leur implication dans la blockchain (quantité de transactions réalisées par le nœud), la qualité des échanges (intégrité vue par les autres nœuds). Le consensus est atteint lorsque le score cumulé des plus hauts nœuds dépasse un seuil (par exemple 50% du total cumulé des scores).

 

Devvio propose une solution Blockchain-as-a-Service avec une blockchain en open-source qui serait beaucoup plus rapide, scalable et moins cher que les autres blockchains. En réalité, ils utilisent une autre méthode de consensus que le “Proof-of-Work”, le “Proof-of-Validation” fondé sur des mineurs choisis par Devvio. Néanmoins, cela ne garantit pas l’infaillibilité de la blockchain.

 

Plus innovant, Monax (UK) fournit une boîte à outils permettant aux entrepreneurs de créer et d’automatiser un cycle complet contractuel (ou workflow) avec la blockchain (ex: création d’une entreprise, permis de construire, assurances,.. qui aboutit finalement à la signature du contrat). L’intérêt de la blockchain est triple, il permet de tracer tout événement, toute modification sans possibilité, il évite d’avoir un organe central, enfin il met en oeuvre les smart contracts.  

Limites de la blockchain

Compatibilité RGPD et Blockchain

Est-ce que la Blockchain est soluble dans le RGPD ?

On peut stocker dans la blockchain, des informations brutes, un hash de ses données (signature unique) ou une clé qui permet d'accéder à ces données sur une plateforme externe (via des API). La Blockchain peut sembler a priori incompatible avec le RGPD (ex : concernant le droit à l'oubli qui nécessite l'effacement des données).

 

La CNIL stipule que non, dès lors qu'un certain nombre de précautions sont prises. Par exemple, plutôt que d'inclure des données personnelles sur une blockchain, on peut y mettre une clé permettant d'y accéder partiellement ou totalement sur une plateforme de données respectant le RGPD. La DG Trésor avait d'ailleurs bien anticipé ces problématiques en lançant une consultation sur la régulation de la blockchain avec un focus sur le RGPD.

 

Côté face : La blockchain permet d'assurer la transparence (et l'inviolabilité) des données personnelles (art. 12) en permettant de tracer tous ses traitements.

La blockchain permet de certifier du consentement de la personne (art 7)

Le " Privacy by design " (art 25 - Protection des données dès la conception et protection des données par défaut) est directement intégré dans la blockchain car les données sont chiffrées et hashées.

 

Côté pile :

La possibilité de rectification (art 16) ou d'effacement de données, la durée de conservation et durée n'excédant pas celle nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées (art 17) est impossible par définition pour la blockchain ...

Au sujet de la désignation du responsable de traitement (art 24 du RGPD) et d'un délégué à la protection des données (art 37), pour la blockchain privée, cela n'est pas gênant (la plupart des cas B2B hors cryptomonnaies) car il y a une entité qui assure sa responsabilité en revanche il en est tout autrement pour la blockchain publique où la responsabilité est difficilement applicable aux mineurs (qui fournisse la puissance de traitement).

La protection suffisante en cas de transfert hors UE (art 44 et suivants ) est difficile à garantir dans le cas d'une blockchain publique où l'information peut être disséminée mondialement.

 

Conclusion : ...

La blockchain est compatible avec le RGPD si elle est soit privée soit ne contient aucune information personnelle (!) directe ou reconstituable (ex : hash d'une identité). La seule solution aujourd'hui est que les informations personnelles soient sur une plateforme qui respecte le RGPD (potentiellement décentralisée si elle respecte le RGPD). Il serait imaginable que la CNIL sous réserve d'un hachage et d'un cryptage suffisant des données personnelles dans une blockchain puisse accepter que celles-ci ne soient pas des données personnelles.

 

L'effacement des clés privées reconstituant les données personnelles de la blockchain serait considéré comme équivalent à un effacement. Si un petit malin met en place plus tard un système de décryptage grâce à l'informatique quantique, il y a un risque mais je pense qu'on aura d'autres soucis bien plus importants à se faire ...

 

Dernier point, le règlement e-Privacy de l'UE risque de poser des problèmes bien plus considérables à la blockchain et sur bien d'autres plateformes car elles concernent toutes les données non personnelles ... Good Luck !

Lenteur et Energivore

Les principales limites de la blockchain publique sont liées à sa lenteur de traitement (Bitcoin peut traiter au maximum 7 transactions par seconde, Ethereum 15) et sa consommation d'énergie nécessaire pour vérifier l'ensemble des transactions ("Proof of Work").

 

Pour contourner ce problème, on peut mettre en place des règles de consensus moins énergivores.

 

Ethereum et d'autres blockchains travaillent sur des solutions (notamment avec le "Proof of Stake" et "Delegated Proof of Stake") pour accélérer le traitement des opérations et réduire leur consommation énergétique, néanmoins actuellement cela n'assure pas une sécurité aussi robuste que le "Proof of Work".

 

On peut aussi créer des side chains, des blockchains privées beaucoup plus rapides et moins énergivores mais cela nécessite une infrastructure spécifique. La mise en place d'une blockchain privée utilisant par exemple HyperLedger, solution ouverte et extrêmement modulaire n'est pas à la portée de nombreuses entreprises non spécialisées dans la blockchain.

 

C'est la raison pour laquelle des entreprises comme IBM  et Amazon proposent des Blockchain-as-a-Service pour réaliser des blockchains privées ou de consortium.

Blockchain faillible et Attaque des 51%

On dit souvent que les blockchains sont infalsifiables, ce n’est pas tout à fait le cas. Tout d’abord pour une blockchain privée ou de consortium, en fonction de la règle de consensus, un bloc légitime peut être refusé par les entités en charge de valider ou refuser les transactions ! En revanche, un bloc confirmé dans une blockchain ne pourra être modifié si les règles gérant la réorganisation de celle-ci dans le passé ne l’empêchent et sont respectées.

 

Même pour des blockchains publiques fondées sur le "Proof of Work", il est possible d'hacker une blockchain sur ces derniers blocs. Pour cela, il est nécessaire de réunir plus de 51 % de la puissance de calcul. L’attaque de 51% consiste à envoyer des fonds à un tiers, transaction qui sera acceptée par tous et en parallèle de créer un "forked copy" caché de la blockchain avec une transaction où on transmet l’argent à un autre compte. Avec la puissance de minage de 51%, on accepte la 2e version de la blockchain et la première transaction disparaît (le tiers perdant ainsi le montant de la 1re transaction).

 

Il existe même des sites qui vous calculent le coût d’une telle attaque sachant que vous pouvez faire appel à des solutions types Nicehash qui permettent de louer de la puissance de calcul pour réaliser ce hack. Pour Bitcoin, cela coûterait environ 1,4Md USD. Néanmoins, cela n’est pas impossible car 70 à 80 % de la puissance de calcul du bitcoin est concentrée en Chine et partagée par des groupes de ferme de minage qui pourraient s’associer comme cartel dès lors que leurs intérêts sont communs.

Conclusion

Il est essentiel de se poser la question : pourquoi mettre en place une blockchain.

 

Une plateforme centrale peut dans bien des cas répondre à des problèmes dès lors qu'il y a un tiers de confiance accepté et que l'on peut sécuriser suffisamment les données. Rien n'empêche d'ancrer ses données régulièrement dans une blockchain publique pour éviter les falsifications. Cela coûte peu cher et permet à moindre coût de s'assurer que nos données n'ont pas été modifiées.

 

Les ordinateurs quantiques pourraient causer des soucis à la blockchain d'autant que les données hashées pourraient être plus facilement hackées avec un ordinateur quantique, néanmoins il ne faut pas oublier qu'il faut actuellement des ordinateurs traditionnels pour gérer les ordinateurs quantiques et actuellement on est encore loin du comportement en puissance de calcul. On commence à avoir des résultats intéressants à partir de 56 qubits réels (équivalent du bit dans l'univers quantique).

 

Si vous souhaitez des debriefs, conférences, formations sur la blockchain, sur d'autres technologies (IA, IoT, Robots...), les innovations et startups dans vos secteurs, n'hésitez pas à me contacter.

Voici la liste complète des articles que j'ai écrits sur CES Las Vegas MWC, IA,IoT, Blockchain, Retail, Smart City, Véhicule autonome ...
Dimitri Carbonnelle Livosphere - Contact
Conseil en Innovation, IoT, IA, Blockchain 

 

Speaker, Formation et accompagnement de projets innovants, de la recherche d'innovations à leur déploiement

MWC Barcelone 2019 - 5G, Smartphones pliables, montée des marques chinoises, Hololens 2, FrenchTech

C'est parti pour le Mobile World Congress 2019 qui nous permet de voir les couches immergées de l'IoT vues au CES Las Vegas (connectivité, plateformes, sécurité...) , en plus des nombreuses annonces sur les mobiles.
La 5G est au coeur de l'événement avec ses acolytes : LTE-M et NB-IoT, et ses usages notamment l'IoT Industriel. De nombreux fabricants de smartphone (Samsung, Huaiwei, ZTE) présentent leur smartphone 5G et pliable après Royole au CES Las Vegas...
Les marques chinoises prennent de plus en plus l'ascendant  en innovant avec leurs nouveaux smartphones (Huawei, Vivo, ZTE, Honor, Oneplus...) mais aussi en bouleversant les paiements.
Microsoft présente  Hololens 2, alors que le MWC utilise la reconnaissance visuelle pour identifier ses visiteurs.
Enfin la FrenchTech est de nouveau là, même si les Israëliens avec leur délégation nous talonnent de plus en plus ...
Si vous êtes intéressé par des conférences, formations (généraux et spécifiques à vos métiers) sur les innovations, IA, blockchain, IoT ..., n'hésitez pas à me contacter

Sommaire

Smartphone, AR/VR, Reconnaissance visuelle

Smartphone pliable

En dehors de la 5G, les quelques principales annonces au MWC venaient de Huawei et Samsung qui avait tous deux présenté leur smartphone pliable ... après la TV de LG.

 

Chaque fabricant présentait aussi son smartphone 5G.

 

 

Motorola a même créé un téléphone modulaire rendant son téléphone 4G, compatible 5G mais je suis sceptique sur le succès du module qui multiplie par deux son poids, épaisseur …


AR/VR - Hololens 

Microsoft présentait aussi sa solution Hololens 2 qui pour l’avoir essayé est nettement plus confortable qu’Hololens 1.

 

Il intègre l’eye-tracking, la capacité à comprendre les gestes de la main pour déterminer notre geste (si l’on agrippe, pousse ...) et un écran nettement plus grand. Les applications étaient B2B : dans le domaine industriel, médical, de la construction de bâtiments et aussi avec Microsoft Dynamics (son CRM).


HTC Vive sans fil et des robots

HTC Vive montre ses casques VR sans fil nous plongeant dans la réalité virtuelle alors que des robots humanoïdes commencent à entrer de plein pied dans notre réalité ;)

 

 

Et de nombreux robots humanoïdes tapaient la discute avec leurs homologues humains.

 


Reconnaissance visuelle omniprésente et traitement des données

Le MWC a utilisé a utilisé pour la 1ère fois, la reconnaissance visuelle avec la société Breez pour l'entrée dans le salon. Il fallait transmettre lors de son inscription une photo HD. L'intérêt pour les visiteurs est d'éviter de sortir sa carte d'identité à chaque passage. Cela fonctionnait dans 80% des cas, pour les 20% restant, un petit réglage de la caméra ou retirer ses lunettes permettait d'identifier correctement la personne (cf photos).

 

La baisse des coûts de la reconnaissance visuelle permet aujourd’hui d’utiliser le flux de n’importe quelle caméra, non seulement pour identifier mais aussi pour déduire le comportement, identifier les personnes même les chats (cf Debrief CES Las Vegas 2019) ce qui pose la question de la collecte massive des données biométriques souvent à l’insu de notre plein gré ! 


Pour se conformer au RGPD, il y a plusieurs manières, la première proposée par D-ID, une startup israélienne qui brouille les photos grâce à l’Adversarial Network (cf. ci-dessous).

 

La deuxième me semble bien meilleure et est mise en place par RealNetworks avec sa solution Safr. A l’image des mots de passe, les photos ne sont pas stockées sur le serveur, plus d’une dizaine de caractéristiques du visage sont capturées (distance entre les yeux...), transformées en un hash (un peu comme la clé RIB en version cryptée) qui est conservé sur un serveur local ou sur un serveur distant.

 


C’est la raison pour laquelle, on vous demande de créer un nouveau mot de passe si vous l'oubliez car ceux-ci ne sont plus stockés sur les serveurs. C'est un hash qui est stocké. Il ne permet pas de retrouver le mot de passe mais permet de vérifier que celui que vous mettez est correct.

 

D'autre part, il est possible de créer des actions spécifiques en fonction du visage reconnu, s'il s'agit d'un VIP ou d'une menace ...

Montée de la Chine

De l'usine du monde à l'IOT (objets connectés, plateforme, collecte et analyse de données)

A l’image de la marée ou de la température (dans une casserole où serait plongée une grenouille !) qui monte progressivement, la stratégie chinoise pour devenir incontournable en plus de l’Asie est très différente des US. Pas de plan Marshall chinois, mais une progression de plus en plus rapide où leur valeur se déplace de l’usine du monde à celle de fournisseur de solutions complètement packagées.

 

Pour l'illustrer, le stand Ford semblait bien isolé par rapport aux entreprises chinoises 😉

L’Internet des Objets facilite grandement ce mouvement, la grande majorité des trottinettes sur le béton parisien sont de fabrication chinoise (Zoov, startup menée par Eric Carreel et trottinette dessinée par Elium Studio fait exception mais n'est disponible pour l'instant que sur le plateau de Saclay !),

 

Elles sont toutes connectées pour connaître l’état de leur batterie, leur position et leurs mouvements, il ne serait guère étonnant que les fabricants chinois récupèrent au moins une partie des données via leur plateforme, transmises ensuite à la plateforme Lime, Bird ...

Tuya, entreprise chinoise, fabrique ainsi une solution OEM complète "one-stop Al loT solution that covers hardware access, cloud services and APP software development", elle fabrique aussi ses propres produits.

 

Elle respecte même le RGPD et les données peuvent être hébergées sur AWS ! Pragmatique !

Futur du paiement : vers la suppression des commissions sur transactions

Les entreprises chinoises comme Tencent et Alibaba réduisent à zéro les frais de transactions en intégrant la brique de paiement dans leurs applications Wechat ou Alipay car leur modèle économique est fondé sur la vente de produits et non les commissions sur les paiements qui aujourd’hui font vivre Visa et Mastercard.

 

Mastercard et Visa ont bien créé des Wallet gratuits pour le client et le commerçant comme Masterpass ou Visa Check out, ils acceptent même les modes de paiement de leurs concurrents, mais le modèle économique de Mastercard et Visa est fondé sur les achats réalisés au final avec leurs cartes.

Le risque majeur pour ces entreprises est qu’Amazon décide de lancer sa propre monnaie virtuelle, ce qui d’ici quelques années est fortement probable. Des rumeurs circulent sur la création de leur propre cryptomonnaie et l’acceptation d’autres cryptomonnaies. Ils ont déposés des noms de domaines en ce sens (dont amazoncryptocurrency.com, amazonethereum.com )

 

Pour Amazon, le gain est bien sûr économique avec une réduction des commissions versées à Visa, Mastercard...

 

Compte tenu de la menace, il est probable que ceux-ci aient accepté qu’elles soient extrêmement basses, voire nulles.

 

Néanmoins, l’enjeu pour Amazon est de maîtriser la totalité de la chaîne, d’offrir une expérience complète au client et de réduire encore les frictions d’achat à l’image de ses concurrents chinois Tencent et Alibaba. Ils pourraient offrir des prix réduits à leurs clients Amazon Prime avec cette monnaie / tokens.

 

Ce sera un vrai tremblement de terre pour toute l’industrie de paiement en Occident le jour où Amazon appuiera sur le bouton Go mais pour faire face à l’arrivée progressive mais massive de concurrents chinois, ils n'auront pas le choix. Je parie sur un lancement d’ici 2021...

 

Amazon avait lancé un Amazon Coin en 2013 qui permettait aux utilisateurs du Kindle Fire d’acheter des applications ou des jeux dans l’appstore d’Amazon. Cela avait été un échec et ils l'ont retiré ... parce que le périmètre d'utilisation était très petit et n'incluait pas la marketplace d'Amazon ...

Volkswagen prend le problème à l'envers avec la marque de services partagés We

Incroyable, Volkswagen au lieu de présenter des véhicules comme les autres constructeurs n'en présente aucun à l'exception d'une trottinette électrique (acheté en marque blanche et rebrandée)  a choisi de mettre en avant sa nouvelle marque We, qui couvre tous les services partagés.

 

VW aurait-il bouleversé son modèle économique et aurait-il pris à fond le virage des services de mobilité reléguant la voiture à une commodité parmi d'autres modes de transport ?

 

 


Startups

Startups FrenchTech au MWC

De belles découvertes parmi les startups françaises dont

 

Arjo Solutions qui permet d'authentifier et identifier unitairement n'importe quel packaging carton (mais pas seulement) grâce à une caméra qui scanne le packaging à l'usine (signature des trames fines de papier) et peut s'assurer s'il est authentique et retrouver lequel juste avec son smartphone. 

 

 

 

Kiwi box a transformé les gorilles d'Orlinski en enceintes Bluetooth et chargeur pour téléphones... pour 400€. En revanche, je vous déconseille d'essayer de les défiscaliser comme oeuvre d'art ... ;)

 

Beaucoup d'autres startups étaient présentes dont l'inévitable Linagora et sa solution OpenPaas ;)

La FrenchTech est toujours aussi présente avec une centaine de startups (B2B) sous l'égide de BusinessFrance représenté par Eric Morand, plusieurs députés dont Eric Bothorel et Laure de la Raudière étaient venus, ainsi que Kat Borlogan, directrice de la Mission FrenchTech et Sébastien Soriano, président de l'ARCEP.

 

 

 

Famoco connu pour ses terminaux android dédiés présente sa solution multi-techno QR code pour les bus, trams (pour du light ticketing) et NFC (carte transport et paiement). D'autre part, il serait le seul terminal B2B Android à ne pas transmettre les méta-données de vos transactions (ex: paiement entre X et Y sans précision du montant ou de la commande).

 

 


Startups Israël et Espagne

De belles découvertes aussi parmi les startups israéliennes et espagnoles.

D-ID (Israël) qui utilise de manière étonnante l'Adversarial Network en IA pour protéger les images de visage stockées dans vos bases (modifie l'image pour être inutilisable par des Hackers pour d'autres applications utilisant la reconnaissance faciale).

 

Seismic.ai (Israël) utilise les milliers de séismes indétectables pour entraîner son IA pour prévoir plus en avance de gros séismes.

 

Visualfy (Espagne) transforme les sons du quotidien en messages ou alertes pour les mal-entendants.


Pas tout à fait ;) Il est plus probable que la sortie de sa version 2 de son véhicule électrique I.D ait dû être retardé après le MWC et que plutôt de laisser un stand vide, VW aurait eu la bonne idée de mettre en avant sa marque We.

Il reste néanmoins du boulot car les services partagés ont vocation à être des services additionnels destinés aux propriétaires de véhicules VW (et toutes ses marques). 

 

Ce serait un moyen d'inciter les clients VW à acheter de nouveaux véhicules car ces service ne sont pas partageés avec les autres constructeurs...

 

Comment vous expliquer Mr et Mme VW ? Je pense que vous avez pris le problème du mauvais côté. Les services de mobilité ne sont pas des services additionnels au véhicule, c'est l'inverse ! L'utilisation de véhicules VW peuvent être un service additionnel à des services de mobilité.

 

Pourquoi me direz-vous ? Car aujourd'hui, à l'exception des véhicules Premium, une proportion de plus en plus croissante de clients voudront acheter un service qui leur permettent d'aller d'un point A à un point B dans les meilleures conditions, et pourquoi pas en VW. À l'inverse, je pense que la proportion de personnes qui voudront acheter une VW car elle permet de bénéficier de services de partage restera très marginale.

 

Évidemment le problème c'est que ça casse complètement le modèle économique actuel des constructeurs, il faut proposer à ses clients des plateformes multi-constructeurs, multi-type de mobilité (transports en communs, VTC, vélos...). BMW et Daimler ont fait un premier pas dans ce sens en réunissant leurs activités VTC, de services partagés ... Donc c'est possible néanmoins ça va complètement à l'opposé de l'ADN des constructeurs automobiles. 

 

S'ils étaient tout seuls, ça ne serait pas gênant, mais quand vous voyez qu'Uber et Google investissent dans l'opérateur de trottinettes Lime, que les entreprises comme la SNCF (avec la marque We pardon Oui ...;), Transdev investissent dans le covoiturage ou la gestion de véhicules autonomes... et que pour eux, la marque du véhicule risquent de devenir secondaire par rapport à leur marque, il y a peut-être du souci à se faire ...

4YN – 4 Years from Now : Startups

4FYN est un peu l’équivalent d'Eurêka Park du CES Las Vegas, avec des rangées de startups, beaucoup d’espagnoles, assez peu de françaises, beaucoup d'applications et moins d'innovation qu'à Eurêka Park .

 

 

 

C’est la deuxième année que la FrenchTech n’a pas de stand spécifique à 4FYN. Est-ce une erreur ? Je ne pense pas car beaucoup de startups au 4FYN sont " en early-stage " et que la FrenchTech veut développer ses scale-up. En se concentrant sur les halls 5 (le plus gros stand) et 8.1 (applications mobiles), on se concentre sur cet objectif.

 

 

Quelques trouvailles au 4FYN

La blockchain montre de nouvelles applications :

Artlog, startup propose d’utiliser la Blockchain pour sécuriser les oeuvres d’art et faciliter les transactions, Tracks Co2 propose une blockchain pour tracer le marché CO2, ce qui serait une très bonne application de la blockchain associée à de l’IoT pour tracer le mode de production de l'énergie...

 

 

Bits propose de réaliser du cash-back en actions de société pour fidéliser ses clients. Cela pourrait avoir du sens pour les marques iconiques cotées en Bourse afin de créer de l'engagement client, de "l’ownership" mais c'est compliqué à mettre en oeuvre surtout si les actions baissent... On peut aussi créer un point de fidélité indexé sur le cours de bourse voire créer un token sur une blockchain.


IA émotionnelle

Cela pose néanmoins des questions à long terme en particulier pour les enfants qui naissent aujourd'hui et qui ne feront plus nécessairement la distinction entre une émotion humaine et une émotion imitée par une machine avec les risques de manipulation inhérents.

 

La réaction naturelle que nous éprouvons lorsqu'on donne un coup de pied à un robot (de Boston Dynamics) ressemblant vaguement à un gros chien illustre à quel point il est facile de nous manipuler (cf. article sur la confusion).

Beaucoup de startups présentent des solutions intégrant l'IA avec une mode l'IA "émotionnelle", "humanisée" comme me disait une startup de la FrenchTech. Elle interprète votre émotion et réagit en conséquence avec une fausse empathie (jusqu'à preuve du contraire l'IA n'a pas conscience d'elle-même et des autres !). Empath détecte les émotions par la voix ...


« Plant based meat » ou « viande végétarienne »

Autre mode la Plant based meat", Novameat imprime vos steaks grâce à un imprimante 3d de "viande végétale", le processus est un peu long, plus d’une heure par steak... pour 17e /kg. Pas trop sûr de la réussite du concept ! Une autre startup Heura, propose plus simplement de la "Plant based meat" via des méthodes plus traditionnelles.

 

La mode du pliable s'étend au-delà de la TV et du smartphone avec Jivr, qui fait un vélo pliable connecté de 18 kg

IoT Industriel

Une des applications de la 5G fortement poussée par les équipementiers est l’industrie 4.0. C’est un des axes majeurs de communication de Nokia qui a d’ailleurs complètement abandonné son activité médicale, la partie B2C Withings, ayant été revendue à Eric Carreel.  L’intérêt est de permettre  aux équipements de communiquer entre eux en n’ayant plus besoin de fil. Il est d’ailleurs possible de créer un réseau privé sans fil en 5G sans passer par une antenne 5G accessible à tous. Le seul point gênant est qu’il faut un accord de l’opérateur télécom pour utiliser ces fréquences (car achetées par les opérateurs).

 

Il y avait de nombreux autres exposants présentant leur solution industrielle souvent en conjonction avec la 5G mais aussi avec le réseau bas débit, en l’occurrence Lora.

 

L’intérêt est que pour un prix très réduit (< 1000€), vous pouvez connecter vos équipements à une base station Lora afin qu’ils remontent directement s’ils ont une sortie numérique ou indirectement via des transmetteurs Lora ou des capteurs de température, vibrations… transmettant en Lora. Pour un prix raisonnable, vous pouvez transmettre vos données sur une plateforme, les visualiser … Pas besoin d’attendre la 5G !

 

A ce titre, j’ai été particulièrement heureux de retrouver Guillaume Meriel qui avec Simon Uyttendaele ont créé une startup Busit. Au CES Las Vegas 2015 sur le stand MyFox, nous avions discuté sur leur application à l’époque B2C, équivalent d’IFTTT. Je leur avais qu’ils n’avaient aucune chance de réussir sur le marché B2C et qu’ils allaient droit dans leur mur mais qu’en revanche il y avait un vrai marché dans l’industrie pour gérer les flux de données.  Ca a pas mal trotté dans leur tête et ils ont décidé de pivoter complètement vers le domaine industriel. Aujourd’hui, ils ont monté une belle startup en plein développement qui propose une solution type IFTTT, MS Flow en plus intuitif dans le domaine industriel en collectant les flux de données d’équipements connectés, de capteurs et en appliquant des règles de gestion pour alerter, modifier des paramètres d’autres équipements, réaliser des tableaux de bord...

Réseaux télécoms : 5G, NB-IoT et LTE-M, Lora, SIgfox

5G

Il n’est pas toujours évident de s’y retrouver dans la 5G, notamment parce qu’il ne s’agit pas d’une technologie mais d’une agrégation des technologies. 

 

Tout le monde parle de l’arrivée de la 5G et qui serait d’une absolue nécessité … selon ceux qui la vendent : les équipementiers de réseau comme Huawei, Ericsson et Nokia, les fabricants de puces comme Qualcomm, les fabricants de smartphones comme Samsung, Huawei.

 

Côté acheteurs B2B, c’est-à-dire les opérateurs télécoms, le son de cloche est différent car après avoir à peine amorti la 4G, il faut investir dans du matériel 5G, réaliser des upgrades réseaux, placer le nouveau matériel sur les relais télécoms alors qu’il ne reste pas toujours de place restante … Tout ça, cela coûte et loin d’être sûr que les utilisateurs accepteront de payer des abonnements intégrant la 5G ,plus chers … 

Concernant les usages, le différentiel entre la 4G et la 5G pour le consommateur final est de moins en moins évident. Les délais de latence, l’ultra haut débit permet d'améliorer son expérience, c'est un changement incrémental. En revanche, il n'y aura pas de nouveaux usages qui transformeront sa vie (hors B2B) à la différence de la 3G et 4G qui lui ont permis d'accéder à Internet, aux vidéos de manière beaucoup plus fluide.

 

Tout le monde ne fera pas de l'AR / VR ou utilisera la vidéo volumétrique ! Pour des applications comme les véhicules autonomes, la 5G a un vrai intérêt en raison de son très faible délai de latence et de sa robustesse, mais ce n'est le client final qui achètera l'abonnement mais le constructeur automobile.

Quelques éléments techniques :

 

De nouvelles fréquences seront attribuées à la 5G (1,4 GHz, 3,5 GHz et 26 GHz). en plus des fréquences utilisées par les autres technologies (800, 900 et/ou 1 800 MHz).

