Sobriété Numérique (5G, IA...) et Numérique, levier pour l'environnement, la RSE, l'économie circulaire

La technologie est de plus en opposée à l'environnement. Les débats se polarisent pour ou contre l'IA, la 5G, les énergies renouvelables ... (English version)

 

Sans doute, nous nous trompons dans l'ordre des questions. La  première question n'est pas "faut-il ou pas développer telle ou telle technologie ?" Elle est "Où voulons aller ?" puis nous avons les bases pour savoir quelles sont les technologies sont adéquates ou non pour y parvenir. Or, il manque encore cette vision de la direction que nous souhaitons prendre, il manque cet imaginaire que nous souhaitons que les futures générations vivent. La réponse n'est pas dans les technologies mais dans les relations entre les hommes, les femmes, la Nature qui nous entoure. 

 

Concernant les technologies et le numérique, nous pouvons sortir des idéologies stériles qui vacillent entre les "techno-béats" et les "techno-bashers" vers une position médiane empreinte d'un peu de bon sens. Le numérique et l'environnement peuvent être des leviers l'un pour l'autre et ne sont pas nécessairement en contradiction comme le donnerait à croire des raisonnements simplistes.

 

Il y a deux axes sur lesquels nous pouvons agir : encourager la sobriété numérique c'est-à -dire réduire l'impact environnemental du numérique et transformer le numérique en vrai levier pour l'environnement

 

Je commencerai par le dernier qui selon moi aura le plus gros impact car il touche tous les domaines de notre société.

Sommaire (Lien direct vers les parties d'articles)

 

Numérique, levier pour l'environnement

  • Circular data hub, ressources d'économie circulaire
  • Intégrer dans le Circular data hub, les données des déchets des industriels
  • Référentiel d'émission CO2 directement lié au Plan comptable général
  • CirculScore, Nutriscore pour les emballages
  • Développement de boîtes à outils digitales destinées aux collectivités.
  • France Relance - 1 Mds € pour relocaliser et investir dans des usines et machines polyvalentes
  • Impact des relocalisation sur l'environnement, l'empreinte carbone, dépendances
  • Investissement dans des cobots, robots collaboratifs
  • Favoriser l'impression 3D pour faciliter la personnalisation de masse et réaliser les réparations
  • Informations publiques sur les risques environnementaux, Startups et acteurs français

Sobriété numérique - Réduire l'impact du numérique

  • Rapport du Sénat : Bonnes propositions et deux non pertinentes
  • Forfaits mobiles à 80 Go, 100 Go pour 15€ ! 
  • 5G, remplaçant les box Internet fibre ?
  • Avoir un déploiement raisonné de la 5G
  • Faciliter l'accès à notre impact environnemental numérique
  • Intégrer des indicateurs d'efficacité énergétique dans les appels d'offres publics sur l'hébergement des données
  • Développer l'ordinateur quantique, le Transfer learning et les modèles open source afin de réduire la consommation énergétique de l'IA
  • « Digital Shadow Governement »

Conclusion

Numérique, levier pour l'environnement

Circular data hub, ressources d'économie circulaire

Nous pourrions créer un Circular data hub où l'ensemble des ressources d'économie circulaire géolocalisées seraient accessibles en open data (lieu de réutilisation, réparation, ressourcerie, magasin en vrac...).

 

L'intérêt de permettre aux particuliers et aux entreprises de savoir où facilement réparer, réutiliser, recycler leurs déchets en fonction de leur localisation. Une startup Hoali cartographie déjà un certain nombre de ces informations pour les particuliers. En réduisant au maximum les frictions à la réutilisation, recyclage des produits, nous accroîtrons la part de l'économie circulaire par rapport à l'économie linéaire.

 

Cela n'est pas d'ailleurs réservé aux informations d'économie circulaire mais aussi aux données RSE (impact en termes d'émissions CO2 , biodiversité, ACV, inclusion)

 

Pour éviter de nombreuses études, des informations pourraient être structurées et mises à disposition d'entreprises en plus des organisations publiques comme l'ADEME pour être utilisable facilement (via des API ...)

Intégrer dans le Circular data hub, les données des déchets des industriels

Lors de la fabrication de nombreux produits, des déchets sont rejetés (produits défectueux, chutes de textile, de cuir, matières premières en excès) avant même la commercialisation des produits finis.