 

La bande des 26 GHz dite bandes millimétriques (mmWave) permet des débits extrêmement élevés mais ne fonctionne qu'en visibilité directe entre l'antenne et le mobile et en rebond sur une paroi. Ces ondes ne traversent pas les murs, vitres ... Pour les téléphones intégrant la 5G mmWave, il y a 3 antennes, deux sur le côté et une sur le dessus pour capter le signal en fonction de la manière dont on place le mobile, l'antenne et le smartphone doivent communiquer en permanence pour que le signal radio soit aligné avec le téléphone. Aux Etats-Unis et au Japon, ils ont un spectre plus large qu'en Europe car ils vont jusqu'à 28 GHz.

(ex: Sony intégrant du mmWave pour des débits beaucoup plus rapides cf ci-dessous).

Une des solutions mises en oeuvre est le network slicing qui permet de n'autoriser que certains équipements ou mobiles à utiliser le réseau ou de favoriser l'accès et le débit de certains au détriment d'autres. Par exemple, le Stade de France peut " privatiser " les fréquences 5G de son stade durant un événement sportif (avec l'accord et rétribution des telcos) et proposer aux spectateurs de payer un montant additionnel à leur billet pour être sûr de pouvoir communiquer, partager des vidéos ...

 

 

Cela présente un intérêt économique évident au détriment pour le coup de la neutralité du Net.

Réseaux Bas-débits NB-IoT et LTE-M 

En prélude au MWC 2019,  se tenait dimanche le 8ème Mobile IoT Forum, occasion de mieux décrypter comment évolue et se différencient les différents réseaux IoTsur féquences licenciées :  LTE-M, Nb IoT, 5G.
 
Le NB-IoT (poussé par Huawei) consomme le moins et a le plus faible débit (autonomie >10ans, usages : appareils fixes comme smart agriculture, infrastructures Smart City...)

 

LTE-M consomme plus, supporte la voix et est utilisé pour des usages mobiles (comme tracking d'objets) 

Transmetteurs dual mode LTE-M et NB-IoT   

Le standard sera des transmetteurs duo mode (qui fonctionnent en LTE-M et en NB-IoT) ce qui permet aussi d'avoir une couverture mondiale avec un fall-back en 2G (si pas de réseau LTE-M ou NB-IoT)

 

Ces modules coûtent environ 10€ et devraient couter 5€ d'ici quelques années pour un abonnement inférieur à 15€ par an (ci-contre la puce Gemalto). Ils intègrent des e-cartes sim, puces intégrées lors de la fabrication qui évitent de mettre une carte sim traditionnelle. On peut ainsi changer d'opérateur sans changer la carte sim (donc Over-The-Air) après moult résistances des telcos, car c'était un vrai frein à l'expansion de l'IoT via des réseaux cellulaires. Dernier point crucial, la "Incremental FOTA" en langage clair, la possibilité de mettre à jour le firmware de sa puce ( Firmware Over The Air) par blocs sans devoir mettre à jour la totalité du firmware ce qui consommerait trop de bande passante et d'énergie par voie de conséquence.

5G, NB-IoT et LTE-M

En revanche, le GSMA qui gère l'évolution des protocoles télécoms a eu l'intelligence d'intégrer les protocoles LTE-M et NB-IoT dans la 5G.

 

Cela signifie qu'une puce transmettant en LTE-M et/ou NB-IoT ne devra pas être remplacée par une nouvelle puce avec l'arrivée de la 5G pour une utilisation type "Massive IoT".

5G a trois domaines: enhanced Mobile Broadband (eMBB pour les usages vidéos sur smartphone), Mission-critical control (ou URLLC, Ultra-Reliable and Low Latency Communications pour les véhicules connectés puis autonomes, les actes chirurgicaux à distance ...) et Massive IoT ( ou mMTC pour massive Machine Type Communications). Les puces réalisant spécifiquement du Massive IoT ne pourront être utilisées pour faire transmettre des vidéos ou être utilisées pour des missions critiques pour des raisons évidentes de coût, de consommation énergétique ...

Quid de Lora et Sigfox ?   

Lora devrait rester confiné aux réseaux dédiés (en particulier deep indoor notamment dans les bâtiments, entrepôts, usines...) et je ne crois pas qu'il sera largement utilisé.
Pour Sigfox, ses éléments différenciants (faible consommation, couverture, prix abonnement, roaming) se réduisent comme peau de chagrin face au duo LTE-M NB-IoT, avec un fall back 2G, néanmoins les modules sont nettement plus chers que les modules Sigfox (10 USD aujourd'hui versus 2,3 USD) . 

Réseaux IoT par Satellite

Après l'accord avec Eutelsat pour intégrer une couverture satellitaire, Sigfox selon moi se spécialise sur des uses cases nécessitant des coûts globaux extrêmement faibles sur un nombre très massif de capteurs, ou dans des zones pas du tout couvertes par les opérateurs. 

 

C'est un créneau sur lequel les opérateurs telcos traditionnels ne devraient pas se positionner sur du NB-IoT et du LTE-M via des satellites avant longtemps car aujourd'hui, il est interdit d'utiliser les fréquences licenciées pour des communications satellitaires (uniquement communications terrestres car les spectres de fréquences dans l'espace extra-atmosphérique ne peuvent appartenir à aucun pays), ils devraient accepter qu'un autre opérateur gère une partie de leur réseau, les protocoles NB-IoT et LTE-M sont beaucoup plus gourmands en émission-réception et énergie que Lora Sigfox (accusé de réception, authentification...).   

Petite digression sur l'espace extra-atmosphérique:
L'interdiction d'utiliser des fréquences licenciées (à la différence des fréquences libres) dans l'espace est sans doute liée au fait qu'une licence est attribuée et accordée par un pays à un opérateur, or selon le Traité de l'espace ratifié en 1967 il y a une liberté d'accès des États à l'espace extra-atmosphérique, sans que l'un d'entre eux puisse se l'approprier, donc aucun ne peut vendre ou accorder une licence d'utilisation du spectre hertzien dans l'espace extra-atmosphérique à la différence de fréquences libres (ex: 5,8 GHz utilisée aussi par le WiFi) qui ne nécessitent aucune licence 😉 
Pour les curieux, sachez qu’il n'existe pas de définition juridique de l'espace extra-atmosphérique ( cf. Compte-rendu du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique de l'ONU d'avril 2017 !).
Néanmoins, on considère en général que cela commence environ 100 km au-dessus du niveau de la mer ...
En quelques mots, c'était un résumé du Mobile World Congress 2019. Si vous souhaitez des debriefs, conférences, formations sur ces sujets (généraux et spécifiques à vos métiers), n'hésitez pas à me contacter.
Voici la liste complète des articles que j'ai écrits sur CES Las Vegas MWC, IA,IoT, Blockchain, Retail, Smart City, Véhicule autonome ...
Si vous souhaitez que je réalise un débrief spécifique à vos métiers, n'hésitez pas à me contacter :)  Contact
Dimitri Carbonnelle - Contact
Conseil en Innovation, IoT, IA, Blockchain 
Speaker, Formation et accompagnement de projets innovants, de la recherche d'innovations à leur déploiement

Prédictions 2019 : Humanité omnipuissante aux pieds d'argile - IA,IoT, Blockchain - Comment être résilient face aux bouleversements futurs ?

Comme chaque année, je me lance à nouveau dans les prédictions de l’année (et des quelques années après !) avec un peu de retard ;)

L’article est un peu trop long … mais que voulez-vous, quand on aime on ne compte pas !  Version PDF - V. English  

 

Les technologies s'intègrent de plus en plus dans nos vies : l’IA, l'IoT, le véhicule autonome, la blockchain, la RPA, automatisation des processus, la 5G, nous pouvons nous sentir omnipuissants,  capables de résoudre tous les problèmes, et même de transformer la vie grâce à CRISPR-Cas 9 comme l’illustre la naissance des premiers bébés jumelles génétiquement modifiés (HGM).

 

En réalité, nous sommes des colosses omnipuissants aux pieds d’argile, car entre l’innovation et son déploiement massif, il faut du temps pour que chacun les adopte, c’est d’ailleurs une fragilité pour les GAFA et NATU qui peuvent subir un désintérêt massif de la part de leurs utilisateurs actuels.  Alors que nous allons de plus en plus vite, nous avons rendu notre monde de plus en plus volatile, incertain, complexe et ambigu (VUCA), qui rend sa conduite de plus en plus risquée, nous sommes de plus en plus fragiles, exposés à une sortie de route.

 Nous sommes de plus en plus nombreux sur Terre à vouloir accéder à un mode de vie occidentale alors qu’en même temps nous avons de moins en moins de ressources et d’espace pour le faire.

 

Les pays européens sont devant un dilemme cornélien soit prendre des mesures radicales et risquer de se faire éjecter du pouvoir au profit de partis populistes ou prendre des mesures symboliques sans s’attaquer vraiment au problème.  C'est plutôt la deuxième option qui a été choisie vis-à-vis du public, en revanche les Etats commencent à se préparer au pire. Un bloc Chine, Russie, Turquie  s’accapare les ressources au Moyen-Orient et en Afrique et affronte les Etats-Unis qui vitupèrent tout en s’isolant du reste du Monde de peur d’être entraînés dans un conflit futur. L’Europe entre les deux est soumise à d'énormes pressions internes et externes qui la divisent.  

 

Risque-t-on la fin de l’humanité ou de la vie sur Terre ? Certainement pas, dans un ou deux millions d’années, les êtres intelligents qui peupleront la Terre, verront peut-être cela comme la sixième extinction et  seront heureux de voir que la planète est revenu à un meilleur équilibre d’ici là.

 

Faut-il alors accepter de prendre le mur à vitesse grand V sans réagir ?  Certainement pas. Même s’il est quasiment certain que nous nous fracasserons contre le mur d’ici cinq à cinquante ans, nous pouvons réduire légèrement la vitesse à laquelle ça arrive (c’est toujours ça de pris !), nous pouvons amortir l’impact sur nous (airbag sociétal), et trouver des solutions pour nous relever plus facilement, en résumé la résilience sociétale.

 

Parmi les solutions, nous pouvons aligner nos modèles économiques avec les intérêts de la planète, anticiper et trouver des solutions pour avoir au minimum un mode de vie dégradé si nous n’avons plus accès un réseau électrique, de télécoms, d’alimentation … ou que nos habitations deviennent inhabitables.

De manière plus globale, nous pouvons migrer au fur à mesure d’une société pyramidale vers une société en boule de gui (réseau maillé),  qui nous donne accès à un mode de vie normal mais qui nous assure en cas de coup dur au minimum un mode de vie dégradé (accès à l’électricité, eau, transports, communication, logement …).

 

Il est illusoire de croire que l’Etat, capable de gérer des problèmes nationaux, soit capable de gérer de manière adaptée chaque cas particulier ou local. Il n’est pas structuré pour, il n’en a ni les moyens financiers ni les ressources humaines.

 

Les vrais leviers pour transformer notre société sont d’une part nous-mêmes et les structures intermédiaires du local au régional. En revanche, l’Etat a un vrai rôle à jouer pour faciliter cette transformation, aider à mutualiser les solutions sur le plan national et européen nommé aussi Etat-Plateforme.

 

En France, nous avons tendance à prendre l’Etat pour un Père Fouettard et un Père Noël, nous pourrions faire appel à lui, comme un architecte  pour nous aider à construire notre propre projet de vie et comme assureur et gardien de la paix, pour assurer notre sécurité et un minimum vital en cas de coup dur.

Sommaire :

 

Intégration progressive dans nos vies

Vers l’Omnipuissance grâce aux technologies

Fragilité : beaucoup plus fragile qu’on ne le croit

Réactions actuelles

  • Deux options : mesures soit insuffisantes, soit trop radicales vis-à-vis de la population
  • La réaction des Etats entre eux : Si vis pacem, para bellum - Si tu veux la paix prépare la guerre

Solutions : Recherche de sens / Responsabilisation

  • Mise en perspective de l’humanité face à l’histoire de notre planète
  • Pari de Pascal, Phénixologie Vs Collapsologie
  • Comment réduire la probabilité que ça arrive ?
  • Comment modifier les comportements ? (inciter les entreprises à l’éco-conception)
  • Comment réduire l’impact quand ça arrive ? ( Lister de nos dépendances,Anticiper un mode dégradé, Assurance Résilience)
  • Comment se relever plus vite quand ça arrive ?
    • Paradoxe des Gilets Jaunes : Plus de liberté – Moins de Liberté
    • Etat, bon pour le court et long terme moins bon sur le moyen terme
    • Est-ce que le modèle pyramidal est toujours le bon ?
    • Comment évoluer vers une société en réseau maillé, en boule de gui ?
    • Clé de la réussite – Empowerment – Acteur plutôt que passif

Intégration progressive dans nos vies

Les technologies vont de plus en plus s’infiltrer dans nos vies sans même qu’on s'en rende compte.

Arrivée progressive du Véhicule autonome

Petit à petit on commence à prendre des véhicules autonomes via des navettes de Navya (à La Défense) ou EasyMile (expérimentation au Bois de Vincennes avec la RATP), poussée par des villes comme Paris qui souhaite interdire leur centre-ville aux véhicules individuels et utiliser le véhicule autonome à la place.  (cf. article sur le véhicule autonome  et l’étude sur les perspectives et les disruptions apportées par le véhicule autonome que j’ai rédigé pour Les Echos ). En revanche, nous sommes encore au début et le pivot d'EasyMile vers des véhicules autonomes industriels ou dans des zones closes (ex: avec TLD dans les aéroports) montrent que le modèle économique pérenne n'est pas encore là.

Retail – Magasins plus connectés qu’un site Internet … et autonomes (surtout Drive-Péton)

Les produits sont de plus en plus personnalisés (ex : fonds de teint Lancôme (cf. mes prédictions 2018 sur la customisation de masse et le fog manufacturing) et Nike ID qu’on peut voir directement en magasin, personnalisée à nos couleurs grâce à la réalité virtuelle via la solution de Smart Pixels ).

 

Alors que nous avions très peu d’informations sur le client en magasin, il y a encore quelques années  (rappelez-vous des Estimotes, beacons Bluetooth pour traquer les utilisateurs alors que moins de 15% des visiteurs avaient leur Bluetooth activé ! ), aujourd’hui c’est l’inverse, nous avons même beaucoup plus d’informations que sur un site Internet. AIpoly par exemple est capable de déterminer votre comportement magasin grâce au « Sensor Fusion » (cf. article sur retail).

Ce n’est pas sans raison si Amazon multiplie ses magasins autonomes et Auchan commence à les tester en France après la Chine avec Auchan Minute. La multiplication des Drive Piéton en centre-ville (application du « Click and collect » ) illustre cette tendance car tout le cycle d’achat a déjà été réalisé en ligne. Il y a d’ailleurs de fortes chances que ça soit d’abord le drive piéton qui soit automatisé au moins pour la recherche des produits dans les réserves avec des robots tels que ceux d’Exotec. C’est nettement plus simple que d’automatiser tout le cycle d’achat alors que tout est déjà  automatisé en ligne.

 

Mo-Ka, une startup  française a même développé une poignée « intelligente » pour rendre n’importe quel magasin autonome (plutôt dans des petites surfaces, un faible nombre d’achats ou des articles  pas trop grands ) car il faut mettre tous ces articles dans le sac).

Cette poignée clipsée sur un sac de courses permet de scanner tous les aliments à l’intérieur du sac grâce à une caméra (embarquant une IA de reconnaissance d’objets).  Associée au capteur de poids précis à deux grammes près, cela suffit pour savoir précisément quels produits sont placés dans le sac, la géolocalisation (entre le sac et un capteur dans le rayon) sert à affiner la détection.

 

Son usage, selon moi, est plutôt dans des petites surfaces ou pour un faible nombre d’achats car dans une grande surface, il faudrait empiler plusieurs sacs dans un caddie (et avoir plusieurs caméras), traiter manuellement les articles trop encombrants … Si Mo-Ka réussit, il pourrait proposer à des fabricants de chariots d’intégrer sa solution. Des chariots connectés (ex : Hanshow) existent déjà mais sont trop chers pour un usage grand public. (IMAGE : Gisèle Père Noël)

Amazon applique lui les recettes de son site en ligne au magasin. En plus des Amazon Go, il teste à New York un magasin Amazon 4-Star  à New York où ne sont proposés que des produits plébiscités par les clients du site (>= 4 étoiles).

 

Bien sûr, les membres Prime sont favorisés car ils paient en boutique les prix pratiqués sur le site Internet, souvent moins élevés. L’abonnement, rien de tel pour fidéliser le client à partir du moment qu’on a les moyens de l’attirer et de le garder.

Est-ce la fin des magasins physiques avec des êtres humains ? Non grâce à l’expérience !

Je ne pense pas .En revanche, les magasins devront le plus en plus proposer une vraie expérience client (conseil, ateliers DIY…) au risque sinon d’être remplacés par des magasins automatisés ou des sites en ligne ( j’en parle longuement dans l’article suivant pour différencier un magasin physique d’un site en ligne ).

 

C’est certainement ce qui a poussé LVMH  à racheter le groupe Belmont pour 3,2 Md$  qui détient ou exploite 46 hôtels, trains et croisières fluviales. Comme j’en avais parlé l’année dernière, l’hôtellerie est un lieu privilégié d’expérience et donc de canal de distribution .

 

 

Pour faire face aux besoins incessants de nouveauté, il est probable que nous voyons de plus en plus de Pop-up Store pour vendre de manière temporaire des marques en particulier des DNVB, Digitally Native Vertical Brands (cf. article Medium).

 

Quelques mots sur les DNVB, elles se fondent autour de 4 piliers :

  1. Business model de commerce vertical qui supprime les intermédiaires de l’amont à l’aval, de la fabrication à la distribution.
  2. Des startups qui créent leurs produits à partir des données collectées sur leurs « followers » et futurs clients potentiels
  3. Elles s’expriment, interagissent et vendent directement et principalement via le web et le mobile avec une obsession sur l’expérience client (les produits, l’expérience online et le service client) et la création d’un fort lien émotionnel avec chacun.
  4. Lorsqu’elles font le choix de passer du digital au brick&mortar, elles continuent à délivrer une expérience de marque personnalisée, au travers de leur réseau propre ou de partenariats sélectifs pour contrôler leur distribution.

Il y a même des entreprises qui repèrent des Instragrameuses de mode influentes et créent une gamme de produits qui collent à l’esprit de ce compte et utilisent (avec son accord et des commissions) celui-ci pour promouvoir ces nouveaux produits !

Digression sur l’art

Petite digression, le nombre de followers (qualifiés c’est mieux !) sur Instagram est un critère de sélection majeur pour les nouveaux artistes pour être exposé, indépendamment de la qualité des œuvres.

 

 


J’avais ainsi visité une expo dans le Marais. Les œuvres étaient d’une qualité particulièrement médiocre (variations de dessins d’enfant ! à l’exception d’une bonne idée, peinture sur une sphère). Ne comprenant pas comment d’aussi mauvaises œuvres pouvaient être exposées, j’ai bombardé l’artiste et le responsable du lieu de questions pour comprendre comment c’était possible (avec un ton très neutre pour ne pas trop éveiller les soupçons ;) J’ai vite cernée l’artiste après lui avoir posé la question sur la raison pour laquelle elle avait nommé un de ses tableaux « Miroirs » quand elle m’a dit qu’elle ne souhaitait pas se livrer dans ses « œuvres ».

 

En revanche, j’ai vu qu’elle avait un esprit très commercial car elle était capable en deux mois, de produire une quarantaine de toiles autour de deux, trois thèmes avec juste des variations de couleur.

Enfin, l'IA devrait remplacer à terme les mauvais artistes ... mais pas les très bons.

 

Le responsable du lieu lui m’a expliqué comment il faisait pour sélectionner les artistes qui étaient exposés. La visibilité médiatique en particulier via les comptes Instagram est un critère de choix pour lui car il sait qu’au moins il réduit ses risques d’une faible fréquentation de son expo, augmente ses chances de nombreuses publications sur Instagram faisant référence à son lieu. (les visiteurs d’aujourd’hui peuvent être les clients de demain…)

 

Il laisse néanmoins une chance aux artistes particulièrement bons mais qui n’ont pas de réseau sur Instagram ou Facebook mais il aura plus de boulot pour faire venir des personnes.

IA, Intelligence artificielle  

J’avais eu l’occasion de parler des futurs impacts de l’IA dans mes prédictions notamment sur le risque de confusion entre l’humain / non humain, réel/virtuel, vivant/inerte, créations humaines / créations d’IA, vrai/faux car les technologies brouilleront les frontières.

IA et automatisation des processus - RPA

Le principal intérêt de l’IA est de pouvoir résoudre des problèmes complexes en temps réel  (cf. Article sur les limites de l’IA),. Or notre monde est de plus en plus complexe en particulier pour les entreprises et acteurs publics.

 

Ma prédiction est à l’image de ce qui se passe pour l’Internet des Objets, une intégration de plus en plus massive d’IA dans les entreprises plus que pour les particuliers où ce sera encore très progressif (ex : recommandations de films, restaurants, intégration de la voix dans des appareils électroménagers et équipements électroniques et accroissement de l’utilisation des assistants vocaux, conseils financiers et gestion du budget familial …)

 

Dans les entreprises, l’IA va surtout avoir un impact sur les processus administratifs (processus comptables et financiers comme la facturation, la paie, les notes de frais, les processus d’achat, de vente et après-vente (visite du client en ligne ou dans un magasin, commande, facturation, paiement, livraison, retours clients, référencement, optimisation du prix), juridique (rédaction de contrats sur-mesure, analyse de contrats et des clauses, analyse des décisions juridiques … ) en facilitant l’automatisation des tâches nommée aussi RPA (…).

 

Il est aujourd’hui difficile d’automatiser un certain nombre de tâches en raison de petits éléments de variation, une myriade de cas particuliers qu’il est soit difficile de conceptualiser puis d’automatiser, soit de standardiser car on ne peut supprimer ces exceptions.

Dans ces cas, on crée souvent deux processus, un processus standard qu’on peut standardiser et un processus exceptionnel qui est en général très manuel et long avec souvent des contrôles renforcés ou des processus manuels « by-pass », chemins très courts très peu contrôlés avec des dérives potentielles. Si le nombre de transactions passant par le processus exceptionnel dépasse les 10%, il y a un souci …

L’IA permet de résoudre en partie le problème en transformant une multitude de cas particuliers en des groupes de cas qui suivront des traitements différenciés.

Prenons un exemple, vous devez référencer un nouveau fournisseur qui se trouve être une startup.

A moins d’avoir prévu un processus particulier pour les startups, on va lui demander un grand nombre d’informations pour s’assurer de la pérennité de l’entreprise : Kbis, liasse fiscale, bilan et Compte de résultat des 3 dernières années …  Ce qui peut aboutir à des situations absurdes où vous souhaitez acheter un nouveau produit d’une startup mais vous ne pouvez pas car on ne peut référencer la startup car elle a moins de 3 ans d’existence n’a pas de résultats …

 

 

Avant même d’utiliser une IA, on peut déjà simplifier le processus : c’est beaucoup plus facile et moins cher à faire. En créant un processus allégé si c’est un achat indirect (qui n’entre pas dans la production du bien ou service) et peu critique avec une valeur réduite. D’ailleurs il est toujours préférable de nettoyer les processus avant d’utiliser de l’IA car comme on dit : Garbage In, Garbage Out et vous risquez de créer une usine à gaz pour des problèmes qui peuvent être résolus simplement.


Ensuite l’IA va, en fonction du montant de l’achat, de la criticité de l’achat, de la direction qui achète, des données sur la startup, catégoriser les achats et entreprises, proposer à celui qui décide un processus complet, allégé ou même adapté à chaque situation (ex : une demande de quelques informations additionnelles différentes selon chaque cas mais choisies par l’IA). L’acheteur va accepter ou non cette proposition, l’IA va apprendre sur base de ces choix à mieux catégoriser chaque fournisseur potentiel et achat.

 

Ensuite, l’IA va par exemple catégoriser en trois catégories : Vert, Orange et Rouge. Vert : Acceptation automatique du référencement – Orange : Acceptation sous réserve d’avoir des données additionnelles et après l’acceptation de l’acheteur – Rouge : Refus qui peut être outrepassé par l’acheteur mais doit être justifié (ex : entreprise frauduleuse, en violation de loi …). (Dans la vidéo, ici l'IA associée à un robot collaboratif Universal Robots est utilisée pour trier des boites de Pétri sur base de la reconnaissance visuelle)

 

Ainsi, une IA pourrait très bien accepter un référencement d’entreprise (jusqu’à un certain montant et criticité) sur base juste d’un numéro de Siren sans demander tout le toutim qui d’ailleurs fait perdre un temps fou au service achat.

 

Cela renforce d’ailleurs le rôle de l’acheteur dans des tâches à valeur ajoutée (vérifier les entreprises à risque), plutôt que d’accepter des référencements d’entreprise où tout est normal.L’IA permet de résoudre en partie le problème en transformant une multitude de cas particuliers en des groupes de cas qui suivront des traitements différenciés.

Prenons un exemple, vous devez référencer un nouveau fournisseur qui se trouve être une startup.

A moins d’avoir prévu un processus particulier pour les startups, on va lui demander un grand nombre d’informations pour s’assurer de la pérennité de l’entreprise : Kbis, liasse fiscale, bilan et Compte de résultat des 3 dernières années …  Ce qui peut aboutir à des situations absurdes où vous souhaitez acheter un nouveau produit d’une startup mais vous ne pouvez pas car on ne peut référencer la startup car elle a moins de 3 ans d’existence n’a pas de résultats …

 

Avant même d’utiliser une IA, on peut déjà simplifier le processus : c’est beaucoup plus facile et moins cher à faire. En créant un processus allégé si c’est un achat indirect (qui n’entre pas dans la production du bien ou service) et peu critique avec une valeur réduite. D’ailleurs il est toujours préférable de nettoyer les processus avant d’utiliser de l’IA car comme on dit : Garbage In, Garbage Out et vous risquez de créer une usine à gaz pour des problèmes qui peuvent être résolus simplement.

 

Ensuite l’IA va, en fonction du montant de l’achat, de la criticité de l’achat, de la direction qui achète, des données sur la startup, catégoriser les achats et entreprises, proposer à celui qui décide un processus complet, allégé ou même adapté à chaque situation (ex : une demande de quelques informations additionnelles différentes selon chaque cas mais choisies par l’IA). L’acheteur va accepter ou non cette proposition, l’IA va apprendre sur base de ces choix à mieux catégoriser chaque fournisseur potentiel et achat.

 

Ensuite, l’IA va par exemple catégoriser en trois catégories : Vert, Orange et Rouge. Vert : Acceptation automatique du référencement – Orange : Acceptation sous réserve d’avoir des données additionnelles et après l’acceptation de l’acheteur – Rouge : Refus qui peut être outrepassé par l’acheteur mais doit être justifié (ex : entreprise frauduleuse, en violation de loi …). (Dans la vidéo, ici l'IA associée à un robot collaboratif Universal Robots est utilisée pour trier des boites de Pétri sur base de la reconnaissance visuelle)

 

Ainsi, une IA pourrait très bien accepter un référencement d’entreprise (jusqu’à un certain montant et criticité) sur base juste d’un numéro de Siren sans demander tout le toutim qui d’ailleurs fait perdre un temps fou au service achat.

 

Cela renforce d’ailleurs le rôle de l’acheteur dans des tâches à valeur ajoutée (vérifier les entreprises à risque), plutôt que d’accepter des référencements d’entreprise où tout est normal.

Dans les ventes et achats, l’optimisation du prix de vente (en B2B en plus du B2C) est un domaine où l’IA a une vraie valeur,  Brennus Analytics par exemple analyse toutes les caractéristiques les propositions de ventes que vous réalisez en B2B dans le cadre d’appel d’offres et sur cette base va dresser une carte de chaleur qui va indiquer en fonction du prix et de l’offre, la probabilité de gagner l’appel d’offres.

 

Aujourd’hui, c’est applicable pour les offres où il y a suffisamment de transactions ( > 100 par an) et des offres suffisamment structurées car cela facilitera l’apprentissage de l’IA.

 

Dans le domaine juridique des entreprises comme Case Law Analytics et Hyperlex, analyse les contrats et les conditions générales de ventes. 

IA et impact sur l'emploi

L'IA  aura évidemment un impact sur l'emploi (cf article).  Francois Pachet (créateur de Flow Machines (ex-Sony CSL) qui a notamment crée les musiques sur base d'intelligence artificielle Daddy's Car qui reprend les thèmes des Beatles et qui est Creator Technology Research Lab Director chez Spotify) disait lors d'une conférence

"AI is just à tool that ease music creation. It creates OK music. It doesn't threaten good musicians but bad music and bad musicians, but that's not a bad thing ! "

 


 

En réalité, cela ne s'applique pas qu'aux musiciens mais à tous, et effectivement il y a de fortes chances que ceux qui n'excellent pas dans leur métier risquent forts d'être sur le carreau d'ici une dizaine d'années (cols blancs, middle management, vendeurs n'offrant pas de conseils... ) à moins d'être dans un domaine difficile à remplacer par des IA (métiers impliquant des relations humaines comme infirmière, professeur, chanteur mais aussi des métiers aujourd'hui compliqués à remplacer comme plombiers,sportifs de haut niveau ...).

Un article du NY Times dit même qu'à Davos, un certain nombre de PDG de grandes boîtes y voient l'opportunité de drastiquement réduire leurs effectifs et d'augmenter significativement leurs bénéfices. Selon moi, c'est une vision très court termiste (et cynique), car si un très grand nombre d'entreprises mettent en place des vastes politiques de licenciement, ils diminueront très fortement leur nombre de clients et donc leurs profits.

 

D'autre part, ils bénéficieront de beaucoup moins d'économies d'échelle. Comme l'Europe est beaucoup plus protectrice vis-à-vis de ses salariés, les Etats-Unis et la Chine seront très certainement tentés de réduire fortement leurs coûts dans leurs pays (au moins par des licenciements pour les USA ) et d'exporter à beaucoup plus bas prix en Europe que les entreprises européennes (comme leurs effectifs seront beaucoup moins nombreux). Le marché des consommateurs européens deviendraient la vache à lait des entreprises extra-européennes.

 

Une idée pour amortir l'impact de ce type de licenciement. Comme les entreprises seront beaucoup plus rentables grâce aux licenciements économiques liés à l'IA, pourquoi ne pas compenser les personnes licenciées économiquement par des BSALLE ( BSA - bons de souscription d'actions liées à un licenciement économique)  - cf lien vers le détail entre AGA, BSA, BSPCE, Stock Options). D'autre part, les entreprises pourraient favoriser et financer le développement de nouvelles activités de leurs ex-salariés ;)

 

IA au sein de l’Etat, Régions et collectivités territoriales

L’IA permet de résoudre la quadrature du cercle que vit l’Etat ainsi que les Régions et collectivités territoriales : comment rendre un meilleur service avec moins de moyens.

 

A l’heure actuelle, à l’exception sans doute de Bercy pour les contrôles fiscaux, L’Etat et les collectivités territoriales n’utilisent pas beaucoup l’IA alors qu’ils pourraient très rapidement offrir un bien meilleur service avec autant ou moins de personnes (charge bien sûr à l’Etat de former les personnes touchées et de les aider à trouver une activité qui les intéresse au sein ou en dehors de la Fonction publique et avec leur accord.)

 

Il y a un  nombre incalculable de procédures au sein de l’Etat (agrément, primes, contrôles, obtention de documents) qui n’ont pas toujours été adapté au monde actuel. Il y a eu un effort massif pour digitaliser un très grand nombre de ces processus et les rendre accessibles sur Internet mais dans bien des cas c’est une digitalisation d’un processus manuel sans changement majeur du processus et souvent en obligeant les administrés à rentrer dans des cases qui ne correspondent pas toujours à leur situation.

 

Comme pour les processus d’achats, l’IA pourrait être utilisée pour catégoriser la variété du nombre de demandes et proposer des réponses et processus adaptés et permettre aux agents publics de se focaliser sur les cas critiques avec un vrai rôle de conseil. L’agent garderait bien sûr la main sur la décision ou la procédure mais serait assisté par une IA.

 

Le programme Startups d'Etat (service public sans personnalité juridique propre, constituée d’une petite équipe totalement autonome, financée par une administration porteuse. Elle naît de l’identification d’un problème rencontré par les citoyens comme par les agents publics, qu’elle se donne pour objectif de résoudre grâce à un service numérique.) est un des moyens pour que ce type d'initiative se développe.

Pour prendre plusieurs exemples, la délivrance d’une carte de séjour ou de la carte d’invalidité d’une personne ayant un handicap pourrait être nettement accélérée pour des profils « sans risques » ou des personnes ayant un handicap irréversible. Dans l’autre sens, on pourrait beaucoup plus facilement identifier les profils à risques et fraudeurs (pour la carte d’invalidité).

 

D’ailleurs, dans ce dernier cas, je suis surpris du nombre phénoménal de fausses cartes d’invalidité posées derrière les pare-brises pour bénéficier du stationnement gratuit alors que c’est tellement simple d’avoir une solution pour le contrôler facilement.

 

Quelques idées : intégrer comme dans les billets de banque un filigrane (la PME Surys fait cela notamment pour authentifier des bouteilles), mais il y a encore plus simple, utiliser des codes de vérification dans le numéro de la carte d’invalidité ou imprimé sur d’autres parties de la carte (permet de faire un checksum comme les codes de la sécurité sociale) et bien sûr relier ce numéro de carte avec une base de données qui au moins indique juste si c’est un numéro valide ou non.

 

Il y aura toujours des personnes pour contourner le système mais là c’est vraiment trop facile et c’est au détriment de personnes qui en ont vraiment besoin.

 

Je prédis donc que l’Etat va massivement investir dans l’IA pour ses processus internes pour rendre un meilleur service avec moins de ressources mais aussi une meilleure qualité de vie des agents le réalisant (moins de stress en cas de pic, administrés plus satisfaits et donc ayant de meilleures relations avec les agents, satisfaction d’avoir un impact plutôt qu’insatisfaction de réaliser sans valeur ajoutée et de n’être qu’un engrenage dans une machine mal huilée …)

Mutualisation des outils IA et Blockchain dans les Régions, Collectivités territoriales …

Les régions et collectivités territoriales devraient aussi bénéficier de l’utilisation de l’IA et je prévois qu’elles le feront intelligemment (en espérant que cela ne soit pas un voeu pieux ;) ) en mutualisant les efforts et les outils.

 

De nombreux processus sont très similaires d’une collectivité à une autre, une boîte à outils digitale, évolutive et si possible open source pour gérer par exemple les demandes les plus courantes des habitants et les processus internes (demande de permis de construire, de places en crèches…).

 

La boîte à outils serait composé d’une forme de workflow digital (étapes avec les informations à obtenir , les actions à réaliser, les documents et livrables à donner), des interfaces simples pour l’utilisateur, l’agent, l’administrateur de la collectivité : formulaire, interface de contrôle, tableau de bord  … L’IA (qui n’est pas indispensable dans tous les cas !) peut aider à automatiser certaines étapes (vérification des pièces d’identité, contrôle de cohérence, choix des procédures…). Chaque collectivité pourrait adapter son workflow mais aurait une base de départ fonctionnelle. 

 

Pour illustrer cette tendance, il y a eu récemment le premier Sommet des GovTech avec Justin Trudeau. D'autre part, la région Île-de-France a mis en place un plan IA 2021 pour favoriser l'utilisation de l'IA dans les PME et ETI franciliennes, je suis certain, qu'elle en profitera aussi pour l'utiliser aussi en interne.

 

J'en parle plus loin, mais le développement de la blockchain me semble aussi essentiel parmi les acteurs publics car les régions en particulier doivent gérer des domaines (agriculture, lycée, santé...) qui réunit de très nombreux acteurs ayant des intérêts souvent différents et qui idéalement devraient se partager des informations mais ne le font pas car ils n'ont pas suffisamment confiance les uns dans les autres. Or c'est un cas d'application direct de la blockchain.

IA : Personnalisation destinée au Client final

Pour le particulier, l’IA va selon moi, entrer très progressivement dans nos vies, sans que nous nous en rendions toujours compte.

 

Le thermostat qui va adapter le chauffage en fonction de nos habitudes sans que nous ayons quoi que ce soit à programmer, le nounours Snow Shine d’Immplay qui va discuter avec les enfants (ce qui ne va pas sans poser problème en réduisant, selon moi, l’imagination des enfants (cf. article)

 

L’autre axe sera une imitation de plus en plus proche des émotions humaines qui pourraient modifier notre rapport avec les objets pour les prochaines générations et nous rapprocheraient de la culture animiste japonaise et dans de nombreux pays en Afrique. Qui sait dans 50 ans, il y a aura peut-être un droit des objets animés qui nous interdira de les maltraiter car ils seront animés d’émotions certes fausses mais si crédibles que nous n’oserons plus les fracasser contre un mur, les jeter à terre …

 

Imaginez une chaise qui hurlerait à la mort si vous la souleviez et la tapiez continuellement contre le sol. Cela pourrait d’ailleurs être un puissant moyen d’inciter à ne pas gaspiller et jeter. :)))

 

Multiplication des interactions naturelles

J’avais abordé la multiplicité et la complémentarité des interactions avec les objets (cf. article) qui devrait se développer aussi massivement en particulier la combinaison de la voix et du geste (chemin que prend d’ailleurs 7Hugs avec sa Smart Remote, télécommande contextuelle)

Blockchain: Usages : traçabilité, sécurité, désintermédiation, fidélisation

La blockchain devrait commencer à trouver ses lettres de noblesse et surtout des killer apps en B2C et B2B

Vous trouverez plus d’informations sur la Blockchain dans cet article (cf. article).

 

 

Il y a selon moi quatre intérêts  à la Blockchain (registre/base de données décentralisée entre tous ses membres pour faire court ) ! 

 

 

  • Inviolabilité (quasi) du registre
  • Désintermédiation grâce à la suppression du tiers de confiance pour échanger alors qu’on n’a pas toujours confiance en eux ( c’est d’ailleurs le manque de confiance qui crée une confiance car tout le monde a accès au registre et peut le contrôler )
  • Capacité à gérer un très grand nombre de transactions pour un coût
  • Automatisation de processus (avec les Smart Contracts)

Les principaux usages qui vont se développer selon moi sont la traçabilité (produits, personnes, processus, échanges…), la cybersécurité ( car on peut tracer tout changement, y compris l'authentification et la gestion des identités), la création de plateformes directes (et donc une désintermédiation des plateformes) et la fidélisation interentreprises / l’incitation à des comportements bénéfiques pour la communauté, partage de ressources, biens.

Blockchain et traçabilité

La Killer app en B2B est, selon moi, la traçabilité. Par exemple, Carrefour a mis en place une blockchain pour tracer la vie des poulets de l’élevage jusqu’au rayon (Ethereum), c’est possible avec la Blockchain, car les éleveurs n’ont pas nécessairement confiance en Carrefour et vice versa et naturellement hésiterai à transmettre leurs données sur une plateforme de Carrefour avec le risque que Carrefour puisse la modifier …

Avec la blockchain, les éleveurs voient directement la base de données et peuvent vérifier que leurs données n’ont pas été compromises. Le client final peut en scannant un QR code visualiser la totalité des étapes du cycle d'élevage du poulet. En octobre 2018, Carrefour a décidé de joindre la plate-forme collaborative IBM Food Trust (solution facturée par IBM), qui souhaite devenir un standard mondial de traçabilité alimentaire grâce à la blockchain auquel participe aussi le distributeur américain WalMart, Unilever, Nestlé. 


L'Europe doit être très attentive car même si les données de la blockchain n'appartiennent pas à IBM, la structure de données et le type d'informations qu'on y intègre sont du ressort d'IBM (en concertation, je suppose, avec ses membres du consortium). Il y a plusieurs points à creuser à ce sujet,

  • est-ce qu'IBM (ou le consortium) à la main mise sur le choix du type de données traçable dans la blockchain ?. Si cette blockchain ne prévoit pas initialement d'intégrer le type de pesticides utilisés, est-ce qu'un distributeur pourra néanmoins l'inclure pour ses propres besoins ou faut-il l'accord du consortium pour le faire ? Il doit y avoir un set de type de données communes à tous les membres de la plateforme pour faciliter la vie des agriculteurs, groupes agro-alimentaires... néanmoins il pourrait y avoir une personnalisation. 
  • que se passe-t-il si une entreprise ne travaille plus avec IBM Food Trust ? Perd-il l'accès aux données lui permettant de tracer ses aliments (en plus des siennes) ? Est-il possible de porter la traçabilité des aliments sur une autre plateforme ? Est-ce que les autres membres perdent ou non l'accès aux données historiques et donc la traçabilité ?

D'autre part, IBM utilise une blockchain privée Hyperledger (open source et très largement soutenue par IBM, Accenture, Intel ...) et donc n'a pas les mêmes caractéristiques d'infaillibilité qu'une blockchain publique. Donc quelles sont les règles de consensus utilisés pour accepter ou non une transaction ?

 

Du côté des entreprises, comme Carrefour, ils doivent s'assurer qu'ils peuvent inclure des données spécifiques additionnelles comme l'utilisation des pesticides ou de types de données spécifiques à Carrefour sans devoir demander l'autorisation de la plateforme IBM Food Trust. Bien sûr, 

 

A ce titre l'Europe, pourrait au minimum proposer une architecture de données en concertation avec les acteurs agro-alimentaires européens, proposer des règles sur la portabilité, d'accès aux données et développer des blockchains publiques ... car il y a un vrai risque de monopole de fait avec la blockchain privée (ce qui peut paraître contradictoire avec l'esprit de la blockchain ... publique).

B2G : Blockchain et gestion des identités

En B2G, la killer app est bien sûr la traçabilité et la gestion des identités (faciliter la délivrance d'un permis de construire, d'une carte d'identité ...)

 

Un des problèmes de la gestion des identités est la crainte qu’elles soient centralisées, accessibles et modifiables par des personnes mal intentionnées.

 

La blockchain permet de construire un système d’identification numérique sans avoir à confier à un organisme central ni même à l’État la gestion et la conservation de celles-ci. J'ai écrit la partie blockchain dans le rapport CES Las Vegas d'Olivier Ezratty où j'explique plus précisément ce qu'apporte la blockchain et les innovations que j'ai trouvées au CES.

B2G : Blockchain contre la corruption

Un autre usage de la blockchain en B2G (Business to Government) est  la forte réduction de la corruption car l’inviolabilité d'une blockchain publique réduit ces risques car on ne peut pas cacher les malversations en modifiant des registres … 

 

La Moldavie l’a notamment utilisé pour éliminer le trafic d’enfants facilité auparavant par des fonctionnaires corrompus qui modifiaient les registres des naissances. Le continent africain devrait selon moi être en pointe dans l’utilisation des blockchain pour assurer de la bonne gestion des fonds alloués notamment via des aides publiques. (cf. le Rwanda utilise la blockchain pour tracer le tantale (de l’extraction du minerai à son raffinage afin de rassurer les acheteurs qu’il est « conflict-free mineral »), l’Estonie utilise la blockchain pour tracer ses documents et transactions )

 

Dans le domaine de la Smart City, la blockchain permettrait que des acteurs ayant des intérêts divergents puissent partager des données sans qu’il y ait un acteur qui concentre tout. J’avais d’ailleurs prédit l’apparition de concurrents à AirBnB, Blablacar, Uber utilisant la Blockchain qui faciliterait les échanges peer-to-peer ou C2C mais on est encore loin.

 

La blockchain pourrait aussi fortement transformer des métiers ayant le rôle de tiers de confiance comme les notaires (qui ont d’ailleurs une initiative en ce domaine).

Blockchain : Fidélisation et incitation à des comportements responsables

Aujourd’hui, il y a de nombreux programmes de fidélisation mono-marques, un peu moins mono-entreprise multi-marques, beaucoup moins multientreprise, multimarques (ex : Miles des compagnies aériennes, points fidélité Amex…).

 

On devrait voir l’émergence rapide de programmes massivement multi-entreprises grâce à la blockchain. La raison est la suivante, c’est très compliqué de monter un programme de fidélisation multi-entreprises car cela passe souvent par des négociations bilatérales entre une entreprise leader et un grand nombre d’entreprises affiliées.Souvent, les points de fidélité fonctionnent dans un sens, je reçois des miles qui me permettent de bénéficier d’une nuit d’hôtel gratuite mais une nuit d’hôtel payée ne me permet pas de bénéficier de miles. D’autre part, une entreprise leader a une plateforme centralisée collectant les données auxquelles les entreprises affiliées n’ont pas nécessairement accès.

 

La blockchain permet de faciliter très fortement les programmes multientreprises car les données ne sont pas centralisées par une seule entité mais par toutes celles y participant.

 

Aujourd’hui, il y a de nombreux programmes de fidélisation mono-marques, un peu moins mono-entreprise multi-marques, beaucoup moins multientreprise, multimarques (ex : Miles des compagnies aériennes, points fidélité Amex…).

 

On devrait voir l’émergence rapide de programmes massivement multi-entreprises grâce à la blockchain. La raison est la suivante, c’est très compliqué de monter un programme de fidélisation multi-entreprises car cela passe souvent par des négociations bilatérales entre une entreprise leader et un grand nombre d’entreprises affiliées et souvent dans un sens, je reçois des miles qui me permettent de bénéficier d’une nuit d’hôtel gratuite mais une nuit d’hôtel payée ne me permet pas de bénéficier de miles. D’autre part, une entreprise leader a une plateforme centralisée collectant les données auxquelles les entreprises affiliées n’ont pas nécessairement accès.

 

La blockchain permet de faciliter très fortement les programmes multientreprises car les données ne sont pas centralisées par une seule entité mais par toutes celles y participant.

 

La startup Sandblock.IO (France) construit justement ce type de blockchain avec de nombreuses marques. Son but est de proposer une solution « customer-centric » et transparente pour l'utilisateur et respectueuses de ses données personnelles. Ces points de fidélité sous forme de token sont plus sécurisés et utilisés avec plus de fluidité au sein du réseau. Elle ne nécessite pas de contractualisation lourde et longue ou de relation de confiance quelle que soit la taille des participants.

 

Elle a été cofondée par Sarah-Diane Eck (également VP France Digitale), ce qui est rare car le milieu de la blockchain est encore plus masculin que celui de la Tech en général. C'est aussi un rare cas d'application concrète de la blockchain dans un domaine autre que financier, de la traçabilité et la sécurité et réalisé totalement en France.

5G, oui mais très progressif

Carte de déploiement actuel de la 5G (Jan 2019)
Carte de déploiement actuel de la 5G (Jan 2019)

La 5G devrait se développer de manière très spécifique soit dans des centres-ville soit sur des autoroutes pour répondre aux besoins d’un véhicule autonome.

 

En revanche, je ne crois pas du tout à une couverture complète de la France en 5G car cela nécessite de placer beaucoup plus d’antennes 5G afin de réduire les délais de latence. Or ce n’est pas économiquement tenable pour les opérateurs télécoms sauf dans les lieux à forte densité ou usage. 

Vers l’Omnipuissance grâce aux technologies

Volonté de tout savoir

Aujourd’hui, pour des raisons économiques, les GAFA concentrent un très grand nombre de données sur nous et deviennent capables d’en deviner et anticiper d’autres notamment grâce à l’intelligence artificielle. Il y a une raison toute simple, leur modèle économique à l’exception d’Apple est fondé sur la publicité à plus de 90% (Facebook, Google) ou la distribution de produits qu’ils ne fabriquent pas (Amazon, Alibaba...). Il en est de même pour Netflix et d’autres NATU (Netflix AirBnB Tesla Uber).

 

Même face à des êtres humains et des informations incomplètes, l'IA devient de plus en plus capable d'anticiper nos réactions. Très récemment, DeepMind (filiale IA de Google qui avait battu le meilleur joueur de Go, Ke Jie en mai 2017) a battu deux des meilleurs joueurs à Starcraft, après un entraînement de 18 mois. Pour le dernier match, DeepMind avait une un champ de vision égal à celui de son adversaire, ne lui donnant pas la capacité de voir toute la carte de jeu et MaNa, son adversaire human avait modifié sa stratégie pour le pousser à la faute... Résultat MaNa a gagné ! Tout espoir n'est pas perdu pour l'être humain ;)

La connaissance des clients et l’anticipation de leurs besoins sont essentielles pour accroître le taux de transformation des ventes. J’avais d’ailleurs écrit (en 2014 ;) sur des raisons qui pourraient expliquer certains projets de Google X ou ex-Google X comme le véhicule autonome devenu Waymo. Cela permet de libérer de l’attention et donc de voir des pubs proposées par Google, les investissements dans l’augmentation de la durée de vie, permettent eux d’augmenter la durée totale d’attention de vie humaine.

Mais il n’y a pas que les GAFA / BATX qui ont besoin de données mais de plus en plus les États pour de bonnes raisons (sécurité, amélioration de flux de transports et des infrastructures, meilleure gestion des soins de santé...) mais aussi de mauvaises pour certains d’entre eux (contrôle de la population voire censure, manipulation massive de citoyens, éliminer les oppositions ...).

 

La Chine l’utilise d’ailleurs massivement pour noter ses citoyens et aussi pour accélérer l’apprentissage automatique pour leurs IA. Pour l’anecdote, la Chine a réalisé toute l’infrastructure de caméras au Zimbabwe en échange notamment d’accès aux visages du pays , car leurs algorithmes ne tiennent compte principalement que de visages asiatiques. 

 

En revanche, la plupart des États (hors USA et Chine) n’ont pas les capacités ou les moyens de collecter et d’analyser toutes les données en particulier non structurées (comme des messages, des posts sur Facebook...) et ont besoin d’avoir accès à des entreprises telles que les GAFA/BATX pour accéder aux sonnées de leurs citoyens. 

Les intérêts des deux étant similaires, je prédis qu’il risque d’y avoir de plus en plus de coopérations entre les États et les GAFA (pour les Etats-Unis et la Chine, c’est déjà fait!) pour que les données et les capacités d’analyse soient partagées par les GAFA avec les États de manière massive.

 

La France a choisi de créer un groupe de travail à titre expérimental sur 6 mois avec Facebook où des représentants des autorités françaises ( 5 au maximum venant de l’ARCEP,CSA,DINSIC) devraient pouvoir accéder aux outils, aux méthodes et au personnel du réseau social chargés de faire la chasse aux contenus racistes, antisémites, homophobes ou sexistes ". L’objectif est d’éviter aussi les fake news. Il faut bien sûr s’assurer que la coopération ne crée ni de dépendance entre l’Etat français et les GAFA ni ne dépasse pas les lignes rouges de la vie privée (hors enquête judiciaire). 

 

La concentration des données risque d’être accentuée avec la directive européenne ePrivacy qui favorisent les First Contact Players (les entreprises qui ont un lien direct avec le client, contact que les GAFA veulent s’accaparer en étant dans les smartphones, les véhicules, les assistants vocaux...). Il faut y prendre garde car nous risquons d’être face à un oligopole inamovible qui a un pouvoir sur tous les aspects de notre vie et une dépendance accrue de toutes les autres entreprises.

Pour certains cas, cela peut être justifié d’avoir accès à des données de ce type (tracer des terroristes potentiels via Facebook et autres messageries) mais le risque de dérive est très tentant. D’autre part, les GAFA ne sont pas philanthropes, donc il y a nécessairement une contrepartie des États. 

 

Je pense d’ailleurs que les GAFA ne risquent pas d’être scindées aux USA, pour cette raison et en plus de maintenir des acteurs puissants face à la Chine.

 

Bien sûr, tout cela ne tient que s’il n’y a pas de fuites massives d’utilisateurs, exaspérés que leurs données soient accessibles à tout vent. J’en parlerai plus loin. Facebook fait face à une série de scandales (21 selon Wired au 12/2018) qui par contrecoup ferait plus attention. Néanmoins, il n’y aujourd’hui en Occident aucune réelle alternative aux GAFA/BATX à moins qu’un jour des plateformes blockchain émergent de manière massive.

 

Volonté de tout contrôler

Avec l’Internet des Objets, il devient aussi possible de contrôler les accès physiques. On pourrait imaginer aux États-Unis que les mauvais payeurs ne puissent accéder à leurs maisons en raison d’une serrure connectée empêchant son accès.

 

De manière plus générale, la montée des fièvres populistes pourrait inciter les États craignant d’être dépassés, d’user voire d’abuser des nouvelles technologies pour surveiller et contrôler les citoyens à distance.

Volonté de démiurge

La technologie ressemble parfois à une panacée. Dotés désormais de superpouvoirs, pour tout comprendre (IA), tout contrôler (IoT), tout guérir (génétique), nous pouvons nous prendre pour des demiurges capables de résoudre tous les problèmes faim dans le Monde, le dérèglement climatique et un jour la mortalité !

 

La technologie aide certes fortement mais elle ne règlera pas tout. Une fuite en avant technologique sans conscience de ses limites est un miroir aux alouettes.

 

Pour faire une analogie, si vous tombez malade en raison d’une mauvaise alimentation, il est préférable de changer son alimentation que de la garder et de prendre des médicaments pour compenser les effets néfastes car ces médicaments ont souvent des effets secondaires qui devront être résolus par d’autres médicaments... le seul gagnant dans l’histoire sont les entreprises pharmaceutiques 😉 En revanche, la technologie peut vous aider à réaliser un diagnostic rapide, fiable et à un prix abordable et lorsque c’est adapté apporter les traitements idoines.

Exemple de notre pouvoir sur la vie : Génétique et CRISPR-Cas 9

Nous connaissons un formidable développement des outils génétiques qui nous donne les outils pour le meilleur, des guérisons inespérées de cancer par exemple et le pire, des armes biologiques dévastatrices interdites sur le plan mondial mais à la portée de n’importe laborantin.

 

Il y a plusieurs manières d’intervenir sur les maladies génétiques et les cancers (forme de maladie génétique de cellules) avec la thérapie génique (qui consiste à modifier des gènes d’un organisme), la première la plus risquée et dangereuse pour l’avenir de l’espèce humaine est d’intervenir directement sur les cellules germinales (ovules et spermatozoïdes) car les modifications apportées sont transmissibles de génération en génération, on peut intervenir sur l’ADN (de manière définitive sur un individu mais non héréditaire) et sur l’ARN (de manière temporaire sur l’individu).

 

La thérapie génique a fait un bond exceptionnel avec le développement de la CRISPR/CAS.

 

CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats : "Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées" ) est une séquence répétée et palindromique (même ordre des lettres dans les deux sens de lecture, pour des mots : radar, Laval, Abba, " Esope reste ici et se repose ", ou des gènes : A-T G-A G-A A-T G-A G-A A-T avec adénine (A), cytosine (C), guanine (G) ou thymine (T) ) dans les gènes)

 

Les CRISPR ont d’abord été utilisés pour identifier des souches bactériennes (signature de chaque souche). Ces répétitions nommées locus CRISPR se rencontrent dans la grande majorité des organismes vivants.  Les gènes Cas sont généralement situés à proximité des locus CRISPR. La plus courante étant le Cas-1. 

 

CRISPR-Cas 9  est une enzyme capable de localiser des séquences de l’ADN spécifiques puis de couper comme des ciseaux génétiques ces séquences et les remplacer par d’autres. Elle a été découverte par deux chercheuses, en premier lieu par la chercheuse française Emmanuelle Charpentier. Le problème est qu’il y a de très nombreux « off-target », des gènes édités qui ressemblent à ceux visés mais qui ne sont pas les bons et qui peut avoir des effets délétères et même létaux sur l’individu et sa descendance.