 

Nous pourrions fortement inciter les entreprises à mettre à disposition les données sur leurs déchets industriels disponibles (géolocalisées, caractérisés). Comme ces informations sont sensibles car elles permettent potentiellement de retrouver les secrets de fabrication, d'avoir des données sur l'activité des entreprises (source potentielle de délits d'initiés), elles devraient être « anonymisées » ou disponibles seulement pour des acteurs spécialisés dans la réutilisation et le traitement des déchets tout en assurant auprès des industriels, la sécurisation de leurs données.

 

Nous travaillons sur ce sujet avec une designer d'économie circulaire, et une fondatrice d'une startup qui termine son mémoire sur la symbiose industrielle. Notre objectif est de créer des filières circulaires avec tous les partenaires qui souhaitent se joindre à nous dans cette démarche. 

Référentiel d'émission CO2 directement lié au Plan comptable général

On parle régulièrement de comptabilité carbone ou Bilan Carbone, néanmoins cet exercice est encore compliqué à réaliser car il n'y a pas de lien direct avec la comptabilité traditionnelle. Il faudrait mettre en place un référentiel (base de données requêtables par des connecteurs API) permettant de facilement créer une correspondance entre des comptes comptables et leur équivalent émissions de CO2 en apportant les précisions nécessaires via l'utilisation par exemple de sous-comptes normés.

 

Cela faciliterait la comptabilisation du scope 3 (émissions liées aux activités en amont et aval) de l'entreprise en plus du scope 1 et 2 (scope 1 : émissions directes liées à l'activité, scope 2 : Émissions indirectes associées à la consommation d'électricité, de chaleur dans les locaux... ). Carbone 4, dirigée par Jean-Marc Jancovici réalise ce type de diagnostic. Je parle plus largement des indicateurs RSE ici.

 

Dans un certain nombre de cas, cette équivalence sera sans doute insuffisante. Nous pourrions alors à l'image de la comptabilité analytique, développer une comptabilité environnementale et sociale alignée sur la comptabilité générale.

 

Cela permettrait aussi à chaque entreprise de facilement mesurer et communiquer sur ses émissions GES et leur évolution.

CirculScore, Nutriscore pour les emballages

A l'image du Nutriscore, qui permet d'évaluer la qualité d'un aliment, nous pourrions ajouter un « CirculScore » pour noter la facilité de réutilisation, recyclabilité de l'emballage d'un produit consommable.

 

Il existe déjà un indice de réparabilité qui sera mis en place pour les appareils électroménagers grâce à Loi pour une Economie Circulaire. L'objectif est que la notion de réutilisation à défaut de recyclage puisse devenir un critère d'achat systématique pour les consommateurs.

Informations publiques sur les risques environnementaux

Il existe plusieurs portails nationaux qui permettent de savoir exactement pour votre domicile quels sont les risques d'inondations et autres risques (glissements de terrain, installations industrielles, pollution des sols ... ) : Georisques et Infoterre.

 

Chaque collectivité pourrait communiquer sur les risques auprès de ses habitants et entreprises ainsi que sur les mesures de prévention collectives et individuelles qu'ils peuvent prendre. Ils pourraient aussi solliciter d'autres territoires et entreprises pour les aider à y faire face.

"France Relance", relocalisation investir dans des usines et machines polyvalentes 

Le plan de relance nommé "France Relance"  couvre spécifiquement la relocalisation et l'innovation. et consacre 15 Mds€ à cet effet. Sur ces 15 milliards, 1 milliard d’euros serviront à des “aides directes construites avec les industriels pour permettre sur des projets très précis d’apporter une aide de l’État".

 

L'enjeu pour l'Etat sera d'éviter des projets de relocalisation "à l'ancienne" en implantant des usines traditionnelles. Au contraire, celles-ci doivent d’une part intégrées des technologies innovantes comme l’IA, les cobots mais aussi savoir être polyvalentes. La pandémie Covid-19 a montré à quel point la reconversion rapide de certaines unités de production a été essentielle pour produire du gel hydroalcoolique et des masques. La non-spécialisation des machines permet beaucoup plus facilement de reconvertir une usine à de nouvelles tâches de production et éviter les impasses dans lesquelles se trouvent beaucoup de petites villes industrielles qui ont des usines tributaires de marchés spécifiques. Enfin, il est nécessaire d'inclure l'emploi local, le territoire dans ces investissements et éviter les implantations "hors-sol" à la manière d'es entrepôts Amazon. Il doit y avoir un engagement des industriels à s'engager dans le territoire où ils s'implantent (associations, environnement, aménagement), intégrer une démarche RSE territoriale.