 

CRISPR-Cas 13 est elle une enzyme découverte récemment capable de localiser des séquences de l’ARN. Sur base de CRISPR-Cas 13, des chercheurs ont développé un outil génétique REPAIR qui est plus précis que CRISPR-Cas 9, modifie de manière temporaire (car l’ARN reste de manière temporaire dans l’organisme) et surtout ne modifie pas l’ADN.

Un point essentiel est la facilité et le coût très réduit d’utilisation de CRISPR-CAS 9 et 13, qui donne accès à un très grand nombre de scientifiques de l’utiliser voire de jouer avec pour le meilleur ou le pire. Il devient facile de soigner de nombreuses maladies génétiques et cancers et malheureusement il est très facile de créer un virus hautement pathogène avec cette solution et de la transformer en arme de destruction massive. 

 

Pour rappel, le taux de mortalité aurait atteint 90% de certaines populations d’Amérindiens  avec l’arrivée des conquistadors espagnols  car ils n'étaient pas immunisés contre des virus et maladies comme la coqueluche, la rougeole ou la variole. Lors du siège de Tenochtitlan en 1520, entre 10 et 50 % de la population de la cité serait morte à cause de la variole en deux semaines.

 

Autre technique encore plus vicieuse, créer un virus qui empêche la reproduction des enfants prépubères (qui peut d’ailleurs viser un type de population caractérisé par des séquences ADN précises), car elle ne serait visible potentiellement que des années plus tard, largement le temps pour un virus de se répandre dans une population et de mener à son extinction. L’effet boomerang peut être dévastateur aussi car rien n’indique que ce virus ne se propage vers ceux qui ont propagé ce virus sauf s’ils ont un antidote … J’espère que cela n’arrivera jamais.

Pour revenir à la thérapie génique, en fonction de la maladie génétique, nous avons de nombreux outils différents à utiliser en fonction de la gravité de la maladie et des impacts potentiels sur l’individu et l’espèce humaine. 

 

Thérapie génique germinale et Forçage génétique

Elle utilise CRISPR-Cas 9. Selon moi, celle-ci devrait être interdite sauf si elle entraîne la mort de manière quasi certaine avant la puberté et qu’il n’y a aucune autre alternative connue à ce jour qui empêcherait cette mort, sont donc exclus pour moi, les personnes atteintes de trisomies, les personnes ayant une forte probabilité d’avoir un cancer à l’âge adulte qui devraient pouvoir être traitées par les autres thérapies géniques.

 

Elle doit rester exceptionnelle sur le plan mondial et les types de cas doivent être revus par un comité éthique mixte (avec des représentants scientifiques, de la société civile, politiques, d’entreprises concernées).

Il existe une technique nommée forçage génétique (ou "gene drive inheritance"), qui permet à un gène d’être transmis avec quasi-certitude par reproduction sexuée, même si cela va à l’encontre des lois de Mendel (une chance sur deux pour une reproduction sexuée). Elle permet de favoriser l’héritage d’un gène particulier et d’augmenter sa prévalence dans une population. Elle fonctionne ainsi : dans un chromosome, il y a deux allèles, un vient de l’organisme génétiquement modifié et l’autre provient de l’organisme avec lequel a eu lieu la reproduction.

 

L’allèle possédant le gène modifié possède une séquence ADN à perpétuer et une autre nommée homing endonucléase qui va couper la séquence à supprimer de l’allèle de l’organisme non modifié. Cela force la cellule à réparer les dommages causés en recopiant la séquence du gène du forçage (par recombinaison homologue) sur le brin endommagé générant deux copies identiques sur les deux brins du chromosome.

Pour les animaux et les plantes, on pourrait ouvrir largement cette technique. Elle est d’ailleurs étudiée pour tuer massivement des populations de moustiques qui peuvent propager la malaria par exemple. Le problème est que cela peut avoir des conséquences désastreuses surtout sur un écosystème.

 

Pour faire une analogie, pour favoriser le tourisme, l’Entente interdépartementale pour la démoustication (EID) en Camargue a réalisé à partir de 2006, des épandages massifs de Bti (Bacillus thuringiensis israelensis), un bio-insecticide, seul autorisé lors des épandages aériens en milieu naturel, et considéré comme très sélectif et inoffensif pour le reste de la biodiversité.

 

Le souci est que selon une étude du centre de recherche, Tour du Valat, tout l’écosystème est perturbé. Comme il y a moins de moustiques, cela affame ses prédateurs et les prédateurs de ces prédateurs et au final toute la chaine alimentaire est touchée ( araignées, libellules, oiseaux...) sans compter les effets secondaires de la prolifération de Bti.

 

Il est donc très difficile d’anticiper les impacts d’un changement qui paraît au départ mineur et bénéfique en utilisant une technique de forçage génétique.

 

Donc pour les OGM non humains, il me semble essentiel que les techniques de modification germinales soient soit interdites ou extrêmement restreintes avec des solutions permettant par exemple de réduire au fur et à mesure des générations leur impact. Selon moi, le forçage génétique devrait être interdit car cela empêche une dilution de gènes modifiés au fur et à mesure et il est impossible de prédire leurs impacts dans un environnement de plus en plus instable qui au contraire nécessite une grande diversité génétique....

 

Mais ce n'est pas ce qui a été retenu par l'ONU qui a rejeté le moratoire mondial lors de la réunion de la biodiversité en décembre 2016.

Thérapie génique somatique

Actuellement, il est possible d’intervenir à plusieurs niveaux, au niveau de l’ADN avec CRISPR-Cas 9, au niveau de l’ARN messager avec CRISPR-Cas 13 (qui est l’expression de l’ARN).

 

Il est aussi possible pour certaines maladies de réaliser le test ex-vivo, maladies du sang par exemple, où des cellules sanguines sont cultivées hors du corps et sur lesquelles on peut apporter des thérapies géniques sans risque pour le patient puis qu’on réinjecte après vérification dans le corps.

 

 

Selon moi, CRISPR-Cas 9 devrait être autorisée uniquement

  • pour guérir une maladie génétique très handicapante ou létale (cécité, enfants-bulle, cancers qui ne peuvent être traités efficacement autrement par la chimiothérapie et qui provoquent le décès...) 
  • ou pour prévenir des maladies génétiques très handicapantes ou létales qui ont une très forte probabilité de survenir ( % à définir, est-ce 50%, 90% …). 

Les premiers HGM - Humains Génétiquement Modifiés sont nés

Les bébés jumelles qui ont vu leurs gènes modifiés (CCR5 delta 32 et concerne 0,3% de la population mondiale) pour éviter qu’elles aient le SIDA (parce que leur père en était porteur...) est une pure folie et d’ailleurs a été très largement condamné y compris par les autorités chinoises.

 

Malheureusement, malgré les risques de prison, He Jankui, le chercheur qui a fait naître ces bébés risque d’être connu par la postérité comme le premier à avoir créé des HGM (humains génétiquement modifiés).

 

 


La mutation gène CCR5 delta 32 préserve certes du SIDA auquel les deux filles n’auront sans doute pas à faire face à moins que leur résistance ne les y incite ... ;( mais on ne connaît pas du tout les impacts négatifs de cette mutation. Il est tout à fait possible que ces deux jumelles soient plus sensibles à d’autres maladies ou développent des cancers plus facilement.

 

Imaginez que cela devienne la mode de réaliser ce type de modification génétique et qu’une part majeure des bébés naissent sans ce gène et que 20 ans plus tard, une maladie frappe en priorité les personnes n’ayant pas ce gène, l’épidémie pourrait avoir un impact terrible.

 

Pire encore, imaginons que ce gène réduise fortement voire empêche une grossesse, vous ne le saurez pas aujourd’hui mais probablement 20 à 40 ans plus tard alors que la majorité des personnes l’auraient. On appliquerait de nouveau une thérapie génique pour contre-balancer à la première thérapie génique ? Tant qu’à faire, évitons ...

 

On peut même imaginer que les HGM (humains génétiquement modifiés) ne puissent avoir d’enfants avec des HGNM (humains non génétiquement non modifiés). On créerait une nouvelle espèce d’êtres humains...

 

Ce sont tous ces risques qu’il faut anticiper afin que la thérapie génique sauve de nombreuses vies sans menacer notre espèce.

Thérapie génique sur ARN - CRISPR Cas13

Selon moi, elle devrait être autorisée pour guérir les maladies génétiques à condition que d’autres traitements beaucoup moins chers avec un taux de guérison proche ne soient pas disponibles.

 

Typiquement, si l’utilisation de CRISPR-Cas 13 permet d’augmenter le taux de guérison de 80% à 90% par rapport à des méthodes traditionnelles pour un coût dix fois supérieur, il est préférable selon moi d’utiliser les méthodes traditionnelles.

Coût de traitement de la thérapie génique

J'avais assisté à BIG (BPI Inno Génération à une conférence d'Erika Brunet de l’INSERM sur CRISPR, elle nous avait expliqué que la thérapie génique permettait de soigner Drepanocytose (qui protège certes du paludisme mais est extrêmement handicapante) .

 

 

Le coût du traitement aujourd'hui est extrêmement élevé (> 100k€). Novartis a homologué la première thérapie génique nommée Kymriah avec la production d'un médicament contre certains cancers du sang basé sur des cellules modifiées (sur base de cellules T reprogrammées génétiquement (CAR-T), technique différente de CRISPR).

 

Le coût de traitement d'une thérapie génique aux Etats-Unis peut atteindre 475 000 dollars (si le traitement réussit sinon ce n'est pas facturé !). C'est la raison pour laquelle l'autorité suisse l'a autorisée uniquement en cas de rechute après greffe ou après au moins deux premières lignes de traitement et Novartis dit vouloir travailler avec les autorités sanitaires de chaque pays afin d’établir "une tarification juste, basée sur la valeur du produit et supportable pour les systèmes de santé nationaux".

 

En effet, dans les pays où les soins ne seraient pas remboursés, rien n'est pire pour une famille que de devoir choisir entre guérir son enfant et s'endetter sur plusieurs générations ou laisser mourir son enfant. Dans les pays comme la France où ces soins sont entièrement remboursés, il est essentiel que vu leur coût même négocié, ces traitements soient utilisés quand les alternatives sont inopérantes et que la pathologie mettent en danger la vie du patient (ou le handicape très fortement).

 

Fragilité : beaucoup plus fragile qu’on ne le croit

Technologies mettent plus de temps que prévu pour se déployer

Nous avons parfois l'impression qu'entre une découverte majeure ou l'invention d'une technologie et son utilisation massive, le délai est très court (de l'ordre de quelques années), en réalité cela prend beaucoup plus de temps que cela.

 

Par exemple, c'est en 1987 qu'a été découvert les séquences CRISPR par Yoshizumi Ishino chez Escherichia coli, en mars 2007, que l'équipe de Philippe Horvath a montré la possibilité de modifier des gènes provenant de l'ADN de phages et à partir de 2010, qu'ont commencé l'utilisation de CRISPR-Cas 9 avec la chercheuse française Emmanuelle Charpentier.

 

 

 

Pour l'intelligence artificielle, c'est encore bien plus long, puisque son point de départ date des années 50 avec les travaux d'Alan Turing (cf. article) et a commencé à devenir un domaine de recherche à partir de 1956 sous l’impulsion de John McCarthy. Le premier fait d'armes de l'IA date de 1997 avec la victoire de Deep Blue (qui utilisait pas mal de " force brute " !) contre Kasparov, En 1989, Yann Le Cun développe les réseaux neuronaux convolutifs qui est la technique la plus utilisée dans le deep learning pour la reconnaissance d’image, et vidéo, les systèmes de recommandation et le traitement du langage naturel.

 

Ce n'est que depuis quelques années seulement qu'on utilise massivement ces technologies grà¢ce à l'accès massif aux données et à l'accélération faramineuse de puissance de calcul et des processeurs parallèles.

 

Dans le même registre, les véhicules autonomes (cf. étude avec Les Echos) ne devraient être massivement sur les routes que vers 2040. Le récent pivot de la startup EasyMile qui va se concentrer sur des véhicules industriels autonomes (ex : avec TLD pour le transport de bagages dans les zones aéroportuaires) et les déboires de Navya l'illustrent.

Le Hype Cycle de Gartner l'illustre bien, après une phase où l'on croit que la technologie devient capable de résoudre tous les problèmes du monde vient le temps des désillusions puis intégration progressive dans nos vies. Malgré le buzz de la sortie de Second life en 2003, ce n'est que depuis quelques années que la réalité virtuelle devient " mainstream ".

 

Il y a de nombreux freins : règlementaires, temps entre le prototype et l'industrialisation, le développement d'un modèle économique pérenne, et tout simplement le temps d'adoption par les consommateurs.

 

En revanche, une fois que tous les clignotants sont au vert, l'adoption est beaucoup plus rapide, la pente de la courbe en S est beaucoup plus raide (ex :développement de l'usage du smartphone, de Facebook..)

Fragilité des entreprises basées sur des clients volatils

Le modèle économique des GAFA est fondé sur l'utilisation massive de leurs applications et produits par des utilisateurs.

 

Or, il y a une surabondance de technologies qui commence à saturer de plus en plus d'individus pour un bénéfice souvent discutable et des données volontairement ou involontairement transmises à des tiers comme le montrent les récentes affaires, failles de sécurité ... de Facebook.

 

Une réduction de 10% d'utilisateurs sur Facebook, Amazon ou Google pourraient créer un mouvement de défiance massif comme l'ont fait craindre les baisses massives de valorisation boursière de la plupart des GAFA (qui remonte ces derniers temps) . C'est surtout Facebook (33% de baisse en 6 mois) et Apple (23% en 6 mois) qui les subissent.

Fragilité de nos sociétés

D’une société Formule 1 à une société tout-terrain

Au départ, les êtres humains ont su créer leur monde normé, efficace... qui perturbe massivement notre planète depuis l'industrialisation de notre économie.

 

Nous avons réussi à créer une société Formule 1 mais qui aujourd'hui creuse des nids-de-poule sur sa route, néanmoins nous risquons à tout moment une sortie de route. En basculant vers une société tout-terrain, nous irions certes moins vite, mais nous serions capables plus facilement d'éviter des nids-de-poule ou à défaut de rouler dessus comme je l'explique dans un petit ouvrage.

Monde VUCA - Volatility, uncertainty, complexity, ambiguity

De plus, la conduite devient de plus en plus ardue car le monde est devenu plus volatil (très fortes variations conjuguées à un effet papillon), incertain (très difficile d'anticiper l'impact de nos décisions et de l'évolution de notre planète...), complexe et ambigu (difficile de comprendre tel ou tel phénomène, d'en connaître les causes...), nommé en anglais VUCA (Volatility, uncertainty, complexity, ambiguity).

 

L'intrication de notre société, l'accélération des changements, les relations inter-dépendantes accrues l'expliquent.

Inégalités et courbe en forme d'éléphant

Si les inégalités mondiales (entre pays) ont fortement diminué, typiquement les pays émergents comme la Chine et l'Inde ont vu une forte augmentation du niveau de vie d'un grand nombre de leurs habitants, en revanche au sein des pays développés, les inégalités ont crues comme le montre la courbe en éléphant.

 

En France, la pauvreté a fortement diminué entre les années 1970 et le début des années 1990 puis a varié entre 1990 et aujourd'hui avec une forte augmentation depuis 2004 pour atteindre aujourd'hui un niveau similaire à 1980.

 

Les inégalités qui mesurent l'écart entre les plus riches et les plus pauvres a fortement augmenté en particulier aux Etats-Unis. Les plus pauvres peuvent bénéficier en Europe d'une forte redistribution (en France : RSA), néanmoins les classes moyennes dans les pays développés sont celles qui ont le plus perdu en pouvoir d'achat.

 

Or la classe moyenne est la plus nombreuse de la population, généralement silencieuse, cette perte de revenus explique certainement la montée des mouvements populistes (Hongrie, Italie, Espagne avec l'Andalousie) dans les urnes et des mouvements spontanés comme les gilets jaunes, c'est aussi elle qui à travers l'histoire provoque les révolutions. La France est bien placée pour le savoir.

Ces inégalités réelles sont exacerbées aussi par un climat de défiance systématique.

 

Dans les médias en France, on remarque une hypersensibilité, tout sujet devient potentiellement tabou avec des voix extrêmes qui couvrent le chuchotement des voix modérées qui ne peuvent plus se faire entendre. Cela crée des tensions manifestes car il y a une surenchère à celui qui hurle le plus fort et aucun échange constructif mais que des diatribes destructrices.

 

L'esprit critique et la modération disparaissent au profit de positions clivantes.  A  ce titre, l'interview de Natacha Polony, journaliste, essayiste et directrice de la rédaction de Marianne sur son livre "Délivrez-nous du Bien! Halte aux nouveaux inquisiteurs," est éclairant ;)

Fragilité de notre planète

Certains scientifiques font l'analogie entre l'espèce humaine et des espèces invasives qui trouvent un milieu particulièrement propice à leur développement : une boîte de pétri dans laquelle quelque bactéries seraient placées au départ au milieu de la boîte dans un milieu particulier riche en nutriments mais qui après s'être multipliées très rapidement, atteignent les bords de la boîte et périssent car la multiplication des bactéries a épuisé toutes les ressources disponibles pour se perpétuer.

 

Pour poursuivre l'analogie, les humains seraient au bord à certains endroits et tout près à d'autres...

 

Selon l'étude German Watch sur plus de 150 pays, ce sont en premier lieu les pays développés à faible PIB proportionnellement les plus touchés par les catastrophes naturelles (Sri Lanka, République dominicaine, Vietnam ...) ainsi que Puerto Rico (82Md : 63% PIB !). En 2017, les Etats-Unis sont en valeur absolue les plus touchés en termes de coûts des sinistres (178 Md$), et le 11e pays le plus touché en % du PIB (0,9 % du PIB). La France est dans le premier tiers des pays en % (0,07% PIB) et le 16e en valeur absolue (2 Md$), Pour la Chine, est en 3e en valeur absolue (30,5 Md$) et 39 en% (0,13% PIB).

 

La France a une diplomatie sur le plan international très en pointe sur le respect des engagements climatiques mais ne met que très moyennement en place une politique d'environnement sur le plan national selon German Watch .

 

Selon Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC, une personne sur 20 est confrontée à un événement climatique extrême (inondation, sécheresse , canicule), ce sera les 2/3 à partir de 2050.

Réduction des ressources monétaires, agricoles, naturelles face à des besoins croissants

Enfin, en raison des catastrophes naturelles et du réchauffement climatique, de plus en plus de zones habitables ne le seront plus, les zones les plus touchées par la montée des eaux sont les côtes où se trouve un très grand nombre de métropoles dans le monde (New York, Osaka, Lagos, Shanghai, Tokyo, Bangkok, Miami, Amsterdam...), la sécheresse devrait toucher très fortement l'Afrique ...et l'Europe sera aussi globalement très touchée.

 

Dernier point, la population sur le pourtour méditerranéen serait de 524 M d'habitants en 2025. La population des pays du Sud ayant un accès direct à la Méditerranée (du Maroc à la Syrie) représente environ 224 millions d'habitants si 10% de cette population choisit de quitter leur pays car les conditions de vie deviennent intenables pour des raisons écologiques et/ou politiques. Cela fait un flux potentiel migratoire de plus de 22 millions de personnes ... Le flux migratoire lors de la crise de 2015 était de 1M de personnes (en 2018 il serait 43 000 personnes - cf article du Monde).

Quadrature du cercle à résoudre

La question à résoudre dans les 5 à 20 ans prochains est comment permettre à tous d'avoir un mode de vie occidental sur une planète où il y a de moins en moins de zones habitables, de moins en moins de ressources pour les nourrir et les équiper et qu'on sera de plus en plus nombreux ?

 

Les mauvaises langues me diront que tout ça, va se terminer comme pour les bactéries qui touchent le bord de la boîte de pétri avec plus grand-chose à manger au milieu.

 


La différence que nous avons avec des bactéries est-ce que nous pouvons utiliser la technologie pour subsister plus longtemps ...

 

 

D'où l'idée géniale d'Elon Musk de partir sur Mars 😉 Pas sûr que ses fusées seront capables le transporter ne serait-ce que 1% de la population mondiale ...

Réactions actuelles

Deux options : mesures soit insuffisantes, soit trop radicales vis-à-vis de la population

Les réactions actuelles sont de deux ordres vis-à-vis de la population et sont tardives ainsi les pays européens sont pris en étau entre deux problèmes :

  • Soit les gouvernements prennent des mesures radicales de baisse drastique de consommation et parviennent à inciter tous les pays alentours d'en faire autant mais ils vont créer un mécontentement massif des populations civiles qui n'accepteront pas ces restrictions et pourraient basculer vers des mouvements ouvertement populistes voire pires

 

  • Soit les gouvernements prennent des mesures symboliques par rapport à l'ampleur du problème pour maintenir des pouvoirs non populistes sachant que cela accélérera encore la crise

D'autre part, même si des mesures drastiques étaient prises, il faudrait qu'elles soient appliquées sur le plan mondial et cela ralentirait le dérèglement climatique mais ne l'arrêterait pas .. It's too late ...

 

Les élections européennes si elles tombaient sous la domination de partis populistes pourraient avoir un impact désastreux. Si cela peut rassurer, 20% en moyenne des lois en France sont d'origine européenne et non 80% ! De plus, elles ne s'imposent pas toutes à la France, un certain nombre nécessitant un vote du Parlement national !

La politique au pied du mur

Actuellement, j'ai le sentiment que la plupart des pays attendent qu'ils soient au pied du mur et que les catastrophes naturelles deviennent insupportables, que les populations sentent qu'elles n'aient plus le choix en la vivant au quotidien pour que les gouvernements prennent des mesures radicales et deviennent par nécessité acceptables par la population.

 

Grosso modo, on attend que tout le monde se rende compte qu'on touche les bords de la boîte de Pétri pour imposer des mesures drastiques. A l'image de ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale, les personnes acceptaient d'être rationnées même après la guerre car il y avait la guerre, mais avant c'est compliqué de le faire accepter de manière volontaire par les citoyens. Il est évident aussi que nous n'allons pas non plus créer une guerre pour y parvenir !

Si vis pacem, para bellum - Si tu veux la paix prépare la guerre

Compte tenu des tensions évidentes, aucun gouvernement ne peut être sourd aux risques futurs et tous certainement se préparent ...

Les risques sont de deux ordres, pour la population et les Etats.

 

Population

Il y a un risque d'un raz de marée populiste néanmoins comme le montrent les déboires de Viktor Orban en Hongrie, cela ne résoudra pas le problème. Il y a aussi un risque de dérive autocratique dans certains pays comme on le voit de plus en plus à travers le monde.

 

Il y a un risque de soulèvement populaire, les gilets jaunes seraient alors un signe avant-coureur d'un mouvement beaucoup plus puissant.

 

Un risque migratoire lié à un afflux massif de migrants qui veulent échapper aux conditions insoutenables dans leur pays.

Etats

Etats-Unis

  • USA isolationniste qui s'isole de l'Europe et réduit son engagement militaire hors de ses frontières de crainte d'être entraîné dans un conflit mondial potentiel
  • pour à la fois pour réduire leur dépendance vis-à-vis de pays comme la Chine et tester sa capacité à s'isoler du monde. C'est d'ailleurs intrigant de voir à quelle vitesse Donald Trump a choisi de sortir d'un nombre important d'organisation et accords internationaux (UNESCO, accord de Paris sur le climat, accord de Vienne sur le nucléaire iranien, partenariat transpacifique, traité de libre-échange en Asie-Pacifique...) qui le lie aux autres pays. 
  • Dans un contexte où des liens étroits entre la Russie et Donald Trump sont au coeur de l'enquête du procureur Robert Mueller et que Donald Trump peut faire preuve d'une grande mansuétude vis-à-vis de son collègue Poutine ...

 

Chine/Russie/Turquie 

  • Un axe Chine/Russie/Turquie (membre de l'Otan !) qui se dessine avec des dirigeants pour le moins autoritaires

     

  • La Chine est prête à tout pour avoir des ressources naturelles suffisantes (agricole, minières...) en particulier en Afrique et avoir la main mise sur de nombreux ports africains et le développement des routes de la soie.
  • Elle veut aussi reprendre sa place initiale de leader mondial qu'elle a perdue à cause des guerres de l'Opium (entre 1839 et 1860) qui l'a fortement affaiblie ainsi que la politique de l'enfant unique qui a réduit la croissance de population et qu'elle a cessé.

     

  • La Russie se résigne à devenir le petit frère de la Chine après avoir été son grand frère. Elles s'allient militairement dans le cadre de la gigantesque opération Vostok 2018 à laquelle a aussi participé la Mongolie et la Turquie. Le rapprochement entre la Turquie et la Russie est aussi sur le front du conflit syrien. Le jour où la Turquie demande aux Etats-Unis d'abandonner ses bases militaires ou pires encore que les USA décident de les quitter, on aura du souci à se faire !
  • Le Moyen-Orient devient le terrain de jeu de cette alliance en particulier en soutenant les régimes présents en Iran et la Syrie.

Notons aussi des opérations militaires atypiques comme Komodo, sous l'égide de l'Indonésie qui réunit des bâtiments chinois, indiens, français avec le groupe naval Jeanne d'Arc et même américain, ...

 

Vu que les différentes forces en présence semblent les plus à même d'être adversaires demain, c'est à se demander s'ils ne jouent pas un match amical avant le coup d'envoi réel....

 

En réalité, il s'agit d'un exercice d'entraînement à la réponse à une catastrophe humanitaire. C'est rassurant de voir que les pays peuvent se coordonner ainsi pour faire face à des catastrophes d'énorme ampleur.

 

Les technologies en particulier l'IA sont aussi un facteur majeur qui intervient dans le jeu des forces entre Etats. Poutine disait que celui qui maîtrisait l'IA maîtrise le monde. La Chine est le plus gros investisseur en IA et ... N'oublions pas que l'accord sur les armes autonomes n'a toujours pas été ratifié (cf. article

Europe

 

  • Une Europe va être de plus en plus soumise à des pressions de division venant de l'intérieur (populismes) et de l'extérieur (USA, Russie et Chine). Elle essaie de se rapprocher du Japon (ils ont signé un accord de libre-échange le plus important signé à ce jour.)

     

  • Alors que la Russie use et abuse des fake news pour influencer les élections en Europe en favorisant des partis populistes qui souhaitent la division de l'Europe alors que les USA qualifient l'UE d' "ennemie ".

     

Solutions : Recherche de sens / Responsabilisation

Mise en perspective de l’humanité face à l’histoire de notre planète

Après tout ce que j'ai écrit, on pourrais dire qu' " on est foutu " que tout va partir à vau-l'eau... sauf que je suis un éternel optimiste pragmatique !

 

La vie sur Terre existe depuis plus de quatre milliards d'années sur Terre, elle disparaîtra très probablement sur Terre dans environ 500 millions d’années , certainement d'ici 2 à 3 Md d'années car le Soleil, de naine jaune deviendra géante rouge, englobera Mercure et Vénus, qui seront désintégrées tandis que la Terre et probablement Mars seront définitivement brulées. Proportionnellement, c'est un peu comme si la vie sur Terre a aujourd'hui 71 ans et qui lui restait 9 ans à vivre, néanmoins la vie sur Terre était nettement plus calme à ses débuts qu'aujourd'hui !

 

Le premier représentant du genre Homo est Homo rudolfensis, apparu environ 2,4 M d’années (l'australopithèque apparaît, il y a 4,2 M d'années), les premiers représentants de l'espèce humaine dateraient d'1,2 Ma avec Homo Erectus. Les premiers Hommes et Femmes modernes, l'Homo Sapiens dateraient de 300 000 ans, il arrive en Europe il y a environ 45 000 ans alors que l’Homme de Néandertal s’éteint il y a 30 000 ans.

 

L'agriculture apparait il y a 9000 ans, l'écriture (cunéiforme) apparaît avec les Sumériens, il y a environ 4000 ans.

Pour rappel, les dinosaures ont régné sur Terre 165 Ma entre -230 Ma et -65 Ma, si jamais notre espèce survit autant, nous en sommes encore à moins de 1,5% de notre chemin !

 

Donc, je ne me fais aucune inquiétude sur la survie de l'espèce humaine et de la vie sur Terre dans les prochains millénaires. Il est évident qu'il y a une chute drastique de la biodiversité (-25% d'espèces devraient disparaître en France d'ici peu), mais il y a de très fortes chances que la biodiversité reparte de plus belle dans plusieurs millions d'années. Par exemple, la disparition des dinosaures vers -65 Ma a permis l'explosion des espèces mammifères (nommé radiation évolutive). D'ailleurs, les mammifères auraient commencé à être diurnes qu'après l'extinction des dinosaures.

 

Le souci est que nous serons morts et quelques générations après (> 30 000) avant de redécouvrir ce regain naturel de biodiversité.

 

D'autre part, s'il est très peu probable que l'espèce humaine disparaisse dans les prochains millénaires, il est beaucoup plus probable, à l'image des autres espèces animales, que nous subissions une forte réduction de la population humaine dans les prochains siècles après l'explosion démographique actuelle.

 

Nous devrions être 9,8 Md en 2050 et 11,2 Md en 2100 (versus 7,5 Md en 2017) si aucun événement catastrophique et mondial (pandémies, guerre, famine, victimes de catastrophes naturelles...) a lieu (cf. la fameuse boîte de Pétri). La surpopulation est une crainte majeure de nombreux scientifiques (ex : " Alerte solennelle sur l’Etat de la planète " signée par plus de 15 000 d'entre eux qui exhortent à des mesures démographiques : "Réduire encore le taux de fécondité par l’éducation et le planning familial " et " Déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital. ")

 

Alors que faire ?

 

Ce n'est pas parce qu'on sait qu'un jour, on va mourir, qu'on doit se laisser mourir ou pire se suicider.

Pari de Pascal

Le pari de Pascal consiste à démontrer qu'on a tout intérêt à croire en Dieu car on risque peu à croire et beaucoup à ne pas croire, que Dieu existe ou non !

 

Est-ce que les risques que j'ai cités précédemment arriveront ou pas ? Dans 50 ans, dans 10 ans, dans 5 ans, cette année ? Difficile à prédire, en revanche comme dans le Pari de Pascal, on a tout intérêt d'y croire que ce sera d'ici peu, que cela arrive ou non, en appliquant au minimum un certain nombre de mesures qui sans fondamentalement réduire le niveau des personnes, nous y préparent si c'est le cas. Je pense en revanche qu'il est extrêmement difficile d'imposer aux populations des solutions radicales de manière préventive car il faudrait sans doute des régimes autoritaires pour y parvenir.

Phénixologie Vs Collapsologie

On parle souvent de collapsologie, qui est l'étude de l'effondrement de la civilisation industrielle. Je n'apprécie pas du tout ce mot car il fait référence à une fin et non à un redressement, recommencement après une chute.

 

Je préfère créer un néologisme, le phénixologie, la science du Phénix, la science qui nous aide à "renaître après s’être consumé dans les flammes" au sens littéral du terme, la science qui nous aide à nous relever quel que soit la hauteur de la chute plus prosaïquement.

Stratégie du phénix

Nous avons trois différents types d'actions que nous pouvons prendre face aux risques de catastrophes naturelle, populiste, de migration massive et même de guerre, ce que j'appellerai la stratégie du Phénix

 

  • Réduire la probabilité que ça arrive 
  • Réduire l'impact quand ça arrive
  • Se relever plus vite quand ça arrive

     

Comment réduire la probabilité que ça arrive ?

Je pense aujourd'hui que c'est le facteur sur lequel nous avons le moins la main, soit parce qu'il est trop tard pour fondamentalement changer la tendance (cas du dérèglement climatique), soit parce que c'est imprévisible. Ce n'est pas parce que vous lancez des allumettes en feu dans un salle parsemée de poudre à canon que ça va exploser tout de suite, c'est juste une question de temps !

 

Autre analogie, celle de la théorie de percolation, imaginez une grille en fer que vous posez sur un cadre horizontal. Tous les jours, vous coupez un lien entre deux intersections, au bout d'un moment certaines parties vont tomber au sol, et même un jour la grille tout entière va tomber.

 

Il est très difficile de prédire quand la grille va tomber exactement. On peut se dire que nous essayons aujourd'hui de recréer des connexions mais sans doute pas à la même vitesse que ce qu'on coupe.

Comment modifier les comportements ?

Il est extrêmement compliqué d'obliger les personnes à changer profondément le comportement sans événements extérieurs les contraignant de manière brutale (ce que je ne souhaite pas car cela signifie des guerres, dictature, des catastrophes naturelles massives) d'autant qu'il y a des impacts économiques et sociaux à gérer (entreprises qui font faillite car les produits vendus ne sont plus autorisés à la vente ou les consommateurs s'en éloignent compte tenu de leurs impacts écologiques). En revanche, il y a des actions simples et volontaristes qui peuvent contribuer à ralentir la vitesse à laquelle nous fonçons dans le mur.

 

L'Europe réduit de plus en plus fortement l'utilisation de plastique et interdit le plastique à usage unique au plus tard en 2021 et s'étend aux contenants en polystyrène. Les ampoules incandescentes sont interdites totalement depuis 2012 , les gaz CFC sont interdits dans de nombreux pays avec le Protocole de Montréal signé en 1987.ce qui a permis de fortement réduire le trou de la couche d'ozone et montre quelle coordination mondiale peut avoir un impact global sur notre environnement. Néanmoins, l’utilisation secrète du CFC-11 serait encore effective dans le bâtiment et la construction en Chine selon l'Environmental Investigation Agency. Comme quoi il faut toujours rester vigilant.

 

Nous devons avoir de plus en plus de mesures en ce sens, le développement du véhicule électrique semble a priori aller dans ce sens, néanmoins comme j'explique dans l'article suivant, le véhicule électrique est loin d'être parfait en raison des batteries au lithium très polluantes et du mode de production de l'énergie électrique. Aujourd'hui un véhicule électrique roulant en Allemagne produit plus d'émissions de CO2 qu'un véhicule diesel ou essence, en raison de son mix énergétique encore très dépendant des centrales thermiques. En France, le véhicule électrique produit beaucoup moins d'émissions de CO2 grâce aux centrales nucléaires mais évidemment elle rejette des produits radioactifs ce qui est un risque majeur pour les générations futures.

Stratégie cohérente d’incitation des entreprises à l’éco-conception

Dans cet esprit, je pense que l’Europe et la France doivent avoir une stratégie beaucoup plus volontariste, incitative et légale auprès des entreprises pour réduire leur impact environnemental négatif et favoriser leur impact environnemental positif.

 

On aura beau inciter les citoyens à recycler leurs déchets, c’est tout de même nettement plus simple si à la base les produits consommés n’en génèrent pas.

 

Voici quelques idées :

Pour chaque entreprise, fabricant des produits, elle devrait réaliser un diagnostic synthétisé par un document normalisé divisé en quatre parties (au moins pour les produits les plus vendus) :

  • Fabrication du produit
  • Utilisation du produit
  • Réutilisation du produit
  • Recyclage du produit 

Pour chaque étape, elle devrait décrire leurs impacts et les actions qu’elle réalise pour réduire l’impact négatif et même mieux valoriser ses étapes.

 

Fabrication du produit

  •  Indiquer sa composition, la part provenant de produits non recyclés (et lesquels) et la part des produits recyclés, les origines géographiques avec la répartition par poids ?

     

  • Quelle est la part des produits défectueux et non réutilisés ?

     

  • Quel est le poids par type de déchets créés lors de la fabrication ? Quel est le traitement de ces déchets (recyclés, réutilisés ou non) ?

     

  • Quelle est l'énergie nécessaire pour produire une unité ?

     

  • Quelles sont les initiatives pour favoriser l'écoconception de ces produits ?

     

Utilisation du produit et achat / location

 

  •  Décrire comment le produit est acheminé jusqu’au client et quelle est la consommation énergétique pour le réaliser et la part des produits perdus (périssable...) ?

     

  • Quelle est la consommation énergétique du produit et de produits associés (ex :smartphone si c'est un objet connecté) ? Y a-t-il un mode veille (si c'est un produit électrique).

     

  • Quels sont les moyens d'auto-production d'énergie pour éviter ou réduire sa consommation et sa part de la consommation totale d'énergie du produit (ex : cellules photovoltaïques) ?

     

  • Est-ce que le produit peut être loué plutôt qu'acheté ? Si oui, comment ?

     

  • Pour un produit non consommable : si le produit ne fonctionne plus, n'est plus utilisable :

    Est-il réparable par la personne elle-même ? (impossible, partiellement, très majoritairement) ? Est-ce que l'entreprise donne accès à un site Internet permettant d'acheter les pièces défectueuses et mises à disposition des conseils pour le réparer par lui-même ?

     

  • Est-ce que le produit est réparable par un service de réparation et quel est le pourcentage du coût de la réparation par rapport au prix initial du produit en moyenne ?

     

  • Peut-on faire évoluer le produit sans devoir le changer entièrement ? (logicielle mais aussi matérielle avec une conception modulaire)

     

  • Quelles sont les initiatives pour augmenter la durée de vie du produit ?

     

Réutilisation totale ou partielle - Projet de loi Economie Circulaire

  • Est-ce que l'entreprise communique ou met à disposition un service pour que le particulier puisse proposer un produit qu'il n'utilise plus à d'autres utilisateurs en revente ou location ? Est-ce que cette information et directement accessible à l'achat du produit ?

     

 

 

  • Est-ce que le produit peut être utilisé pour d'autres fonctions prévues initialement et si oui lesquelles ? (ex : verre pour le pot à moutarde) Est-ce que l'entreprise communique sur ces usages à travers un site internet (directement ou indirectement) ? (ex : Marc à café réutilisable pour les plantes, déboucher les tuyaux, soins de peau ... )

     

  • Quelles sont les initiatives pour faciliter la réutilisation totale ou partielle du produit ?

Le projet de loi sur l'économie circulaire ( et une meilleure gestion des déchets) va dans ce sens. Il comprend 6 articles (issus des 50 mesures de la Feuille de route économie circulaire (Frec) présentée en avril 2018 par le Premier ministre), le dernier visant à autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnance sur ce sujet.

  • Article 1 : impose l'apposition d'une indice de réparabilité (recyclabilité, la réparabilité et le contenu en matières recyclées des produits)
  • Article 2 : précise les informations à fournir au consommateur sur la disponibilité - ou non - des pièces détachées
  • Article 3 : encadre la publicité, en interdisant aux annonceurs de promouvoir la destruction de produits pouvant être réutilisés.
  • Article 4 prévoit l'interdiction de la distribution de catalogues et imprimés utilisant des huiles minérales
  • Article 5 prévoit d'interdire la destruction d'invendus, mais seulement pour le textile, le linge de maison et le recyclage.

Le projet de loi devrait être discutée avant l'été 2019  a indiqué Brune Poirson, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Il transpose aussi trois directives du Paquet européen sur l’économie circulaire (sur les déchets, les emballages et déchets d’emballages, et la mise en décharge) de mai 2018

Recyclage du produit - Initiative Loop - Consigne avec Coca-Cola, Evian, Carrefour, Häagen-Dazs

  • Quelle la part du produit (en poids) qui peut être décomposé facilement en matière identique et recyclable ?
  • Quelle est la part du produit recyclable facilement ex : verre recyclable à l'infini à l'inverse du plastique), après traitement et non-recyclable ?
  • Quels sont les produits non- recyclables dangereux pour l'environnement ? Est-ce que l'incinération de ces produits génère des fumées ou produits toxiques ?
  • Quelles sont la part du produit qui est recyclable et sa facilité d'être recyclés ?
  • Quelle est la part du produit biodégradable ?
  • Quelles sont les filières de revalorisation des déchets ?
  • Quelles sont les initiatives prises pour augmenter la part de produit recyclable facilement et sans impact négatif sur l'environnement ?

Les chiffres ne doivent pas être exact la virgule près en revanche ils doivent donner un bon ordre de grandeur (ex : pour l'énergie dépensée par unité de production, on pourrait prendre la consommation énergétique d'une usine divisée par le nombre d'unités produites)

 

  • Il manque certainement beaucoup de questions. Ca donne un premier aperçu du diagnostic qui serait j'en suis certain un très bon révélateur et bénéfique pour les entreprises, valorisant pour leurs salariés. La communication de ce type de diagnostic auprès des clients accroîtrait certainement la confiance de ceux-ci dans la marque. Il y a bien sûr beaucoup d'informations dans le rapport RSE qui répondent à ces questions néanmoins elles ne sont pas synthétisées et structurées de la même manière pour l'ensemble des entreprises (on pourrait commencer par le CAC 40 sur leur top 3 des produits vendus). 

Ce diagnostic pourrait servir de point de départ pour une politique volontariste en se focalisant sur les solutions faciles à mettre en oeuvre et ayant un impact élevé.

 

Une initiative très récente de Loop,  une nouvelle plateforme de e-commerce qui promet de venir à bout des emballages à usage unique. En service à partir du printemps 2019 en France et aux États-Unis, elle est à l’initiative d’une coalition entre de grands acteurs du secteur agro-alimentaire, mais aussi de l’hygiène et de la beauté.

Autre exemple, les entreprises pourraient développer un véritable service et une plateforme autour de la location, de la réutilisation, de la réparation et du recyclage de leurs produits. Cela créerait aussi un lien beaucoup plus fort entre la marque et le client fondé sur l'expérience plutôt que l'achat du produit. (cf article De la société Formule 1 à la société tout-terrain écrit en mars 2011 ;)

 

Idéalement, il faudrait que le client sache accéder à cette plateforme, juste en regardant le packaging du produit. On pourrait même imaginer l'obligation pour les produits non-consommables de communiquer sur le packaging via un logo simple (ex : QR code) et l'adresse du site. Pour les entreprises n'ayant pas la compétence en interne de créer cette plateforme, de nombreuses startups seraient certainement à même la créer.

 

Il y a bien sûr beaucoup d'autres actions possibles !

Alignement du business model sur le bénéfice pour la société et l’environnement

Etant dans une société capitaliste, la meilleure façon d'inciter des entreprises à agir pour le bien de la société de l'environnement est que leur intérêt économique soit aligné avec celui de la société et de l'environnement. Plus la société fait de profits, meilleur c'est pour la société et l'environnement.

 

Inversement, il y a des entreprises qui ont un intérêt économique contraire à celui de la société l'environnement (qui est différent de l'éthique de l'entreprise)

 

Par exemple, une entreprise verticalisée qui vendrait à la fois des pesticides, des semences d'OGM et des médicaments auraient un intérêt économique à ce que ses pesticides nécessitent l'achat de semences protégées contre ceux-ci et à rendre malade des personnes les utilisant ou consommant des produits exposés afin de pouvoir vendre plus de médicaments pour les soigner. Je ne dis pas, bien sûr, que l'entreprise agit ainsi mais il est plus simple pour une entreprise d'avoir un comportement responsable si elle n'est pas tiraillée par un modèle économique qui incite à faire le contraire.

 

A l'inverse, le développement des ESS, entreprises de l'économie sociale et solidaire et les initiatives pour les favoriser vont dans le sens d'un modèle économique vertueux.

 

Ils ont dans leurs statuts l'obligation d'avoir un mode de fonctionnement démocratique et une utilisation des bénéfices pour le maintien ou le développement de la structure plutôt que l’enrichissement personnel. (ce qui permet d'accéder à des financements spécifiques et à une fiscalité favorable avec l'agrément ESUS).

La loi Pacte propose de compléter l'Article 1833 du Code civil " Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés " par " La société est gérée dans son intérêt social et en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. " et de modifier d'autres articles afin d' encourager " les sociétés à ne plus être guidées par une seule"raison d'avoir'' ", soit la quête de bénéfice. 

 

Il serait intéressant de voir dans le sens inverse comment défavoriser les modèles économiques ayant un impact négatif sur notre société.

 

A l'image des bonus/malus pour les véhicules, nous pourrions avoir des bonus/malus pour les entreprises qui ont selon un impact positif ou négatif. Cela aurait du sens y compris sur le plan économique car une entreprise ayant des externalités négatives (comme polluer une rivière) n'a aucun intérêt financier à les réduire tant qu'elle est en dessous d'un seuil règlementaire. Il existe déjà la taxe carbone pour quantifier l'externalité négative liée aux émissions de CO2. Comme le prix de la taxe carbone est encore trop bas, cela n'incite pas suffisamment les entreprises à investir pour réduire leurs émissions de CO2.

 

Ça me semble compliqué de créer des marchés de toutes les externalités négatives, risqué de faire un panier d'externalités négatives... En revanche, on pourrait dresser un diagnostic des externalités négatives et positives de toute entreprise et d'appliquer des bonus/malus en fonction de l'évolution de celui-ci par exemple sur le taux de l'IS. Afin d'éviter les transferts d'activité entre pays liés uniquement à la fiscalité, il faudrait appliquer quelques règles (ex : une comparaison sur base d'un périmètre d'activité constant).

Favoriser la location par rapport à l’achat

On pourrait aussi prévoir de favoriser les modèles économiques fondés sur la location plutôt que sur l'achat car cela dissuade l'obsolescence programmée et incite au contraire l'entreprise à réaliser des produits pérennes, évolutifs, modulaires, à les réutiliser tout en réduisant au maximum les pannes.

Incitations pour les particuliers : Nudges

Bien sûr, on peut pénaliser plus fortement les comportements ayant un impact négatif sur l'environnement (ex : taxe sur l'essence...), le problème est sur ce n'est pas la meilleure technique pour engager les personnes à avoir durablement un comportement responsable.

 

Dans le sens inverse, inciter financièrement des personnes à avoir un bon comportement n'a d'intérêt que si c'est intégré dans une politique plus globale car dès que vous retirez cette incitation, les personnes reviennent à leurs anciennes habitudes.

 

Il y a une force extraordinaire que les politiques utilisent très peu pour avoir des comportements positifs pour la société et l'environnement, c'est l'inertie et la propension que tout être humain a, de faire le minimum d'efforts pour les activités qui l'ennuie le plus. Il faut faire en sorte de faciliter au maximum les comportements vertueux en retirant le maximum de frictions qui l'inciteraient à faire autrement. Inversement, il faut rendre les comportements néfastes de plus en plus difficiles (et pas seulement sur le plan financier).

 

J'avais assisté à USI en juin 2017, un événement où se tiennent de nombreuses conférences de prospective, notamment une de Dan Ariely où il montrait comment il était possible d'avoir un impact phénoménal sur le comportement. La théorie qui soutient cela est le nudge (petit coups de pouce qui va inciter à modifier son comportement sans demander un effort important).

Deux exemples m'ont particulièrement marqué, le premier montre la différence entre le pourcentage de personnes acceptant de donner leurs organes en France et dans d'autres pays comme le Danemark, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne.

 

Les Pays-Bas ont investi des sommes folles avec une communication très appuyée et ont réussi à atteindre 28% de taux d'acceptation. En France, nous avons investi beaucoup moins d'argent et de communication, et nous avons un taux d'acceptation de 100% !

 

Comment ? Depuis la loi Caillavet de 1976, lorsqu’une personne décède, elle est présumée avoir donné son consentement aux dons d’organes ou de tissus après sa mort. Pour inverser cette présomption, le défunt doit avoir exprimé de son vivant son refus de don sur un registre national des refus. Comme le registre est très peu connu, l'équipe médicale devait demander aux proches s'ils acceptaient ou non le prélèvement d'organe. Cela faisait perdre du temps et le don dans ce cas été refusé une fois sur trois. Aujourd'hui, il est plus simple de s'inscrire via un site en ligne, ce qui est un argument vis-à-vis de la famille pour expliquer que si le défunt ne s'est pas inscrit, il ne devait pas être contre.

Autre exemple, une campagne de vaccination a été menée et donnait juste l'information, 3% ont été vaccinés, en donnant les informations, le plan et une date précise et en relançant, ils ont eu 26% de vaccination.

 

Dernier exemple au CES Las Vegas, une startup propose une solution qui incite les enfants à aller à l'école en proposant des batteries rechargeables disponibles uniquement à l'école.


Exemple personnel : Auto-Stop en 5 mn

Je vais prendre un dernier exemple basé sur mon expérience personnelle, l'auto-stop. Il m'est arrivé un certain nombre de fois de rentrer chez moi assez tard après mon travail alors qu'il n'y avait plus aucun moyen de transport et je n'avais pas de véhicule.

 

J'ai "inventé" une technique que j'appelle la technique de l'Auto-Stop ! (fondé au final sur du bon sens et un peu d'audace ..) qui m'a permis de trouver des conducteurs en moins de cinq minutes lorsque la plupart des personnes peuvent attendre des heures pour qu'une voiture accepte de les prendre.

 

  1. Je choisis de m'arrêter à un feu rouge où les véhicules dans la très grande majorité des cas vont dans le sens où je veux aller.
  2. Lorsque le feu devient rouge, je choisis la voiture (et non l'inverse !) qui me semble la plus propice (véhicule 5 places avec seulement un conducteur ou une conductrice n'ayant pas si possible une mine patibulaire)
  3. Je tapote sur la vitre et avec un large sourire demande si la personne va tout droit.
  4. Évidemment, elle me répond Oui. Je lui réponds " Ca tombe bien moi aussi. Est-ce que je peux me joindre à vous ? "
  5. D'un air surpris, elle fait généralement mine de ne pas s'y opposer et je rentre dans la voiture et c'est parti.

Évidemment, certains me rétorquent " Oui,mais je tourne à la prochaine rue ", Je réponds alors " C'est parfait pour moi. Ca me permet d'avancer ! "

 

Bien sûr, il m'arrive de devoir décomposer mon trajet en 2 à 4 courses mais ça m'a fait gagner un temps fou. Parmi tous les conducteurs ( de tout âge, homme et femmes), ils m'ont tous dit de mémoire que c'était la première fois qu'ils prenaient un auto-stopper. Je l'avoue, c'est un peu sans gêne mais les conducteurs et conductrices ont toujours été ravis que nous échangions lors du trajet 😊

 

Pour revenir à nos moutons 😉, il faudrait idéalement suivre les étapes d'utilisation, comprendre les raisons pour lesquelles une personne jette, ne réutilise pas, ne recycle pas ses produits, identifier toutes les frictions et trouver des solutions pour les aplanir. C'est ce que j'ai fait pour l'autostop les premières fois pour rentrer chez moi rapidement !

Comment réduire l’impact quand ça arrive ?

Nous savons que nous allons droit dans le mur, nous avons réussi à réduire un peu la vitesse d'impact, comment réduire et amortir la force de l'impact maintenant (à l'image d'un airbag sociétal) ?

Lister de nos dépendances et réfléchir à comment faire sans.

Il y a un bon exercice à faire, lister nos dépendances et réfléchir à comment faire sans. C'est déjà réalisé dans les entreprises pour leurs serveurs informatiques (Disaster Recovery Plan - Plan de reprise d'activité) et pas mal de collectivités souvent sous la houlette des préfectures car elles sont en charge de la sécurité.

 

Une des faiblesses de ces plans est qu'ils prévoient un retour à la normale assez rapide (dans les quelques jours). Lors de catastrophes naturelles, les urgences sont bien gérées mais la période qui suit, l'est beaucoup moins comme j'en parle ici (cf. article et analyse)

 

L'exercice consiste donc à se dire (entreprise, collectivité, particulier) que fais-je, si je n'ai plus l'accès au réseau électrique et de gaz, au réseau télécom, à Internet, à de l'eau potable... pendant 2 semaines, 1 mois, 3 mois. Que se passe-t-il si mon entreprise, ma maison, mes locaux sont détruits, inaccessibles ... pendant une longue période ?

 

Il est évident que dans ces conditions il est impossible de revenir un état normal à court terme, nous sommes donc obligés de basculer dans un mode de vie dégradé. C'est ce qui existe pour des véhicules, des avions (panne de moteur..), en revanche on n' en parle pas pour les individus, les entreprises, les acteurs publics.

 

Comme nous ne prévoyons pas de vivre longtemps dans un mode dégradé (ex : lors d'une inondation...), on ne prévoit rien du tout ou très peu et si ça dure c'est catastrophique.

 

Sachant que nous risquons de vivre de plus en plus de catastrophes naturelles, les ressources pour aider les personnes et les entreprises en ayant besoin seront de plus en plus sollicités et moins disponibles proportionnellement, la situation peut vraiment mal tourner.

Anticiper un mode dégradé

Je pense qu'il faut vraiment développer une culture d'anticipation des catastrophes naturelles et autres événements dramatiques. L'objectif n'est surtout pas de créer un sentiment de peur mais que chacun intègre et surtout anticipe que demain il peut avoir sa maison totalement inondée, incendiée... et qu'en l'anticipant ce sera nettement moins difficile de se relever.

 

Comme on n'a pas encore frappé le mur, il nous reste encore un petit peu de temps. D'ailleurs les entreprises ont un vrai rôle à jouer pour innover et proposer des produits et solutions résilientes aux particuliers mais aussi aux entreprises.

 

Quelques exemples :

  • Toute collectivité devrait s'équiper de lampadaires autonomes en énergie comme ceux de Lum'In sur les portions de route les plus fréquentées.
  • Toutes les sociétés d'assurance proposant une multirisque habitation devraient demander à leurs assurés de réaliser des photographies des différentes pièces de leur maison et des biens les plus précieux et de les stocker à la fois sur un serveur protégé (qui peut être proposé par la société d'assurance directement ou indirectement pour rassurer le client sur la confidentialité de l'information) et sur des clés USB.

Description d’un mode de vie dégradé

Un mode de vie dégradé est un mode de vie qui permet de subvenir à tous les besoins basiques d'une personne et qui évite qu'elle tombe dans une précarité qui l'empêchera de retrouver un cours de vie normale :

  • Un lieu pour dormir, se laver, pouvoir manger de manière saine, avoir accès à de l'eau propre et une source d'électricité, pouvoir se déplacer, échanger avec d'autres personnes à distance et pouvoir être informé, s'habiller,
  • être au chaud quand il fait froid, se soigner si nécessaire

Il n'y a pas de superflu dans ce mode de vie mais il n'est pas dégradant et a vocation à être temporaire mais peut durer plusieurs mois voire plus.

 

Toute personne vivant normalement aujourd'hui devrait pouvoir s'assurer qu'en cas de catastrophes naturelles, événement grave, elle puisse avoir au minimum un mode de vie dégradé

 

Idéalement, il faudrait que les personnes en situation difficile et aux SDF puissent aussi en bénéficier

 

Chaque personne peut trouver des solutions pour s'assurer au minimum d'un mode de vie dégradé même s'il ne perçoit plus de revenus. Acheter des lampes, batteries alimentées par des cellules photovoltaïques, installer un panneau solaire chez soi, partager avec les voisins des solutions pour rendre l'eau potable ou des générateurs d'électricité alimentés en énergie solaire.

 

Néanmoins, on voit vite les limites de cette démarche car il est nécessaire de mutualiser les solutions pour qu'elles soient économiquement acceptables.

Assurance Résilience

L'assurance multirisque habitation peut proposer ce type de services mais il risque d'y avoir de moins en moins de particuliers qui y souscrivent compte tenu de l'augmentation des primes liées aux catastrophes naturelles. Elles ont augmenté de 38% depuis 2008 soit quatre fois plus que l'inflation. Cela signifie qu'on peut tout perdre si on n'est pas assuré (cf. conditions pour bénéficier de cette garantie) et on n'a potentiellement aucun moyen de subsistance.