 

Cette relocalisation aurait un impact positif et les cobots et l'impression 3D sont quelques exemples de machines polyvalentes.

Impact des relocalisation sur l'environnement, l'empreinte carbone, dépendances

Le transport de marchandises ou fret maritime représente 2,5 % des gaz à effet de serre sur le plan mondial. Le transport aérien de fret est proportionnellement beaucoup plus réduit mais important pour des secteurs comme le luxe.

 

Un des moyens de réduire fortement les émissions de CO2 est de rapprocher la fabrication de biens du consommateur et donc de relocaliser des usines aujourd'hui souvent très éloignées comme l'a révélé la pandémie du Covid-19. Par exemple, 60 à 80% des principes actifs des traitements comme les antibiotiques, les anticancéreux et les vaccins proviennent de Chine.

 

Cet éloignement met aussi en lumière notre dépendance vis-à -vis de pays qui peuvent avoir des intérêts divergents des nôtres et s'en servir comme moyen de pression diplomatique. Notre double dépendance vis-à -vis des Etats-Unis et de la Chine représente un vrai risque d'écartèlement pour l'Europe.

D'autre part, il y a selon The Shift Project mené par Jean-Marc Jancovici, un vrai risque que d'ici 2030, l'Europe soit confrontée à une chute de ses ressources en pétrole. (cf. video)

 

54 % de ressources en pétrole proviennent de pays qui vont voir leurs ressources pétrolières diminuer (pays en rouge dans le graphique) alors que les besoins en pétrole sur le plan mondial devraient s'accroître avec le risque de tensions géopolitiques qui en résulteraient.

 

L'impact devrait se faire sentir à partir de 2026.

Investissement dans des cobots, robots collaboratifs

Pour réduire cette dépendance et nos émissions de CO2, nous pouvons relocaliser un certain nombre d'usines. Le problème est évidemment le coût de la main d'oeuvre en France qui est bien supérieur à celui des pays asiatiques.

 

Pour y remédier, nous pouvons favoriser l'adoption des robots collaboratifs (cobots) capables de produire de manière polyvalente des biens adaptés aux clients finaux (à la différence des robots industriels).

Le suramortissement possible pour les PME à hauteur de 40% de leurs investissements dans la robotique, les logiciels et les machines de production effectués est un premier pas mais cela ne couvre pas le coût de l'intégration qui double généralement le prix total de l'investissement.

Idéalement, il faudrait aussi que les industriels fabricant ces cobots soient européens, voire français. De nombreuses startups comme IsyBot et Mip Robotics se développent sur ce créneau ainsi que des intégrateurs spécialisés.

 

Ces derniers sont indispensables pour adapter la solution cobotique avec les besoins spécifiques de l'usine. Si vous souhaitez creuser ce sujet, j'ai réalisé un projet de déploiement de cobots, et j'ai décrit de manière détaillée la démarche que j'ai adoptée.


Favoriser l'impression 3D pour faciliter la personnalisation de masse et réaliser les réparations

En plus des cobots, l'impression 3D permet aussi de réaliser de la personnalisation de masse à la demande tout en minimisant les ressources utilisées.

 

Cette personnalisation associée à l'exigence d'instantanéité des clients peut profondément transformer les circuits de fabrication des produits. Cela oblige à réduire fortement les délais et les distances entre le consommateur final et la production du produit (cf. article).

 

Si un industriel commande des centaines de milliers de pièces en Asie (notamment pour réduire le coût des transports et les coûts unitaires de fabrication) et qu'il n'est pas en capacité de les écouler, il se retrouve face à un énorme stock qu'il ne pourra plus, à juste titre jeter à partir du 31/12/2021 pour les produits couverts par un régime REP (responsabilité élargie du producteur) et au plus tard le 31 décembre 2023 pour les autres produits. (mesure sur les invendus non alimentaires de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire).

 

L'impression 3D évite de créer des moules chers pour de grandes séries et permet de créer des petites séries beaucoup plus proches du consommateur ( fog manufacturing ).

Seb l'utilise aussi pour réduire la quantité de pièces détachées stockées pour une partie inutilement afin de respecter la garantie du constructeur.