 

Un des moyens de résoudre cette problématique est de développer un nouveau type d'assurance, l'assurance résilience. Elle débloquerait un capital défini (par exemple 30 000€) ou un montant mensuel en fonction de la durée d'un retour à " la normale " et proposerait des services d'assistance en cas de catastrophe naturelle (logement, accès à des téléphones, accompagnement des enfants à l'école, services de livraison de nourriture, d'eau à domicile, prêt de chauffages d'appoint, générateur d'électricité portable ...).

 

L'assurance résilience coûterait nettement moins cher aux assureurs qu'une assurance habilitation en termes de coûts de sinistres. Cela leur permettraient de proposer des primes beaucoup plus faibles et donc de couvrir des personnes ne pouvant être assurées sinon. On pourrait aussi intégrer ce type d'assurance dans le pack d'assurances proposées par les cartes de crédit.

Comment se relever plus vite quand ça arrive ?

Paradoxe des Gilets Jaunes : Plus de liberté – Moins de Liberté

Comme nous l'avons vu avec le mouvement des gilets jaunes, il y a une forme d'injonction paradoxale et déséquilibrée qui sort des 42 revendications, l'Etat doit plus intervenir et réguler dans 41 propositions (ex : Les salaires de tous les Français ainsi que les retraites et les allocations doivent être indexés à l’inflation., interdire les délocalisations, Salaire maximum fixé à 15 000 euros, Limitation des loyers, Fin immédiate de la fermeture des petites lignes, des bureaux de poste, des écoles et des maternités, Maximum 25 élèves par classe de la maternelle à la Terminale. ...) et il y a UNE proposition qui donne plus de pouvoir aux citoyens : le Référendum populaire ou Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) et qui a le plus d'attention aujourd'hui.

 

En synthèse, cela signifie " je veux moins de liberté et je veux plus de liberté, je veux que l'Etat décide pour moi et je veux décider pour l'Etat " ... Compliqué ... Mes propos sont un peu caricaturaux car en réalité, c'est " je veux moins de liberté pour les autres, mais je veux plus de liberté pour moi et ceux qui me ressemblent " mais comme après Liberté, il y a Egalité et Fraternité, si on restreint les libertés de l'autre, on restreint mes libertés et inversement si on les augmente... CQFD

Confusion des problèmes et solutions : Lit de Procuste

Enfin, il y a une confusion énorme entre problème et solutions. Le problème des gilets jaunes n'est pas que les patrons gagnent plus de 15 000 € mais qu'eux ne puissent vivre correctement à la fin du mois. Selon moi, il aurait beaucoup plus intéressant que les gilets jaunes expliquent d'abord les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien (recherche de travail, mobilité, accès aux soins...) et que face à ces problèmes, ils puissent proposer, s'ils le souhaitent, des solutions applicables pour eux.

 

Aujourd'hui, les gilets jaunes proposent des solutions génériques applicables pour tous. Pourquoi pas ! Mais souvent des solutions locales répondent mieux à des problèmes locaux (car chaque situation est différente) que des solutions nationales qui à l'image du lit de Procuste, ne répond de manière adéquate qu'à une partie de la population et mécontente tout le reste.

 

L'Etat n'est sans doute pas le meilleur interlocuteur pour traiter les problèmes spécifiques de chaque individu à la différence des collectivités territoriales beaucoup plus proches du terrain.

Etat, bon pour le court et long terme moins bon sur le moyen terme

J'ai le sentiment qu'en général, l'Etat (en France) gère bien les crises à court terme et le quotidien (les événements catastrophiques, les urgences, les hôpitaux, les policiers et gendarmes ...) hormis des couacs de communication qui arrivent régulièrement dans tous les gouvernements. L'Etat gère aussi plutôt bien le long terme (sur les sujets sensibles comme les retraites, le chômage et sur la dette, c'est plus compliqué ...) car il utilise la loi qui a un impact moins visible au quotidien et dans la durée.

 

Sur le moyen terme (de quelques semaines à moins de 2 ans), l'Etat semble souvent désarmé. Il n'est pas suffisamment agile pour avoir un impact rapide et adapté sur la vie des gens alors que l'attente de la majorité est sur cette période. Elle est d'ailleurs épinglée par la phrase " vous vous inquiétez de la fin du monde, alors que ce qui m'inquiète est la fin du mois " .

Pour donner un exemple concret lié à l'organisation même de l'Etat, la loi PACTE a commencé à être écrite en octobre 2017, a été prévue pour être adoptée en janvier 2019 et devrait après le passage au Sénat être votée en juin 2019 soit 20 mois après. Dans une entreprise, ces délais seraient inconcevables en revanche les impacts entre les deux sont très différents, un ce sont les habitants en France et d'autre les salariés dans une entreprise, ses clients et fournisseurs ..

Mais est-ce à lui d'agir ?

 

Ben Non ! Je pense d'ailleurs que c'est une erreur (compréhensible) des Gilets Jaunes, le gouvernement n'est certainement pas leur meilleur interlocuteur car le gouvernement propose des lois et l'Assemblée nationale les délibèrent et votent pour tous les Français. Il ne va pas faire de loi spécifique pour les chauffeurs routiers de la Creuse, les chômeurs de Montlhéry et les assistantes médicales de Tourcoing ! L'Etat n'est pas structuré pour ça et ce serait un non-sens et une gabegie de réglementer tous les cas particuliers à partir de Paris.

 

Ce sont évidemment toutes les institutions intermédiaires qui en fonction de la taille du problème et de sa représentativité ont ce rôle, de la région à la commune.

 

L'Etat en revanche peut avoir un vrai rôle pour mutualiser les solutions en France entre les collectivités territoriales et avoir un effet levier et faciliter la mise en place de solutions au niveau locale et régional. On parle aussi d'Etat-Plateforme.

Est-ce que le modèle pyramidal est toujours le bon ?

Aujourd'hui, la société en particulier française a un modèle pyramidal, souvent assimilé au colbertisme. La tête, le Roi, l'Empereur, le Président décident de manière centrale, les niveaux en-dessous exécutent. S'il y a un problème sur le terrain,l' information remonte toute le long de la hiérarchie, la tête prend la décision et fait redescendre sa décision vers le terrain.

 

Dans un monde VUCA volatile, incertain, complexe et ambigu), ce modèle n'est pas du tout adapté car il est beaucoup trop rigide, trop lent, il est incapable de s'adapter à la situation sur le terrain, met en place des règles qui convient à certains et mécontentent la majorité, ce qui transforme toute décision en véritable torture car vous êtes certain que quoi que vous fassiez vous ferez plus de mécontents que d'heureux . Au final, cela incite à la pire des stratégies : ne rien décider !

Comment sortir de ce guêpier ? Le réseau maillé ou en boule de gui !

Le réseau maillé est une topologie de réseau (utilisé dans les télécoms et par Internet) où tous les noeuds sont connectés pair à pair sans hiérarchie centrale, formant ainsi une structure en forme de filet. Ceci évite d’avoir des points névralgiques qui s’ils tombent en panne isolent une partie du réseau. Si un noeud est hors service, on peut emprunter une route alternative.

 

Pour être plus précis, je propose un réseau maillé par grappes ou en boule de gui, les communautés de personnes (villes, villages) sont reliées aux autres communautés. Une communauté est capable d'avoir un mode de vie au minimum dégradé si elles sont coupées des autres communautés. La connexion avec les autres communautés permet d'atteindre le niveau de vie actuel.

 

C'est un modèle qui était celui d'avant l'industrialisation, des villages pouvaient vivre en autonomie mais bénéficiaient du commerce avec les villes alentours pour s'enrichir et se développer.

 

Dans notre société actuelle, cela signifie qu'une commune ou une communauté de communes puisse fournir des services de base (électricité, eau, nourriture, logement ...) en quantité réduite à ses habitants même si elle est coupée de l'extérieur (télécoms, réseau électrique RTE, transports...).

Comment évoluer vers une société en boule de gui ?

L'avantage de la société en boule de gui elle ne nécessite pas de transformation radicale de notre société actuelle. Elle consiste d'abord à mettre en place au fur et à mesure des solutions qui peuvent servir en backup en mode dégradé lorsque la solution centrale n'est plus fonctionnelle.

 

Pour donner un exemple, si RTE (gestionnaire du réseau d'électricité en France) doit couper pour des raisons de surcharge une partie de la Bretagne sur plusieurs jours et semaines , la Bretagne est plongée dans le noir et n'a aucune solution de secours pérenne.

 

Pour éviter ça des villes et villages, peuvent s'équiper au niveau local de moyens de production d'énergie (solaire, éolien, biomasse) couvrant une partie des besoins d'énergie (ce n'est pas à 100% car il s'agit d'une solution dégradée et ce serait trop cher sinon) afin de la distribuer aux habitants (le réseau électrique local s'il le permet, ou des distributeurs électriques où on peut recharger des batteries... avec un système de paiement et de limitation par foyer pour éviter les abus).

Cela peut même être réalisé pour un quartier (ex : dans un quartier de Brooklyn). Des technologies comme la blockchain associée avec des équipements connectés (IoT) et l'IA peuvent faciliter leur mise en place à condition bien sûr qu’elles ne consomment pas trop d'énergie et qu'on puisse s'en passer le cas échéant.

 

Les solutions appliquées dans les petites îles sont à ce titre très instructives car elles ne sont pas reliés au réseau électrique notamment et doivent produire leur propre énergie.

 

Je parle de ce type de solutions dans l'article sur la résilience face aux catastrophes naturelles.

 

L'association SOS Maires a cette vocation en cherchant à aider les communes rurales à sécuriser le minimum vital à l'échelle de leur commune et en favorisant le partage des solutions ingénieuses trouvées par les uns et les autres. Ils ont développé des kits de solutions pour les collectivités sur toutes les problématiques (eau, alimentation, sécurité ...).

Clé de la réussite – Empowerment – Acteur plutôt que passif

Pour que ce type de projet réussisse, il ne sert à rien d'attendre que les solutions viennent à vous. Au contraire, chaque citoyen peut être acteur dans sa communauté, pour trouver proposer des solutions de collaboration avec les autres habitants et dans d'autres villes.

 

L'Etat pourra de moins en moins résoudre les problèmes de chacun, en revanche il peut stimuler les initiatives populaires et des collectivités territoriales, favoriser la normalisation des solutions pour faciliter la mutualisation de solutions entre les villes, favoriser le développement des activités et des revenus annexes (économie du partage, tric de services...).

 

Une des voies les plus prometteuses sont les partenariats entre des startups et entreprises innovantes et des acteurs publics, par exemple Simplon (j'avais réalisé un panel avec Frédéric Bardeau, son fondateur à Viva Tech). Ils permettent à des personnes qui sont souvent marginalisés (Chômeurs longue durée, réfugiés...) de trouver un emploi en se formant au code (> 95% dans les 6 mois). Les formations ont lieu dans des communes difficiles, rurales et permet aussi de travailler à distance. Ils ont mis en place aussi des formations, et en particulier une école en Côte d'Ivoire. Ils sont soutenus par Pôle Emploi qui finance une partie de la formation.

 

Pour terminer la technologie peut avoir un rôle, non pour forcer les personnes à changer de comportement mais pour les aider à aller par elles-mêmes dans la bonne direction.

 

Il y a 20 ans, personne ne regardait un smartphone tous les 5 mn, aujourd'hui, c'est extrêmement courant, c'est un changement majeur de comportement des êtres humains qui a eu lieu en très peu de temps. Changer les comportements pour réduire nos impacts négatifs et accroître nos impacts positifs sur notre planète est tout-à-fait possible, il faut juste rendre cela aussi facile et simple que possible.

 

Pour terminer, la plus grande force de l'humanité est ceux qui la composent. notre optimisme, notre volonté de rebondir, notre créativité. Nous sommes sans doute l'animal le plus résilient existent sur Terre.


Si vous souhaitez être accompagné dans votre veille stratégique ainsi que les répercussions des innovations dans l'IoT, robots, , blockchain IA) et de leurs impacts dans vos organisations et entreprises, n’hésitez pas à me contacter :)

 

Dimitri CarbonnelleContact

Fondateur de Livosphere 

Conseil en IoT, IA, Blockchain et Robots collaboratifs / Cobots

Retours du CES Las Vegas (Robots, Véhicules autonomes, Ecran enroulable,Blockchain, IA..)

#CES2019 c’est fini ! ... après un retour du CES Unveiled (article), voici les tendances et innovations :

  • Moins de buzz sur les véhicules autonomes mais avancée sur les composants (lidars, caméras...), véhicule modulaire et le     crowdsourcing de données via des véhicules 

  • Beaucoup de solutions de transport (drone avec passager de Bell, le tracteur autonome de John Deere, le vélo à hydrogène),

  • S’il y avait moins d’exposants chinois (près de 25% selon Le Monde), Ils avaient de plus gros stands, plus nombreux dans le cœur des halls et ambitionne que le " Made in China supplante le célèbre "Made in Germany"

  • Le retour de la conquête de l'espace via le privé (mini-satellites Zero2Infinity, engins qui vont sur la Lune : Lunar à partir de 2021)

  • La  blockchain fait une très belle percée parmi les startups et grands groupes avec deux principaux usages : la traçabilité et la sécurité
  • La voix s’intègre même dans les interrupteurs (cf. Legrand et Snips) et remplace les assistants vocaux
  • IA en plus de la voix, présente dans la reconnaissance visuelle et pour aider les personnes handicapées ( déplacer son fauteuil avec des expressions du visage)

  • Robots livreurs, exo-squelettes, robot Omron qui progresse au Ping-pong chaque année, Robots sous-marins…

  • TV enroulable de LG

  • Résilience : beaucoup de solutions sur l’auto-production et l’auto-consommation d’énergie (Skavenji, Fenix, OSol, utile en cas de panne longue ! , BioGaz, Lum’In (lampadaire autonome)

  • Et beaucoup de produits étonnants : analyse de sang via son smartphone (XRBlood), transformation de sons en lumières pour les mal-entendants : SmartEar, Mobilier Urbain végétal (UrbanCanopée)

Si vous êtes intéressé par des conférences, formations (généraux et spécifiques à vos métiers) sur les innovations, IA, blockchain, IoT ..., n'hésitez pas à me contacter

Transports

Véhicules autonomes

De nombreux constructeurs avaient montré leur véhicule autonome ou plutôt celui qu'ils fabriqueront un jour... , beaucoup ont trouvé une solution radicale pour éliminer définitivement les accidents de la route..retirer les roues ;)

Crowd-sourcing de données

Les véhicules autonomes nécessitent de collecter de nombreuses informations une technologie est le "Shadow mode". Des véhicules semi-autonomes intégrant des capteurs, lidars ... intègrent une IA qui compare la décision prise par elle par rapport aux choix du conducteur. Les données remontées permettent d'entraîner l'IA.

 

Citymagine lui remonte les données de l'état des routes grâce à ses caméras.


Véhicule modulaire

De nombreux nouveaux constructeurs rendent leurs véhicules modulaires avec un châssis autonome. La partie modulaire ("Pod")s'adapte en fonction des usages. (AEV Robotics).

 

IAV a créé une coquille modulaire multi-transports (drone, véhicule ...)


Autres véhicule autonomes : drone, camion, tracteur

Transports : Beaucoup de solutions de transport : Drone avec passager de Bell, 

le tracteur autonome de John Deere

le camion autonome Einride sans cabine

 

le fameux Byton, le bateau désigné par Furrion


La valise-scooter, le premier vélo à hydrogène (français : Pragma Industries) et même des patins à roulettes électriques.

Made in China

S'il y avait moins d'exposants chinois près de 25%

(selon Le Figaro... dont la source est... 😜).

 

Pour paraphraser France Gall, "Quand la Chine avance...", ils ont de plus gros stands, plus nombreux dans le cœur des halls et ambitionne que le "Made in China" supplante le fameux "Made in Germany". 

 

Voyage dans l'Espace

Cela peut paraître loin pourtant une nouvelle conquête de l'espace et même de la Lune avant Mars devient à la portée de startups d'ici 2, 3 ans car il y a une chute des prix de lancement.

 

AstroCast - Réseau IoT constitué de nano-satellites 

Astrocast envoie une constellations de nano-satellites (64 sur 8 orbites, déjà 8 lancé début janvier 2019) pour créer des réseaux IoT (type Sigfox). L'objectif est de  couvrir 90% de la surface de la terre, de proposer une connexion bi-directionnelle bas débit et ainsi permettre la traçabilité et suivi de marchandises, de matériel, de véhicules (comme les éoliennes en mer, les mines isolées, les plateformes pétrolières, stations météo...) dans des zones non couvertes (non habitées,  maritimes...). En revanche, il n'y a pas de couverture indoor ;)

Zero 2 Infinity - Lancement par ballon à hélium 

 

Pour lancer ces nano-satellites, on peut utiliser des lanceurs type Space X mais il y a beaucoup plus ingénieux et moins cher ... Zero 2 Infinity offre de décomposer leur mise en orbite en deux phases. La première est un ballon à hélium qui va élever un mini-lanceur (intégrant votre nano-satellite) jusqu'à 40 km (stratosphère).

 


Ensuite le mini-lanceur va propulser le nano-satellite (75 kg max) jusqu'à 180 km puis dans dans un second temps 600 km.  Le freinage atmosphérique est vingt fois inférieur dans la stratosphère qu'au sol (au-dessus de 99% de l'atmosphère) ce qui permet de réduire très fortement la consommation d'énergie pour mettre en orbite un nano-satellte.  Vous pouvez aussi envoyer jusqu'à 6 tonnes à 40 km dans la stratosphère avec ce ballon à hélium.

 

Dernier point, nous sommes encore loin de l'orbite géostationnaire (35 786 km au-dessus du géoïde terrestre) qui permet à un satellite de rester en permanence au-dessus du même point de l'équateur.

iSpace (Jetro - Japon) - Engins lunaires d'ici 2021

Après l'espace proche, pourquoi ne pas aller sur la Lune, pourquoi me direz-vous ? Pour servir d'avant-poste et de base relais vers Mars !

 

iSpace a prévu d'envoyer des engins sur la Lune, une mission est prévue en 2021 autour de la Lune, une autre déposera ses premiers engins en 2022 grâce à Space X.

D'ici quelques années, on devrait voir des infrastructures se créer sur la Lune d'autant que nous avons récemment découvert de vastes étendues de glace pure aux pôles qui faciliterait la vie des colons et pourrait devenir un carburant (hydrogène) pour aller sur Mars grâce à l'hydrolyse de l'eau. 

 



Enfin, une colonie sur la Lune nous rapprocherait de Mars en réduisant l'énergie nécessaire (gravitation beaucoup plus faible sur la Lune). En revanche, cela me semble peu plausible que des milliers de vaisseaux remplis de milliers de personnes ( < 0,1% de la population) aillent sur la Lune puis sur Mars ! Ce sera réservé à quelques Happy Few et à ceux qui trouveront que l'herbe est plus verte sur Mars ou la Lune que sur Terre ;) 

Pour celles et ceux intéressés de faire un mini-trip sur Mars, il y a plusieurs bonnes raisons d'y aller :

la journée est plus longue de 40 mn, vous pesez moins de 1/3 à cause de la moindre gravité, vous "vieillissez" plus lentement mais avez moins d'anniversaires;) 

 

Le petit souci est l’eau se situe dans les pôles sur Mars, la pire zone pour y vivre et nettement moins agréable (tempêtes de sable, variation de température phénoménaux ...) que les pires zones sur Terre. Le désert de Gobi ou le Sahara sont des oasis de douceur de vie comparés à Mars.

 


Avant d'envisager de déménager sur Mars, cela vaudrait le coup d'éviter que la Terre devienne Mars sur le plan climatique ! (cf photos de la conférence de Laura Kerber (Nasa Jet propulsion) à Hello Tomorrow) sur la vie sur Mars.

 

Blockchain

La blockchain est en train d'émerger au CES et devrait être une tendance forte l'année prochaine. À la différence de l'IA, les uses cases sont plus clairs : traçabilité, sécurité, partage des ressources même si ce n'est pas si évident de comprendre les mécanismes (Mining, token, Smart Contracts). 

 

J'ai mis quelques photos de produits utilisant la blockchain : utilisation avec l'IoT (Hitech One), un TPE (Xpos), un distributeur de billets convertissant crypto-monnaie en dollars, pare-feu WiFi sécurisé avec la blockchain (DevPriv), un Wallet d'Archos et en-dessous un constructeur chinois qui propose de vous payer en token le partage de votre puissance de calcul et votre capacité de stockage.

 

Vous trouverez plus d'infos sur la partie  que j'ai rédigé sur la blockchain du rapport CES Las Vegas d'Olivier Ezratty. Pour vous faciliter la vie, voici l'extrait spécifique à la blockchain (dizaine de pages sur plus de 400 !)


Intelligence artificielle - IA 

Utilisation massive de la reconnaissance visuelle

La reconnaissance visuelle s'est installé dans de très nombreux équipements des plus utiles aux plus futiles, pour reconnaître les battements cardiaques des bébés, ouvrir la mangeoires de distributeur de croquettes pour chats grâce à la reconnaissance visuelle de sa tête.

 


Intégration de multiples technologies 

Intégration de multiples technologies (utilisation de l'IA dans AR pour reconnaître des objets et guider un technicien, 


Usage dans le handicap

Fauteuil roulant déplacé grâce aux expressions du visage comme tirer la langue pour reculer :) 

 

Prothèse d'avant-bras "intelligente" qui apprend avec son utilisateur à être manipulé grâce aux signaux électriques du moignon. 



Assistant Vocal intégré

Assistant Vocal dans des objets du quotidien (interrupteur intégrant Alexa chez Legrand) 


Impression 3D de crèmes de soin et de manche de rasoir

Impression 3D de masques de crèmes en fonction des parties du visage chez Neutrogena )  mais aussi chez Gillette (marque de P&G)

 

Ils proposent de personnaliser dans le magasin le manche de votre rasoir sur base de 49 motifs. Évidemment, l'intérêt est double, accroître les marges et fidéliser le client car comme le devinez, seules les lames les plus chères sont compatibles (Mach III et Fusion) et certainement pas celles des concurrents ;)

 

Ils ont inventé le premier rasoir à lames chauffantes .. mais où s'arrêtera le progrès ! Malheureusement, les clients intéressés ne se bousculent pas au portillon car ils vendent ce rasoir sur IndieGogo et sur plus de 20 000 ventes espérées, ils en ont vendu fin janvier .... 212 !

En tout cas, IndieGogo leur a permis d'éviter de transformer leurs lames chauffantes en four commercial !

 


La déroutante TV enroulable de LG


Robots

Robot livreur heureux du travail accompli ;), 

Robot Omron qui progresse au ping-pong chaque 

CES Las Vegas 2019

Robots sous-marins dont un rappelle étrangement l'album Tintin Le trésor de Rackam le Rouge ;) 

année

CES Las Vegas 2018


Résilience

Produits autonomes en énergie

Beaucoup de produits autonomes en énergie avec des cellules photovoltaïques : ruche Cocoon de Bee-life qui tue en plus les principaux parasites de l'abeille, les mites Varroa, Lum'in, lampadaire photovoltaïque

ou juste les rayons du soleil avec le four solaire GoSun

Production d'énergie et stockage d'énergie

De plus en plus de startups et entreprises créent des solutions pour produire et stocker de l'énergie. O'Sol crée des panneaux photovoltaïques qui se déplacent en fonction du soleil et Skavenji proposent des batteries li-ion auxquelles on peut facilement brancher des éoliennes et des panneaux photovoltaïques.


Santé

Il y a comme d'habitude de nombreux produits connectés dans le domaine de la santé. L'objectif étant de collecter les données sur votre santé quelque soit le vêtement ou chaussure. 

Une tendance est l'utilisation de la caméra, de l'écran pour visualiser et de la puissance de calcul du smartphone pour des usages médicaux. XRBlood permet à partir d'une goutte de sang de réaliser un diagnostic médical.


Retail

Une tendance à suivre la fabrication et distribution de produits ici de pain devant le consommateur par Wilkinson Baking (cf article).

 

Dans le même esprit, Casino avait installée en novembre dernier dans un de ses magasins une serre pour produire et vendre des plantes aromatiques avant sa première ferme urbaine en 2020. 

 

Apparaît aussi le 1er Pop-up Store intégrant de l'AI par Pop Square qui permet à la fois de connaître les types de personnes et leur comportement (via de la reconnaissance visuelle) et donne la possibilité de réaliser un Live Chat avec le consommateur)


Inclassables

L'Oréal a son capteur à pH pour la peau et propose des produits en fonction de celui-Ci. Urban Canopée propose le premier mobilier urbain végétalisé.


French Tech

Petit événement, VLC (association et startup française) a fêté au CES son trois milliardième téléchargement ! 

 

Pour la FrenchTech, félicitations à Business France (et Maxime Sabahec !) qui a fait un super boulot avec l'appui des régions ont joué très majoritairement le jeu.

 

 

Si vous souhaitez que je réalise un débrief spécifique à vos métiers, n'hésitez pas à me contacter :)  Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

Conseil en Innovation (IA, IoT, Blockchain, Robots)

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement 

 

PS : Si jamais des investisseurs recherchent la prochaine licorne, parmi les startups, je l'ai trouvée ;)

Premiers retours CES Las Vegas 2019 / CES Unveiled - Intelligence artificielle, IoT, Blockchain, eHealth

Blockchain

Pas mal de blockchain dont le Wallet Archos et smartphone et POS XPos fondé sur la Blockchain), 

 

Multi-technos

Intégration de multiples technologies (utilisation de l'IA dans AR pour reconnaître des objets et guider un technicien, dans des caméras pour savoir si un bébé respire ou  bouge, un distributeur de croquettes utilisant l'IA pour reconnaître la tête de votre chat et n'ouvrir que pour lui !

 

impression 3D de masques de crèmes en fonction des parties du visage chez Neutrogena ) 

 

Assistant Vocal dans des objets du quotidien (interrupteur intégrant Alexa chez Legrand) 

C'est parti pour le #CES2019 avec le CES Unveiled. 

 

De nombreuses innovations... 

Produits autonomes en énergie

Beaucoup de produits autonomes en énergie avec des cellules photovoltaïques : ruche Cocoon de Bee-life qui tue en plus les principaux parasites de l'abeille, les mites Varroa, Lum'in, lampadaire photovoltaïque et le four solaire GoSun


Un certain nombre de grands groupes étaient aussi présents en plus de Legrand, Gillette avec son rasoir à manche personnalisé, L'Oréal a son capteur à pH pour la peau.

 

Snips hacke lui une machine à laver Miele. Tandis que le fabricant / distributeur de pain nous prépare en direct son pain tout chaud pas loin d'un mobilier urbain végétal (Urban Canopée) et d'un mini-satellite destiné à devenir un réseau IoT satellitaire.

 

Il y a même un gilet jaune connecté pour amortir les chocs..  si on tombe de vélo ! 


C'était un rapide aperçu du CES Unveiled Paris - avant le démarrage officiel mardi :)

 

Dimitri Carbonnelle 

Conseil en Innovation - Contact

Debrief du CES spécifique à vos métiers et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'i nnovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)


Taxe GAFA - Remplacer la Taxe sur CA (décourage l’investissement, primes) par une taxe sur les bénéfices reconstitués par pays

Avant le CES, il est essentiel aussi de parler aussi des problématiques posées par les GAFA en particulier leur très faible imposition. Alors, voici ma petite idée pour les fêtes pour rendre la fiscalité équitable avec les GAFA … ;)

 

Plutôt que de taxer le chiffre d’affaires qui pose de nombreux problèmes (multi-imposition de sociétés en cas de multiples intermédiaires, décourage l’investissement et de mieux payer ses salariés, ne bénéficie des gains de rentabilité grâce à l’IA…), ne pourrait-on pas taxer un bénéficie reconstitué par pays avec un taux d’imposition égale à la différence entre le taux d’imposition du pays (en France 33,3% ) et le taux d’imposition réel et mondial du groupe pour les géants du numérique (entre 8 et 15%)?