 

L'impression 3D en revanche n'est pas utilisable pour tout car il est nécessaire d'utiliser une matière extrudable (qui permet à un liquide / matière visqueuse de s'écouler par une buse et qui se solidifiera à l'air libre) ou d'une matière (résine ou poudre) qui se solidifie par laser.

 

Enfin, même si de plus en plus de produits issus de l'impression 3D sont recyclables et utilisent des matériaux biosourcés (startup FrancoFil) et même des déchets plastiques (startup 3Devo), il ne sont généralement recyclables que quelques fois et les produits multi-matériaux sont difficiles à recycler.

 

Sur le plan économique, le coût unitaire de fabrication est significativement plus élevé qu'une fabrication traditionnelle, d'où la nécessité d'avoir une vision totale des coûts en amont et en aval.

Développement de boîtes à outils digitales destinées aux collectivités.

Il existe de nombreuses solutions pour réaliser les diagnostics sur le plan environnemental et aider ainsi les collectivités à bien cibler leurs investissements ainsi que des solutions pour les aider à réduire l'impact environnemental des individus et des entreprises. Malheureusement, il n'y a pas encore suffisamment de partage entre elles.

 

Un des axes du secrétariat d'Etat chargé du Numérique en concertation avec le ministère de la Transition écologique et le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales pourrait être de mettre à disposition des boîtes à outils digitales intégrant des portails d'informations locales et des solutions d'entreprises à destination des collectivités et accessibles aux particuliers, entreprises, organisations.

 

A l'image du portail Cybermalveillance qui permet de réaliser un diagnostic en cas d'attaques numériques et vous propose des solutions et professionnels capables d'y répondre, ce portail aurait un rôle très opérationnel, faciliterait le partage d'initiatives et la recherche de solutions.

Startups et acteurs français dans l'environnement 

 

Des acteurs privés réunis sous la bannière PlayFrance.Digital ont aussi mis en place une cartographie des acteurs français apportant des solutions digitales.

 

Aujourd'hui, illustré par une carte de logos, il serait utile que celle-ci soit accessible à l'image des Pepites Tech via des filtres, des descriptions des solutions ... et qu'on puisse identifier celles qui permettent de réduire notre empreinte environnementale.

Une entreprise comme Studiofly Technologie réalise de la thermographie aérienne par drone permettant de détecter sur des grandes étendues les passoires thermiques afin de se concentrer sur les bâtiments nécessitant une rénovation énergétique urgemment.

 

Le drone agricole « RDM AG » développé par Reflet du Mondes permet de réduire drastiquement l'utilisation de produits phytosanitaires grâce à un largage ciblé et géolocalisé de graines permettant d'implanter du couvert végétal sur les cultures de maïs encore sur pied ou autres, dont les bénéfices sont nombreux : apport naturel en azote, maintien des sols, etc...

 

Elle peut également permettre le largage de micro-guêpes (trichogrammes) capables de détruire les parasites des cultures sur les parcelles agricoles (Pyrale du maïs.)

Sobriété numérique - Réduire l'impact du numérique

Rapport du Sénat : Bonnes propositions et deux non pertinentes

Le Sénat a fait part de bonnes propositions (à deux exceptions près) du Sénat pour limiter l'impact environnemental du numérique ( 2% des émissions de CO2, multiplié par 3 en 2040). 70% sont dues à la fabrication et distribution de mobiles, 11% dues à leur usage, 14% à l'utilisation de data centers, 7%, l'utilisation des réseaux télécoms.

 

Quelques exemples : informer les utilisateurs de l'empreinte carbone de leurs terminaux et usages numériques, créer une taxe carbone sur les terminaux importés hors UE, avoir un taux de TVA réduit sur la réparation et reconditionnement objets électroniques, renforcer complémentarité entre data centers et énergies renouvelables.

Je suis beaucoup plus réservé sur l'interdiction des forfaits mobiles illimités (ils n'existent pas mais sont limités à 20, 80 Go...) et sur la tarification selon le volume de données consommées tant qu'il reste raisonnable (<= 20 Go/mois).

 

La vraie question est l'usage plus que la quantité. Selon qu'on regarde Netflix sur son mobile ou qu'on réalise une téléconsultation ou du télétravail en 4G par manque de réseau fibre, l'intérêt du haut débit est complètement différent.