 

On déduirait bien sûr l’IS effectivement versé par la société en France de cette taxe. 

Calcul du bénéfice reconstitué par pays

Des négociations sont en cours à l'OCDE, pour fixer quel est le profit taxable pour les entreprises du numérique mais cela risque de prendre au minimum 2 ans.

 

Au préalable, nous pouvons évalué en France un bénéfice reconstitué taxable, pour les entreprises du numérique qui ont un modèle économique fondé sur leur nombre d’utilisateurs et dont le bénéfice est directement lié au nombre d’utilisateurs.

Voici le mode de calcul :

 

Le bénéfice reconstitué par pays = Nombre d’utilisateurs actifs mensuels du pays * CA Européen par utilisateur * % ratio bénéfices / chiffres d’affaires mondial.

 

L’imposition de Facebook en France serait de 114 M€ si elle facturait tous ses services destinés à des utilisateurs en France à partir de la France (342M€ * 33,3%).

 

Avec cette taxe, Facebook aurait à payer une taxe de 75 M€ en France au lieu de 1,9 M€ aujourd’hui. Avec la taxe à 3% sur le CA, prévue par le gouvernement, elle devrait payer au maximum 26,1 M€ (avec un CA en France estimé à 870 M€ et 1,7 M€ si on se fondait sur le CA déclaré par Facebook en 2017 de 55,9 M€.)

 

Sur base des chiffres déclarés par Facebook sur le plan mondial (car c’est une société cotée ;) ):

CA estimé de Facebook en France = 870 M€ = 38 millions de Français * ( 23€ ou 26,2 $ = 9,8 Md$ de CA européen / 377 millions  d’utilisateurs européens)  (versus 55,9 M€ déclaré en France.)

Bénéfice estimé = 870 M€ * (39% = 15,93 Md$ / 40,65 Md$ (Résultat Facebook Mondial / CA Facebook Mondial) = 342 M€ de résultat avant impôts

 

Calcul du taux d'imposition : Taux du pays - taux payé sur le plan mondial

Le taux de cette taxe = 22% (= taux imposition en France 33,3% - taux d’imposition de Facebook sur le plan mondial : 11%) soit 75 M€ au lieu de 1,9 M€ aujourd’hui ( taux d’imposition équivalent à 0,6% des bénéfices estimés !).

 

L’intérêt de ce taux réduit est d’éviter la double imposition (sachant que la taxe sur le CA proposé serait néanmoins déductible de l’assiette de l’IS en France), de ne pas concerner les entreprises déficitaires et de ne pas dissuader une entreprise d’investir en France car en implantant et facturant ses activités en France elle paierait exactement le même impôt. Enfin, à la différence de la taxe sur CA, l’Etat bénéficierait des énormes augmentations de productivité liées à l’intelligence artificielle des prochaines années.

 

La raison pour laquelle il s’agit d’une taxe et non d’un impôt sur les bénéfices est que l’assiette de ce dernier doit être négociée au niveau de l’OCDE qui sert de référence pour la très grande majorité des conventions fiscales.

On déduirait de cette taxe le montant de l’IS déclaré ainsi toute entreprise qui déclare ses impôts en France, n’aurait aucune taxe à payer. Bien sûr, si l’IS versé était supérieur à cette taxe, on ne va pas rembourser l’entreprise !

 

Dernier point, pour éviter toutes ces contorsions fiscales, la meilleure façon serait évidemment que les géants du numérique localisent leurs revenus en France. Facebook a annoncé qu’il le ferait dès l’année fiscale 2018 comme l’a expliqué Laurent Solly, VP Facebook Europe du Sud en novembre dernier.

 

C’est même l’intérêt des GAFA de localiser leurs revenus en Europe et de favoriser les réglementations européennes qui empêchant une très faible imposition des revenus et bénéfices car cela crée une barrière à l’entrée pour les acteurs chinois dont les BATX qui vont de plus en plus s’affirmer en Europe.

 

N’étant pas fiscaliste ou juriste, il y a certainement des points à modifier. N’hésitez pas à m’en faire part.

Réduire fortement les écarts de taxation pour les Etats et les GAFA

Equité fiscale

Les GAFA sont aujourd’hui dans la légalité en optimisant au maximum leur fiscalité de par leur activité numérique car il est très difficile de donner une territorialité certaine à leurs activités numériques  (cf article Wikipedia )

 

Néanmoins, il est essentiel que les GAFA soient imposés de manière équivalente aux autres entreprises pour des raisons d’équité fiscale d’autant que les écarts sont faramineux. Pour les grands groupes français, le taux d’imposition sur le plan mondial varie de 20 à 25 % (deux fois plus que Facebook à 11%). Selon une analyse de l'eurodéputé social-démocrate Paul Tang, spécialiste des questions fiscales, publiée en septembre 2017 et centrée sur Google et Facebook entre 2013 et 2015, la France aurait ainsi perdu 741 millions d'euros de recettes fiscales, l'Allemagne 889 millions et les entreprises numériques sont soumises à un taux d’imposition effectif de 9,5 % uniquement, contre 23,2 % pour les entreprises traditionnelles.

 

Les activités françaises de ces groupes sont imposées à 33,3% (part > 500ke et si leur CA n’est pas minoré artificiellement ;)) alors que Facebook a un taux d’imposition sur ses activités françaises estimé à 0,6% (1,9 M€ / 342 M€ en 2017 ). Il y a bien sûr des techniques qui permettent de réduire les bénéfices notamment via les fondations d’entreprise (déduction de 60% des dons de l'impôt sur les sociétés) ou les transferts intra-groupes (royalties pour l’utilisation de la marque, quote-part compensant les coûts de la société mère reversée dans un pays à plus faible imposition …) 

Intérêt des GAFA à localiser leurs bénéfices dans le pays de leurs activités

Il en est aussi de l’intérêt même des GAFA à ce qu’ils soient imposés à hauteur similaire aux autres entreprises car elles risquent à terme qu’on leur impose des sanctions beaucoup plus lourdes telles qu’une scission de leur structure ou des sanctions pécuniaires très fortes (> 10 Md€) sur le plan européen.

 

Cela créerait plus d’incertitudes pour leurs actionnaires que des impôts payés de manière récurrente fondés sur leurs résultats. Autant il ne peut y avoir de rétroactivité  en termes d’impôts, autant pour les pénalités, the sky is the limit…

 

En ces temps de disette budgétaire, la tentation des Etats peut être extrêmement forte de récupérer une part de la cagnotte accumulée par les GAFA !

 

Dernier point, les entreprises européennes se tournent de plus en plus vers les BATX (Baidu Tencent Alibaba Xiaomi,  équivalent des GAFA en Chine). Même si elles collaborent principalement sur le territoire chinois (ex : Accord d’Auchan avec Alibaba), les entreprises chinoises vont de plus en plus investir le marché européen.

Les GAFA ont beaucoup plus à craindre compte tenu de leurs poids des acteurs chinois qu’européens. Si les GAFA, en particulier Amazon veulent accroître la barrière à l’entrée sur le marché européen pour Alibaba, Baidu, Tencent, ils ont tout intérêt à favoriser les réglementations européennes qui empêche de délocaliser les revenus et bénéfices qu’ils n’ont pas eu à subir.

 

 

Merci la non-rétroactivité fiscale ;)

Taxe prévue actuellement par l’UE

L’UE a choisi de taxer le CA à hauteur de 3% sur la vente d’espaces publicitaires à partir de 2021 si la recherche d'un accord international échoue dans le cadre de l’OCDE.

 

L’activité digitale globale était initialement prévue mais le périmètre a été réduit en raison de la concession française, l’opposition notamment de l’Allemagne craignant les représailles commerciales sur les droits de douane sur ses véhicules, l’Irlande (avec un taux d’imposition à 12,5% et qui accueille les sièges de Facebook et de Google), du Luxembourg qui accueille Amazon, la Suède qui souhaite protéger Spotify qui fait certes du CA mais pas de bénéfices et donc serait taxé…

 

Le projet initial de l’UE était de taxer les revenus publicitaires, les revenus de la vente de données personnelles ou générés par les activités d'intermédiaire de vente de biens et de services. Les entreprises réalisant au moins 750 millions d'euros de chiffre d'affaires dans le monde, dont 50 millions d'euros en Europe devaient être concernées (provisoirement avant la création d’une taxe mondiale dans le cadre de l’OCDE).

Taxe prévue actuellement par la France

Bruno Le Maire  a annoncé le 6 décembre que la France pourrait introduire "dès 2019" une taxe nationale sur les géants du numérique "si les États européens ne prennent pas leurs responsabilités et n'imposent pas une taxation des géants du numérique".

 

Cette taxe serait assise non seulement sur les revenus de la publicité en ligne, mais plus globalement sur les revenus publicitaires, les revenus tirés des plateformes (d’intermédiation)  et ceux liés à la revente de données personnelles.

 

Bruxelles avait, certes, proposé de rendre la taxe déductible de l'impôt sur les sociétés, pour annuler l'impact sur les entreprises vertueuses, mais Bercy a jugé ce mécanisme contraire aux règles fiscales françaises. Elle serait donc seulement déductible de l'assiette de l'impôt sur les sociétés, ce qui entraînerait une surcharge fiscale.

 

Les Britanniques  ont aussi prévu de taxer à hauteur de 2% le CA des géants du numérique dès 2020.

 

Évidemment les Etats-Unis sont complètement contre cette taxe qui va à l'encontre de leurs intérêts comme l' indique la lettre, conjointement signée par le président républicain de la commission finances du Sénat américain, Orrin Hatch, et son collègue démocrate, Ron Wyden : « La proposition de DST de l’UE a été conçue pour cibler les entreprises américaines et saper le traité sur les taxes internationales en créant une nouvelle barrière commerciale transatlantique qui va à l’encontre du nouveau dialogue entre les États-Unis et l’Union européenne pour réduire de telles barrières », 

Problèmes de la taxe sur CA 

La taxe sur le CA pose de multiples problèmes :

  •  D’abord, il crée une inégalité de traitement entre des entreprises et en fonction du type de revenus, certaines activités sont soumises à la taxe sur CA, d’autres à l’impôt sur les sociétés. Elle est contraire à la doctrine d’imposition actuelle (modèle OCDE). On pourrait changer de doctrine néanmoins cela aurait beaucoup d’impacts négatifs.

 

  • Une taxe sur CA impose les entreprises même déficitaires. Qu’une entreprise investisse ou pas dans son entreprise, qu’elle paie bien ses salariés, ses fournisseurs ou pas n’a aucun impact sur cette taxe. Cela incite donc financièrement les entreprises à moins bien traiter leurs salariés et partenaires, fournisseurs.
  • L’augmentation de rentabilité d’une entreprise ne bénéficie pas à l’Etat or dans les prochaines années, avec l’intelligence artificielle, de nombreuses entreprises, en particulier les géants du numérique augmenteront fortement leur rentabilité avec moins de salariés alors que dans l’autre sens, l’Etat aura besoin de ressources financières accrues pour faire face aux personnes perdant leur emploi, à la nécessité d’accompagner la formation de celles-ci. Double peine pour l’Etat !

Lorsqu’il y a plusieurs intermédiaires entre une entreprise et un client final, est-ce le CA cumulé qui est taxé ou le CA de celui qui vend ou qui s’adresse au client final ? Compliqué à gérer.

 

L’interview de Jean-David Chamboredon, co-président de France Digitale est très instructif à ce titre car il couvre la plupart des problèmes.

Pourquoi la taxe sur le CA s’impose à la place de l’impôt sur les bénéfices

Les deux options proposées par la France

La France avait poussé deux pistes au départ, la taxe sur le CA et une deuxième piste auprès de l’UE  qui prévoyait une réforme de l’impôt sur les sociétés dans les États membres, qui permettrait de taxer les bénéfices des entreprises y ayant une "présence numérique significative".

 

Les sociétés concernées devaient satisfaire au moins l’un des critères suivants : des revenus de sept millions d’euros par an générés par la fourniture de services numériques, au moins 100 000 utilisateurs et la signature de plus de 3 000 contrats commerciaux pour des services numériques au cours d’un exercice fiscal.

 

Pourtant c’est la taxe sur le CA dite « DST » (Digital Services Tax) qui a été privilégié et sert de filet de sécurité  si le niveau international des négociations à l’OCDE devait échouer.

Pourquoi ?

Taxe sur CA plus simple à mettre en place qu’un nouvel IS  en raison du modèle OCDE

Certains principes des impôts sur les sociétés doivent être négociés au niveau mondial, OCDE  pour être précis (« présence numérique » notamment) pour éviter les problématiques de double imposition par exemple et en raison des nombreuses conventions fiscales existantes qui se fondent sur le modèle OCDE.

 

"L’art 7 OCDE (modèle de convention) : les bénéfices d’une entreprise d’un Etat contractant ne sont pas imposables dans cet Etat à moins que celle-ci n’exerce son activité dans l’autre Etat contractant par l’intermédiaire d’un établissement stable qui y est situé. Si elle exerce son activité de cette façon, les bénéfices sont imposables dans l’autre Etat.

 

L’ OCDE a d’ailleurs modifié ce modèle pour réduire les risques de « suroptimisation » et d’évasion fiscale.

D’après la définition du modèle OCDE : c’est une installation fixe d’affaires par laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité. L’installation d’affaires est définie comme tout local matériel ou installation utilisé pour l’exercice des activités de l’entreprise sans que soit pris en considération le titre juridique qui permet à l’entreprise d’en disposer. On vise une notion de permanence."

 

A terme, il est bien prévu une modification de l’impôt sur les bénéfices qui intègrent la présence numérique, le problème est qu’avant d’accorder tous les pays ayant des intérêts divergents, ça risque de prendre du temps … Déjà au niveau de l’UE, c’est compliqué à bientôt 27 pays, imaginez à 36 dont les Etats-Unis, Mexique, le Chili et la Turquie, Israël, Corée du Sud, Japon, Australie …

Plus facile à négocier avec les GAFA qu’une imposition sur les bénéfices

Sans connaître tous les tenants et aboutissants, il me semble qu’il était plus simple de faire accepter une taxe sur le CA avec les GAFA qu’un IS qui intégrerait leurs vrais bénéfices. D’ailleurs, la déclaration de Google qu’il le paierait l’illustre (Google).

 

Comme on le voit sur les schémas suivants, la taxe sur le CA (3%) croit peu de manière absolue à la différence d’une taxe sur les revenus (au maximum 33,3%). Le prochain objectif des GAFA demain n’est pas la croissance de leur CA mais celle de leurs bénéfices (déjà en proportion très élevé près de 40% pour Facebook par rapport au CA). L’utilisation de l’IA permettra de générer beaucoup plus de rentabilité en utilisant au mieux les infrastructures actuelles avec le minimum de personnes. Les géants du numérique ont donc intérêt à favoriser une taxe sur le CA plutôt qu’une taxe sur les bénéfices.

 

Enfin, il est très difficile d’augmenter significativement le niveau de taxation sur le CA (3%) compte tenu de ses effets de bords, impacts négatifs. Un rapide calcul montre que Facebook devrait payer 13% sur son CA pour correspondre à un taux d’imposition de 33,3% sur ses bénéfices. Ce n’est pas tenable.

Concernant Facebook, Laurent Solly  a récemment précisé que pour 2018, ils vont déclarer pour la première fois en 2018 les revenus de sa filiale française en France et non en Irlande.

 

« À partir de cette année, les investissements de nos clients français qui sont faits sur les plateformes Instagram et Facebook pour déployer des campagnes de communication auprès des Français, qui sont accompagnés par les équipes françaises de Facebook, seront déclarés à notre pays et donc soumis à l'impôt sur les sociétés ». C’est une très bonne voie et nous verrons si les bénéfices pour 2018 se rapprochent de 342 M€ qui est mon estimation pour 2017.

 

Amazon  pour sa part est contre la taxe sur CA car cela pénaliserait les PME qui vendent sur sa Marketplace (car Amazon répercuterait les surcoûts de la taxe sur eux…). Certes, c’est vrai, mais Amazon ne propose aucune solution comme Facebook pour appliquer plus d’équité fiscale alors que cela aurait un impact positif sur les PME moins ponctionnées car les géants du numérique contribueraient plus aux finances publiques !

Éléments juridiques sur lesquels fonder la taxe sur les bénéfices

Particularité de la France dans la territorialité des bénéfices

Je ne suis pas juriste ou fiscaliste, néanmoins j’ai essayé de mieux comprendre la mécanique derrière l’imposition des bénéfices et la difficulté à imposer ceux des GAFA. S’il y a des corrections à réaliser et des erreurs, n’hésitez pas à m’en faire part.

 

Aujourd'hui, la France fait figure d'exception avec son principe de territorialité car la plupart des Etats membres de l'OCDE ont adopté le régime de l'imposition mondiale dans lequel les entreprises sont imposées dans leur Etat de résidence sur l'ensemble de leurs bénéfices mondiaux.

 

Ainsi les bénéfices réalisés par des entreprises exploitées à l’étranger par des sociétés ayant leur siège en France sont soustraits à l’application de l’IS même si la comptabilité de ces exploitations est centralisée en France. A l’inverse, les entreprises dont le siège est situé hors de France sont quelle que soit leur nationalité sont imposables en France à raison des profits d’exploitation situés en France.

 

En présence d'une convention fiscale entre deux pays, les règles de droit interne s'effacent au profit des dispositions contenues dans la convention. La plupart des conventions signées par la France reposent sur le modèle OCDE qui retient le critère de localisation, la notion d’établissement stable.

 

Les entreprises françaises peuvent néanmoins opter le régime du bénéfice consolidé (imposition mondiale) qui a pour effet de les imposer en France non seulement à raison des établissements situés en France mais aussi d’entreprises situées à l’étranger et leur permet aussi de prendre en compte les pertes et déficits étrangers, d’imputer à l’ IS français des impôts payés à l’étranger à hauteur de l’impôt français qui aurait frappé ces résultats. 

Critères pour déterminer la territorialité

Le Code général des impôts  n’a pas défini la notion d’entreprise exploitée en France qui justifierait l’imposition de ses bénéfices, c’est donc la doctrine et la jurisprudence qui ont développé trois critères pour savoir quand rattacher un bénéfice à la France.

  • l’établissement stable,
  • le représentant qualifié
  • le cycle commercial complet

Vous trouverez l’explication détaillée ici.

Les deux premières notions sont communément utilisées par presque toutes les conventions fiscales bilatérales obéissant au modèle de l’OCDE. En revanche, l’idée de cycle commercial complet est plus spécifique à la France.

 

On pourrait imposer en particulier pour Amazon la notion de cycle commercial complet qui est illustré explicitement .(lien BOFIP) ainsi que pour les autres géants du numérique.

 

Opérations formant un cycle commercial complet (200 et 210)

L'exercice habituel d'une activité peut enfin résulter de la réalisation d'un cycle commercial complet d'opérations, alors même que l'entreprise ne posséderait dans le pays concerné aucun établissement ou représentant permanent.

 

Un cycle complet correspond généralement à une série d'opérations commerciales, industrielles ou artisanales dirigées vers un but déterminé et dont l'ensemble forme un tout cohérent.

L'exemple le plus caractéristique du cycle complet est celui des opérations d'achat de marchandises suivies de leur revente.

 

Peuvent également constituer un cycle commercial complet les opérations d'extraction, de transformation, de lotissement de terrain, de prestations de services ou les opérations financières, dès lors qu'elles correspondent à l'exercice habituel d'une activité distincte.

Principe de la taxe sur les bénéfices reconstitués

Bénéfice reconstitué

Le calcul du bénéfice reconstitué est facile pour les entreprises dont le modèle économique dépend directement du nombre d’utilisateurs.

 

Comme la plupart des géants du numérique sont obligés de communiquer sur leurs chiffres mondiaux (notamment s’ils sont mondiaux) et publient leur répartition de CA par continents et le nombre d’utilisateurs par pays, on peut utiliser ces chiffres pour reconstituer ce bénéfice par pays :

bénéfice reconstitué  = Nombre d’utilisateurs * CA moyen par utilisateur en Europe * Ratio Bénéfice avant impôts / CA sur le plan mondial

 

Sur base des chiffres déclarés par Facebook sur le plan mondial :

CA estimé de Facebook en France = 870 M€ = 38 millions de français * ( 23€ ou 26,2 $ = 9,8 Md$ de CA Européen / 377 millions  d’utilisateurs européen)  (versus 55,9 M€ déclaré en France.)

 

 


Bénéfice estimé = 870 M€ * (39% = 15,93 Md$ / 40,65 Md$ (Résultat Facebook Mondial / CA Facebook Mondial) = 342 M€ de résultat net 

 

 

Si l’entreprise a la capacité de justifier de chiffres plus précis par pays, elle pourrait bien sûr les utiliser auprès de l’administration fiscale. Il faut juste qu’elle ait accès au détail par pays (par exemple le CA moyen par pays ) pour s’assurer que la somme du détail correspond à la somme totale et que cette information puisse être partagée et croisée avec les autres membres de l’UE. L’entreprise pourrait aussi justifier de frais exceptionnels (investissements dans un laboratoire de recherche par exemple) qui réduit son bénéfice pour le pays.

Utilisation du Chiffre d’affaires par continent

Comme on le voit sur les résultats de Facebook, le CA par utilisateur peut fortement varier entre continents et pour refléter cela, il est préférable d’utiliser le CA par continent divisé par le nombre d'utilisateurs du continent que le CA mondial par utilisateur.

 

Bien sûr, une entreprise peut décider de facturer ses services à partir d’une entreprise hors d’Europe, en revanche on pourrait reconstituer en partie ce CA à partir des factures d’achat du client localisées en Europe ou par des analyses marché afin de voir les résultats aberrants.

CA reconstitué pour toutes les activités digitales (ex : taxation sur le train de vie )

Dans cet article, je parle des entreprises qui ont un modèle économique fondé sur le nombre d’utilisateurs et plus spécifiquement sur la publicité (Google et Facebook), mais nous pourrions étendre cela à Amazon, à des plateformes B2B…

 

Il faut parvenir (via les factures d’achats par exemple) à reconstituer le CA estimatif du pays.

 

Les impôts le réalisent déjà sur les personnes via la taxation sur le train de vie  et signes extérieurs de richesse quand le fisc constate une disproportion entre le train de vie d’un contribuable et ses revenus déclarés.

Pour l’anecdote, la base forfaitaire est évaluée en tenant compte de douze éléments de train de vie dont le contribuable et les membres de son foyer fiscal ont disposé au cours de l'année considérée.)

  • Résidence principale et secondaire : 5 fois leur valeur locative cadastrale
  • Employés de maison: 4 600 € ou 5 700 € par employé ( la moitié pour celles employées principalement pour l’exercice d’une profession ; il n’est pas tenu compte du premier employé de maison)
  • Automobiles : valeur à neuf après un abattement de 50% après 3 ans d’usage (diminuée de moitié si le véhicule sert principalement à l’exercice d’une profession ; ceux de plus de 10 ans ne sont pas pris en compte)
  • Motos de + de 450 cm3 : comme pour les automobiles
  • Yachts, bateaux de plaisance (voile, ou moteur : in ou hors-bord)le barème varie suivant le tonnage, la puissance et l’âge du bateau
  • Avions de tourisme : 69 € par cheval-vapeur en puissance réelle
  • Chevaux de course (de 2 ans au moins) : 4 600 € par « pur-sang » et 2 700 € par trotteur et autre cheval
  • Chevaux de selle (de 2 ans au moins) : 1 370 € par cheval à partir du second
  • Droit de chasse: 2 fois les loyers ou participations versées lorsqu’il excède 4 600 €
  • Clubs de golf: comme en matière de droit de chasse.

D’autre part, le fisc réalise déjà ce travail pour les entreprises qui exercent leur activité en France. On a tous entendu parler de ces restaurateurs qui ont été redressés en raison d’un CA minoré et réévalué grâce aux factures de nettoyage de serviettes et nappes.

 

Aujourd’hui si le Fisc ne redresse pas les GAFA, ce n’est pas par manque de chiffres mais pour des raisons légales. Une taxation sur le CA ou les bénéfices reconstitués donneraient une base légale à des redressements. Le point ici est de basculer directement sur la taxe sur les bénéfices plutôt que de passer par une taxe sur le CA ou d’attendre une nouvelle convention sur l’IS.

Pourquoi ne pas appliquer une taxation directement de 33,3% ? 

Le taux de taxation de ces bénéfices reconstitués serait le taux effectif du pays (en France 33,3% pour le CA > 500ke) – taux d’imposition mondiale de l’entreprise (Facebook :11%, Amazon  0% en 2017 aux Etats-Unis, 11,4% avant).

 

L’IS déjà payé en France serait déduit de cette taxe (mais pas de remboursement si l’IS est supérieur à la taxe !). Le mécanisme pourrait s’assimiler à l’imputation actuelle des impôts payés à l’étranger sur l’IS sous le régime du bénéfice consolidé mais en inversé !

 

Cela évite la double imposition, le taux d’imposition mondial est connu publiquement et incite les entreprises à localiser leurs investissements en France en l’occurrence. En effet si l’entreprise a localisé ses résultats dans un pays avec un taux d’imposition supérieur au taux d’imposition mondial, il aura intérêt à les localiser en France car il paiera moins de taxes.

Utilisation du ratio Résultats net avant impôts / Chiffre d’affaires

Pour les géants du numérique, la structure de coûts doit être globalement similaire à travers le monde compte tenu de la mutualisation des services et activités.

 

A l’exception des frais marketing et commerciaux spécifiquement dédiés à un pays et qui peuvent varier en proportion selon chaque pays, la plupart des autres coûts bénéficient à l’ensemble du groupe. Pour donner un exemple, le laboratoire d’IA de Facebook situé à Paris ne sert pas qu’à Facebook France mais à tout Facebook ! Comme les coûts dans un pays servent généralement à tous les pays, cela signifie qu’on peut appliquer le ratio Résultats net avant impôts / Chiffre d’affaires pour mesurer le bénéfice d’une entité d’un pays sur base de son CA.

Conclusion

L’objectif est un principe d’équité fiscale entre toutes les entreprises, qu’elles soient totalement numériques, en partie ou pas du tout. Cela signifie que les modalités de taxation doivent être identiques pour toutes. La taxe sur CA créé des effets de bords inévitables (taxe d’entreprises déficitaires, désincitation à l’investissement, à bien payer ses salariés, l’Etat ne bénéficie pas des formidables gains de rentabilité grâce à l’IA mais va devoir les payer via des revenus minimums, formations …). La taxe sur CA même à court terme est selon moi une erreur, d’autant qu’il faudra gérer la migration de la taxe sur CA vers un nouvel IS une fois les négociations internationales finalisées… Ce sera compliqué !

 

Idéalement, il faudrait que les géants du numérique localisent leurs activités et bénéfices en France comme Facebook le ferait à partir de l’année fiscale 2018. S’ils ne le font pas, il faut les faire rentrer dans ce cadre.  Les conventions fiscales et le modèle OCDE nécessitent a priori un consensus mondial pour transformer l’impôt sur les bénéfices, donc à ce stade, on ne peut modifier l’IS. En revanche, on pourrait a priori taxer un bénéfice reconstitué dont serait déduit l’IS payé en France et qui faciliterait la transition vers les nouvelles règles.