 

Selon Carbon Brief, visionner une vidéo 4K en 4G pendant 1h consomme autant que rouler avec une voiture conventionnelle durant 2,4 km. Si vous travaillez à 10 km de votre domicile (A/R), il faudrait que vous fassiez des réunions d'une durée totale de 8h/j en 4G avec une vidéo 4K pour polluer plus...

Forfaits mobiles à 80 Go, 100 Go pour 15€ ! 

En revanche, pour les forfaits mobiles de plus de 20 Go, il y a un risque important que de nombreux consommateurs abandonnent leur box Internet pour n'avoir qu'un forfait mobile et regardent leurs vidéos chez eux (s'ils ont une couverture ce qui n'est pas le cas de tous ). Ce serait un vrai pousse-au-crime écologique.

 

La consommation énergétique et donc l'empreinte environnementale est nettement supérieure en passant par des réseaux mobiles que par la fibre / WiFi.  D'après une étude de l'UIT  (Union internationale des télécommunications), la 3G consommerait 15 fois plus qu'en WiFi et la 4G, 23 fois plus. D'après une autre étude de l'ARCEP (autorité de régulation des télécoms en France) plus récente, la 4G consommerait dix fois plus que la fibre et recommande l'utilisation du WiFi chez soi plutôt que la 4G.

 

Dans un article, l'auteur teste le fait de se passer de box avec son forfait mobile. Avec un forfait 40 Go/mois, c'est un peu limite pour regarder la vidéo, mais avec 80 GO, c'est largement suffisant.

 

Pour éviter cela, une régulation par les prix semble très difficile. On pourrait imaginer une taxe carbone sur les forfaits mobiles au-delà de 20 Go  mais il n'y a quasiment aucune chance que cela n'arrive ! L'ARCEP propose toutefois "la régulation par la donnée, pour étendre la prise de conscience amorcée, en fournissant à l’utilisateur final les informations pertinentes sur les impacts énergétiques associés aux usages du numérique, sur des bases objectives et sans a priori. " et a commencé à collecter des données des opérateurs à ce sujet.

 

A première vue, il n'est pas sûr qu'économiquement, cela soit rentable à court terme pour les opérateurs d'inciter leurs clients à se passer de leur box Internet à moins d'augmenter fortement le prix de leur forfaits ( ce qui est tout-à-fait possible, certaines offres ne sont valables qu'un an et toutes sont des "séries limitées").

5G, remplaçant les box Internet fibre ?

Toutefois, il est possible qu’il y une stratégie des opérateurs de remplacer à terme les box Internet par la 5G. Les box coûtent chères à concevoir et fabriquer et les marges sont plus faibles qu'avec les réseaux mobiles. Les forfaits 5G à tarifs plus élevés seraient acceptés par les clients car ils remplaceraient leur box et cela rentabiliserait les investissements dans la 5G.

 

Selon moi, c'est la seule justification pour un particulier d'acheter un forfait 5G plus cher. Comme le coût marginal d'utilisation de la 5G est quasi nul, (ce sont les investissements dans les infrastructures qui coûtent chers), les opérateurs ont tout intérêt économiquement à inciter leurs clients à utiliser au maximum les capacités de la 5G.

 

Il pourrait y avoir un intérêt économique à la fois pour les opérateurs télécoms (qui rentabiliseraient plus facilement leurs infrastructures 5G), l'Etat (via la vente des licences de fréquences à partir de la fin de cette année) et les consommateurs (qui réduiraient leurs factures télécoms). La 5G consommerait nettement moins que la 4G sur le plan énergétique. Il serait utile d'avoir des mesures fiables à ce sujet d'une autorité comme l'ARCEP (sur le cycle complet via des ACV mais aussi en marginal, le nombre de KWh / Go transféré via la 5G versus WiFi + fibre optique).

 

Le seul perdant dans l'histoire risque d'être notre planète si l'utilisation de la 5G consomme bien plus d'énergie que le WiFi via la fibre ...

 

Avoir un déploiement raisonné de la 5G

Ne nous voilons pas la face, pour des usages à très haut-débit (nommé eMBB) et à très faible latence (nommé « critical IoT » - URLLC), la 5G consomme plus d'énergie que la 4G ou la 3G. 

 

Dans le premier cas, la raison est purement physique. Plus vous augmentez le débit, puis vous consommez d'énergie. En revanche, il semble qu'à débit identique, la 5G consommerait moins marginalement (par Go supplémentaire) que la 4G ou 3G. Toutefois, il faut ajouter la fabrication de matériels spécifiques à la 5G et l'augmentation du nombre d'antennes-relais par rapport à la 4G afin de réduire les délais de latence (cf. ci-dessous) .

Augmentation du débit

Pour augmenter le débit, la 5G utilise notamment de nouvelles fréquences nommées ondes millimétriques (aux alentours de 26 GHz), les équipements utilisant cette fréquence consomment beaucoup plus d'énergie que les équipements utilisant des fréquences beaucoup plus basses (2,4 GHz et 5 GHz pour le WiFi, 868 MHz / 900 MHz pour les réseaux bas débits comme Lora et Sigfox).

 

Cette fréquence a un inconvénient additionnel, elle peut brouiller par effet de bord les mesures des météorologues sur la concentration en vapeur d'eau (qui a une fréquence de vibration entre 23,6 et 24 GHz ) ce qui pourrait réduire fortement notre capacité à modéliser l'évolution du réchauffement climatique !

 

Si la 5G 26 GHz est très majoritairement utilisée dans des espaces clos (ex : usines, portions d'autoroutes...), le problème est beaucoup moins grave que si les fréquences millimétriques sont largement utilisées.

Concernant les impacts sur la santé, l'Agence nationale de sécurité sanitaire remarque un manque de données scientifiques sur les effets sanitaires de l'exposition à la 5G pour les fréquences autour de 3,5 GHz et doit réaliser des expertises sur les fréquences plus élevées dites « millimétriques ».

 

Elle avait eu l'occasion de faire des études sur des dispositifs de type 'scanners corporels' à ondes millimétriques, fonctionnant autour de 24 GHz (proche des 26 GHz ).

Réduction de la latence

Dans le deuxième cas, pour réduire les délais de latence de la 5G, on réduit la distance entre l'objet connecté en 5G et l'antenne 5G. Cela signifie que vous devez augmenter le nombre d'antennes 5G par rapport à la 4G (utile notamment pour les usages comme le véhicule connecté, l'usine, 4.0, l'e-santé et la téléconsultation).

 

Si vous augmentez le nombre d'antennes 5G, malgré les économies d'énergie de cette nouvelle technologie, vous augmenterez aussi globalement l'énergie consommée et donc les GES.

Que faire ? Un usage raisonné de la 5G

Faut-il pour autant rejeter la 5G ? Non, dès lors que son impact positif est supérieur à ses impacts négatifs. Il est donc nécessaire d'avoir un déploiement raisonné correspondant à des besoins de territoires, d'axes routiers, de pôles d'entreprises industrielles ... Réaliser un moratoire comme cela a été demandé par une soixantaine d'élus me semble une erreur car pour apprécier l'intérêt et les risques de la 5G, il faut l'expérimenter puis augmenter la taille et le nombre des expérimentations en fonction des résultats terrains de celles-ci. Un moratoire nous empêche d'avoir des données fiables pour prendre de bonnes décisions.

 

La 5G a d'autre part tout son sens pour couvrir des communes qui n'ont pas accès à la fibre et qui peuvent ainsi bénéficier de services tels que les télé-consultations médicales. Elle est aussi utile dans des usines pour faciliter le pilotage de machines à distance et sur des portions d'autoroutes pour faciliter le trafic de véhicules connectés.

 

Pour le consommateur final, un déploiement plus important de la 4G suffirait amplement pour la plupart des usages. La 5G serait utile pour réaliser de la vidéo 360° et de la VR et réalité augmentée mais elle consomme beaucoup d'énergie. Il n'y a pas d'urgence à ce sujet et présente même un risque d'effet rebond. Le développement de l'usage accroîtrait fortement les consommations énergétiques et GES. Comme évoqué précédemment, le risque est que les box Internet fibres soient massivement remplacées par des forfaits mobiles 5G.

 

Pour les objets connectés à bas débit et faible énergie, la 5G (massive IoT - mMTC ) spécifique à l'IoT apporte très peu car LTE, NB-IoT, Lora et Sigfox répondent à la plupart des besoins. En revanche, cela aura du sens, le jour où il y aura une migration complète de la 3G et 4G vers la 5G si cela permet de réduire fortement les infrastructures télécoms et donc leur consommation. La 5G permettrait aussi de délester des zones desservies en 3G/4G saturées mais encore, il faut faire attention à l'effet rebond.