 

Dimitri Carbonnelle 

Agence conseil en Innovation - IoT, IA , Robots Collaboratifs - Contact

D'une prime à la Conversion à une prime au Covoiturage - Débats sur les Gilets Jaunes

Le point de départ du mouvement des Gilets Jaunes est l’augmentation de la taxe sur les carburants. En contrepartie, le gouvernement a proposé un certain nombre de mesures dont une prime de conversion de véhicules. Ce à quoi de nombreux gilets jaunes rétorquent qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter un nouveau véhicule.

 

 

 

Plutôt que de partir dans des polémiques picrocholines, pourrions-nous trouver une solution qui concilie les deux points ?

 

Ne pourrait-on pas transformer la prime à la reconversion en une prime au covoiturage ? Cela consisterait par exemple à ce que les vieux véhicules soient repris ( puis mis au rebus et recyclés) par des sociétés de covoiturage / ride sharing qui bénéficieraient aussi de cette prime pour mettre à disposition des véhicules électriques destinés au covoiturage dans les zones d’habitation des habitants bénéficiant des primes.

 

Cela redonnerait du pouvoir d’achat et aurait un effet écologique immédiat grâce au covoiturage.

Les problèmes posés par la prime à la conversion

La prime à la conversion pose plusieurs problèmes :

  • le coût de rachat d’un véhicule (> 15 000€ TTC) qui rend la mesure caduque pour un grand nombre de personnes qui ont peu de moyens
  • un impact écologique négatif à court terme : lorsqu’il y a un rachat de véhicule, le gain écologique est égal à la différence entre la consommation de l’ancien véhicule  - la consommation du nouveau véhicule – la fabrication du nouveau véhicule.

 

Cela signifie que le gain écologique sera potentiellement perceptible dans plusieurs années (sur base de l'étude de CRAIG environ 4 ans si le mix énergétique est très peu émetteur de CO2), en raison de de la fabrication d’un nouveau véhicule. Un véhicule électrique est beaucoup moins écologique à fabriquer qu’un véhicule diesel ou essence en raison des batteries.

 

Sachant qu’en plus un véhicule est utilisé la plupart du temps moins de 10% du temps (moins de 2h30 par jour) et par 1,3 personne en moyenne. 

 

La prime au covoiturage permettrait d’une part de donner un pouvoir d’achat additionnel immédiat aux utilisateurs (plutôt que d’en retirer avec le coût d’achat d’un nouveau véhicule) et de réduire l’impact écologique de la fabrication d’un nouveau véhicule en incitant au développement massif d’un mode de transport plus écologique, la mobilité partagée.

Principe de la prime au covoiturage

Le principe serait le suivant, tous les véhicules aujourd’hui éligibles à la prime de conversion (mais cela pourrait être étendu en fonction du coût budgétaire – Plus d’infos sur l’éligibilité de la prime)

  • repris par des entreprises de « ride-sharing » (auto-partage / covoiturage/ location courte durée)
  • qui s’implanteraient dans les zones où habitent leurs propriétaires bénéficieraient d’une prime de covoiturage de plus de 50% de la prime de conversion actuelle (max 6000€),
  • une partie de la prime restante serait donnée aux entreprises de ride-sharing
  • qui devraient mettre à disposition des véhicules en covoiturage dans des zones facilement accessibles aux habitants (à l’image des solutions actuelles d’auto-partage qui demandent à se garer dans une zone définie).

Les véhicules repris n’auraient a priori vocation à être réutilisés (vu leur ancienneté) mais mis au rebut dans un centre agréé VHU (véhicules hors d'usage) qui se chargera de recycler le véhicule. Les entreprises devront acheter en échange des véhicules électriques ou hybrides (en fonction du rayon d’action du véhicule) utilisés pour le covoiturage.

 

L’intérêt est d’inciter à changer les comportements vers l’usage plutôt que l’achat de véhicules d’autant que cela devient trop onéreux en particulier dans les zones rurales.

Expérimentation de la prime de covoiturage sur des zones rurales et mal desservies

Afin de vérifier les effets positifs ou négatifs, des expérimentations pourraient être faites dans plusieurs départements ruraux et des zones mal desservies avec des acteurs

 

 

 

 

 

  • comme Blablacar, Drivy, OuiCar (à condition qu’ils s’appuient sur des acteurs qui s’occupent de la maintenance et du financement de leurs véhicules ce qui n’est pas aujourd’hui leur métier),
  • des transporteurs comme Transdev, SNCF (avec leurs filiales de covoiturage) et
  • des constructeurs comme Renault, Peugeot qui développent des offres d’auto-partage en free-floating dans des zones délimitées.

Autres options : Prime de conversion pour le leasing de véhicules destinés au covoiturage, indemnité au km covoituré

Il y a aussi d’autres options : la prime de conversion pourrait être utilisée pour l’achat d’un véhicule en leasing qui serait associée à des services de covoiturage ce qui baisserait ses mensualités.

 

Une autre possibilité serait de favoriser le covoiturage de véhicules avec une  prime au kilomètre covoituré (en passant par une plateforme comme Blablacar pour s’assurer de la réalité du covoiturage et simplifierait la gestion administrative des particuliers )

Exemple concret : Coût pour passer d'un Vieux Diesel à une Renault Zoé (électrique)

Afin de concrétiser cela, prenons un exemple, une personne non imposable et parcourant plus de 60 km par jour pour se rendre à son travail (afin de bénéficier du doublement de la prime de conversion) a un véhicule diesel immatriculé en 2005 et veut acheter une Zoé électrique (la moins chère est à 32 600 € TTC dont 8900€ pour les  batteries, une Nissan Leaf avec une meilleure finition est à 33 900€ TTC ).

 

Avec toutes les aides, surprime (5000€) + bonus écologique (6000€, 27% du montant du véhicule cappé à 6000€) , ce Zoé coûterait 21 600€. Pour un ménage imposable (54% des ménages en France), il ne bénéficiera d’aucune prime mais seulement du bonus écologique.

Coût d'un achat d'un véhicule électrique prohibitif malgré les primes et bonus pour des ménages modestes

Pour comparer, aujourd’hui un véhicule essence ou diesel coûte bien moins cher qu’un véhicule électrique équivalent (cf. article Challenges : Clio à essence moteur TCe 0,9 en finition comparable Intens  est à 18.850 euros seulement pour une meilleure finition), le bonus permet de réduire l’écart de plus de 40% de prix.

 

Il y a deux problèmes, le véhicule électrique coûte plus cher qu’un véhicule à essence et il reste plus de 21 000€ à débourser pour des ménages qui n’ont pas les moyens d’investir dans un nouveau véhicule… 

1. Prime au covoiturage - Explication monétaire

Voici quelques autres possibilités traduites concrètement (et à challenger)  qui permettent d’augmenter le pouvoir d’achat tout en favorisant la mobilité :

 

1. Prime au covoiturage 

Une société de covoiturage reprend ce véhicule diesel de 2005. Le particulier perçoit une prime de 2500€ ( à ajuster en fonction du coût budgétaire).

 

La société de covoiturage perçoit 1000€ (par exemple par véhicule repris) et doit acheter un véhicule électrique pour 5 véhicules maximum ( à ajuster en fonction du lieu et des besoins, il reçoit donc 5000€ au maximum), le mettre à disposition, le gérer (entretien, réparation…) et proposer une application pour pouvoir la réserver et réaliser du covoiturage facilement.

 

En concertation avec la collectivité, les véhicules doivent rester dans une zone facile d’accès aux habitants (ayant demandé la reprise de leur véhicule)  où il est possible idéalement d’être rechargé.

 

Évidemment, l’objectif est que cela concerne le grand nombre de personnes pour éviter que deux personnes aient besoin en même temps du dernier véhicule disponible sur des trajets différents.

2. Leasing de véhicules de covoiturage - Explication monétaire

La société de covoiturage reprend ce véhicule diesel de 2005. Le particulier perçoit une prime de 2500€ ( à ajuster en fonction du coût budgétaire) et paie mensuellement un loyer de leasing pour un véhicule électrique.

 

La société de covoiturage propose de manière simple et facile que ce véhicule soit partagé ce qui réduit d’autant le prix du leasing.

3. Subventionner le covoiturage

Les particuliers perçoivent une indemnité additionnelle en cas de covoiturage à l’image de l’indemnité vélo.

 

Pour info, les revenus tirés du covoiturage s’analysent en des bénéfices industriels et commerciaux, obligeant ainsi ceux qui les perçoivent à les déclarer sauf s’ils sont tirés de la « coconsommation.  Lorsque des frais sont partagés, mais font par ailleurs l'objet d'une déduction du revenu imposable du contribuable pour leur montant réel, cette déduction ne peut être effectuée que pour le montant net des remboursements perçus. Il en est de même si le salarié perçoit des indemnités kilométriques de son entreprise et qu’il perçoit des revenus tirés du covoiturage.

Que faire pour les zones éloignées d'un "hub de mobilité" ?

Dans les zones où il y a une très faible concentration de véhicules partageables (ex : une habitation éloignée de plusieurs kms d’un centre-ville), il est possible d’imaginer la mise à disposition ou l’aide à l’achat de vélos, trottinettes électriques ou non et des « hubs de mobilité » avec une zone de covoiturage et des bornes de recharge pour les véhicules et ces autres moyens de mobilité (vélos électriques, trottinettes électriques) et des zones

 

 

Agglopolys, communauté d’agglomération de Blois encourageainsi  les modes de déplacement doux en remboursant jusqu’à 400 € pour l’achat d’un vélo électrique dans la limite de 25% du prix d'achat.

 

Conclusion et Etude sur le véhicule autonome avec Les Echos

Il y a sans doute des imprécisions, des points à modifier, néanmoins l’esprit de cet article est de trouver des solutions en passant en particulier de l’achat de véhicules polluants à l’usage de véhicules non polluants (en fonction du mode de production électrique …) et partagés afin de répondre aux problématiques des citoyens et écologiques.

 

D’autre part, ces solutions préfigurent la prochaine arrivée des véhicules autonomes qui ne seront dans l’immense majorité des cas pas des véhicules individuels.

 

Pour ceux qui sont intéressés, j’ai réalisé une étude sur le véhicule autonome, ses impacts dans notre société , le modèle économique des constructeurs, la disruption de nombreux secteurs …

 

Dimitri CarbonnelleContact

Fondateur de Livosphere 

Conseil et Speaker en innovation, IoT, IA et Robots collaboratifs / Cobots 

Participe au CES Las Vegas 2019 et réalise des debriefs sur les innovations présetes au CES

 

 

 

 

N.B.

L’augmentation des taxes sur les carburants prévue est de 6,5 centimes d’euro du gasoil et 2,9 centimes pour l’essence. Elle a été rejetée récemment par le Sénat (à majorité de LR) qui vote son gel néanmoins cette mesure devrait être finalement adoptée par l’Assemblée nationale (à majorité LREM) avec potentiellement un retour à une taxe flottante diminuant en cas de hausse du prix du pétrole

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Usine 4.0 - Comment intégrer des cobots, robots collaboratifs dans son industrie ?

Bruno Lemaire a annoncé hier la possibilité de suramortir les robots à destination des PME.

 

Pas mal d’entreprises seraient tentées d’en acheter directement un et de le tester. C’est, selon moi, une énorme erreur (investissement > 30k€, perte de temps minimum de 6 mois, risque social et de POC, proof of concept non transformé…), même si c’est très tentant.

 

Voici mon retour d’expérience sur ce sujet sur base du projet de cobots, robots collaboratifs que je mets en place avec une entreprise très connue dans la mode.

 

En 6 mois, nous avons déployé un robot collaboratif pour tester l’usure de produits, le robot réalise des contrôles qu’un être humain ne pourrait faire (des dizaines de milliers de gestes répétés en une journée) et nous allons mettre en place un robot qui réduira les TMS (troubles musculo-squelettiques).

 

Tout d'abord, j'aborde plusieurs questions (liens directs) :

Pour y parvenir, j’ai proposé et nous avons suivi la démarche suivante (liens directs) : 

  1. Choisir les opérations à robotiser
  2. Recherche de robots collaboratifs
  3. Choix et sélection des intégrateurs et Rôle de Livosphere, architecte
  4. Développement, Programmation et test du robot (risques de dérapage, UX, bugs) et rôle de Livosphere
  5. Installation, présentation aux salariés
  6. Analyse de risques et
  7. Suivi du projet
  8. Next Steps

Cela peut paraître facile au début d’utiliser un robot, en réalité c’est comme construire une maison, c’est une attention de tous les instants et une coopération réussie entre l’entreprise cliente, l’intégrateur et moi. J’ai un rôle d’architecte, de la construction des plans au suivi du chantier ;)

 

L’expérience que j’avais acquise chez General Electric notamment en Six Sigma et en Lean m’a été  aussi bien utile car l'amélioration et simplification de processus doit précéder son automatisation. Il y a aussi de nombreux gains de productivité mais c’est une conséquence et non l’objectif de ce projet. Il est essentiel aussi d'associer très rapidement les salariés au projet pour montrer que les cobots sont complémentaires et non en remplacement de salariés.

 

Les premiers cobots sont en place aujourd'hui et nous allons poursuivre leur déploiement dans d’autres domaines en utilisant une approche similaire.

Pourquoi robotiser ? Exemple des enceintes Devialet

Au début, il peut y avoir de nombreuses raisons incitant à utiliser des robots, augmenter la qualité, la productivité, améliorer l’environnement de travail, réduire les temps de latence, réaliser des opérations impossibles à faire par un être humain ... Enfin, les robots permettent de réduire les tâches répétitives causant notamment des troubles musculo-squelettiques (TMS) ainsi que des accidents de travail.

 

Ces raisons peuvent d’ailleurs inciter à relocaliser des usines en France en particulier si elles sont éloignées à quelques dizaines de milliers de kilomètres.

 

Devialet a ainsi implanté une usine fortement robotisée en France (cf. article), cela lui permet de se rapprocher des lieux de consommation et d’être ainsi beaucoup plus réactif face aux demandes des  clients en réduisant les coûts de  transport (et donc l’impact écologique), de réaliser des opérations très difficiles à réaliser ou à reproduire par des êtres humains (par exemple le collage à l’identique de pièces d’une enceinte Devialet qui a un impact majeur sur la qualité du son) et enfin de réduire les fuites de technologies.

 

D'autre part, le coût de la main-d’œuvre devient une part de plus en plus réduite du coût total exploitation d’une usine, en raison de l’automatisation. 


Relocalisation des industries, écosystème et filière industrielle

L'Etat, les régions et les collectivités ont un rôle majeur pour faciliter le développement de ces écosystèmes (favoriser la formation aux nouveaux métiers y compris aux personnes en poste, simplification administrative, développement de partenariats publics-privés, soutien/caution financière, accès facilité aux marchés publics, développement de pôle, filière territorial...). Les actions actuelles montrent qu'ils mettent de plus en plus en place cette stratégie industrielle.

Cela favorise la relocalisation des usines (ex: SpeedFactory d'Adidas relocalisée en Allemagne) à condition bien sûr d’avoir les compétences au sein d’un bassin d’emploi et un écosystème voire une filière de sous-traitants, partenaires… proches (ex : écosystème aéronautique à Toulouse, mécanique à Clermont-Ferrand…), des infrastructures de transports et de communication (en particulier fibre) adéquats.

 

 

 


Juste une précision, ce serait une erreur de croire qu’il faille robotiser à 100% une usine, car l’ennemi principal du robot est la variation et sa gestion alors que l’homme sait bien mieux les gérer. C’est la raison pour laquelle Elon Musk est revenu en arrière sur les usines produisant la Model 3 qui trouvait qu’un excès de robotisation ralentissait sa production.

 

L’expérience que j’ai aussi acquise à travers ce projet montre que cela peut être une véritable usine à gaz si nous avions décidé de robotiser certaines tâches alors qu’à priori elles nous paraissaient simples à automatiser. L’intelligence artificielle devrait au fur et à mesure permettre de réduire la complexité de programmation et le risque de créer une usine à gaz car elle saura de plus en plus gérer cette variation mais l'être humain restera supérieur aux robots pendant encore quelques décennies.

Pourquoi un cobot, robot collaboratif ?

Notre objectif sur ce projet est que les cobots, « robots collaboratifs » s’intègrent dans le processus global de fabrication et de contrôle qualité en concertation avec les salariés. Le cobot est complémentaire et à aucun moment, il n’a vocation à remplacer des personnes.

 

Dès le départ, nous avons pris le parti d’opter pour des cobots et non des robots industriels. Au sens large et à la différence des robots industriels, les robots collaboratifs sont des robots qui sont simples à programmer, flexibles (ils peuvent facilement changer d’activité), évitent la mise en place d'enceintes sécurisées car le cobot est prévu pour agir à proximité d’êtres humains sans risques de les blesser.

 

Les coûts sont généralement nettement inférieurs (cela commence à plusieurs dizaines de k€ pour le cobot seul) néanmoins il faut ajouter les coûts de programmation, d’intégration, d’installation  ainsi que l’analyse de risque et les allers-retours liés aux corrections de bugs et améliorations.

 

Cela implique certaines contraintes, en particulier en termes d’énergie cinétique( vitesse de déplacement * masse embarquée) des parties mobiles du robot beaucoup plus faibles (4 joules dans le cadre d’un mouvement sans recul ou 10 joules si le mouvement recule ou reste libre (ex : des portes d’ascenseur)). Toute installation de cobot nécessite aussi une analyse de risque (qui suit la Directive « Machines » 2006/42/CE) plus poussée qu’un robot industriel (qui est dans une cage !)

Pourquoi ne pas acheter directement un cobot pour le tester ?

On pourrait croire que la meilleure solution au départ est d’acheter un cobot, de le tester et de voir ce qu’on peut en faire. Même si cela paraît séduisant, c’est, selon moi, une énorme erreur, car c’est la meilleure façon de planter son projet à moins d’avoir un financement pour des projets purement démonstratifs. 

Investissement important 

D’abord l’investissement au départ est de quelques dizaines de milliers d’euros, tant qu’à faire, ça vaut le coup que ça serve à quelque chose plutôt que le cobot rejoigne le cimetière des POC (proof of concept) sans lendemain.

Compétences pour programmer, installer et réaliser l’analyse de risques

D’autre part, il faut programmer le robot, même si pour un développeur c’est assez simple, il faut ajouter la dimension physique. La gravitation n’est pas juste un paramètre qui se modifie comme un code javascript. Enfin il faut intégrer et réaliser une analyse de risques (réglementée).

 

Or ces étapes sont difficiles à réaliser pour une entreprise qui n’a pas l’habitude de programmer des robots en milieu industriel.

 

C’est la raison pour laquelle nous avons travaillé avec un intégrateur. Il est plus facile et parfois moins coûteux d’acheter un robot via un intégrateur qui réalisera l’intégration plutôt que d’acheter un robot directement et demander à un intégrateur de réaliser l’intégration.

 

Ce serait ballot de se retrouver dans une impasse avec un cobot ! Enfin, concernant l’analyse de risque, il faut être capable d’identifier tous les risques potentiels. Pour une même énergie cinétique, l’impact d’une pomme projetée contre vous sera différent s’il y a un couteau à la place. Tout le temps que vous pensiez gagner, vous le perdez très rapidement par manque de préparation et d’anticipation.

Acceptation par les salariés du cobot

L’intégration d’un robot suscite nécessairement des questions par les salariés voire des peurs très souvent injustifiées. Implanter un robot sans avoir une vision claire de qu’on veut en faire est souvent  périlleux et risque de susciter une levée de boucliers.

 

A l’inverse, il est aussi essentiel de prévenir et d’expliquer l’arrivée d’un robot avant son installation pour éviter de les mettre devant le fait accompli (en particulier vis-à-vis de ceux qui seront directement impactés par les tâches robotisées).

 

Dans notre projet, nous avons communiquer sur le projet pourquoi nous souhaitions intégrer un cobot (réaliser des tests d'usure impossible à faire par un être humain) au préalable. D'autre part, de très nombreuses idées d’amélioration et de nouveaux usages sont venus des salariés car ils voient rapidement en quoi ils peuvent les aider, simplifier leur vie, améliorer la fabrication…

Etapes du projet cobot / robot collaboratif

1. Choisir les opérations à robotiser

Plutôt que de décider directement les opérations à automatiser, j’ai visité l’usine et suivi in vivo les différentes étapes de fabrication du produit avec des opérationnels, les chefs d'ateliers, le directeur d'usine et les responsables du projet de robotisation.

 

J’ai ensuite cartographié sous forme de processus simples (illustration différente en raison de la confidentialité des informations) ces étapes puis je les ai intégrées dans un plan haut niveau de l’usine ce qui permet de visualiser les flux de produits et de matière.

 

Cette étape est essentielle non seulement pour choisir les opérations à robotiser mais aussi pour se familiariser et avoir une vision globale du processus de fabrication. De plus, on ajoutait les étapes qu’on aimerait faire mais qui ne sont pas réalisées aujourd’hui (ex : tests d’usure)

 

Pour chaque opération, nous faisons une première évaluation (sans détails inutiles) sur

  • Impact positif et négatif de robotiser celle-ci (sur le plan humain : moins de TMS,  valeur ajoutée perçue par les salariés,  pour l’entreprise : meilleure qualité, moins de temps perdu. les opérations qui constituent le cœur de métier de l’entreprise notamment  le travail artisanal ne sont pas dans le périmètre de robotisation).
  • Facilité / difficulté de la robotiser a priori (lié à la complexité de l’opération, le coup de main du salarié difficile à automatiser, l’espace pour implanter le robot…)

Les opérations à robotiser en premier sont évidemment celles qui ont le plus d'impact positif (et le moins d'impacts négatifs) et les plus faciles à mettre en oeuvre.

2. Recherche de robots collaboratifs

Il existe de nombreux robots collaboratifs et de nombreux fabricants. J’ai d’abord réalisé un panorama des différents types de robots puis sélectionné quelques-uns qui paraissent les plus adaptés par rapport aux tâches que nous souhaitions automatiser.

 

Il y a trois types de fabricants des robots collaboratifs :

Fabricants des robots industriels traditionnels

Les fabricants des robots industriels élargissant vers une gamme collaborative : Kuka, Fanuc, ABB sont quelques industriels connus sur ce sujet

  • Avantages : leurs robots sont extrêmement robustes et éprouvés
  • Inconvénients : leurs robots sont souvent compliqués à programmer par rapport aux autres et plus chers. Ils sont généralement moins flexibles car ils dérivent de robots industriels. Il est plus facile de concevoir un robot simple en partant d’une feuille blanche plutôt que de simplifier un robot compliqué !

Les nouveaux industriels spécialisés en cobots

Les nouveaux industriels spécialisés dans les robots collaboratifs, les plus connus sont Universal Robots (UR) et Rethink Robotics avec le robot Sawyer et Baxter.

  • Avantages : des robots conçus dès le départ pour être collaboratifs avec une programmation et une interface facile, une grande flexibilité, des prix plus accessibles
  • Inconvénients : Si vous cherchez des robots ayant des vitesses rapides ou des forces élevées, il vaut mieux voir du côté des robots industriels ou d’équipements spécifiques. Si vous cherchez des équipements dédiés et/ou à faible coût, il vaut mieux regarder des robots de startups ou des dispositifs mécaniques.

Les startups notamment françaises

Nous avons quelques startups françaises dans ce domaine MIP Robotics, IsyBot qui se développent bien.

  • Avantages : des robots spécifiques qui répondent pour un coût moindre à vos problématiques. IsyBot réalise des applications métiers spécifiques (ex : le ponçage). MIP Robotics a un axe de moins. Ce qui est une très bonne stratégie car cela leur permet de proposer un produit tout-en-un rapide à mettre en œuvre.

  • Inconvénients : pérennité de l’entreprise à suivre, difficulté à trouver des intégrateurs ou la nécessité de travailler avec le fabricant pour l’intégration (ce qui peut être problématique car son objectif est plus de vendre des robots que de la programmation et de l’installation), robots moins polyvalents en général 

Autres points à voir

Dans le choix du cobot, en plus de la facilité d’utilisation, programmation, des coûts … il y a des éléments techniques à regarder :

  • la charge et vitesse maximum, la liberté de mouvement (nombre d’axes) et la zone d’emprise du robot
  • les intégrateurs capables de le programmer et installer.

3. Choix et sélection des intégrateurs

Ils ont un rôle crucial. Sur base de besoins spécifiques de l’entreprise, ils vont s’assurer de la pertinence du choix du robot sur le plan technique en fonction de l’opération à réaliser, programmer le robot, réaliser la pince préhensile, ajouter des accessoires au robot, construire des bancs de tests, créer une interface entre le robot et une tablette par exemple pour faciliter son utilisation, développer des rapports d’usage, développer une interface pour réaliser la maintenance à distance, installer et tester le robot en conditions réelles, réaliser l’analyse de risques …

 

L’analyse de risques est essentielle et obligatoire pour réduire tout risque d’accident et éviter tout litige si cela arrive. L’entreprise peut elle-même réaliser sa propre analyse de risque mais à moins d’avoir une flotte de robots sur lesquels on a l’habitude de le faire, c'est risqué. L’analyse de risque est certifiée par une entreprise comme Apava, Bureau Veritas, , Cetim Ineris … Cette partie est aussi directement intégrée par les intégrateurs.

Rôle de Livosphere dans le choix des cobots et intégrateurs

Livosphere a un rôle d’architecte : partir des besoins et problématiques, dessiner les plans de la solution, identifier et sélectionner les partenaires et déployer la solution avec l'entreprise cliente.

 

En fonction de la taille de votre projet, il peut être intéressant de faire appel à un intégrateur et à Livosphere. Si on poursuit l’image, pour construire un mur, vous n’avez ni besoin d’un architecte ni d’un maçon. Pour une petite construction, vous aurez sans doute besoin d’un maçon mais pas nécessairement d’un architecte. Au-delà de 150 m2 (seuil de surface de plancher), vous devez nécessairement faire appel à un architecte pour construire une maison. En revanche, il n’y a pas d’obligation de faire appel à Livosphere ;) 

 

Pour choisir le robot et l’intégrateur, j’ai réalisé un cahier des charges en coordination avec le client puis une consultation auprès d’un large panel de fabricants de robots et d’intégrateurs.

 

Autre intérêt de passer par Livosphere, garder la confidentialité de mon client auprès d’eux, ce qui peut faciliter les discussions et négociations.

Sélection des intégrateurs

Après en avoir sélectionné trois, j’ai eu de nombreux échanges avec eux en termes de robots, support, périmètre … Ils ont alors rencontré le client, visité le site, les étapes de fabrication afin de choisir ensemble les étapes qui pouvaient être robotisées facilement.

 

Ce point est essentiel car vu de haut, on pourrait croire que certaines opérations sont faciles à robotiser alors que pour de multiples raisons elles ne le sont pas. Les points de vue différents entre intégrateurs sont aussi extrêmement intéressants pour avancer dans notre démarche et évaluer les intégrateurs.

 

Chaque intégrateur a réalisé ses devis détaillés et nous les a transmis en respectant notre deadline ou pas…

 

Avant de travailler avec un intégrateur, la phase de discussion, et de négociation, le respect des délais et l’exhaustivité des réponses à nos questions sont cruciaux car ils illustrent en concentré ce qui va se passer après la signature. A ce titre, il y a deux caractéristiques essentielles auxquelles je prête particulièrement attention : le professionnalisme et l’agilité.

  • Professionnalisme qui se traduit par une de mes phrases fétiches  « Dis ce que tu vas faire, fais ce que tu as dit, dis ce que tu as fait » à laquelle j’évite moi-même au maximum de déroger ;)
  • Agilité : Capacité à faire face à des imprévus ou à saisir des opportunités 

Mode de rémunération de Livosphere

Livosphere est rémunéré par l’entreprise qui va utiliser les robots et ne perçoit aucune commission de l’intégrateur ou du fabricant de robots pour des raisons évidentes d’impartialité.