Une couverture 5G nationale à l'image des objectifs de couverture de la 4G me semble donc disproportionnée. Une couverture issue d'un croisement entre un tigre (pour les autoroutes et routes principales) et un léopard (centres denses) serait plus appropriée selon moi qu'une couverture en peau de panthère noire !

 

La 3G/4G et les réseaux bas débits (Lora, Sigfox, NB-IoT , LTE-M) suffisent très majoritairement sinon. (cf. aussi article sur la 5G). Des expérimentations dans des territoires volontaires me semblent indispensables pour mesurer l'intérêt, les usages et les inconvénients de la 5G.

 

Vous trouverez aussi une très bonne analyse du Shift Project sur la 5G ici (ainsi que globalement sur la sobriété numérique)

La 5G commence à soulever des réactions fortement hostiles comme l'illustre le combat entre la ville de Grenoble et les opérateurs télécoms et même des Fake News (reconnus par leurs auteurs !) .

 

Pour éviter que le débat devienne purement politique et polémique indépendamment des usages, il serait judicieux de jouer cartes sur table. Le risque sinon est un refus massif de la 5G par la population, alors qu'il y a de vrais intérêts à l'utiliser de manière raisonnée.

 

Souvenons-nous des débats houleux autour de l'implantation des antennes-relais près des écoles et lieux publics... des oppositions frontales entre les opérateurs télécoms et les associations comme le Robin des toits.

 

Pour conclure sur la 5G, comme le dit très bien Sébastien Soriano, président de l'Arcep, elle doit se développer comme un bien commun pour l'ensemble des citoyens.

Faciliter l'accès à notre impact environnemental numérique

Les consommateurs devraient avoir la possibilité de facilement connaître leur impact environnemental dans l'utilisation de solutions numériques et avoir à disposition des solutions pour les réduire.

 

C'est le combat d' Inès Leonarduzzi qui a créé Digital For The Planet, une ONG mondiale qui lutte contre la pollution digitale qui déploie aussi une approche LDCC (Low Digital Carbone Company), qui vise à réduire drastiquement leur impact carbone lié aux usages numériques et à développer des modèles circulaires numériques.

 

Un amendement du  projet de  Loi pour l'Economie Circulaire  va aussi contraindre les opérateurs à renseigner leurs clients sur la quantité de gaz à effet de serre émise par leur consommation de data mobile via leur facture à partir de 2022. Cela conduirait à les sensibiliser. L'ARCEP collecte aussi depuis avril 2020, les émissions de gaz à effet de serre produits par les principaux opérateurs de télécommunications sur leurs réseaux et sur la consommation électrique des box utilisés par leurs clients.

A ce titre, l'Union européenne veut instaurer un droit à la réparation des smartphones et tablettes à l'horizon 2021.

 

Elle obligera à rendre les smartphones et tablettes plus durables et faciles à réparer grâce à un meilleur choix des matériaux, une conception adaptée à la réparation, une plus longue prise en charge pour les mises à jour système, et l'instauration d'un nouvel étiquetage avec une note de réparabilité.

 

Les appareils vendus en Europe devront également favoriser les matériaux recyclés plutôt que des matières premières primaires. La destruction des marchandises durables invendues sera interdite.

Intégrer des indicateurs d'efficacité énergétique dans les appels d'offres publics sur l'hébergement des données

L'indicateur d'efficacité énergétique (en anglais PUE ou Power Usage Effectiveness) est utilisé pour qualifier l'efficacité énergétique d'un centre d'exploitation informatique. Il quantifie le ratio entre l'énergie totale consommée par l'ensemble du centre d'exploitation (avec entre autres, le refroidissement, le traitement d'air, les UPS (onduleurs)...) et la partie qui est effectivement consommée par les systèmes informatiques que ce centre exploite (serveurs, stockage, réseau).

 

En revanche, il ne prend pas en compte la réutilisation éventuelle de la chaleur produite par les serveurs ni l'utilisation d'énergies réutilisées et renouvelables pour alimenter les serveurs.

 

Les Européens proposent un autre indicateur appelé DCEM (pour Data Centre Energy Management) qui corrige les défauts du PUE en prenant en compte non seulement la consommation d'énergie et le coefficient d'efficacité énergétique, mais aussi les énergies réutilisées et renouvelables.

 

Le rapport public « Réduire la consommation énergétique du numérique » le cite comme indicateur à utiliser et propose aussi de nombreuses autres pistes pour réduire l'impact environnemental du numérique.

Développer l'ordinateur quantique, le Transfer learning et les modèles open source afin de réduire la consommation énergétique de l'IA 

L'entraînement de réseaux neuronaux peut consommer de très fortes quantités d'énergie s'il faut commencer à partir de rien. En revanche, il faut nettement moins d'énergie pour créer des réseaux neuronaux à partir de réseaux neuronaux existants en utilisant des techniques comme le Transfer learning et le Federated Learning (cf. article).

 

Le développement de modèles de réseaux neuronaux open-source permettrait de réduire encore la consommation énergétique et les émissions de GES en réduisant les entraînements inutiles.

 

Enfin, l'ordinateur quantique a la capacité d'évaluer une combinaison exponentielle de possibilités en un temps polynomial pour une consommation énergétique beaucoup plus faible que les ordinateurs classiques. Or c'est la démarche réalisée pour entraîner un réseau neuronal.

 

Aujourd'hui la consommation énergétique des ordinateurs quantiques est encore élevée en raison notamment du refroidissement par laser ou avec de l'hélium des ions nécessaires au calcul quantique (d'une dizaine de kelvins soit -260°C).

 

Néanmoins, il faut s'attendre à une forte réduction de cette consommation. Investir dans l'ordinateur quantique est un moyen qui se révélera indispensable pour entraîner des réseaux neuronaux de plus en plus complexes pour un coût énergétique et des émissions de CO2 faibles

« Digital Shadow Governement »

Sur le plan global, nous pourrions imaginer un "digital shadow government" qui aurait pour objectif de travailler ensemble pour coordonner les initiatives interministérielles.

 

Les membres de ce groupe seraient rattachés directement au ministre de tutelle. Un de ces membres serait directement rattaché au Premier ministre.

 

Chaque membre du groupe aurait pour tâche d'identifier les problématiques majeures de son ministère en concertation avec les acteurs concernés. Accompagné par une équipe projet « volante », interministérielle, il devrait évaluer les problèmes sur lesquels les projets numériques auront le plus d'impact et le moins de difficultés et frictions à être mis en place puis déployer les projets au sein du Ministère.

 

Les membres du « digital shadow government » coopéreraient, mutualiserait leurs efforts et rendraient compte de l'évolution des résultats.

 

Nous pourrions aussi imaginer un "Environnemental and Social Shadow government", car la transition écologique et social ne touche pas un seul ministère mais comme le digital touche tous les ministères.

Conclusion

Il existe bien d'autres moyens d'utiliser le numérique pour réduire l'empreinte environnementale globalement et en particulier sur son propre périmètre.

 

 

Pour éviter les inévitables affrontements entre les techno-enthousiastes et techno-sceptiques, il est indispensable de jouer cartes sur table, d'évaluer les avantages et les inconvénients des technologies sur le plan environnemental et sociétal, de les exposer au grand public en évitant au maximum les partis pris.

 

 

 


C'est la démarche que je défends notamment dans l'interview sur l'innovation utile sur B Smart TV et sur l'IA responsable.

 

Missions Livosphere

Si vous souhaitez avancer sur ces sujets, sensibiliser vos collaborateurs, les former ou réaliser des projets sur l'innovation technologique ou durable (RSE/économie circulaire), nous vous proposons de

  • piloter des projets d'innovation de bout en bout de l'idée à au déploiement opérationnel : "sourcing" des innovations, conception et construction des solutions avec des partenaires et déploiement opérationnel avec une démarche adaptée aux problématiques des entreprises clientes
  • réalisation de conférences ainsi que des formations spécifiques à vos métiers pour identifier les innovations, tendances et disruptions dans ce domaine notamment

n'hésitez pas à me contacter . Contact

 

Dimitri Carbonnelle - Fondateur de Livosphere

Conseil en Innovation (IA, IoT, RSE / Économie circulaire ) - Contact - contact@livosphere.com

Conférences, Formation, Architecte et réalisation de projets innovants :  De la recherche d'innovations, de startups à leur déploiement et accompagnement dans vos projets ( de la recherche d'innovations / nouvelles technologies au déploiement de celles-ci dans votre entreprise)